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Dernières parutions novembre 2008
Par Elisabeth Miso

 

Correspondances

Joë Bousquet, Lettres à une jeune fille Joë Bousquet, Lettres à une jeune fille . Depuis ce jour de mai 1918 où une balle allemande l’a laissé paralysé à vingt-et-un ans, Joë Bousquet (1897-1950) a passé le reste de sa vie à transcender ce drame dans l’écriture et la fumée d’opium. « Si je redevenais un homme intact, je parlerais un autre langage. Je suis un blessé. Mon corps a été exclu de ma vie. Ce fut d’abord triste. Puis, ma vie s’est faite hors de lui. Privé de ma réalité physique j’ai vu ma pensée, ma vie, mon amour ne faire qu’un. C’est ma vie qui est mon être de chair. Elle s’est sensualisée, je ne dis pas virilisée. » Il lui est impossible de parcourir le monde, alors le monde s’invite chez lui, rue de Verdun à Carcassonne. Il noue des amitiés et des correspondances lumineuses avec les écrivains et les artistes les plus en vue de son époque : Breton, Aragon, Gide, Eluard, Paulhan, Cocteau, Valery, Ernst, Magritte. Il peuple son existence et l’espace de sa chambre aux volets clos de livres et de tableaux surréalistes. Pendant la seconde guerre, il ouvre sa maison à nombre de réfugiés juifs et de résistants. Quand il fait la connaissance de Jacqueline Gourbeyre, dite Linette, en janvier 46, le « poète immobile » de cinquante ans tombe sous le charme de cette étudiante en lettres de dix-huit ans. Il prend la jeune fille sous son aile, veut lui transmettre son amour absolu de la littérature, cette « vie même, sous sa forme la plus pure, la plus attirante » et la convaincre qu’écrire c’est « faire sentir les ressources illimitées de l’humain ». D’autres femmes comme Poisson d’or, qui ont déchaîné des sentiments et des missives brûlantes, ont précédé Linette au chevet de l’écrivain, mais avec cette dernière Joë Bousquet pressent qu’il vit l’ultime grand amour. Il fait d’elle sa confidente et s’abandonne pleinement à l’inspiration lyrique que la jeune femme suscite en lui. « Car il y a dans l’ombre qui m’entoure une qualité rose de jour en veilleuse, une sorte de nudité éparse, qui vous ressemble et, vous ressemblant, ne me parle que de ce que je portais en moi d’irrévélé. » Ces lettres inédites, éditées par le fils de Linette, Nicolas Brimo, journaliste au Canard enchaîné, ne trouvent pas d’écho dans celles de leur destinataire qui ont malheureusement été détruites après la mort de Joë Bousquet. Éd. Grasset, 320 p, 17,90 €.

Isabelle de Bourbon-Parme, Je meurs d’amour pour toi. Édition et préface Elisabeth Badinter. Après L’Infant de Parme, paru en mars dernier chez Fayard, qui racontait le fiasco d’une éducation modèle des Lumières en la personne de Ferdinand de Bourbon-Parme (1751-1802), Elisabeth Badinter s’est intéressée à la figure de sa soeur Isabelle, parfait exemple de la princesse philosophe du XVIIIème siècle. Petite-fille de Louis XV et de Philippe V d’Espagne, Isabelle de Bourbon-Parme voit le jour à Madrid en 1741. Mal aimée par sa mère Louise-Elisabeth et séparée de son père l’Infant Philippe, occupé par la guerre de succession d’Autriche, l’enfant n’a pour horizon que mélancolie et solitude. En 1749, en route pour le duché de Parme avec sa mère, elle découvre le faste de la cour de Versailles et va nourrir un attachement indéfectible pour la culture française. De son adolescence en Italie, elle ne retiendra que les inestimables connaissances et l’exigence intellectuelle acquises au contact d’Auguste Keralio et de l’abbé Condillac, deux esprits émérites des Lumières chargés de l’éducation de son frère Ferdinand. Belle, extrêmement érudite, d’une remarquable acuité pour son jeune âge, elle fait preuve d’une grande liberté de pensée qui s’exerce notamment dans les divers traités qu’elle consacre à la politique ou aux questions d’éducation. Femme éclairée, elle n’en demeure pas moins princesse et sait qu’elle ne peut échapper aux enjeux de pouvoir inhérents à sa condition. Aussi se prépare-t-elle sans sourciller à épouser Joseph II d’Autriche et part-elle à la conquête de Vienne. Les lettres réunies ici, si elles traduisent toute l’ardeur de l’amour interdit d’Isabelle pour sa belle-sœur Marie-Christine, illustrent aussi à merveille la trajectoire d’une femme exceptionnelle, disparue prématurément à l’orée de ses vingt-deux ans, qui par la force de son caractère, sa subtilité d’analyse, sa clairvoyance de l’âme humaine, a su se faire aimer de tous et a tenté, entre docilité apparente et hardiesse, de rester maîtresse de son destin de femme. Éd. Tallandier, 206 p, 15 €.

Lettres d’amour de Clara et Robert Schumann. Traduction de l’allemand Marguerite et Jean Alley. C’est à dix-neuf ans que Robert Schumann rencontre Clara Wieck dont il fera la femme de sa vie après bien des difficultés. En 1830, il prend pension à Leipzig, chez le professeur Friedrich Wieck, qui a décelé chez son hôte de remarquables prédispositions de pianiste. De dix ans sa cadette, Clara, stimulée par son père, est déjà un petit prodige en marche vers sa consécration de pianiste virtuose. D’amis liés par la même adoration de la musique, les deux jeunes gens se découvrent au fil des années une attirance profonde qui scelle un engagement mutuel à toute épreuve. Leur désir de convoler leur attire les foudres de Friedrich Wieck qui usera de toute son autorité pour déjouer leur projet. Fréquemment séparés par les tournées de concertiste de Clara, ils sont contraints de se voir ou de s’écrire secrètement. La haine de Wieck atteignant des sommets, ils obtiennent finalement gain de cause par voie de justice et se marient en septembre 1840. Ces lettres d’amour, prennent place dans cette période particulière de leur jeunesse exaltée, avant l’internement et la disparition à quarante-six ans de Schumann. Elles exhalent toute la puissance romantique de deux âmes passionnées, entièrement dévouées à leur amour et à la musique. Éd. Buchet Chastel, 320 p, 19 €

Antoine de Saint-Exupéry, Lettres à l’inconnue. En avril 1943, après plus de deux ans d’exil aux Etats-Unis et la publication du Petit Prince, Saint-Exupéry regagne l’Algérie où il est impatient de participer aux opérations militaires. La déception est grande quand il réalise que ses autorisations de vol sont comptées. Jusqu’en mai 44, date à laquelle il réintègre son escadre en Sardaigne et en Corse, il va traverser des moments de doute et de désolation. C’est dans ce contexte qu’au printemps 43, lors d’un voyage en train, il s’éprend d’une jeune française d’Oran, officier et ambulancière à la Croix Rouge. Il n’a de cesse ensuite de la séduire par le biais de lettres illustrées d’aquarelles où il laisse la parole au Petit Prince pour exprimer sa flamme et la frustration dans laquelle le jette les silences de la jeune femme. Des femmes Saint-Exupéry en a aimé beaucoup, mais ces lettres inédites, reproduites en fac-similés avec leur transcription, lèvent le voile sur cet amour inconnu qui a fait vibrer les derniers mois de sa vie. Éd. Gallimard, 29 p, 15 €.

Nietzsche, Lettres choisies. Choix et présentation de Marc de Launay. Friedrich Nietzsche (1844-1900) écrit à ses amis, à sa sœur, sa mère, à son maître vénéré, Richard Wagner. Les lettres datent de 1865 à 1888. S’y expriment le choix de l’abandon de la foi selon la tradition familiale, toute la conception d’une œuvre et d’une indépendance voulue liées à des ruptures nécessaires, la volonté d’un esprit libre qui suit « silencieusement sa route par le monde et hors du monde ». Sa correspondance, nous prévient-on dans la préface, est pour une large part, un instrument pratique, domestique et pas nécessairement un prolongement de sa pensée philosophique. Il n’empêche : ce choix de lettres, concentré autour de l’évolution du rapport de Nietzsche à ses œuvres, fait résonner l’intime ; de la joie pure de la pleine conscience du moment ; « Cher ami ( À Carl von Gersdsorff, le 7 avril 1866), À certaines heures de paisible contemplation l’on considère la vie avec un mélange de joie et de tristesse ; ces heures ressemblent à ces belles journées d’été qui s’installent largement à leur aise, sur les collines et que décrit si bien Emerson » ; à l’importance de la musique, de la danse ; à la profondeur et au prix d’une solitude enfin et par-dessus tout réfléchie ; « Cher ami (À Heinrich Köselitz, le 26 février 1888), Temps couvert, dimanche après-midi, grande solitude : je ne parviens à trouver rien de plus agréable que de vous dire quelque chose et de parler avec vous. Je viens de remarquer que mes doigts sont bleus : mon écriture ne sera déchiffrable qu’à celui qui sait déchiffrer mes pensées... » Il y eut une première édition de ces lettres en 1986, avec une traduction des lettres 1 à 42. Cette nouvelle édition ajoute la traduction, par Marc de Launay, des lettres 43 à 135. Éd. Gallimard, folio classique, 450 pages. Corinne Amar.

Mémoires/ Journaux

Louise Brooks, Loulou à Hollywood, Mémoires. Traduction de l’anglais René Brest. « Telle je suis restée, quêtant sans relâche l’authentique et la perfection, impitoyable envers le faux, généralement exécrée sauf de ceux, rares, qui ont surmonté leur horreur de la vérité afin de laisser libre cours au meilleur d’eux-mêmes. » Véritable icône, Louise Brooks, a durablement marqué par sa beauté troublante et sa modernité le 7ème Art. Son visage fascinant, à jamais associé à celui de la scandaleuse Loulou et son aura de femme libre ont tôt fait de lui ouvrir les portes de la gloire. Farouchement indépendante, elle ne peut accepter l’emprise des studios sur sa carrière et sur sa vie personnelle. Dans ses Mémoires l’actrice, avec une implacable lucidité et une rare intelligence, se retourne sur les événements et les êtres qui ont jalonné son fulgurant parcours dans le New York et le Hollywood des années 20-30. Née en 1906 au Kansa, d’un père avocat et d’une mère excellente pianiste à ses heures, qui a su encourager les ambitions artistiques de sa fille, elle part pour New York à quinze ans s’adonner à sa passion de la danse. En 1925, elle est engagée comme girl dans les Ziegfeld Follies et se fait remarquer par la Paramount et la Metro Goldwyn Mayer. Les tournages se succèdent, Les mendiants de la vie, Prix de Beauté, La Boîte de Pandore, Le Journal d’une fille perdue, ajoutant à chaque film une nouvelle pierre à l’édifice du mythe et confortant la jeune vedette dans son jugement acéré sur l’envers du décor de l’usine à rêves. Imprimé sur pellicule, le magnétisme de Louise Brooks rejoint celui de stars montantes ou confirmées comme Greta Garbo, Lilian Gish, Humphrey Bogart, James Cagney ou W.C.Fields. Parce qu’elle refuse de faire les raccords parlants de The Canary Murder case elle se voit écartée à vingt-deux ans par la Paramount des plateaux prestigieux et renoncera définitivement au cinéma en 1938. Éd. Tallandier, 8 €.

Marcel Mathiot, Carnets d’un vieil amoureux. Étonnants carnets que ceux de Marcel Mathiot, rigoureusement alimentés, à raison d’une page par jour, de 1927, année de ses seize ans jusqu’à sa mort en 2OO4. Soixante-dix-sept ans d’un journal intime, à consigner quelques fragments de l’existence d’un modeste instituteur de Maine-et-Loire, épicurien, pacifiste et grand amateur de femmes sur fond de grandes mutations du XXème siècle. Le présent ouvrage regroupe les carnets des quatre dernières années. En janvier 2000, Marcel Mathiot , après soixante-huit ans de vie commune, perd sa femme Geneviève qui a souffert de ses infidélités . Enfin libre et débarrassé de toute culpabilité du « pêché de chair », ce nonagénaire à la fraîcheur d’esprit et à la fougue amoureuse intactes, savoure sa vieillesse. Réapparaissent quelques amantes : Hélène, 81 ans, le grand amour de sa vie, rencontrée en 39-40 et retrouvée au début des années quatre-vingt, Mado, 82 ans, avec qui il entretient une liaison torride depuis 1946, Louise, 86 ans, veuve d’un de ses amis qui lui fait des avances et Lili la plus complice de toutes. Il va même connaître une brève aventure avec une jeune femme de trente-six ans. Entre présent d’une vitalité et d’un appétit sexuel impressionnants et nostalgie d’une jeunesse insouciante réveillée par la lecture de passages de ses anciens carnets, Marcel Mathiot se ballade au gré de sa mémoire comme pour mieux éprouver le chemin parcouru et se sentir terriblement vivant. Éd. Philippe Rey, 384 p, 19 €

Biographies/ Autobiographies

L’autobiographie de Charles Darwin . Traduction de l’anglais Jean-Michel Goux. « [...] l’amour de la science, une patience sans bornes qui m’a permis de réfléchir longuement sur tous les sujets, mon activité d’observation et de récolte des faits, et une bonne dose d’imagination et de bon sens. Avec des capacités aussi moyennes que les miennes, il est vraiment surprenant que j’en sois venu à influencer considérablement l’opinion des hommes de science sur quelques points importants. » Voilà comment Charles Darwin (1809-1882) s’expliquait les raisons de son succès, dans l’autobiographie qu’il achevait de rédiger en 1876, à l’attention de ses enfants et de ses petits-enfants. Exceptés un sens fort développé de l’observation et un goût pour toute sorte de collections, rien ne prédestinait le jeune Darwin à une brillante carrière de scientifique. Enfant et adolescent, il ne montrait de réel enthousiasme que pour la chasse. C’est à Cambridge qu’il se découvrit un intérêt grandissant pour les sciences naturelles. Son tour du monde à bord du Beagle, de décembre 1831 à octobre 1836, décida de son avenir. Durant ces cinq années, il s’imposa une discipline d’observation et de raisonnement déterminante pour la suite de ses travaux. La diversité des sujets d’études (récifs coralliens, fécondation des plantes à fleurs, transmutation des espèces...), les portraits admiratifs (Lyell, Hooker...) ou critiques qu’il esquisse des scientifiques de son temps, tout indique combien sa vie fut dominée par le besoin d’apporter une contribution notable à la science en se tenant autant que possible à distance des rivalités et des controverses. Conscient de l’hostilité et des bouleversements qu’allait soulever sa théorie de la sélection naturelle, il attendit vingt ans avant de publier en 1859 L’Origine des espèces. Éd. Seuil, 244 p, 20 €

Jean-Paul Enthoven, Ce que nous avons eu de meilleur. « Comment se résigne-t-on à n’être qu’un homme presque ordinaire quand la vie vous a d’abord servi son grand menu ? ». C’est là tout le problème de notre narrateur, dandy désabusé, vieil enfant gâté, qui n’a plus l’âge d’être cynique, ne veut plus être léger et déroule le fil de ses pensées exotiques, installé en privilégié dans la chambre de Marlon Brando, chez son ami de toujours - Lewis, ainsi nommé -, au cœur d’un palais marocain, paradis de fontaines de rêve et de volupté, de pétales de roses, de fêtes et de serveurs zélés qui font pleuvoir en ordre et en musique, thé, citrons et autres fruits, amandes, miel et félicités accessibles. Chapitres courts, fulgurantes tentatives de vérité sous le vernis du lyrisme : la plume est alerte et le temps qui passe la rend mélancolique, lorsqu’elle mêle ainsi passé et présent, confond mythe et réalité, évoque les héros, fait danser tout un spectacle d’ombres et de vivants, décrit un palais qui n’en est pas moins « bâti sur l’abîme », hume les odeurs, les parfums, la vie, et cherche à trier, parmi les sensations pures et la vanité des rencontres et de certaines amitiés, le grain de l’ivraie. À quoi ressemble le bonheur, à quoi tient la gloire, où est l’amour ? Au fond, « certains individus, pour se désennuyer, ne font-ils pas théâtre de tout ? » Éd. Grasset, 212 p, 15,90 €. Corinne Amar.


Dans le prochain numéro de FloriLettres :

Louis Kremer, D’encre, de fer et de feu - Lettres à Henry Charpentier (1914-1918).
Présentation et notes de Laurence Campa. Éd. La Table Ronde, paru le 6 novembre 2008, 271 pages illustrées, 43 €

Louis Krémer est né à Etampes le 12 décembre 1883. Il publia en 1909 un recueil de vers héroïques, « le Tribut d’airain », chez Falque. En août 1914, il partit dans un régiment d’infanterie. Il fut cité à l’ordre du jour dans sa brigade pour actes de courage en 1915 et 1917. Blessé durant la dernière grande offensive allemande, il mourut à l’hôpital de l’école polytechnique le 18 juillet 1918. 14 juin 1918
Chers amis, Blessé hier devant Compiègne (cuisses et fesses traversées par obus), je suis soigné à l’Hôpital de l’Ecole polytechnique, rue d’Ulm. Venez me voir de suite. Mes blessures sont très douloureuses, mais peu dangereuses, paraît-il. J’ai été opéré aujourd’hui, j’ai bien supporté l’opération. Amitiés.


FloriLettres n°99 téléchargeable au format pdf

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