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> Edition du 7 février 2007
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Carte de voeux, par Paul Carbone

édition du 27 décembre

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Il y a déjà quelques décennies que je me prive d’envoyer la moindre carte de voeux. Non pas que lesdites cartes manquent de charme, ni que La Poste ait manqué d’honorer mes propres dessins pour illustrer son calendrier de l’An 2000, pas plus que je ne manque d’amis, mais l’existentielle question taraude ma plume : que souhaiter ? Le bonheur ? Autant leur dire qu’il dépendrait moins tant de leurs qualités à le construire que d’un hasard facétieux. Ou, qu’ayant sombré subitement dans une superstition millénariste, je les préviens que la station Mir risque de leur tomber sur la tête ! Et puis, ce bonheur des uns - qui fait toujours, peu ou prou, le malheur des autres - ne deviendrait-il pas indécent de le souhaiter ? La santé me paraîtrait chose plus sérieuse. Celle du cerveau, j’entends. Elle consisterait en quelques conseils baudelairiens : Enivrez-vous "De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise, mais enivrez-vous." Conseils judicieux desquels il faudrait soustraire l’abrutissante médication de notre siècle, déjà dénoncée par Jules Romain - et qui sévit à outrance dans l’insupportable commerce de la santé. Car s’il y a toujours Urgences pour sauver sa peau, il me semble plus impératif de sauver sa cervelle du néant.
Restent les étrennes.
Il me souvient, qu’enfant, c’était de tous les voeux pieux celui qui me paraissait le plus attrayant. Et qu’un petit billet, voire un gros chèque, concrétisait davantage ma soif de bonheur que la frivolité des bénédictions dont on agrémentait ce cadeau. On me souhaitait bien parfois la réussite de mes désirs, mais que savait-on des appétences de ma chair ? Alors qu’avec un joli billet de 50 francs (pour l’époque) une demoiselle très fardée, mais hautement disponible, pouvait se charger d’en calmer le tremblement. Aujourd’hui encore, il me semble qu’une carte de voeux monnayable ferait fureur. Lorsque j’ai pris ma retraite, mes collègues professeurs ne m’ont rien souhaité. Ils m’ont offert pour 1500 francs de vignettes colorées par la FNAC, avec lesquelles j’ai acheté un scanner. Scanner qui ne valait certes pas les jolies demoiselles de mon enfance, mais j’ai maintenant passé l’âge de chercher mon bonheur au coin des rues. Le calendrier de Paul Carbone