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Lettres choisies - Maurice Raynal, La bande à Picasso

 

Lettre de Jean Paulhan à Maurice Raynal Lettre de Jean Paulhan adressée en 1917 à Maurice Raynal.
Le futur académicien appréciait la pensée de Raynal qui le faisait progressivement "entrer en cubisme ". Il fut l’auteur de nombreux ouvrages de référence sur l’art, dont La Peinture cubiste.
Collection particulière.
Avec l’aimable autorisation de publication de Claire Paulhan et David Raynal.

Blessures de guerre
(page 72)

Lettre de Jean Paulhan à Maurice Raynal,
Samedi 9 décembre 1917

Mon cher ami, je voudrais vous revoir. Je songe avec de la joie et de l’amertume à nos anciennes conversations, et à celle que nous eûmes un soir, boulevard Raspail, où Max Jacob vint nous retrouver...

J’ai revu Max J. par un hasard. J’ai passé un dimanche, il y a quinze jours, à Paris. Jacob, Apollinaire, Cendrars et Salmon comme je l’appris par L’Intransigeant devaient lire une de leurs oeuvres devant les tableaux de Kisling, et de Picasso, rue Huyghens. Apollinaire, « souffrant d’un mal de tête glorieux », ne fit que se montrer & Salmon ne vint pas. Mais Cendrars et Reverdy lurent chacun une poésie (j’avais cru jusqu’ici que Reverdy n’existait pas, étant un pseudonyme de Max J., mais non.) Jacob lut un assez long portrait en prose de « L’homme qui fréquente les noces ». C’était bien mais cela impatienta les peintres du fond de la salle, qui baillèrent grossièrement.

Je songeais à vous, comme j’y songe très souvent et surtout depuis votre dernière lettre. Il me semblait qu’à tous ceux qui étaient là manquait votre intelligence et si je peux dire, votre forme particulière de lucidité - que j’aime. [...]
J’ai emmené nos cent malgaches au camp de Dourdan où ils apprennent la manœuvre des gros camions - sales instruments d’ailleurs, plus brutes que des chevaux et qui vous écraseraient comme rien. [...]
Ils s’en tirent, et viennent de passer convenablement un premier examen. Ils souffrent du froid. Il y en a un qui a eu hier la fièvre et mal à la tête toute la nuit : ses voisins de lit se sont relayés auprès de lui : ils lui prenaient la tête dans leurs deux mains et s’endormaient ainsi contre lui.

Il pleut et la boue du camp qui est bâti dans un marécage, sur une sorte d’île devient infecte. Elle est mélangée de charbon.

Je vous serre bien fort les mains, mon ami.
Jean Paulhan

- je vais quitter Dourdan, dans une semaine. Ecrivez-moi 120 avenue d’Orléans. L’on fera suivre.


Lettre de Guillaume Apollinaire à Maurice Raynal,
Nîmes, le 30 janvier 1915
Page 75

Cher Maurice,

J’ai reçu ta longue et bonne lettre. Il fait un froid de boche. Salue le lieutenant Acremont de ma part. J’ai eu l’occasion de le rencontrer à Paris. Heureux cher ami que tu supportes vaillamment tes fatigues. J’ai voulu partir hier avec le contingent qu’on envoyait au front. J’aurais pu aller comme pointeur ou servent quelconque, sinon comme conducteur (car je n’ai pas encore fait de batteries attelées). Mais on ne m’a pas permis, parce que je suis au peloton d’élèves officiers. [...]
Au fond je m’emmerde à Nîmes, ce que nous faisons est inintéressant, mais tout de même le front, ce serait mieux et le plus vite possible. [...] En tout cas, il faut souhaiter que la victoire aille vite et soit complète. Ensuite, on reprendra la bonne vie de Paris avec des idées neuves et une santé rigoureuse.
Ton ami,
G. Apollinaire


Lettre de Fernand Léger à Maurice Raynal,
Le Neufour-en-Argonne, 14 novembre 1914
Page 76

Mon cher Raynal,
J’apprends par Jeanne qui a dû voir ta femme que tu es toujours vivant et blessé.
Veinard à toi l’apothéose ! [...] On fortifie la forêt sur l’Argonne, et ce n’est pas un petit boulot. J’ai mené une vie de sauvage pendant un mois et demi. Une de ces vies... [...] Nous n’avons que rarement affaire aux fusils. Mais les marmites, on commence à connaître cela. Je me demande comment des bonshommes comme nous peuvent résister à une pareille vie. D’ailleurs, après trois semaines de « sapes » à 100 mètres des boches, j’ai été tellement visé, que le major m’a pris comme brancardier. Je commence à respirer un peu. [...] La vie de « sapes » est très dure. Il faut creuser pendant que ça te passe sur la tête. [...] Jamais la guerre n’aura été autant une rupture que celle-ci. [...] On est dans le positif, la valeur brute. Du pain, des chaussettes, de la viande, toutes les choses simples valent leurs valeurs intrinsèques. Oh le relatif poétique ! Oh Max Jacob, Oh le goût, Oh les différences de matières ! ! ! Loin tout cela... mais trouver de l’herbe sèche pour se torcher le cul. Voilà la chose intéressante. Un bout de bougies et des allumettes. Ça n’a pas de prix.


Lettre de Max Jacob à Maurice Raynal,
23 septembre 1914
Page 77

Cher Maurice,
Je te félicite d’avoir été blessé !
Et je t’en remercie. C’est bon pour l’humeur de la corporation entière ; je me suis aperçu de la joie que la phalangette brisée de Mac Orlan a procurée à tous les réformés [...] Germaine m’a montré la lettre où tu relates ton cinquième combat : tu as eu ton Allemand, brave Maurice ! As-tu aussi quelque casque, la moindre parcelle de dolmen ? Non !


Lettre adressée sur une carte de correspondance militaire par Juan Gris à Maurice Raynal alors qu’il se trouvait au front, 1914.
Page 86

Par des amis j’ai su que tu as été blessé après t’être courageusement battu. Je suis aussi très heureux d’apprendre qu’à présent tu es tout à fait rétabli. Je te souhaite bonne chance à l’avenir, de tout coeur. Crois-le bien sincèrement au nom de notre vieille amitié.
Juan Gris

© Édition Ouest-France


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