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Entretien avec Ornella Volta

édition du 27 décembre 2000

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Correspond@nces.Comment avez-vous rencontré Erik Satie ? Je crois que c’est déjà une longue histoire...

Ornella Volta. C’est un peu le hasard et la nécessité ! J’avais un ami chef d’orchestre qui devait faire un programme au festival de Venise, et il voulait y ajouter des textes de Satie. Comme j’étais à Paris il m’a demandé de chercher. J’ai cherché, mais j’ai trouvé tellement de choses, tellement d’inédits... C’est venu comme ça. C’est sans fin, je trouve toujours de nouvelles choses. Je ne m’ennuie jamais avec Satie !

C. Est-ce que ce travail de recherche sur sa correspondance a modifié ce que vous pensiez de lui en tant qu’écrivain ?

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O.V. Je ne sais pas. Les lettres ressemblent assez aux Ecrits, avec la concision et l’ironie. Mais ici c’est une forme de dialogue très spécial, à distance. Satie avait un grand besoin de socialité. Il a besoin de stimulation extérieure, et en même temps c’est un solitaire. La correspondance correspond bien à son caractère. Il est toujours très poli, il ne veut pas ennuyer ses correspondants. C’est très rare qu’il se confie. Il garde toujours une certaine distance, notamment grâce à l’humour ; c’est son côté anglais. Parfois il met des dates fantaisistes, il veut amuser. C’était très difficile de retrouver la date véritable ! Mais c’était quelqu’un de très intègre, qui ne calculait pas.

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C. Y a-t-il dans ses lettres ce côté "dessiné" qu’on trouve dans les écrits ?

O.V. Oui, d’ailleurs nous avons reproduit quelques fac-similés. C’est toujours très graphique. Au départ il faisait de grandes lettres, avec une mise en page spéciale. Plus tard il utilisera plutôt la carte-lettre, parce que c’est plus économique, mais il prend toujours soin de sa calligraphie, et ajoute parfois des dessins, comme ces bombes, pendant la guerre, qu’il dessine sur une lettre à Cocteau.

C. Vous relevez un propos qu’il a tenu à Silvia Beach, la libraire américaine qui avait fondé Shakespeare and Co. : pour lui l’idéal littéraire était représenté par la lettre d’affaires. C’était ironique ?

O.V. Non, je ne crois pas qu’il ait dit cela par provocation, je pense qu’il était sincère, et on le retrouve dans ses lettres. "Vous avez quelque chose à dire et vous l’exprimez", c’est bien ainsi qu’il l’entendait l’écriture. Satie ne fait jamais de phrases, sa prose est épurée comme sa musique.

C. Quelles seront les prochaines étapes ?

O.VD’abord il faut faire l’inventaire de notre fonds d’archive, qui doit être déposé à l’Institut Mémoire de l’édition contemporaine. C’est un gros travail. Ensuite je voudrais faire quelque chose sur Vexations, cette pièce de musique redécouverte par John Cage et qui a été jouée un certain nombre de fois et tout récemment à Paris. J’aimerais également établir un catalogue de toutes ses ?uvres, musicales ou littéraires, et rééditer les Ecrits qui sont épuisés mais en y incluant tous les textes consacrés à la musique, qui avaient été écartés à l’époque pour mieux faire ressortir l’écrivain Satie. Et je voudrais aussi établir une chronologie Satie, année par année ? Je n’en ai pas fini avec Satie !

Propos recueillis par Sylvain Jouty

Photos © Archives Erik Satie, Paris. Site sur le compositeur Erik Satie Erik Satie, Correspondance presque complète , réunie et présentée par ornella Volta. Fayard / IMEC 1235 p., 290F.
Ouvrage édité avec le concours de la Fondation La Poste.