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Dernières parutions mai 2008
Par Elisabeth Miso

 

Correspondances

alexandredumas Alexandre Dumas, Lettres à mon fils. Enfant bâtard, né en 1824 d’une aventure de l’auteur des Trois mousquetaires avec une lingère, Alexandre Dumas fils, reconnu par son géniteur en 1831, est adoré de ce dernier. De 1834, année de ses huit ans à la mort de son père survenue en 1870, la correspondance qu’ils échangent témoigne de l’amour inconditionnel qu’ils ressentent l’un pour l’autre. « Tu sais bien une chose c’est que si tu étais hermaphrodite et qu’avec l’hermaphrodisme Dieu t’eût accordé la faculté de faire la cuisine je n’aurais pas d’autre maîtresse que toi. », écrit ainsi Alexandre Dumas père à son fils en 1839. Très investi dans l’éducation de sa progéniture, le père prodigue dans ses lettres toute sorte de conseils et souffle la lecture de Shakespeare, de Dante, de Corneille et d’Hugo. À l’adolescence, leurs rapports prennent une tournure conflictuelle, le fils ne supportant pas sa belle-mère. Puis les nuages disparaissent. Le fils qui a contracté très tôt le goût de la littérature et du théâtre, présente des dispositions d’écrivain fortement encouragé par son père. Les affinités entre les deux hommes sont telles, qu’en l’absence du père souvent en voyage en Europe, le fils prend soin de ses affaires. La révolution de 1848 sonne le déclin du père et en 1852 le fils connaît le succès avec la Dame aux camélias endossant alors le rôle de protecteur. Les lettres destinées à George Sand et les commentaires sur les oeuvres de Flaubert ou d’Hugo reflètent leur vision de la littérature. Éd.Mercure de France, 416 p, 21,80 €

Biographies/Autobiographies

mariannefaithfullMarianne Faithfull, Mémoires, rêves et réflexions. Traduction de l’anglais Jean Guiloineau. Après son autobiographie parue en 1994, Marianne Faithfull se retourne à nouveau sur la « Bête fabuleuse » qu’elle a été et qui a côtoyé nombre d’artistes les plus marquants des années soixante et soixante-dix. « Nous vivions tous sous un volcan, shootés, habillés avec recherche, ensemble, insouciants dans des clubs aux noms astucieux, tandis que des forces dont nous n’avions même pas pensé qu’elles pouvaient exister allaient s’abattre sur nous. » Vie de bohême teintée de rock donc, avec tout ce que cela comporte de créativité, d’excentricités, d’excès en tous genres, de scandales, d’extase et de décadence ; Marianne Faithfull embrasse de son regard distancié et lucide, le bon comme le mauvais, le magique comme le tragique, convoquant tous ceux qui ont illuminé sa trajectoire. Galerie de portraits pour le moins détonnante où s’avancent les visages des amis les plus chers. Les Rolling Stones et les Beatles bien sûr, les écrivains de la Beat Generation, Allen Ginsberg, William Burroughs et Gregory Corso, Lucian Freud et Francis Bacon qui la nourrissait quand elle vivait dans la rue au début des années soixante-dix, après sa rupture avec Mick Jagger, totalement dépendante de l’héroïne. Bob Dylan, le cinéaste occulte Kenneth Anger, l’auteur Henrietta Moraes, son père universitaire et ancien espion pendant la guerre et sa mère, femme mélancolique, convaincue de tirer sa tristesse de la tristesse du monde. Le récit ne se contente pas d’évoquer une époque révolue qui a vu émerger quelques figures légendaires, il s’attarde également sur le parcours musical depuis les années quatre-vingt dix et sur le plaisir à faire l’actrice pour Patrice Chéreau et Sofia Coppola. Éd. Christian Bourgois, 330 p, 22 €

Michel Bulteau, New York est une fête Michel Bulteau, New York est une fête. Ces souvenirs de Michel Bulteau font écho aux mémoires de Marianne Faithfull, on y croise en partie les mêmes personnages emblématiques des années soixante-dix mais cette fois-ci avec pour trame de fond le territoire newyorkais. Le poète français remarqué par Henri Michaux et Aragon, rencontre à Paris en 1976 Allen Ginsberg et Gregory Corso avant de les retrouver à New York. Il veut s’imprégner de l’énergie stimulante de cette ville et caresse le projet de concilier démarche poétique et rock’n’roll. Trois tomes composent ce voyage au coeur de la poésie Beat, de la peinture pop et de la musique punk, Flowers (1989), À New York au milieu des spectres (2000) et La Reine du Pop (2001). Impressionné par l’étonnante vitalité et l’audace du Velvet Underground et du Pop Art, il explore la ville et livre par petites touches quelques bribes des sensations fortes que lui procure la compagnie d’artistes explosifs tels Elliott Murphy, Lou Reed, John Cale, Herbert Huncke, Robert Rauschenberg ou Andy Wharol à qui est consacré le dernier volet de cette trilogie. Éd. La Différence, Minos, 248 p, 8 €.

Takeshi Kitano, La Vie en gris et rose Takeshi Kitano, La Vie en gris et rose. Traduction du japonais Karine Chesneau. « C’est étrange, la sensibilité. Elle se forge dans l’enfance en fonction des conditions d’existence, puis elle reste immuable tout au long de la vie [...] Je voudrais préserver indéfiniment ma sensibilité d’enfant. »
Takeshi Kitano, le réalisateur de Sonatine de Zaitochi et de l’Été de Kikujiro n’a jamais oublié l’enfant qu’il était dans le Japon de l’après-guerre. De cette vie en gris et rose, aux couleurs étalées sur les murs de Tokyo par son père peintre en bâtiment et à l’odeur de misère, il se remémore les humiliations quotidiennes mais aussi les joies immenses faites de petits riens, ponctuant ses souvenirs de petits dessins naïfs. Entre un père ivrogne qui battait sa femme et sa mère de 80 ans, une mère stricte qui veillait de près à ce que ses deux garçons étudient avec sérieux, les privations et la honte d’être pauvre, le temps était rarement au beau fixe. Kitano passe avec pudeur sur la tristesse et ne veut retenir que le miracle de l’enfance. Chasse aux libellules, premier voyage à la mer, ivresse du jeu, toupies beigoma et fusées parachutes perçues comme d’inestimables trésors, sont autant de scènes où s’expriment sa fascination pour le pouvoir de l’imagination, la vivacité, la débrouillardise et son attachement à ces traces d’humanité empruntes de solidarité. Éd. Picquier poche, 128 p, 7,50 €.

Essais

Judith Schlanger, La mémoire des oeuvres Judith Schlanger, La mémoire des oeuvres. Préface de Christophe Pradeau. « Nous sommes au cœur de beaucoup de livres. (...) Leur demande d’attention nous cerne de tous côtés. Pourtant, au milieu de tant de livres nous espérons toujours rencontrer par nous-mêmes le choc et l’événement d’une voix qui comptera pour nous ». Essai sur les lettres ou parce que choisir un livre, c’est en exclure beaucoup d’autres, La mémoire des œuvres offre une réflexion érudite, fouillée, autour de la dynamique du « mémorable ». L’auteur, qui a beaucoup écrit sur la pensée, ses enjeux culturels, son langage, interroge et analyse l’existence des oeuvres culturelles dans le temps, leur voix distincte, ce « passé pertinent », notre part d’admiration ou de désir aussi, dans l’entreprise des lettres, évidente ; de Homère à Roger Caillois, entre tradition orale et modernité - qu’arrive t-il quand un grand lettré décide de quitter les livres ?-, entre conformité et invention, de la poésie, à la littérature, elle pose la question de leur vocation, notre héritage - qu’est-ce qu’hériter, et qui hérite de qui ?-, leur rôle, aussi bien dans la constitution de la mémoire, que dans l’anticipation de la formulation de l’avenir. Et si l’objet soumis, dans une bibliothèque, s’aligne ou s’empile, la rencontre, nous rappelle-t-elle, quand elle a lieu, à chaque fois, est unique. Éd. Verdier Poche, 190 p., 8,80 €. (Corinne Amar)

Lorenza Foschini, Le Manteau de Proust Lorenza Foschini, Le Manteau de Proust. (Présentation de l’éditeur). Ce livre retrace fidèlement le parcours tortueux qui a conduit à la découverte du « vieux manteau déchiré » de Marcel Proust, celui-là même que l’écrivain a porté de longues années au point de devenir inséparable de sa légende, et que ses contemporains, comme Cocteau et Morand, décrivent dans les belles pages qu’ils lui ont dédiées. Attirée par les imbrications des événements et des coïncidences qui ont marqué cette aventure, Lorenza Foschini nous introduit dans le monde fascinant du Collectionneur, prêt à tout pour mettre la main sur des lettres, manuscrits et éditions rares. En parcourant l’histoire du grand bibliophile Jacques Guérin, et des péripéties qu’il a dû affronter pour « sauver » le manteau et les meubles de la chambre de Marcel Proust (donnés par la suite au Musée Carnavalet), elle tombe sur une mystérieuse histoire de famille, faite de passions inimaginables, mais aussi de silences et d’homophobie obstinée. Éd. Portaparole, 108 p. 12,00 €.

Romans

Wendy Guerra, Tout le monde s’en va Wendy Guerra, Tout le monde s’en va. Traduction de l’espagnol (Cuba) Marianne Million. « J’ignore quand j’ai songé à quitter l’enfance. J’ai payé très cher le fait de grandir seule alors que tous quittaient l’île. Ils m’ont abandonnée progressivement ; aujourd’hui, je ne peux me comporter comme une femme ordinaire, je suis hors du monde. Les outils que l’on m’a donnés ne me servent à rien, je vis réfugiée dans mon Journal, et je ne peux être moi-même qu’entre ses pages. »
Nieve la narratrice, tout comme Wendy Guerra a vu le jour en 1970 à Cuba, sur cette île retirée du monde. Depuis qu’elle est petite fille, elle confie tout ce qu’elle observe, tout ce qu’elle comprend du monde et des êtres à son journal. Elle y parle de son amour pour sa mère journaliste à la radio, de la violence de son père qui tente de l’arracher à la vie de bohême qu’elle mène avec sa mère, de son séjour dans un orphelinat, de l’apprentissage forcé du maniement des armes dans un camp militaire, mais aussi de la découverte de la féminité et du désir. Elle cache ce qu’elle écrit, de peur de se compromettre et d’attirer sur elle et sur ses proches les foudres du régime castriste. Elle se tient debout grâce à l’art et à la littérature et regarde partir les uns après les autres ceux qui réussissent à fuir l’enfermement cubain. Sa liberté, elle la trouve dans l’écriture, dans l’espace clos de son journal, où sa voix rebelle fait entendre une individualité qui n’est pas de mise dans un pays qui ne jure que par la collectivité. Récit à la fois intime et politique du Cuba de la guerre froide, ce roman séduit par la beauté de sa langue et l’audace de sa résistance. Éd. Stock, 278 p, 19 €

Alain Claude Sulzer, Un garçon parfait Alain Claude Sulzer, Un garçon parfait. Traduit de l’allemand par Johannes Honigmann. « Le travail à l’hôtel lui donnait plus qu’un sentiment de sécurité, il s’y sentait à l’abri. Il ressentait à peine sa solitude, il avait toujours été seul. Le soir quand il s’écroulait de fatigue dans son lit, il se sentait en sûreté, et cette sécurité le berçait aussitôt. Il n’avait aucune raison de désirer une autre existence. »
En 1966, Ernest est serveur dans un Grand Hôtel à Giessbach en Suisse. Il est ce qu’on peut appeler un garçon parfait, efficace, discret, jamais un geste ou une parole déplacés, il se fond dans le décor de la salle du restaurant comme dans celui de sa vie monotone. Jusqu’au jour où il reçoit une lettre d’Amérique, de Jacob son ancien amant pour qui il brûla d’une vive passion et qui le quitta trente ans plus tôt pour suivre en exil à New York Julius Klinger un célèbre écrivain allemand. Impact de cette lettre sur son présent et réminiscences de sa vie dans les années 30 dans ce palace qui accueillait la haute bourgeoisie fuyant la menace nazie se télescopent, rendant à nouveau palpable un amour jamais éteint. Au fil des jours et des nuits tourmentés, cette blessure jamais refermée va craqueler la belle dignité d’Ernest et l’apparente sérénité qu’il affiche depuis de si longues années. Éd. Jacqueline Chambon, 238 pp., 18 euros.

B.D

Nathalie Ferlut, Lettres d’Agathe Nathalie Ferlut, Lettres d’Agathe. Agathe n’était pas désirée, sa mère n’éprouvait plus rien pour son mari rentré des camps de prisonniers allemands après la guerre et qui s’éclipse rapidement... La petite fille grandit ignorée par une mère glaçante et sombre qui n’a d’yeux que pour ses deux fils, sans comprendre les raisons profondes de cette indifférence. Même son beau-père un temps affectueux finit par se détourner d’elle. Sa seule éclaircie dans cette existence morose, elle la doit à la tendresse que lui manifestent son frère aîné, son oncle et sa tante. Alors que sa mère est morte la laissant sans réponse à ces interrogations d’enfant, Agathe une fois adulte lui adresse trois lettres dans lesquelles elle revient sur ce passé douloureux et sur ses difficultés à envisager une maternité. Un secret familial affleurera qui s’il ne réparera pas du manque d’amour permettra à la jeune femme de faire la paix avec des souvenirs obsédants. Nathalie Ferlut a réussi avec délicatesse à mettre en mots et en images l’histoire émouvante d’une de ses amies. Éd.. Delcourt, « Mirages », 112 p, 14,95 €

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