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Dernières parutions février 2009
Par Elisabeth Miso

 

Correspondances

Leroy Pollock, Lettres américaines LeRoy Pollock et ses fils, Lettres américaines 1927-1947. Traduction de l’anglais Francesca Pollock et Guillaume Leingre. De leurs parents les cinq frères Pollock ont hérité le sens de l’intégrité, une générosité sans faille, une conscience politique ancrée à gauche et le goût pour l’Art. Quand la Grande Dépression s’abat sur l’Amérique, la famille est dispersée entre la côte Ouest et Est, LeRoy le père et ses fils sont sur les routes à la recherche du premier emploi venu. Chacun prend soin de donner des nouvelles et de s’enquérir du sort des autres, grâce à Stella la mère qui fait circuler le courrier. Cette correspondance qui couvre les années 1927 à 1947, si elle rend palpable l’indéfectible tendresse qui soude le clan, rend compte de la crise que traverse le pays, de l’engagement politique des Pollock et des ambitions artistiques de Charles, de Sanford et de Jackson qui allait devenir l’exceptionnel peintre abstrait que l’on sait. Au gré de leurs déplacements entre la Californie et New York et de leurs incessantes difficultés, les frères font le constat d’une Amérique dévastée où sévit partout la pauvreté, où grondent les grèves, se passionnent pour la peinture murale, veulent croire dans le New Deal de Roosevelt et redoutent le pire d’Hitler et de la guerre qui ébranle le vieux continent. Éd. Grasset, 272 p, 18,50 €.

Max Jacob, Lettres à un jeune homme 1941-1944. En mai 1941 Jean-Jacques Mezure, étudiant en céramique, est profondément attiré par la poésie et la voie ecclésiastique. Séduit par le portrait que fait de Max Jacob un de ses amis, il lui adresse une lettre, convaincu de trouver en cet artiste original, ce juif converti au catholicisme, la personne qui saura comprendre et guider ses questionnements esthétiques et spirituels. En ces temps d’Occupation l’auteur du Cornet à dés ne publie plus, il a « assez supporté les vols, les incompréhensions, les injures, les moqueries ». Il a renoncé aux « désordres, ambitions effrénées, vanités exaspérées, débauches inconscientes » de sa jeunesse et vit retiré à Saint-Benoît-sur-Loire près d’Orléans, totalement dévoué à l’écriture, à la peinture et à sa foi. Entre le jeune homme de dix-neuf ans et le poète de soixante-cinq ans débute un amitié épistolaire qui n’est pas sans rappeler celle de Rilke avec Franz Xavier Kappus. Max Jacob recommande lectures et méditation, met en garde contre les facilités littéraires, souligne les qualités nécessaires à toute démarche poétique, cette « harmonieuse conflagration des pensées et des sentiments dans la cage thoracique » et insiste sur le seul objectif à atteindre, « devenir un homme éthique ». Ces lettres inédites révèlent l’infinie générosité et disponibilité de l’artiste mais laissent aussi filtrer les regrets, les souffrances, les persécutions, son inquiétude pour son frère et sa sœur déportés à Auschwitz. Jean-Jacques Mezure et son correspondant n’auront pas la chance de se connaître, Max Jacob s’éteindra à Drancy le 5 mars 1944. Éd. Bartillat, 160 p, 14 €.

Biographies / Autobiographies

Abderrhamane Boufraïne et Vincent Migeat, 31, rue de la République. Préface d’Edgar Morin. Abderrhamane Boufraïne a grandi à Villeparisis en banlieue parisienne, au coeur d’une fratrie de quinze enfants sur laquelle régnaient un père algérien et une mère marocaine arrivés en France dans les années 50. De l’enfance à l’âge adulte, entre traditions arabes et école républicaine, il raconte comment l’évidence d’une double identité française et maghrébine s’est imposée à lui. Fragments d’enfance et d’adolescence, souvenirs personnels et portraits des frères et soeurs, redessinent les contours d’un destin familial enraciné dans deux cultures. Vincent Migeat, iconographe au Nouvel Observateur a su trouver toute sa place dans ce projet autobiographique. Ses photographies émouvantes des lieux et des êtres qui peuplent l’univers intime de son ami et le journal qu’il livre de leur voyage entrepris en mars 2006 sur les traces du père en Algérie, éclairent d’un autre regard sensible cette réflexion sur la mixité française. Éd. Actes Sud, 224 p, 28 €.

Adam Phillips, Winnicott ou le choix de la solitude. Traduit de l’anglais par Michel Gribinski. Biographie critique du pédiatre et psychanalyste anglais, Donald Winnicott (1897-1971) qui occupa une place à part dans la psychanalyse infantile, tant du fait de son originalité, de son inventivité, que de son détachement par rapport aux deux écoles d’Anna Freud et de Mélanie Klein. « Je glane une chose et une autre, ça et là, me penche sur l’expérience clinique, élabore mes propres théories et puis, tout à la fin, je cherche à voir ce que j’ai volé et où. Peut-être cette méthode en vaut-elle une autre. » Ses travaux théoriques et son approche thérapeutique s’attachèrent à reconstruire la dynamique de la petite enfance, celle du narcissisme primaire et de la relation essentielle de la mère « suffisamment bonne » et du nourrisson - personne à part entière dès les premiers jours -, insistèrent sur le « fondement de la capacité d’apprendre à marcher seul, à être seul », c’est-à-dire à vivre « l’expérience d’être seul en présence de quelqu’un ». Elaboration d’une pratique personnelle et découvertes restées célèbres ; celle de l’objet transitionnel, le « doudou » (pouce, bout de couverture, ours en peluche), ou la notion de « self » , ou encore la technique du « squiggle game » ou « griffonnage », où l’adulte et l’enfant proposent et interprètent tour à tour des « gribouillis » librement dessinés sur une feuille blanche, dans cet espace transitionnel de jeu et de créativité fondamental pour la maturation de l’enfant... L’auteur, psychanalyste britannique et fin connaisseur de Winnicott, mêle subtilement le développement de l’œuvre et la vie elle-même de Winnicott, mettant en lumière sa pensée, ses théories, ses textes, sa foi, ses contradictions. Éd. de l’Olivier, coll. penser/rêver, 270 p. 18 €. (novembre 2008) Corinne Amar

Edgar Morin, Mon chemin, Entretiens avec Djénane Kereh Tager. « Je suis en chemin comme je l’ai été toute ma vie. C’est mon destin. Je continue, je suis toujours à la recherche, je cherche, j’aime, je vis, je vis, je jouis. Je suis très content quand je rencontre une amitié nouvelle quand un nouveau visage me charme (...). »
Né à Paris, d’une famille de nationalité italienne, d’ascendance judéo-espagnole, enfant unique, orphelin désespéré de sa mère, Luna, à l’âge de dix ans, à vingt ans, sous l’Occupation, entré à la fois au parti communiste et dans la résistance gaulliste, plus tard, dans la résistance à toutes les barbaries ; aventurier iconoclaste mais surtout écrivain, philosophe, sociologue du présent, anthropologue soucieux de l’état du monde, inventeur de la pensée complexe et auteur d’une oeuvre majeure, La Méthode, Edgar Morin a 88 ans aujourd’hui. Il répond à la journaliste Djénane Kereh Tager (longtemps rédactrice en chef du Monde des Religions), remonte ce cheminement de vie et ce qui constitua l’essence même de son existence. Il parle de sa propre naissance miraculeuse, de sa double identité, évoque les débats et combats du monde, la complexité humaine, le présent travaillé par « les forces invisibles », souterraines, ses tentatives de réformer la pensée, l’éducation... Il dit son expérience de la vie, de la tragédie, de l’amour, de la vieillesse, de la mort, il parle du travail et du devoir d’homme, analyse le cheminement d’une œuvre qui n’en finit pas d’être achevée, demande encore quelques années de vie, dévoile un appétit, une joie de vivre, une sagesse, qui résonnent - vertus d’humaniste -, tels une leçon de vie. Éd. Fayard, 366 p. 20 €. (septembre 2008) Corinne Amar

Romans

Chloé Delaume, Dans ma maison sous terre. Chloé Delaume est hantée par des images de cadavres en décomposition, par les voix des morts des autres dans les cimetières, parce que les siens de morts ne sont que silence. Chloé Delaume est hantée par ces images d’elle à dix ans témoin de l’assassinat de sa mère par son père puis du suicide de ce dernier. « Mon corps est l’habitacle des morts de ma famille. Des morts et des fantômes, je ne guérirai pas. Je voudrais que ça cesse, que je sache qui je suis. » Son roman articulé comme un dialogue avec elle-même, est un nouveau sillon creusé dans la tragédie familiale, une nouvelle tentative d’autofiction expérimentale, tout à la fois quête littéraire et reconstruction identitaire. D’abord torrent de rage, pulsion meurtrière dirigée contre sa grand-mère maternelle qui au printemps 2004 lui avouait un perfide secret après avoir laissé l’orpheline « pousser à l’ombre d’un mensonge, dans le terreau poisseux de folie et de sang », le livre après moult contorsions trouve une certaine sérénité dans la confrontation avec les mots. Véritable acte de survie, la langue de Chloé Delaume sonne telle une musique intérieure à la beauté et à la vitalité singulières. Éd. Seuil, collection Fiction & Cie, 216 p, 17 €.

Xavier Houssin, La mort de ma mère. Appelé au chevet de sa mère mourante, le narrateur voit ressurgir ses souvenirs d’enfance. Scènes d’impuissance à l’hôpital suspendu aux ultimes signes de vie ou préparatifs des funérailles, Xavier Houssin décrit le déchirement de se résoudre à laisser partir l’être aimé et glisse un portrait attachant de sa mère. Professeur d’algèbre et de géométrie, la jeune femme avait quitté Roubaix pour s’engager dans l’armée et s’embarquer pour l’Indochine. Contrées lointaines où elle avait connu le grand amour, un officier qu’elle n’avait pu épouser que bien des années plus tard. Dix ans de voyages puis le retour en France et une vie en tête à tête avec son fils, avec pour paysages l’Oise, le Nord et la Normandie. Comme toujours avec les souvenirs, le bonheur se dégage des choses les plus infimes. Le goût des épices dans les plats, les ballades en voiture, les nuits à contempler les étoiles, les escapades parisiennes du jeudi à parcourir les grands magasins et les musées, les vacances d’été dans la maison des grands-parents à Roubaix ou en Angleterre bercé par les poèmes de Coleridge et la lecture de Sherlock Holmes. Une foule de moments à deux qui ne disparaîtront jamais. Xavier Houssin, journaliste littéraire, éditeur et écrivain, évoque avec pudeur et délicatesse la douleur de la disparition et la douceur du lien qui le rattachait à cette mère peu banale. « J’ai déchiré le texte de Claudel en tout petits morceaux. Les ai laissés dans la terre de sa tombe. J’enveloppais de mots ma mère disparue. Mon Dieu qu’il faisait beau. C’est fini. C’est fini. » Éd. Buchet Chastel, 120 p, 12 €

Hafid Aggoune, Rêve 78. Alors qu’il va devenir père, un homme de trente-quatre ans s’échappe au Maroc, au bord de cet océan où à l’été 1978, le petit garçon qu’il était renaissait à la vie après deux années de séparation d’avec sa mère. Le besoin de se plonger à nouveau dans cette blessure d’enfance est venu d’une photo, celle qui figure sur la couverture du livre, qui le représente lui à cinq ans avec sa mère à Casablanca, tous deux réunis devant la mer, devant un nouvel horizon, dans la lumière de cet été là. Dans ce roman autobiographique, Hafid Aggoune revient sur ce traumatisme, sur ses émotions d’enfant désemparé qui vivra deux ans déraciné laissant grandir en lui l’absence et une solitude qui ne l’abandonnera jamais tout à fait. « Partout, j’étais seul. En amour, en famille, prisonnier d’un désastre intérieur, aussi seul qu’un astre en dérive, seul avec ma petite gravité. » Il rend un vibrant hommage à cette mère qui amputée de son enfant s’enfonce dans le désespoir et manquera mourir de chagrin. Longtemps, il en a voulu à ce père terrible, perdu dans ses propres peurs, de l’avoir exilé en Algérie chez sa grand-mère, de l’avoir arraché à l’amour maternel et à la langue française. La lecture et l’écriture viendront combler le manque, se feront nourricières, intimement liées à la figure de la mère. Au delà de la relation mère-fils ce que décrypte admirablement ce beau roman c’est la naissance de l’écrivain. « Je dis que l’écriture c’est ma mère pour la première fois de façon claire. J’écris pour fabriquer mon propre corps, ma véritable présence au monde. Toute mon existence est la recherche de ce lieu habitable, un monde vivable, ma langue, le livre. » Éd. Joëlle Losfeld, 62 p, 9,50 €.

Récits

Francis Drake, Récit des voyages de Francis Drake . En novembre 1577, Francis Drake qui allait se distinguer en 1588 dans la défaite de l’Invincible Armada, vogue vers les mers du sud à la tête de cinq navires et de cent soixante-quatre marins. Il regagnera le port de Plymouth trois ans plus tard, après avoir bouclé le premier tour du monde conduit par un navigateur anglais. Mandaté par la reine d’Angleterre, Drake s’en donne à cœur joie, au Pérou et au Chili, dès qu’il s’agit de piller les colonies et les vaisseaux espagnols. Or, argent, pierres et tissus précieux s’amoncellent à bord de la flotte du hardi flibustier. Autant il peut se montrer magnanime avec ses ennemis autant il sait se montrer intraitable si l’un de ses hommes le trahit. Des côtes d’Amérique du Sud, de l’archipel indonésien, des Indes à la Perse le voyage est riche d’enseignements sur les moeurs, les rites, les habitudes vestimentaires, culinaires, les sciences, l’organisation des sociétés des peuples rencontrés et laisse entrevoir dans quel émerveillement se trouvaient Drake et ses compagnons. La présente publication reprend l’édition la plus complète du récit de cette aventure par Francis Pretty l’un des membres de l’équipage. Éd. Cartouche, 132 p, 15 €

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