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Extraits choisis - Dans les secrets de la police

 

Affaire Laetitia Toureaux
Un crime parfait
La lettre d’aveux de l’assassin de Laetitia Toureaux
juin 1962
© Dans les secrets de la police
Éditions de L’Iconoclaste, page 271.

Monsieur le commissaire,
Je ne sais si cette lettre vous parviendra. Peut-être sera-t-elle jetée au panier avant, comme l’oeuvre d’un fou, et peut-être cela vaudra-t-il mieux. Sans doute vous souvenez-vous de l’assassinat de Laetita Toureaux qui eut lieu Porte de Charenton, dans le métro, le 16 mai 1937. Je suis l’assassin de Laetitia Toureaux...


L’arrestation de Cadoudal

Liste des brigands chargés d’attenter aux jours du Premier Consul

Georges Cadoudal, plus connu sous le nom de Georges, dit Larive, dit Masson, ancien chef de brigands.
Taille de 5 pieds 4 pouces, âgé de 34 ans, n’en paraissant pas davantage, extrêmement puissant et ventru, épaules larges, d’une corpulence énorme, la tête très remarquable par sa prodigieuse épaisseur, cou très court, le poignet fort, doigts courts et gros, jambes et cuisses pas très longues, le nez écrasé et comme coupé dans le haut, large du bas, yeux gris, dont un est sensiblement plus petit que l’autre, sourcils légèrement marqués et séparés, favoris presque roux, cheveux châtain clair, assez fournis, coupé très courts, ne frisant point excepté sur le devant où ils sont plus longs, bouche bien, dents très blanches, joues pleines et sans rides, barbe peu garnie, menton renfoncé ; il marche en se balançant, bras tendus, de manière que les mains sont en dehors ; sans accent, voix douce. (...)


Une liaison en enfer

Rapport de l’officier de paix Lombard, 1er août 1873

La scène se passe à Bruxelles. Le parnassien Robert Verlaine était marié depuis trois ou quatre mois à la soeur de Civry, un compositeur pianiste qui a été emprisonné à Satory après la Commune, pontonné, puis relaxé. Ce mariage s’était opéré au commencement ou au milieu de l’année dernière.
Le ménage allait assez bien en dépit des toquades insensées de Verlaine, dont le cerveau est depuis longtemps détraqué, lorsque le malheur amena à Paris un gamin, Raimbaud, [sic] originaire de Charleville, qui vint tout seul présenter ses œuvres aux parnassiens. Comme moral et comme talent, ce Raimbaud, âgé de 15 à 16 ans, était et est une monstruosité. Il a la mécanique des vers comme personne seulement ses oeuvres sont absolument inintelligibles et repoussantes.
Verlaine devint amoureux de Raimbaud, qui partagea sa flamme et ils allèrent goûter en Belgique la paix du cœur et ce qui s’ensuit. Verlaine avait lâché sa femme avec une gaieté de cœur sans exemples, et pourtant elle est, dit-on très aimable et bien élevée.
On a vu les deux amants à Bruxelles, pratiquer ouvertement leurs amours. Il y a quelques temps, Mme Verlaine alla trouver son mari, pour essayer de le ramener. Verlaine répondit qu’il était trop tard, qu’un rapprochement était impossible et que d’ailleurs, ils ne s’appartenaient plus. « La vie du ménage m’est odieuse », s’écriait-il : « Nous avons des amours de tigres ! » et, ce disant, il montra à sa femme sa poitrine tatouée et meurtrie de coups de couteaux que lui avait appliqués son ami Raimbaud.
(...)
Devant sa mère, il y a une semaine ou quinze jours au plus, Verlaine a eu avec son amie [sic] Raimbaud unedispute à propos d’argent et, après toutes les injures imaginables, tira un coup de pistolet sur Raimbaud qui cria À l’assassin !
(...)
Les faits sont exacts, informez-vous-en à Bruxelles. Peut-être est-ce Raimbaud qui a tiré le pistolet à Verlaine, car je n’ai pu savoir au juste l’auteur du revolver en jeu.
Cependant je crois ma version bonne, pour la fixation du personnage. La question de l’individualité de l’assassin réservée, tout le reste est parfaitement vrai. Je transmettrai ultérieurement les autres renseignements qui doivent me parvenir sur cette affaire.


Colette contre Willy

Carte pneumatique adressée par Mme de Serres au Préfet de police.

Monsieur le Préfet de police,
J’ai jadis écrit à M. Gauthier-Villars (Willy) des lettres qui, mises sous les yeux de mon mari, pourraient occasionner les plus grands malheurs.
Ces lettres ont été volées par le secrétaire de M. Willy qui les a portées à Mme Willy, laquelle plaide en divorce contre son mari qu’elle poursuit d’une haine féroce.
Mme Willy qui vit 25, rue Saint-Sénoch avec la marquise de Belboeuf et que je ne veux pas recevoir, s’est présentée chez moi ce matin, elle va revenir armée de ces lettres. C’est une persécution qui me rend folle et à laquelle je vous supplie de me soustraire.
Ne tardez pas je vous en supplie Monsieur le Préfet de police. Je deviens folle.
J. de Serres, 58 rue de Courcelles.


L’antichambre de la mort

Lettre d’Hélène Gritz
Au Préfet de police, 25 août 1942

Monsieur,
Je m’excuse de prendre la liberté de vous écrire mais il faut que je vous expose ma situation.
Ma mère est internée au camp de Drancy depuis le 16 juillet. Mon frère aîné est prisonnier en Allemagne. Mon second frère est dans un camp de jeunesse et le troisième était interné à Drancy depuis le 22 août 1941 et a été déporté pour une destination inconnue. Moi je suis seule depuis l’arrestation de ma mère (je suis âgée de 17 ans). Mon père vit séparé de ma mère depuis treize ans. En tant que m ère de prisonnier ne pourriez-vous pas faire libérer ma maman. C’est une femme malade qui a déjà beaucoup souffert.
Je compte sur votre bienveillance pour aider une mère de prisonnier.
Avec mes remerciements anticipés, je vous prie d’agréer, Monsieur, mes respectueuses salutations.


Un crime Parfait

Lettre du meurtrier, juin 1962
[affaire Laetita Toureaux, 1937]

Monsieur le commissaire,
Je ne sais si cette lettre vous parviendra. Peut-être sera-t-elle jetée au panier avant, comme l’oeuvre d’un fou, et peut-être cela vaudra-t-il mieux. Sans doute vous souvenez-vous de l’assassinat de Laetita Toureaux qui eut lieu Porte de Charenton, dans le métro, le 16 mai 1937. Je suis l’assassin de Laetitia Toureaux.
Cette lettre va sans doute vous étonner. Pourquoi l’assassin d’un crime réputé parfait veut-il ainsi raconter son forfait plus de vingt ans après ? Je ne saurai vous le dire exactement. Sans doute ai-je besoin de me libérer (ayant gardé le secret pendant de si longues années que je n’en éprouve plus de remords), peut-être aussi une sorte d’orgueil me pousse-t-il à apporter les éléments nécessaires à la résolution de cette affaire.
Je n’ai nullement l’intention de vous dévoiler mon nom et souhaite rester dans l’anonymat le plus complet, par égard pour ma famille.
Je suis originaire de Perpignan, où je naquis en 1915. A la fin de mes études secondaires, je manifestais le désir de devenir médecin et pour cela, je montai à Paris en 1935. Mon père était aisé, et avec une voiture, m’alloua une substantielle pension. J’arrivai tout droit de ma province assez timide et niais, aussi je vous laisse à penser ma joie à ma soudaine liberté. Entraîné par quelques camarades plus « à la page » que moi, je connus bientôt tous les dancings et cabarets de Paris et de ses environs. (...)
C ‘est dans un dancing que je fis la connaissance de Laetitia, en novembre 1936. Elle était très jolie et possédait le charme rare, pour moi jeune homme, d’être une femme ayant déjà vécu. Je tombai immédiatement amoureux et lui fit une cour respectueuse. (...)
Elle traitait mon amour avec une douce ironie, ce qui me blessait, et je commençais à m’impatienter, à faire des scènes ridicules. Bientôt, elle écourta nos rendez-vous sous des prétextes plus ou moins risibles. Prenant mon courage à deux mains, je lui demandais de devenir ma femme. Elle me rit gentiment au nez. Blessé dans mon orgueil et mon amour, j’allai jusqu’à la menacer et elle m’éconduisit assez vertement. Je décidai alors de l’oublier (nous étions au mois de mars) et me plongeai dans le travail en vue de mes examens. Elle ne donna alors plus signe de vie mais je ne pus l’oublier. Ainsi, après plus d’un mois de silence, le 2 mai, j’allai au dancing « l’Ermitage », où je savais la retrouver.
(...)

© Édition de L’Iconoclaste

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