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Dernières parutions septembre 2008
Par Elisabeth Miso

 

Romans

Régis Jauffret, Lacrimosa Régis Jauffret, Lacrimosa. « Je n’étais pas disponible pour une histoire d’amour. J’étais déjà assez seul, et il me semblait que les solitudes ne se dissolvaient pas quand elles s’unissaient, mais se multipliaient entre elles au fil des jours, et même à l’infini quand arrivait le moment de la rupture. J’avais perdu mes illusions par saignées successives. J’étais devenu cynique, parce que j’étais exsangue. » Pour son dix-septième ouvrage, Régis Jauffret met en scène des faits réels qui le touchent de près, le suicide d’une femme aimée. On peut imaginer à quel point l’entreprise fut ardue de s’abandonner à l’écriture autobiographique, tout en évitant les pièges de l’impudeur, de l’ambiguïté ou de la falsification. Comment évoquer la nature des liens qui l’unissaient à cette amie, comment parler de ce geste définitif, inéffaçable, sans rien abîmer de cette histoire, sans perdre de vue le respect dû à cette personne sans pour autant se dérober au miroir que cette réalité tend à l’écrivain habité de fiction ? C’est toute la force de ce roman, qui s’emparant de la réalité et de l’imaginaire, parvient à transformer ce drame en tout autre chose, en un étonnant objet littéraire où l’auteur se livre à une impitoyable remise en question de lui-même et de son art. Sous forme de lettres adressées à la défunte, le narrateur revient sur le cours des événements. D’un au-delà, Charlotte, la disparue, lui répond, raille ses procédés littéraires, s’indigne de son état de personnage et de l’appropriation romanesque de sa vie. Des indices égrenés entre appartements parisiens et vacances tunisiennes, esquissent les contours d’un amour complexe entre le narrateur et la jeune femme mélancolique. La langue est poétique, drôle, terrible, émouvante, d’une grande liberté et d’une impressionnante vitalité. Sans conteste, un des plus beaux et des plus enthousiasmants rendez-vous de cette rentrée littéraire. Éd. Gallimard, 224 p, 16,50 €.

Siri Hustvedt, Élégie pour un américain Siri Hustvedt, Élégie pour un américain. « J’ai souvent pensé que nul d’entre nous n’est ce que nous imaginons, que chacun de nous normalise la terrible étrangeté de sa vie intérieure au moyen de diverses fictions commodes. Je n’avais pas l’intention de me mentir, mais je compris que sous le moi auquel j’avais cru se trouvait un autre individu qui errait dans ce monde parallèle dont Miranda avait parlé- dans des rues et devant des maisons à l’architecture différente. » De retour du Minnesota où il a enterré son père, immigré norvégien, Erik Davidsen, psychiatre new-yorkais divorcé retrouve sa solitude et celle de ses patients. Il est parfois distrait par ses deux locataires, Miranda une Jamaïcaine mystérieuse à la beauté troublante et sa petite fille autour desquelles rôde un photographe au comportement inquiétant. Erik n’est pas le seul à errer dans une ville qui garde les stigmates du 11 septembre survenu quatre ans auparavant. Sa sœur Inga veuve d’un célèbre écrivain et sa nièce doublement traumatisée par la perte de son père et par l’attentat tentent de recoller les bouts de leur existence dévastée. Dans le bureau de leur père, Erik et Inga ont découvert son journal et une lettre qui semble l’impliquer dans une mort, ouvrant ainsi la porte à toutes sortes d’interrogations sur l’histoire familiale. En croisant les destins de ses personnages qui se débattent dans les désillusions et les désirs de leur vie, en mêlant éléments véridiques (les carnets du père sont ceux de son propre père, norvégien lui aussi) et pure invention, Siri Hustvedt tisse une réflexion subtile sur la connaissance de soi, sur la recherche d’identité, sur la transmission, la filiation, sur les mythes dont nous sommes faits, à l’échelle individuelle ou à celle d’une nation. Éd. Actes Sud, 399 p, 23 €

Barlen Pyamootoo, Salogis Barlen Pyamootoo, Salogi’s. Barlen Pyamootoo adorait sa mère Salogi, à qui il avait déjà dédié son premier roman Bénarès et distribué un petit rôle dans son adaptation cinématographique, premier film mauricien interprété par des acteurs mauriciens en créole.Tout à la fois portrait de cette mère morte en mars 2005 renversée par un bus et voix intime, le récit déroule une histoire familiale ancrée entre l’Ile Maurice et la France, entre traditions d’origine indienne, tamoule et hindouiste et identité française. Trou d’Eau Douce, Flacq, Rose-Hill, Strasbourg, autant de lieux de l’enfance et de l’âge adulte, où prennent place parents, frères et sœurs, grands-parents, cousins et tantes, tous membres d’une famille nombreuse soudée autour de la personnalité lumineuse de la mère, toujours généreuse et attentive à chacun malgré les difficultés quotidiennes. En 1972, la pauvreté faisant rage sur l’île et l’épicerie parentale ne suffisant pas à faire vivre la famille, Salogi part pour Strasbourg. Temps de l’adolescence et de la séparation d’avec la mère, premier déchirement. En 1976, Barlen Pyamootoo rejoint sa mère, une nouvelle vie s’offre à lui. « Dans le train qui nous emmenait à Strasbourg, nous avons mangé des sandwichs qu’elle avait préparés, puis j’ai regardé par la fenêtre des villages qui défilaient avec leurs clochers, des lacs ou des rivières qui miroitaient, des champs, des granges, des forêts, mais aucun paysage ne me captivait autant que le visage de ma mère, que j’admirais à la dérobée. » Déclaration d’amour filial et conscience d’une identité culturelle multiple, le roman s’intéresse avec pudeur et délicatesse au mystérieux processus de détermination d’un individu comme homme et comme écrivain. Éd. de l’Olivier, 140 p, 14 €

Alexandre Glikine, L’inconnu d’AixAlexandre Glikine, L’inconnu d’Aix. Le narrateur fait l’acquisition d’un CD de Jean-Baptiste Miroglio, un compositeur piémontais peu connu du XVIII ème siècle. Sous l’effet des Symphonies à grand orchestre, il est envahi d’étranges sensations qu’il consigne dans un journal intime. Des images de partition, de notes, de décors, de musiciens se superposent enveloppées de couleurs persistantes, un jaune citronné et un vert profond. Il est sujet à des hallucinations, se voit transporté dans un autre espace et une autre époque. Il se reconnaît dans un visage d’enfant et reçoit en rêve la visite d’un jeune homme brun, personnages tout droit surgis du siècle des Lumières. Un air de clavecin le met sur la piste d’une théorie des notes liées aux couleurs élaborée par un prêtre. Lors d’une soirée chez un notable d’Aix, il tombe en arrêt devant le portrait d’un certain Chevalier de S., qui n’est autre que l’homme qui hante ses nuits. Des lettres d’amour retrouvées, écrites par un mystérieux correspondant au dit Chevalier, finissent d’augmenter son trouble et le décident à élucider ces surprenants phénomènes. Son enquête entre temps réel et visions va le conduire de la Provence, en Italie, à Londres et à Amsterdam au cœur de la musique baroque et d’un voyage beaucoup plus personnel. Éd. La Différence, 144 p, 15 €.

Mémoires

Joseph Boruwlaski, Mémoires du célèbre nain Joseph Boruwlaski, Mémoires du célèbre nain Joseph Boruwlaski, gentilhomme polonais. Des six enfants qu’eurent les parents de Joseph Boruwlaski, trois étaient de très petite taille. Nés dans une famille de petite noblesse désargentée, Joseph et sa soeur cadette Anastasie, tous deux nains aux proportions parfaites, ne durent d’échapper à la misère à laquelle les condamnaient leur apparence et la mort prématurée de leur père qu’à la protection de riches aristocrates. Joseph Boruwlaski (1739-1837) confié à l’âge de neuf ans à Mme de Caorliz s’attira vers ses quinze ans les faveurs de la comtesse Humieska. Il reçut une très bonne éducation, devint bon danseur, bon musicien et parlait un français courant. La comtesse qui manifestait une affection sincère pour son petit protégé aimait cependant à le montrer comme une curiosité dans les salons. En 1758, elle l’entraîna dans un long voyage à Vienne, Munich, Lunéville, Nancy, Paris, La Haye, Londres puis Varsovie, l’introduisant au sein du monde fastueux de toutes les cours de l’Europe des Lumières. Fêté partout, apprécié pour la grâce de ses manières, la vivacité de son esprit et la finesse de sa conversation, le jeune homme enchantait impératrices et reines qui le surnommaient « Joujou » et comprit très vite à ses dépens la réelle nature de l’engouement dont il était l’objet. « On se tromperait cependant beaucoup si l’on s’imaginait que, séduit par les bontés qu’on avait pour moi et uniquement occupé des plaisirs qu’on me procurait, je n’éprouvasse pas quelquefois des sentiments pénibles et que je pusse me dissimuler toujours que, au fond, je n’étais aux yeux des autres qu’une poupée un peu plus parfaite à la vérité et un peu mieux organisée qu’elles ne le sont ordinairement, et qu’on ne me regardait que comme un jouet. » Épris de la jeune et séduisante dame de compagnie de sa bienfaitrice, comme en témoignent les lettres enflammées qu’il lui adresse, il dut renoncer aux bons soins de la comtesse. Ses nouvelles responsabilités de père de famille l’obligèrent à trouver d’autres sources de revenus, d’où l’édition de ses Mémoires en 1788. Un nouveau périple à travers l’Europe s’annonça alors, à se produire en concerts, à solliciter la bienveillance des puissants et à exhiber ce singulier statut d’un des deux plus célèbres nains du XVIIIème siècle comme allait le consacrer l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Éd. Flammarion, 160 p, 14 €.

Anna de Noailles, Le livre de ma vie Anna de Noailles, Le livre de ma vie. En 1930 Anna de Noailles, poétesse et romancière qui avait connu la gloire à vingt-cinq ans avec Le Coeur innombrable, accepte de rédiger ses Mémoires pour Les Annales. Elle n’aura le temps de se pencher que sur son enfance et son adolescence, elle meurt prématurément en 1933 à 56 ans. Roumaine par son père le prince Grégoire Bassaraba-Brancovan et grecque par sa mère, la pianiste Rachel Moussouros, Anna voit le jour à Paris en 1876. Sa vie se partage entre l’hôtel particulier de l’avenue Hoche et le châlet familial sur les bords du Lac Léman où la petite fille va aiguiser ce lyrisme que lui souffle l’éblouissement de la nature. Gouvernantes, majordomes, précepteurs, professeurs de musique et invités de marque à la table de ses parents peuplent ses souvenirs d’une existence luxueuse et se mêlent à des considérations sur le génie et l’art de personnalités qui impressionnent fortement son âme d’enfant. Napoléon, Rousseau, Victor Hugo, Corneille, Chateaubriand ou Musset, soulèvent en elle de vives émotions, laissant deviner une sensibilité exacerbée. La mort de son père quand elle a dix ans, la plonge dans un des premiers chagrins de sa vie et le voyage entrepris pour l’enterrer à Bucarest puis à Constantinople, berceau de sa famille maternelle, s’il conforte son goût pour la contemplation des paysages la ramène à son attachement pour la France. La résidence de l’avenue Hoche résonnera bientôt, pour le plus grand ravissement d’Anna, de la musique d’Ignace Paderewski. Éd. Bartillat, 286 p, 22 €.

Tiziano Terzani, La fin est mon commencementTiziano Terzani, La fin est mon commencement - Un père raconte à son fils le grand voyage de la vie. Traduit de l’italien par Fabienne Andréa Costa. « - Aujourd’hui, on n’est pas obligé de travailler. Plus tard, peut-être, vers quatre ou cinq heures, nous pourrons reprendre le fil de notre discussion. Ou alors, nous resterons tranquillement à papoter sur l’univers, la pluie et le beau temps...- Hum, tout à fait tranquillement. - L’alternative ? - Il n’y a pas d’alternative. L’alternative est d’être dans le silence. » On est sur les collines de Florence, dans une maison de famille, à l’heure de la vie où tout fait sens et surtout l’essentiel : Terzani a 66 ans, est atteint d’un cancer dont il sait qu’il ne guérira pas et a suggéré à son fils de venir le rejoindre pour, chaque jour, un moment, s’entretenir avec lui de tout ce qu’ils n’ont jamais pu ou su se dire. C’est donc sur le ton très familier de la conversation que cet homme, baroudeur autour du monde et légende en Italie du grand reportage, marqué par l’Inde et converti à la sagesse asiatique, évoque tour à tour ses origines, sa famille, son parcours de journaliste, les années d’histoire, les voyages et l’Asie, le mystère de l’existence, la pleine conscience de l’instant présent, sa relation tranquille à la mort. Éd. Les Arènes/ Intervalles, 495 p. 22,80 €. (Corinne Amar)

Essais

L’Europe des lettres Marie-Claire Hoock-Demarle, L’Europe des lettres, Réseaux épistolaires et construction de l’espace européen. Nombre de raisons et pas des moindres invitent à rendre hommage à la pérennité de la correspondance, à commencer par la première : « depuis que l’écriture existe, des lettres s’écrivent et s’échangent entre les hommes ». Les XVIIIe et le XIXe siècles furent des siècles majeurs de l’épistolaire : à partir d’une documentation considérable, l’ouvrage analyse de quelle manière le réseau de correspondances qui se construisit à partir de Paris et franchit peu à peu les limites de l’Europe joua ce rôle essentiel de facteur de circulation des idées et de formation d’une conscience européenne. Tantôt extension, tantôt émiettement d’une sociabilité élargie révélant une face cachée de la vie intellectuelle de l’époque, lettres à caractère littéraire et pas seulement, lettres de voyageurs - itinéraires personnels « où l’âme part en promenade » -, lettres d’une Europe vue de Paris ou d’ailleurs telle une double face de l’exil, lettres aussi et surtout d’une Europe au féminin où l’espace de l’échange se faisait l’instrument privilégié d’une stratégie de conquête : l’auteur, dessinant tous ces événements et ces portraits dont l’épistolaire se fait l’écho, met en évidence la part de vie que l’écriture de la lettre inventa et n’en finit pas de préserver. Éd. Albin Michel, 490 p. 30 €. (Corinne Amar)

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