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Dernières parutions avril 2008
Par Elisabeth Miso

 

Bilbliographies

Norah Lange, Cahiers d’enfance Norah Lange, Cahiers d’enfance . Traduction de l’espagnol (Argentine) Nelly Lhermillier. Avec Cahiers d’enfance paru en 1937, Norah Lange abandonnait définitivement la poésie pour la prose et allait gagner une véritable reconnaissance littéraire. Jusques là, amie de Borges et membre de l’ultraïsme, mouvement poétique espagnol aux accents de cubisme et de dadaïsme ravivé en Amérique latine dans les années 20, on ne retenait d’elle que son excentricité, son rôle de muse et on ne s’arrêtait sur ses écrits que pour en commenter la spécificité féminine. Avec Cahiers d’enfance elle allait imposer toute l’originalité et la modernité de sa plume et donner à une exploration autobiographique l’ampleur d’une profonde recherche littéraire. Exceptée une allusion à la première guerre mondiale, la narration ne répond à aucune exigence chronologique et s’abstient de toute analyse psychologique. De son enfance à Mendoza puis à Buenos Aires après la mort de son père, n’affleurent que des fragments, des images et des bribes de conversations où prennent place cinq soeurs entre elles, un petit frère, des parents, une institutrice anglaise ou encore un cheval gris. Récit fragmenté dû à la vision parcellaire de la petite fille qui observe avec insistance les êtres et les choses, le plus souvent à distance, d’où ces multiples points de vue, ces multiples cadrages de la réalité au travers de fenêtres, de portes entrouvertes, ces visages examinés de profil dont la partie laissée dans l ‘ombre attise toute sa curiosité. Réinvention de la réalité, manies, rituels, bizarreries, peurs nocturnes propres à l’enfance, Norah Lange distille une étrangeté particulière qui enveloppe ses souvenirs d’un climat inquiétant, de cette langue singulière naît une ambition esthétique plus complexe que la simple mise en forme de la mémoire ou de la nostalgie . « Quand j’exécutais une chose avec ordre, ce n’était pas par minutie, c’était dû à l’impulsion obsessionnelle de procurer du bien-être à n’importe quel objet et, si possible, de faire en sorte qu’il se trouve en contact avec un autre semblable. » Éd. Christian Bourgois, 250 p, 20 €.

David Rieff, Mort d’une inconsolée David Rieff, Mort d’une inconsolée Les derniers jours de Susan Sontag. Traduction de l’anglais (Etats-Unis) Marc Weitzmann. « Elle adorait vivre. Si je devais d’un mot définir sa façon d’être au monde, ce serait « avidité ». » Susan Sontag « est morte comme elle a vécu, c’est à dire irréconciliée avec la mort jusqu’au plus fort de la souffrance, et pourtant Dieu sait qu’elle a souffert. » Quand elle apprend en mars 2004 qu’elle est atteinte d’une leucémie, l’essayiste et romancière américaine ne peut se résoudre à accepter l’idée de sa disparition. Encore une fois elle veut croire que la force de sa volonté la rendra maîtresse de son destin. Cette force de caractère qui l’a délivrée d’une enfance malheureuse en Arizona, l’a construite et a rendu possible l’intellectuelle qu’elle est devenue. Encore une fois, elle veut dominer la maladie, elle a déjà vaincu un cancer du sein en 1975 et un sarcome utérin à la fin des années 90. Mourir est tout simplement inenvisageable pour elle, trop de projets, trop de choses à expérimenter, à penser et à écrire. Deux ans après le décès de sa mère, David Rieff journaliste politique, se retourne sur les derniers mois de sa vie et livre tout à la fois un portrait pudique et émouvant de cette femme qui « se définissait comme quelqu’un dont l’appétit de vérité est absolu. » et une méditation sur la maladie et la mort. À la lueur des journaux intimes, il peut mieux mesurer son désespoir, sa terreur de la mort et entendre son déni, sa lutte effrénée. Dans une fine interrogation de la perception de la mort par nos sociétés occidentales, il convoque les voix d’Elias Canetti, de John Berger, de Joan Didion ou de Simone de Beauvoir. Il décortique le discours médical, s’indigne de l’infantilisation des malades et creuse sans réponse et sans larmoiement les affres de son impuissance et de sa culpabilité de survivant. « Tandis qu’elle mourait, nous nagions à ses côtés dans l’océan de sa mort et la regardions mourir. Puis elle mourut. Et pour ce qui est de moi, j’y suis toujours, comme je le découvre, je nage encore dans cet océan. » Ed. Climats, 182 p, 18 €.

Pierre Drieu La Rochelle, Notes pour un roman Pierre Drieu La Rochelle, Notes pour un roman sur la sexualité suivi de Parc Monceau. En octobre 1942 deux ans et demi avant sa mort, Pierre Drieu La Rochelle déjà assailli par des pulsions suicidaires signale son intention d’écrire ses « Mémoires », projet qui restera inabouti. Ces notes, loin d’alimenter une quelconque entreprise romanesque, tendent à assouvir cette démarche autobiographique. Confession abrupte et sans complaisance, ce texte inédit révèle les fondements d’une sexualité désastreuse et éclaire davantage l’issue tragique que choisira Drieu pour remédier à ses tourments et à sa compromission fasciste. Depuis l’amour à la fois exclusif et haineux pour la mère, les accès de sadisme envers ses petits camarades, son attirance pour les prostituées auprès de qui il confortera l’idée d’un acte souillant par la transmission de maladies vénériennes, jusqu’aux traces d’une homosexualité latente, rien n’échappe à sa terrible lucidité. Bien que bel homme et doué pour les conquêtes, cet « homme couvert de femmes » sera toujours hanté par sa virilité et l’incapacité de s’abandonner à l’amour, de nouer une relation épanouissante avec des femmes « propres » libérée de toute question d’argent. Au bordel « il n’était pas obligé d’entrer dans leur intimité physique, dans l’haleine de leur bouche, dans leur répugnante et visqueuse sentimentalité. Ainsi, sans le savoir, il était entré dans un rapport faux et trompeur avec les femmes, et un jour ou l’autre il devait s’apercevoir qu’il était pris dans un piège. » Éd. Gallimard, Blanche, 104 p, 11 €.

Elisabeth Badinter, L’infant de Parme Elisabeth Badinter, L’infant de Parme. « La plupart n’ont voulu voir en Ferdinand que le prince des ténèbres, l’auteur obscurantiste d’une politique réactionnaire, ayant tourné le dos aux enseignements de ses maîtres. Un dévot jouisseur, bien éloigné des espérances mises en lui. » En ce XVIIIème siècle, ce devait être un modèle d’éducation éclairée. En 1757, à l’âge de six ans, Ferdinand de Parme, fils de Philippe de Parme et de Louise Elisabeth, petit-fils de Louis XV et de Philippe V, est confié aux soins avertis du sous-gouverneur Auguste de Keralio, militaire de carrière à l’esprit résolument ouvert aux idées des Lumières. L’Abbé de Condillac, philosophe proche des encyclopédistes, endosse lui la charge de précepteur. Dutillot ministre des finances et homme de confiance de Philippe de Parme, soutient cette audacieuse entreprise pédagogique. Les trois français, ennemis de tout obscurantisme, « rêvent de former un prince éclairé, religieux mais raisonnable, qui saura imposer sa loi au clergé tout-puissant à Parme. » Très vite les résultats sont spectaculaires, tous s’accordent à penser que Ferdinand est doué, cultivé et raisonne avec une rare clairvoyance pour un enfant si jeune. Les éloges ne tarissent pas sur son compte et franchissent les limites du duché jusqu’à se répandre dans toutes les cours d’Europe. Malgré leur vigilance et la pertinence des connaissances transmises, les maîtres ne peuvent empêcher que s’affermissent les penchants de plus en plus bigots de leur protégé. Dès son mariage en 1769 avec l’archiduchesse Marie Amélie, Ferdinand désavoue la politique de Dutillot et laisse s’infiltrer le poison redoutable des dévots, des pires conservateurs et de l’Inquisition. Elisabeth Badinter revient sur ce cuisant échec et nous rappelle qu’en matière d’éducation le savoir dénué d’affection a peu de chance d’atteindre ses objectifs. Éd.Fayard, 162 p, 12 €

François Laut, Nicolas Bouvier François Laut, Nicolas Bouvier, L’oeil qui écrit . Enfant hypnotisé par les atlas de géographie, avide de rêver le monde de plus près, Nicolas Bouvier (1929-1998) avait quitté, tôt, sa Suisse natale ; avec son ami de toujours, Thierry Vernet ou solitaire, en voiture Fiat ou à pied, les cinq sens en éveil, il avait découvert la route, le nomadisme et les plaisirs de la marche, qui allaient avec la nécessité d’écrire ; journaliste, écrivain, poète, il photographiait, il dessinait, il couvrait ses carnets de ses voyages, journal au quotidien mais aussi, correspondance, impressions intimes de ces instants conscients de leur souveraineté ; de Venise à Istambul, Kaboul, La Turquie, le Pakistan, la Chine, Le Japon... , de « cette impossibilité à dire absolument la création » et de cette tentative inlassable de la décrire pour raconter la vie devant soi, de cet émerveillement et de cette mélancolie propre au voyageur, il avait rapporté trois bijoux mémorables : L’usage du monde, Chronique japonaise, Le Poisson scorpion. Sous forme de biographie déclinée en courts chapitres, puisant essentiellement dans ses carnets et sa correspondance - notamment avec le peintre, illustrateur Thierry Vernet -, le rendant infiniment présent, l’auteur, qui l’a connu, à Genève, comme au Japon, restitue une vie d’homme, poète avant tout, qui avait l’oeil aussi vivant que la main. Éd. Payot, 315 p. 20 €. (Corinne Amar)

Deirdre Bair, Jung, Une biographie Deirdre Bair, Jung, Une biographie. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Martine Devillers-Argouarc’h. « Au cours des dix dernières années de sa longue existence (1875-1961), Carl Gustav Jung passa beaucoup de temps à réfléchir à l’histoire de sa vie (...). Il disait être un phénomène un peu compliqué »... Fondée sur des documents inédits, les archives de la famille Jung -jusque- là, soigneusement surveillées -, tout ce qui existait de lettres, de manuscrits, de témoignages, d’interviews, cette biographie, travail des plus documentés à ce jour, et minutieux, nous montre en quoi et pourquoi le jeune psychiatre suisse, devenu « l’un des pères fondateurs de la psychanalyse » et comptant parmi les personnages les plus affluents de son temps, fut aussi l’un des plus méconnus et controversés dans sa discipline. En 1919, il forgeait la notion d’archétype, on lui doit l’élaboration des concepts d’individuation, de Soi, d’inconscient collectif, d’anima d’animus...Il développa les tests sur les associations de mots, fut proche de Freud, qui voyait en lui son héritier, avant leur désaccord violent, puis leur déception mutuelle, eut aussi et surtout une attitude ambiguë envers le nazisme : Deirdre Bair instruit « le dossier Jung ».Éd. Flammarion, coll. Grandes Biographies, 1312 p. 39 €. (Corinne Amar)

Correspondances

Camille Claudel, Correspondance Camille Claudel, Correspondance. Édition Anne Rivière et Bruno Gaudichon. Ces dernières années de nouveaux fonds sont apparus qui ont pu bouleverser les repères biographiques et les datations des oeuvres de Camille Claudel. Cette nouvelle édition complète des lettres écrites par elle de 1886 à 1938 ou dont elle est la destinataire, et de celles non retrouvées mais à l’existence avérée, tend à corriger les erreurs et les confusions. Même si l’oeuvre exhumée de l’oubli dans les années 80 n’a sans doute pas fini de dévoiler d’autres sources d’informations, cet ensemble épistolaire se veut le reflet le plus précis de sa vie tourmentée et de son parcours créatif. Outil de référence pour les chercheurs, il intéressera tous ceux qui ont pu être touchés par la personnalité et le combat emblématique d’une femme artiste en quête d’indépendance. Les lettres adressées à son frère Paul, à sa mère, à Auguste Rodin, à son amie anglaise Florence Jeans, à son éditeur Eugène Blot, au critique Gustave Geoffroy ou encore au collectionneur Maurice Fenaille, si elles développent peu de considérations artistiques nous plongent au cœur de l’intimité de la sculptrice, de ses amitiés, de sa relation passionnelle avec Rodin, de ses années de calvaire en institution psychiatrique et traduisent l’infatigable énergie créatrice sans cesse déployée malgré les difficultés matérielles.
« Je ne suis pas rassurée, je ne sais ce qui va m’arriver ; je crois que je suis en train de mal finir, tout cela me semble louche, si tu étais à ma place tu verrais. C’était bien la peine de tant travailler et d’avoir du talent pour avoir une récompense comme ça. Jamais un sou, torturée de toute façon, toute ma vie. Privée de tout ce qui fait le bonheur de vivre et encore finir ainsi. »
Lettre à son cousin Charles Thierry, 21 mars 1913 (mois de son internement à Ville-Évrard) Éd.Gallimard, 344 p, 27,50 €.

Journaux

Mireille Havet, Journal 1924-1927 Mireille Havet, Journal 1924-1927. « C’était l’enfer et ses flammes et ses entailles. » Édition établie par Pierre Plateau, préfacée par Laure Murat et annotée par Dominique Tiry, avec la collaboration de Roland Aeschimann, Claire Paulhan et Pierre Plateau. Mireille Havet (1898-1932), la « petite poyétesse » d’Apollinaire, jusque-là sûre de l’originalité ravageuse de son talent littéraire, de sa personnalité et de ses amours, rencontre une femme qui ne lui ressemble vraiment pas, Reine Bénard : ce nouveau tome de son Journal des années 1924-1927 - qui prend la suite des tomes 1918-1919 et 1919-1924 (Éd. Cl. Paulhan, 2003 et 2005) -, est entièrement dédié à la description de la courbe de cet amour qui fut tendre et libre, avant de devenir infernal et de précipiter Mireille Havet dans les affres de l’échec et les délires de la drogue. Éd. Claire Paulhan, avril 2008. 448 p. 36 €. (présentation de l’éditeur, site des éditions Claire Paulhan : http://www.clairepaulhan.com/). Un article sera consacré à cet ouvrage dans le prochain numéro de FloriLettres. Lire l’entretien avec Claire Paulhan et le portrait de Mireille Havet (à l’occasion de la sortie en 2005 du Journal 1919-1924) sur le site Fondation La Poste.

Romans

Pablo Ramos, L’origine de la tristesse Pablo Ramos, L’origine de la tristesse. Traduction de l’espagnol (Argentine) René Solis. Gabriel 13 ans, dit « L’Épervier », vit dans une banlieue populaire de Buenos Aires. Avec son frère Alejandro et sa bande de Gamins, il a pour horizon un viaduc, une ligne de chemin de fer, des terrains vagues, une rivière qui prend feu parfois pour cause de pollution et un cimetière qui « sépare du bidonville le plus dangereux de tous. » Avec ses amis il joue au football, trompe sa peur lors de virées nocturnes, commet de menus larcins et caresse l’espoir grâce à leurs économies de s’offrir les services des prostituées du quartier. En attendant le grand jour, il explore la masturbation en contemplant les poses langoureuses des femmes nues punaisées sur les murs de l’atelier de son père bobineur ou troublé par sa séduisante professeur de langues et lettres. Il tente de décrypter les difficultés dans lesquelles se débattent les adultes et comprend au contact du danger et de la mort ce à quoi il lui faut renoncer. La tristesse qui étreint Pablo Ramos dans ce premier roman autobiographique, sans pesanteur et à l’humour vif, est bien celle ressentie face à la perte de l’insouciance, de l’enfance. Éd.Métailié, 150 p, 17 €.

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