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Dernières parutions mars 2009 Par Elisabeth Miso

 

Correspondances

Vega et Elias Canetti, Lettres à Georges Vega et Elias Canetti, Lettres à Georges . Traduction de l’allemand Claire de Oliveira. Découverte en 2003 dans la cave de Georges Canetti, cette correspondance met en lumière la passion triangulaire qui unissait l’éminent médecin à son frère Elias, l’auteur d’Auto-da-fé et de Masse et puissance, prix Nobel de littérature en 1981, et à sa femme Veza. En 1934, Elias Canetti (1905-194) avait épousé à Vienne, après huit années de liaison, Veza Taubner-Calderon (1897-1963) pour lui faciliter l’obtention de papiers. Georges son cadet de six ans (1911-1971) vivait à Paris avec leur mère et étudiait la médecine, ses brillants travaux sur la tuberculose allaient bientôt asseoir sa renommée. Leurs lettres croisées qui courent de 1933 à 1959, traduisent les tourments quotidiens et l’amour infini qui circulait entre ces trois êtres d’exception. Bien que profondément attachée à son mari, Veza de nature mélancolique, souffre de leur vie chaotique et misérable (ils ont dû s’exiler à Londres en 1938) et des crises d’Elias à l’ambition créatrice contrariée. Elle trouve de la consolation dans la vive inclination qu’elle ressent pour son beau-frère homosexuel et tuberculeux. Elias qui se débat entre ses relations extra-conjugales et sa volonté de faire publier son oeuvre, voue une admiration sans bornes à ce frère généreux à l’intelligence aiguë, avec qui il rêverait de vivre et d’écrire. Elias et Veza écrivent en secret à Georges, leurs lettres se font confidences à deux mais la figure du troisième n’est jamais loin, soit qu’on s’en plaigne, soit qu’on s’inquiète pour lui ou qu’on s’attache à vanter ses mérites. « Tu fais partie de nous. Sans toi, aucune ombre ne pourrait disparaître. Il ne se passe pas de jour sans que nous parlions longuement de toi, avec passion. Sans que nous nous disputions, nous qui t’aimons et t’admirons, toi. Veza à Georges, le 3 février 1946. » Éd. Albin Michel, 526 p, 24,50 €.

Biographies / Autobiographies

Patrick McGilligan, Clint Eastwood Patrick McGilligan, Clint Eastwood, Une légende . Traduction de l’anglais Muriel Levet. Le mystérieux et charismatique Clint Eastwood, véritable légende du cinéma américain, oscarisé pour Impitoyable et Million Dollar Baby, réputé pour sa sérénité sur les tournages, dissimulerait-il quelques zones d’ombre ? C’est ce qu’avance Patrick McGilligan, qui au terme d’une longue enquête à compulser les archives des studios, des articles de presse, des interviews et à recueillir les témoignages des proches et des collaborateurs de l’acteur, fait se répondre filmographie et vie privée, esquissant les contours d’une personnalité assez complexe. Cette biographie non autorisée, si elle dévoile certains aspects intimes de la star, vaut surtout pour l’éclairage qu’elle apporte à son parcours artistique. À ses débuts dans les années 50, le jeune acteur nonchalant se fait davantage remarquer pour son physique avantageux que pour son talent. Révélé par la série télévisée Rawhide en 1959, les années 1964 à 1969 lui ouvrent les portes de la gloire avec les westerns spaghetti de Sergio Leone (Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus, Le Bon, La Brute et le Truand) et les films de Ted Post et de Don Siegel (Pendez-les haut et court, Un shérif à New York). Il s’inspirera des univers de Leone et de Siegel s’entourant des meilleurs scénaristes et techniciens au sein de sa maison de production Malpaso et gardera une prédilection particulière pour les personnages de héros solitaire, viril, séducteur et énigmatique. Dès ses premiers films en tant que réalisateur (Un frisson dans la nuit, L’Homme des hautes plaines, La sanction, Josey Wales hors-la-loi) il impose son style : des tournages avec peu de prises, des dialogues épurés, le goût pour les vues aériennes ou caméra à l’épaule. Si l’homme peut apparaître ambigu à certains égards, l’intelligence et l’instinct avec lesquels il a su tirer parti de ses faiblesses et de ses atouts pour concrétiser ses ambitions cinématographiques, restent fascinants. Éd. nouveau monde, 767 p, 24 €.

Mémoires

Paul Nizon, Le Ramassement de soi . On y on retrouve le charme suranné et charnel du vocabulaire, sa musique à l’oreille, une certaine manière d’être unique ou du moins particulière. Et si certains trouvent à la pomme - aigrelette ou acidulée - un parfum suret, Paul Nizon, lui, c’est au cuir des fauteuils : « Le cuir a une odeur surette, surtout associé à des barres métalliques, encore plus quand il y en a autant d’entassé que dans cet autocar de campagne, un autocar allemand... (p.21) » ; ou encore « Voyager. Il n’y a là que le cuir vert imprégné de sueur, à l’odeur surette de fumée, le compartiment étroit au carré, en dessous de toi les roues qui foncent avec rudesse. (...) (p.11). » Cet homme-là qui n’a pas de temps et tout son temps ramasse ici quarante ans de son existence et de ses plaisirs, autant de son oeuvre, en une trentaine de courts textes rédigés entre 1961 et 2004. Paul Nizon évoque ses souvenirs de naissance et de jeunesse à Berne, sa vocation d’écrivain, son mode de travail, une « écriture en aveugle », ses amis et ses maîtres en lectures - car il est des livres qui imprègnent pour toujours -, y mêle des scènes du quotidien, son analyse de la vie, des réflexions sur l’art, la langue, la littérature, la poésie ; il évoque le poète Robert Walser, les écrivains Knut Hamsun ou Sean O’Casey, Beppe Fenoglio, les peintres Van Gogh, Dietrich ou Soutine, Amarcord et Fellini, Bertolucci et Le dernier tango à Paris, ou encore, la ville de New York, la rage de vivre, la durée d’une cigarette, l’art de voir... Tantôt plus sensuel que l’inverse, tantôt le contraire... Est de ceux qui trempent leur croissant dans leur café chaud et qui affectionnent le mot « ramassé », parce qu’il a à voir avec la densité et la poésie aussi. Éd. Actes Sud, 356 p., 25 €. (nov. 2008) Corinne Amar.

Eric Faye, Nous aurons toujours Paris. « Des nappes profondes de l’enfance, le merveilleux refait quelquefois surface, un instant, par un jeu de sources et de puits cachés. L’âge d’homme, au fond n’est souvent rien d’autre que la quête d’une explication à ces fulgurances, ces tout petits satori, qui zèbrent notre nuit et l’enchantent (p.107) », confie cet amoureux des trains, au terme de son séjour au Japon, d’une île à l’autre, entre kimonos et ombrelles, daims en liberté, mousses de jardins, plaines, rizières et bambous... Ce sont dix courts chapitres d’homme empli d’enfance revenue à la mémoire, dédiés au sentiment, au souvenir, au merveilleux des rencontres et des coïncidences, à l’ensorcellement du voyage et des hautes altitudes. Chapitre après chapitre, tel un collectionneur de petits galets patiemment ramassés sur les chemins et dont chacun a son histoire et sa forme et peut raconter un monde à lui tout seul, il restitue le « merveilleux » du souvenir, le lien profond, ténu entre le rêve et sa réalisation ; depuis les émotions de la petite enfance et les premières découvertes, sa passion précoce pour les atlas, les cartes géographiques, les îles au loin désirables, jusqu’au coeur de ces mythes approchés. Journal de voyage d’un pays à un autre ; l’Albanie, la Mongolie, le Japon... Éblouissement du rêve de gamin : il observe, décrit, s’étonne, sent, touche, s’émerveille : cela existe ! Il évoque les rencontres déterminantes, rêvées, caressées elles aussi ; Julien Gracq, Ismail Kadare, inoubliables. Attentif à la présence des choses, à leur empreinte en soi qui perdure et laisse des étoiles « ... comme Bogart trouve la force de quitter Ingrid Bergman en lui disant, pendant que l’avion mouline du brouillard sur la piste, We’ll always have Paris ». Éd.Stock, 190 p., 15 €. Corinne Amar.

Werner Herzog, Manuel de survie. Entretien avec Hervé Aubron et Emmanuel Burdeau. Le 4 octobre 2008 alors qu’il travaille à la mise en scène de Parsifal de Wagner, Werner Herzog reçoit Hervé Aubron et Emmanuel Burdeau à l’opéra de Valencia, l’occasion pour lui de se pencher sur une carrière atypique et de livrer quelques clefs de compréhension d’une oeuvre traversée par des thèmes récurrents. Films de fiction, documentaires, écriture, le cinéaste allemand a toujours navigué entre plusieurs formes d’expression pour tenter de « comprendre le coeur des hommes » et de capter comment force et faiblesse cohabitent en chacun de nous. Chez Woyzeck, Aguirre, Fitzcarraldo, Reinhold Messner l’alpiniste ou Walter Steiner champion de saut à skis, c’est la puissance qu’il traque, pas la puissance triomphante mais celle qui flirte avec le danger, l’échec, la folie et l’anéantissement. La vulnérabilité de l’homme l’intéresse, il a filmé des sourds, des muets, il aimerait réaliser un documentaire sur les langues qui meurent partout dans le monde. Il parle de l’importance de la marche, de l’écriture, de son grand rêve de pouvoir voler, de l’Allemagne, « des paysages intérieurs », de ses écrivains de chevet, Bruce Chatwin, Joseph Conrad, Hemingway, Büchner, Hölderlin. « Derrière les images derrière la vision, derrière l’histoire, derrière la grammaire de la narration et la grammaire de l’image, il y a quelque chose dont le cinéma peut vous offrir l’expérience en de très rares occasions : vous touchez alors une vérité plus profonde. Ça n’arrive pas très souvent, ça arrive en poésie. » Éd. Capricci, 130 p, 14 €.

Romans

J.-B. Pontalis, Le songe de Monomotapa . Contrairement à l’amour « l’amitié, elle, ne prétend pas accéder à la plénitude. On a beau attendre beaucoup de l’ami, on attend pas tout de lui. Elle n’exige pas d’être parfaite. » Elle est cet espace de liberté, de similitudes et de différences partagées, qui aide à vivre et à tenir la mort à distance. L’écrivain, éditeur et psychanalyste Jean-Bertrand Pontalis sait bien ce qu’il doit à l’irremplaçable pouvoir de l’amitié, aussi a-t-il choisi d’en faire le sujet de son dernier livre sous forme d’un sensible et subtil éloge. Il y a les amitiés fugaces, celles qui se dissolvent et celles qui traversent le temps. Celles des affinités persistantes nouées avec Jean-Piere Vernant au sein du Comité des intellectuels contre la guerre d’Algérie, avec Jean Pouillon sur fond de revue des Temps Modernes Nouvelle et de Nouvelle Revue de psychanalyse, avec Michel Cournot rencontré en hypokhâgne au lycée Henri-IV et à qui ce songe de Monomotapa est dédié, en référence à la fable de La Fontaine, Les Deux Amis. Il y a les « compagnons imaginaires » reconnus au fil des lectures, les grandes amitiés littéraires qui entrent en résonance avec votre propre pensée, celle de Camus et de Char, celle de Fliess et de Freud. Il y a tous ces lieux amis, les plages, la chambre d’étudiant sur l’île de la Cité, les lacs de montagne ou l’Atlas marocain qui vous reviennent en mémoire et ces « amis disparus » qui vous rendent visite dans vos rêves. « L’ami est celui qui me fait sortir de moi-même, de ma famille, de mon milieu, qui me détourne de ce qui m’est devenu trop familier et m’apparaît alors comme un espace étroit, confiné, où je respire toujours le même air raréfié. L’ami me dépayse. » N’existe-t-il pas de plus belle évasion ? Éd. Gallimard, 164 p, 14,50 €.

Julian Barnes, Rien à craindre. Traduction de l’anglais Jean-Pierre Aoustin. « Je ne crois pas en Dieu, mais il me manque. » Voilà posé dès le début ce à quoi l’agnostique qu’est Julian Barnes ne peut se raccrocher pour affronter l’idée de sa propre mort : la foi qui donne un sens à notre bref passage sur terre. La mort occupe les pensées quotidiennes du romancier anglais jusqu’à se manifester lors d’ « attaques nocturnes intermittentes ». La mort le hante, non pas comme une obsession morbide mais comme le signe d’une conscience, d’un « réveil mortel » qui définit la vie et permet de comprendre ce qu’est l’existence. Selon lui, il s’agit moins de tracer une ligne de partage « entre les croyants et les incroyants qu’entre ceux qui craignent la mort et ceux qui ne la craignent pas ». Le voilà donc qui s’aventure avec humour et grande érudition dans une réflexion sur notre rapport à la mort, sur la religion, la génétique, l’art, la littérature qui « raconte de beaux mensonges qui renferment des vérités précises ». Il convoque les sages, les lucides et les sceptiques, écrivains, philosophes et musiciens, sa « vraie famille » auprès de laquelle apprivoiser cette peur de la fin inéluctable : Montaigne, Jules Renard, Flaubert, Stendhal, Somerset Maugham, Stravinsky ou Chostakovitch. Il se tourne vers son frère aîné Jonathan, philosophe spécialiste d’Aristote. Ce dernier ne redoute pas de mourir, il « y songe calmement une fois par semaine » et dans cette apparente quiétude, l’écrivain voit encore la marque d’une vision des choses diamétralement opposée depuis l’enfance, le « sentimental » face au « cérébral », « l’exercice de l’imagination » face à « l’exercice de la pensée logique », différences radicales que leur mère avait admirablement résumé en ces termes : « Un de mes fils écrit des livres que je peux lire mais ne peux pas comprendre, et l’autre écrit des livres que je peux comprendre mais ne peux pas lire. » Même leurs souvenirs de la mort de leurs grands-parents et de leurs parents divergent. En somme il n’y a pas que Dieu qui nous fasse défaut, même la mémoire que nous avons de nos proches et de notre passé se dérobe, tout est donc voué à disparaître. Ni roman, ni autobiographie, cette réjouissante exploration de notre quête désespérée à percer le secret de la vie se lit comme une invitation à nous accommoder de notre triste condition de mortel. Éd. Mercure de France, 304 p, 23 €.


Avec le soutien de la Fondation La Poste

Chanson

Claude Lemesle, Plume de stars. 3000 chansons et quelques autres. Du Petit Conservatoire de Mireille à la présidence de la Sacem, l’auteur évoque ses souvenirs, quarante années de rencontres avec nombre d’artistes, d’amitiés, d’anecdotes et d’écriture. Claude Lemesle dont les chansons lui ont valu les compliments de Georges Brassens, a enseigné son art, et accompagné avec bienveillance et discernement des chanteurs talentueux. La Fondation La Poste a aussi bénéficié des conseils de Claude Lemesle dans le cadre de son concours « Cabaret-Poste » organisé jusqu’en 2004, qui récompensait les jeunes talents de la chanson française... Éd. l’Archipel, mars 2009, 285 p, 19,95 €. Cette autobiographie est publiée avec le soutien de la Fondation La Poste. (N. J.)

Écriture pour tous

Dans ma cellule j’ai fait le tour du soleil. La littérature en terre inhumaine, à trois voix. Collectif sous la direction de Geneviève Guilhem. « La première voix, sous le signe de la beauté, est celle de la littérature. La deuxième voix, lui répond, multiple, celle des lecteurs. La troisième voix est celle des « médiateurs » ».
L’association Lire C’est Vivre, a été fondée en 1987 par une équipe de bibliothécaires de la lecture publique, de l’Essonne. L’objectif était de structurer la création de bibliothèques et le développement de la lecture dans la Maison d’Arrêt de Fleury-Mérogis. Les premières bibliothèques avaient été créées à partir de 1984 par deux bibliothécaires, Geneviève Guilhem (qui a initié la création de la première bibliothèque) et Edith Bargès, présidente de l’association.
L’Association Lire c’est Vivre a pour objet de participer à la lutte contre l’illettrisme en proposant aux détenus un accès direct aux livres et revues, en coordonnant des animations culturelles autour du livre : cercles de lecture, ateliers d’écriture et de lecture à voix haute, cercles de philosophie, ateliers de théâtre et de contes, ateliers de bandes dessinées, ateliers de culture scientifique. Co-édité par Lire c’est Vivre et A.A.E.L., Dans ma cellule j’ai fait le tour du soleil est « l’écho exact, précis, de ce que vivent les lecteurs des bibliothèques d’une prison ».
Lire c’est vivre / AAEL (Association pour l’Art et l’Expression Libre) 239 p, 24.00 €. Cet ouvrage est publié avec le soutien de la Fondation La Poste dans le cadre de son engagement en faveur de l’écriture pour tous. (N. J.)

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