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Dernières parutions octobre 2008
Par Elisabeth Miso

 

Biographies / Autobiographies

Denis Podalydes, Voix off Denis Podalydès, Voix off. Il n’y a rien que Denis Podalydès aime tant que de se retrouver seul à seul avec un livre dans l’écrin d’un studio d’enregistrement, à lire à haute voix les textes des auteurs qu’il affectionne, à rendre palpable « des mondes, des vies, des temps, des figures, parfaitement matérialisés dans [sa] mémoire, dans [sa] voix ». L’acteur qui se définit volontiers comme un auditif plus qu’un visuel, se livre pour la délicate collection « Traits et Portraits » dirigée par Colette Fellous à un autoportrait sonore, égrenant toutes les voix qui ont nourri son imaginaire. Des voix qui trouvent résonance dans tout son être, qui lui donnent « autant à entendre qu’à penser, autant à penser qu’à éprouver, autant à éprouver qu’à voir. » et qui sont au fil des années devenues siennes au même titre que sa propre voix. Des voix qui habitent depuis l’enfance le monde de possibles qu’il s’est construit au contact de Claudel, Proust, Shakespeare, Stendhal, Montaigne, Gide, ou de Musset et qui se sont incarnées par la suite dans son enveloppe de comédien. Dans ce paysage intime prennent place les voix des membres de sa famille, de ses grand-mères, de ses trois frères dont celle du réalisateur Bruno Podalydès émerge plus particulièrement, des amis Emmanuel Bourdieu, Éric Elmosnino, Michel Vuillermoz, puis celles de vivants ou de morts admirés entre tous. Voix de « métal coupant et mastiqué » de Jean-Louis Barrault, « voix de courage, voix d’angoisse légère » de Charles Denner, voix qui « recèle les plus hautes vertus » de Pierre Mendès-France, « voix de thé , que l’on boit, même quand on ne l’écoute pas » de Michael Lonsdale, « voix tapie prête à bondir, articulée dans une concentration qui parvient à résonner sans sécheresse, voluptueuse » de Jean-Louis Trintignant mais aussi celles de Jean Vilar, d’Antoine Vitez ou de Roland Barthes, voix subjuguantes restituées ici dans une impressionnante palette de peintre. Éd. Mercure de France, 240 p, 21 € (CD inclus)

Correspondances

Fitzgerald père et fille, Lots of love, Scott et Scottie correspondance 1936-1940 . Traduction de l’anglais (États-Unis) Romain Sardou. En 1936, Francis Scott Fitzgerald est à 40 ans un homme prématurément usé. Envolées les années de gloire et de faste qui voyaient le couple mythique qu’il formait avec Zelda rayonner entre les États-Unis et l’Europe. Désormais dévasté par l’alcool et la folie de sa femme, c’est un écrivain déchu de son piédestal qui tente de parer aux difficultés financières, soucieux de doter sa fille Frances dite Scottie, adolescente de 15 ans, d’un avenir à la hauteur de ses ambitions. Durant les quatre années qui lui restent à vivre, la correspondance qu’il échange avec Scottie, traduit les inquiétudes et les attentes d’un père farouchement attaché à préserver sa progéniture de tout écart de conduite qui lui serait fatal. D’abord élève au collège d’Ethel Walker à Simsbury dans le Connecticut, Scottie intègre en 1938, pour la plus grande fierté de son père, le très réputé Vassar College de Poughkeepsie dans l’État de New York. Comme toutes les jeunes filles de son âge, ses pensées vont davantage aux garçons, aux bals d’étudiants, aux toilettes, aux voyages qu’à ses études et son père se fait fort de la rappeler à plus de constance dans son travail, ses fréquentations, ses lectures et ses dépenses. « Si je n’ai pas le sentiment que tu as un but précis, ta compagnie a tendance à me démoraliser à cause du gâchis stupide et du vide de ton existence. Par contre, lorsqu’il m’arrive de percevoir en toi des indices de vitalité et de résolution, nulle compagnie au monde ne m’est plus agréable. » La figure de Zelda, internée en hôpital psychiatrique, n’est jamais loin surtout quand il s’agit d’éviter à sa fille d’emprunter une voie similaire , Fitzgerald devient alors féroce envers ces « femmes élevées à ne rien faire [...] qui attirent le désastre sur elles-mêmes et sur autrui. » Malgré les destins tourmentés de ses parents, Scottie est une jeune personne enjouée, pleine du désir de vivre. Si elle se montre un peu légère et peu à l’écoute des conseils ou des contrariétés de son père installé depuis 1937 comme scénariste pour les studios de cinéma à Hollywood ; les passages relatifs à leurs goûts littéraires, les confidences, les traces de leur complicité, tout indique qu’elle vénère ce père, véritable ciment de son existence. Dans sa dernière lettre, datée de décembre 1940, l’auteur de Gatsby le Magnifique n’a de cesse de protéger et de vouloir tirer sa fille vers le meilleur, « Tu as pour père et mère deux exemples éclatants à ne pas imiter. Il te suffira de faire tout ce qu’ils n’ont pas fait et tout ira à merveille. » Paroles bienveillantes porteuses d’une exigence et d’un amour infinis dont Frances ne saisira toute la portée qu’après la mort de Scott. Éd. Pascal Pascuito, 249 p, 22 €.

Hans et Sophie Scholl, Lettres et carnets. Préface et traduction de l’allemand Pierre-Emmanuel Dauzat. Ils étaient une poignée de jeunes gens à peine plus âgés de 20 ans, étudiants à l’université de médecine de Munich, curieux de tout, férus de littérature et de philosophie, qui n’avaient connu que la propagande nazie et qui refusèrent de fermer les yeux sur cette barbarie érigée en système. Hans et Sophie Scholl avaient adhéré un temps aux Jeunesses hitlériennes, mais leur sensibilité aiguisée à la lecture de Goethe, de Rilke, de Schiller, d’Hölderlin, de Lessing, de Gide, de Bloy, de Bernanos ou de Dostoïevski, leur âme profondément chrétienne et leur lucidité sur le massacre des juifs, ne purent que les détourner d’un asservissement massif. Une nation qui avait vu s’élever les esprits les plus nobles ne pouvait être abandonnée aux mains de la « dictature du mal », aussi crurent-ils au salut d’une révolte organisée de l’intérieur de l’Allemagne. Le frère et la sœur engagés comme leur ami Christopher Probst, leur professeur de philosophie Kurt Huber, Willi Graf ou Alexander Schmorell dans le mouvement de résistance de « La rose blanche », rédigèrent et distribuèrent en prenant de terribles risques, entre juin 42 et février 43, six tracts qui condamnaient avec virulence le régime hitlérien. « Notre peuple continue de dormir, d’un sommeil épais, et il laisse à ces fascistes criminels l’occasion de sévir. » Arrêtés le 18 février 1943, Hans et Sophie furent jugés par le Tribunal du peuple et décapités le 22 février. Leurs lettres adressées à leur famille à leurs amis, leurs carnets dont le journal de Russie de Hans, inédits à ce jour, rendent comptent de la prise de conscience de deux êtres pris dans la tempête de l’histoire, qui par leur courage et leur sacrifice ont cru pouvoir infléchir le destin de leur pays. Juste avant son exécution, Hans prit soin de graver dans sa cellule ce vers de Goethe : « Contre vents et marées, savoir se maintenir ». Éd. Tallandier, 23 €

Romans

Catherine Millet, Jour de souffrance. « Désormais, je vivais dans une cage d’où je voyais Jacques aller et venir et sporadiquement disparaître à l’horizon, sans pouvoir le rejoindre et partager son espace. » Du jour où Catherine Millet découvre des photographies d’une jeune femme nue et un carnet mentionnant les relations de son mari, l’écrivain Jacques Henric avec d’autres femmes, la jalousie fait irruption dans son existence, colonisant toutes ses pensées, la jetant dans un état oscillant entre souffrance et jouissance masochiste, provoquant des « crises » qui ne prendront fin qu’au bout de trois ans. L’onde de choc touche les soubassements psychiques, tout son monde d’images souterrain s’en trouve affecté, ses fantasmes masturbatoires jusques-là peuplés d’inconnus qui la mettent au centre de tous les ébats, la relèguent dorénavant au rôle d’observatrice. « Je ne rêvais plus ma vie sexuelle, je rêvais celle de Jacques. » Étonnante révélation de la part de la romancière qu’on aurait pu croire affranchie d’un tel sentiment vénéneux, au regard de l’exploration érotique vécue dans la plus totale liberté avec des partenaires multiples que racontait La vie sexuelle de Catherine M. Là où le précédent ouvrage s’attachait à décrire le corps accédant au plaisir en dehors du sentiment, Jour de souffrance nous plonge au cœur des émotions et du monde intérieur de Catherine Millet dessinant davantage qu’une étude au scalpel de la jalousie les contours d’un autoportrait. Le corps et la sexualité occupent encore le territoire littéraire, mais la sensation nouvelle de se savoir exclue de la vie mystérieuse de son mari ramène l’écrivain à cette vision dichotomique d’elle-même, à cette perception du corps et des émotions opérée depuis un poste d’observation, dans un mouvement de mise à distance, une sorte de dédoublement qui lui intime de distinguer le « corps habitacle » du « corps relationnel ». Une structure mentale proche du « rêve éveillé » élaborée depuis l’enfance, où « rêveries » et représentations mentales lui renvoient du monde extérieur et de sa propre matérialité un reflet toujours passé au filtre de son imagination. « Ma vie sexuelle était si bien cloisonnée et toutes les relations sexuelles, durables ou impromptues, si bien enveloppées dans les produits de mon imagination qu’au bout du compte ce n’étaient paradoxalement pas les aléas de la chair qui m’avaient fait toucher au réel, mais le rouleau des rêveries qui avaient emporté les aventures du corps ». Éd. Flammarion, 264 p, 20 €

Julien Almendros, Vue sur la mère. « Je me suis fait depuis mon idée sur cet événement. Même si j’en souris aujourd’hui, je sais que je n’ai pas tenté de me suicider. Ce n’était pas non plu un accident. Non, je suis formel, ma mère a simplement, dès le début, voulu me garder pour elle. » La scène d’ouverture où l’auteur se remémore son arrivée au monde, étranglé par le cordon ombilical, contient à elle seule toute la trame du récit : une relation mère-fils suffocante. Né en 1976 à Avignon, Julien Almendros a passé son enfance et son adolescence à tenter de s’arracher à l’amour dévorant de sa mère. Possessive, autoritaire, cette dernière régente toute la famille, et sait mieux que personne ce qui convient au bien-être de son fils, de l’alimentation aux choix amoureux. Le genre de mère qui ne vous lâche pas d’une semelle, qui est de toutes les sorties scolaires et qui dès la maternelle opte pour le dénigrement systématique de toute rivale potentielle. Le genre de mère capable de cuisiner sciemment un plat de poisson pour votre petite amie qui déteste le poisson. Manipulatrice elle ondoie entre reproches et pleurs et sait exacerber le moindre désaccord en affrontement violent entre elle et son fils aîné, le père et le frère préférant se tenir en retrait de ces crises domestiques. Par l’éloignement physique et par l’humour du regard porté sur les protagonistes de son premier roman, Julien Almendros semble enfin s’être délivré de cet étouffement. Éd. Le Diletante, 128 p, 14 €.

Jordi Soler, La Dernière Heure du dernier jour. Traduction de l’espagnol Jean-Marie Saint-Lu. Le narrateur, un romancier qui vit à Barcelone entreprend un voyage dans ce coin de forêt tropicale près de Veracruz qui l’a vu naître dans les années 60. Lui revient alors en mémoire tout un univers foisonnant d’événements et de personnages insolites. Comment en effet oublier sa tante Marianne, âme d’enfant dans un corps de femme des suites d’une méningite, dont les accès de fureur terrorisaient toute la communauté et hantent toujours ses rêves, la chamane et ses remèdes occultes ou encore Chango le maire graveleux et corrompu qui laissait après chacune de ses visites le même rictus de dégoût sur tous les visages. La « Portuguesa », plantation de café, est le théâtre où évolue tout ce petit monde. Fondée par son grand-père Arcadi et un petit groupe de ses amis, exilés républicains catalans, qui avaient fui l’Espagne en 1939 et espéraient se bâtir un nouvel eldorado tiraillés entre la nostalgie d’une vie à jamais perdue et le désir de se tracer un chemin au cœur de cette jungle mexicaine. Jordi Soler par ses talents de conteur donne à l’histoire de sa famille des airs d’épopée. Éd. Belfond Etranger, 228 p, 19 €.

Brian Leung, Les hommes perdus. Traduit de l’américain par Hélène Fournier. « Une lettre de mon père est arrivée, et je ne veux pas l’ouvrir. Je l’ai découverte alors que je parcourais mon courrier en remontant l’allée du gravier. Une enveloppe postée de Los Angeles et portant son écriture se trouvait au milieu de publicités, de factures et d’une demande de renseignements concernant mon élevage de pigeons. Une partie de moi veut la remettre dans la boîte aux lettres. » Et pour cause ! Enfant brutalement orphelin de mère, il a été abandonné par son père, Chinois d’origine qui l’a confié à sa belle-famille américaine. Vingt-cinq ans plus tard, ce père revient et sa lettre lui dit sa dette et son désir de l’inviter à effectuer avec lui un voyage en Chine. En plus de la voix qui l’ouvre et le ferme, c’est un roman à deux voix, dont lettres et journal viennent étayer l’histoire ; tantôt celle du père, tantôt celle du fils qui se répondent, s’affrontent - le père a honte et le fils est en colère, le temps ne se rattrape jamais... - et questionnent l’absence et la culpabilité, les obsessions, les lourds secrets de famille, les origines, l’Autre, la quête de vérité. C’est un premier roman écrit par un jeune auteur américain d’origine chinoise, qui a choisi de donner des titres pour résumer ses chapitres, et auréole de poésie son voyage autant géographique qu’intérieur. Éd. Albin Michel, 355 p., 21,50 €. (Corinne Amar)

Nina Bouraoui, Appelez-moi par mon prénom. C’est une écriture puissante parce que juste, différente et comme sauvée de la litanie lancinante, obsessionnelle - exercice plus que style -, du coeur qui cherche ses maux de « Mes mauvaises pensées (2005) ». C’est une histoire de l’amour où tout respire l’amour, et où le style de l’écrivain se dilate. Dans une librairie de Lausanne, la narratrice, écrivain et parisienne, rencontre P. un jeune homme étudiant aux Beaux-Arts qui lui remet une lettre dans laquelle il lui confie avoir lu tous ses livres qui l’ont aidé dans son existence, et qu’il accompagne d’un petit film qu’il a réalisé en intégrant des passages du Journal de la romancière. Il est jeune et beau, émouvant, elle se laisse séduire par la rencontre, la distance et entame avec lui une relation épistolaire entre Genève et Paris. « Nos mots ressemblaient à des missives, je les attendais avec folie, consultant ma messagerie plusieurs fois par jour (...) il m’invitait dans sa vie, je l’invitais dans la mienne ». Elle décrit tout de ce jaillissement, pudique et neuf, nourri de plus en plus intensément par le merveilleux du fantasme, la vérité du désir naissant, la conscience « parfaite » des sentiments, la passion envahissante qui veut enfin se vivre au-delà des mots et mène aux retrouvailles ; et n’enlève ni à l’inquiétude existentielle ni à la mélancolie du temps qu’on voudrait fixer, immortaliser mais ouvre au monde et à la dimension du sacré. « J’ignorais si j’étais en train de fabriquer une intimité, si les mots et les images pouvaient se substituer au corps, à ce que l’on peut étreindre. Je le fixais à ma vie comme une légende qui n’existait pas... ». Comment saisir la grâce ? En aimant. Éd. Stock, 112 p., 14,50 €. (Corinne Amar)

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