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L’un pour l’autre, les écrivains dessinent
Par Olivier Plat

 

Livre, Les écrivains dessinent Le catalogue de l’exposition L’un pour l’autre, les écrivains dessinent montée par l’Institut Mémoires de l’Edition Contemporaine (l’IMEC) à partir de son fonds d’archives et de deux collections privées, dont celle de l’éditeur Pierre Belfond, nous invite à explorer cette frontière entre art et littérature, encore mal repérable pour les maniaques de la classification (comme en témoignent les tampons de la Bibliothèque Nationale souillant les lavis de Hugo). Ce qui frappe dès l’abord de l’ouvrage est la diversité des objets proposés : plus de trois cents œuvres d’une centaine d’auteurs, du XIXème siècle à nos jours, aux confins de l’écriture, du dessin et de la peinture. Que signifie peindre ou dessiner pour un écrivain ? Certains dessins peuvent être considérés comme des œuvres plastiques à part entière : telles les admirables et inquiétantes figures fantomatiques de Michaux ou ses dessins mescaliniens, non sans parenté avec les lavis de Hugo, peintre tachiste avant l’heure, qui peignait à l’horizontale sur sa table d’écrivain, intervenant avec ses ongles ou des bouts d’allumettes noircies, tournant autour de la feuille, jetant du café dessus, fabriquant de l’inconnu à travers les transparences du lavis. D’autres types de documents relèvent plus de l’archivistique : dessins intégrés au manuscrit ou en marge du manuscrit, gamme qui va du griffonnage que l’on fait quand on est au téléphone au dessin qui aide manifestement à retrouver l’impulsion au moment où l’écriture se bloque en passant par des dessins purement illustratifs dans des correspondances. Le mérite du catalogue et de l’exposition qui l’accompagne, est de mettre en rapport des auteurs peu connus du grand public (extraordinaire encre sur papier de Fred Deux) avec d’autres célèbres, dont les dessins ne sont pas nécessairement d’une qualité extrême, mais dont les noms sont passés à la postérité : émotion provoquée par le tracé maladroit d’un jeune cocher de Londres par Rimbaud, alors âgé de quatorze ans, double inversé de la maîtrise des dessins naturalistes de Günter Grass. Parfois les mots se mêlent au dessin, jouant de cette hybridité, entre expression langagière et visuelle : poésie naïve et enfantine d’une lettre-rébus de Desnos, pastiches de Proust assortis de titres à rallonge humoristiques, logogrammes de Christian Dotremont, lettres-collages de Michel Butor, « parolibres plastiques » d’Angelo Rognoni, « Alphabet » de Michaux... Mais peut-être faudrait-il, pour paraphraser Tadeusz Kantor, considérer comme création « tout ce qui n’est pas encore devenu une prétendue œuvre d’art, ce qui n’a pas été encore immobilisé, ce qui manifeste des impulsions directes de vie, ce qui n’est pas encore prêt, arrangé ». Quel est le point commun entre les autoportraits de Baudelaire, « Une empreinte de fessier féminin » de Topor, une étude pour « Roberte et les collégiens » de Klossowski, un portrait de Mania Oïffer par Antonin Artaud, un dessin de Henry Miller réalisé sur un exemplaire du Tucson Daily, une photographie érotique d’Alain Fleisher, les huiles sur toile de Gabriel Pomerand, les collages de Schwitters ou les dessins psychanalytiques de Pierre-Jean Jouve, sinon ce surgissement invétéré de l’inconscient débordant les catégories de la pensée rationnelle ? Mélange parfois par trop hétérodoxe qui brouille le message : que viennent faire ici les dessins d’un académisme mort-né d’Anatole France, ou de Mérimée ? Même si Jean-Jacques Lebel, commissaire de l’exposition, auquel cela n’a pas échappé, nous indique qu’ils feraient en quelque sorte office « de contre point révulsif, d’appeau, de borne dérisoire » ? Au fond le catalogue aussi bien que l’exposition, posent plus de questions qu’ils n’apportent de réponses, et c’est cela qui nous les rendent passionnants. Quel est le statut de l’œuvre, celui du document ? Qu’est-ce qu’une collection ? Comment regarde-t-on une production artistique ? Selon quels critères l’évalue-t-on ? A nous, regardeurs et regardeuses, de faire notre chemin au sein de ce dédale, afin comme nous y engage Jean-Jacques Lebel, « de nous livrer aux repérages et aux rapprochements imprévus imposés par la seule subjectivité du regard ».

Divers textes éclaireront le lien entre ce livre et l’exposition (janvier/mars 2008) qu’il accompagne, présentée à l’IMEC (Abbaye d’Ardenne, Caen) puis à Ixelles (Belgique) et à Lisbonne (Portugal), avant de circuler dans d’autres lieux. Ce livre est une co-édition Buchet-Chastel - Les Cahiers dessinés et l’IMEC (Institut Mémoires de l’Edition Contemporaine).

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