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Dernières parutions juin 2008
Par Elisabeth Miso

 

Correspondances

Lyonel Trouillot Sophie Boutaud, Lettres de Loin en loin Lyonel Trouillot Sophie Boutaud de la Combe, Lettres de loin en loin. Une correspondance haïtienne. En 2004, année du bicentenaire de l’indépendance d’Haïti et du départ du président Aristide, débarque une mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti. Lyonel Trouillot écrivain et intellectuel haïtien engagé et Sophie Boutaud de la Combe membre de la mission se rencontrent à l’ambassade de France. S’ensuit une correspondance agitée entre deux êtres qui bien que curieux et attirés l’un par l’autre ne réussiront pas à se comprendre et à se défaire de leur culture et de leur histoire personnelle. L’histoire douloureuse d’Haïti se dresse entre eux rendant insurmontables leurs différences. Lui, la renvoie à son statut de colon blanche pétrie de bonnes intentions, elle , se défend trouvant légitime son amour pour ce pays et se refuse à se laisser happer par le climat de haine et de violence. « J’avoue que, parce que tu es étrangère, parfois j’aurais préféré que tu sois totalement à droite. Toi et tes chars, moi et mes pierres. Toi et ta Bible, moi et mes ancêtres rebelles à ton Dieu, à tes lois. Toi, et tous tes mauvais antécédents, moi et toutes mes révoltes justes. Mais dans ce pays d’injustice il y a des colons noirs ou mulâtres qui se contentent d’être riches de la misère des autres sans les voir. » Ces lettres de loin en loin si elles font le constat d’un cruel échec, d’un impossible dialogue, d’une incapacité à se confronter à l’altérité, sont pourtant porteuses d’une réelle sincérité et d’une exigence littéraire qui devraient peut-être augurer d’une éventuelle réconciliation. Éd. Actes Sud, 120 p, 16 €.

Biographies/Autobiographies

James Thurber, Ma Chienne de vie James Thurber, Ma chienne de vie. Traduction de l’anglais (États-Unis) Jeanne Guyon. « Toutes les entrées et sorties que j’ai ratées quand j’avais la trentaine m’ont conduit à envisager plusieurs fois l’éventualité de passer le restant de mes jours à errer dans les mers du Sud, enfermé dans un mutisme impénétrable, tel un personnage de Joseph Conrad. Mais ce projet fut contrecarré par la nécessité de fréquentes visites chez mon oculiste et chez mon dentiste. » James Thurber, écrivain et dessinateur publie dès les années 20 dans le New Yorker une autobiographie qui relate sa jeunesse à Columbus dans l’Ohio. En quelques traits vifs, en quelques anecdotes cocasses, il dépeint sa vie au sein d’une famille complètement farfelue. Un père qui dort dans le grenier, une mère qui décroche le téléphone les jours d’orage et qui évite le gramophone qu’elle soupçonne de pouvoir exploser, un frère terrorisé par les fantômes, un cousin persuadé de mourir dans son sommeil, des domestiques au comportement inquiétant, une tante convaincue que des cambrioleurs s’introduisent chez elle toutes les nuits et enfin un grand-père qui disparaît régulièrement et qui veut à tout prix se faire enrôler dans l’armée pendant la première guerre mondiale. Entouré de tout ce petit monde fantasque, le quotidien de James Thurber s’avère souvent drôlatique et assurément peu banal. L’humoriste saura faire bon usage dans ses textes et dans ses dessins de ce sens du comique qu’il a reçu en héritage. Éd. Rivages, 141 p, 10 €.

Michel Wasserman, D’or et de neige Michel Wasserman, D’or et de neige, Paul Claudel et le Japon. « Et je revois certaines cérémonies de thé, certains après-midis dans la boutique d’un marchand d’encens de Kyoto, ou dans celle de notre ami Kita, ces glissades silencieuses au sein des vieux palais impériaux dans un paradis inconsistant d’or et de neige... (Adieu Japon !). Claudel aura passé quinze ans de sa vie en Chine comme consul, cinq ans au Japon comme ambassadeur et bien longtemps après qu’il en eut rêvé... C’est un essai fouillé, documenté, que l’auteur, ancien directeur de l’Institut franco-japonais du Kansai et de la célèbre villa Kujoyama, consacre aux années de Paul Claudel au Japon, entre 1921 et 1927. Au contenu historique, diplomatique, analytique de l’essai, il y mêle la propre voix de Claudel ; Journal I et II, Correspondance, Œuvres poétiques et en prose, qui donnent cette musique et ce parfum d’exotisme, de beauté dans l’instant, de sérénité, propres au rapport que Claudel entretint avec ce pays si longtemps désiré. Il y accéde dans la force de l’âge ; diplomate soucieux de ses missions, ambassadeur-poète, « ami des arts et des artistes, interprète privilégié de la culture japonaise », écrivain, dont les créations littéraires inspirées par le Japon illuminent l’oeuvre. Éd. Gallimard, Cahiers de la nrf, 233 p, 22,50 €. (Corinne Amar).

Mémoires

Jean Mollet, Les Mémoires du Baron Mollet Jean Mollet, Les Mémoires du Baron Mollet. « Je n’eus qu’une autre grande émotion dans ma vie, ce fut lorsque j’entendis Guillaume Apollinaire réciter ses poèmes, mais cela fera une autre histoire et qui sera longue, où l’on parlera encore de Picasso, car on ne peut les séparer l’un de l’autre, surtout moi, car ces deux êtres donnèrent vraiment un sens à mon existence, il faut que je le dise aujourd’hui. » Picasso et Apollinaire ont illuminé sa vie, la peinture et la littérature ont à ce point compté pour Jean Mollet qu’il a souvent mis toute son énergie à faire aboutir nombre de projets artistiques. Dès 1900, ce provincial sans fortune, débrouillard et doté d’un fort capital de sympathie conquiert le Tout-Paris. Il vit au jour le jour, travaille pour l’Exposition universelle, s’improvise directeur de théâtre, galeriste, journaliste, monte des expositions, s’adaptant avec la plus grande aisance à chaque nouvelle entreprise. Par besoin d’argent il lui arrive d’embrasser des professions peu passionnantes, vendeur de tissus, clerc d’avoué, employé dans une verrerie sans jamais se plaindre. Il écume les bars et les boîtes de la capitale jusqu’au bout de la nuit. Il fréquente Édouard de Max, Alfred Jarry, Brancusi, Modigliani, Marie Laurencin. Il se lie d’amitié avec Apollinaire, Picasso, Max Jacob, André Salmon. Il fait de La Closerie des Lilas son quartier général. Le Bateau Lavoir l’attire irrésistiblement, il s’y passionne pour les conversations fiévreuses entre Picasso, Apollinaire, Max Jacob, Derain, Vlaminck et Braque. Au Bœuf sur le Toit il connaît des soirées flamboyantes en compagnie de Cocteau, Radiguet, d’Erik Satie et de Van Dongen. Il s’enthousiasme pour « l’art nègre » et assiste à la naissance de l’art moderne. Comme en témoignent les mille anecdotes de ces Mémoires, le Baron Mollet a traversé le XXème siècle avec élégance, joie et avec un art de vivre consommé. Il s’est acquitté de son rôle de Chevalier-Servant de l’art avec panache, indéfectible allié des artistes les plus créatifs de son temps. Une bien belle vie que celle-là. Éd. Gallimard, Le Promeneur, 176 p, 21 €.

Enza Palamara, Rassembler les traits épars Enza Palamara, Rassembler les traits épars . Elle dit qu’elle n’a pas cherché, que c’est né devant elle, sous ses yeux dessinant au fur et à mesure et la main les conduisant, impulsion aveugle, éclairante ; c’est ensuite que le texte est venu - à gauche du livre, le dessin, à droite, le texte -, un minimum de mots, mutiques, « émerveillés », sacrés, n’exprimant rien moins qu’eux-mêmes : un monologue des profondeurs surgi à soi, qui s’ouvre à l’Autre, et ainsi, de Carnets constitués, en chapitres. Prégnance du vertical, élan ascensionnel vers la lumière : les sources jaillissantes, le rocher, l’arbre, dressés au-dessus de l’horizon qu’on ne voit pas ; contraste entre le fini et l’infini ; Dieu infusé dans la Nature... Et si les conditions d’une existence forment le terreau de la création d’une oeuvre, les figures tutélaires qui l’inspirent, l’éclairent tout autant ; dans le paysage intérieur d’Enza Palamara, le poète Philippe Jaccottet, Mnémosyne où la personnification de la Mémoire, Maître Eckhart... , une autre famille encore, la sienne, la toute première... L’ouvrage est publié aux éditions Orizons, riches de cinq collections ouvertes à « l’écrire » et, du roman au journal, à « l’expérience intérieure ». Éd. Orizons chez l’Harmattan 2008, Collection Littératures, dirigée par Daniel Cohen, 205 p. 18,50 €. (Corinne Amar).

Récits

William Burroughs, Lettres du yage William Burroughs, Lettres du yage. Édition et introduction Olivier Harris. Traduction de l’anglais (Etats-Unis) Théophile Aries. « L’Amérique du Sud ne force pas les gens à être déviants. Tu peux être homo ou drogué, tout en maintenant ton rang. Surtout si tu es éduqué et bien élevé. Il y a ici un profond respect pour l’éducation. Aux US, il faut être déviant ou vivre dans le plus infernal ennui. » Après avoir tué accidentellement sa femme en 1951, désespéré par la séparation d’avec ses enfants et par sa relation manquée avec Lewis Marker, William Burroughs part pour le Mexique. En janvier 1953, il se lance dans une expédition de sept mois à la recherche du yagé, une plante d’Amazone aux légendaires vertus hallucinogènes. Qu’imagine-t-il découvrir au fin fond de la jungle colombienne dans la province du Putumayo ? Il a bien étudié l’anthropologie à Harvard et à Columbia, parfait ses connaissances en ethnologie et en archéologie à l’université de Mexico, et même s’il se joint un temps à une mission botanique, l’aspect scientifique ne semble pas être le moteur de ce voyage qui va le conduire de Panama en Équateur en Colombie et au Pérou. Désireux de s’affranchir de « toute la structure pragmatique de la pensée occidentale » sa quête vise tout autre chose. S’il s’agit d’exploration, elle concerne davantage les limites de l’humain, l’exploration de tous les sens pour accéder à une autre perception de la réalité. En bus, en canoë ou à pied, il arpente les terres les plus reculées, atteint des « villes de fin de route » consternantes où se rejoue indéfiniment la même comédie humaine, la même pauvreté des Indiens, le même pouvoir absurde des fonctionnaires et de la police, le même « sourire édenté de prédateur qui accueille l’Américain partout en Amérique du Sud », les mêmes rencontres hasardeuse qui se soldent souvent par des vols qui le laissent chaque fois un peu plus délesté de ses effets personnels. Ses carnets et les lettres qu’il envoie à Allen Ginsberg prennent la forme d’un journal de voyage picaresque, d’un récit fantasmagorique, d’une critique des régimes en place et d’une exploration intérieure ou s’expriment librement sa verve acerbe et son humour noir. Oliver Harris, spécialiste de l’écrivain de la Beat generation, a consulté le manuscrit d’origine et ajouté des textes inédits de Burroughs et de Ginsberg pour cette nouvelle édition. Il aborde notamment tout le processus d’élaboration et d’édition de ce livre qui mettra dix ans à être publié grâce à l’acharnement d’Allen Ginsberg. Éd. Christian Bourgois, 234 p, 10 €.

Romans

Isabelle Kervokian, Cet enfant Isabelle Kévorkian, Cet enfant que tu m’as volé. Elle dit « Ecrire est un métier. La construction d’un roman nécessite plusieurs ingrédients : la foi, la détermination, la volonté, la rigueur, la patience ». C’est un premier roman. Les thèmes de prédilection d’Isabelle Kévorkian ? la douleur, la folie, la passion amoureuse, ou l’inverse... Ou encore, une histoire des plus contemporaines à trois personnages - un homme et deux femmes, proches, tissés l’un en l’autre. Un roman dont la narration, quoique libre, suit le fil des codes de la tragédie grecque : douleur, confusion et folie des sentiments, crime enfin. L’intrigue, crue et de bout en bout passionnelle, est racontée du point de vue de l’homme : elle s’ouvre sur la mort, en prologue, par un fait divers de journal, et sa couleur poursuit son œuvre destructrice sinon fatale, à partir d’un sujet encore sensible de nos jours : l’interruption volontaire de grossesse. Parfois, un cri plus intime encore, plus déchiré, se fait entendre : celui du journal intime de Gwenn. Le mythe de Médée revisité n’est pas très loin. La fin ? c’est que « tout se brouille, s’amalgame, tourbillonne comme un typhon. »... Éd. Les Oiseaux de papier, 195 p. 18,50 €. (Corinne Amar)
Isabelle Kévorkian est directrice marketing et communication Université du Courrier - La Poste.

Vanessa Schneider, La mère de ma mère Vanessa Schneider, La mère de ma mère. Clara est restée une énigme pour Vanessa Schneider, cette grand-mère qu’elle n’est jamais parvenue à appeler autrement que « la mère de ma mère » est morte centenaire emportant avec elle tous ses secrets. Issue d’une famille aisée d’Haïti, Clara avait épousé dans les années 20 un riche héritier d’une fameuse maison de champagne et l’avait suivi à Paris. Devenue prématurément veuve, elle prend congé de sa belle-famille qui n’avait jamais toléré cette belle-fille à la peau noire. Sa beauté lui ouvre un temps les portes du cinéma mais la guerre approchant et avec elle la menace nazie, elle trouve protection auprès d’un second époux français à qui elle donne une fille et un fils. L’auteur n’a rencontré sa grand-mère qu’à l’âge de trente ans, sa propre mère ayant quitté le domicile familial à vingt et un ans, coupant tout lien avec ses parents. La mère et la fille ont vécu à Paris à peu de distance l’une de l’autre sans se voir pendant trente-cinq ans. Vanessa Schneider n’a jamais compris ce qui avait provoqué une aussi longue rupture entre les deux femmes, mais elle a grandi au contact de la souffrance d’une mère qui avait été une enfant terriblement mal-aimée. « Clara a fait de son enfant un être invisible auquel il était superflu d’adresser la parole. Rapidement l’enfant se tait, ne pose plus aucune question. » Ce premier roman est venu combler deux manques, celui de l’écriture pour la journaliste politique devenue reporter à l’agence Capa, et celui d’une béance familiale sur laquelle Vanessa Schneider déroule une histoire des liens familiaux, offerte comme une déclaration d’amour à sa mère. Éd. Stock, 132 p, 14,50 €.

José Cardoso Pires, De Profundis José Cardoso Pires, De Profundis, valse lente. Précédé de Lettre à un ami-nouveau par le professeur João Lobo Antunes. Traduction du portugais Michel Laban. « Sans mémoire, le présent se vide et, simultanément, est déjà un passé mort. On perd sa vie antérieure. Et intérieure aussi, évidemment, car sans plus de références au passé meurent les affections et les liens sentimentaux. » En 1995, José Cardoso Pires est victime d’un grave accident vasculaire cérébral. Les fonctions motrices sont intactes, mais le centre de la parole et de l’écriture est touché plongeant l’écrivain portugais dans un monde aux contours flous, un ailleurs sans mémoire, sans traces, sans temporalité, sans conscience de soi et des autres. Le risque de l’incommunicabilité totale est envisagé. Blancheur de l’hôpital, pâleur des deux silhouettes qui partagent sa chambre, blancheur cotonneuse des lieux et des conversations qui s’évaporent aussitôt perçus. De ce retour dans un autre monde, entre la vie et la mort, il a conservé deux souvenirs : l’écriteau avec le mot Douches qu’il n’arrivait pas à déchiffrer et la lucidité fugace de basculer dans la folie. Le reste il l’a reconstitué grâce à ses proches. De cette étrange expérience d’ « un autre de moi, dans un territoire satellite sans vie » l’écrivain tire une étonnante réflexion sur la dissolution identitaire et sur l’état de mort cérébrale. João Lobo Antunes préface cet ouvrage, dans une lettre adressée à son ami. Le psychiatre donne quelques indices médicaux pour tenter d’appréhender les mystères de la chimie cérébrale, mais l’écrivain préfère mettre en lumière l’interaction entre maladie et création artistique, soulignant l’intérêt pour la recherche scientifique d’une telle appropriation littéraire par le malade. Éd. Gallimard, Du monde entier, 96 p, 10 €.

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