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Entretien avec Silke Schauder et Michel Itty
Propos recueillis par Nathalie Jungerman

 

Michel Itty, Egypte n°1, photo Rilke Egypte n°1
Photographie © Michel Itty, tous droits réservés.
« Avec les remerciements de l’auteur à DTM. »
Exposition à Cerisy :
Correspondances rilkéennes

Ancien élève de l’E.N.S.B.A. de Paris, Michel Itty est photographe et écrivain. Silke Schauder est Maître de conférences à l’IED-Université Paris 8 et directrice adjointe du master 2 professionnel de psychologie clinique, psychopathologie et psychothérapie. En juin 2009, elle soutiendra son habilitation à diriger des recherches portant sur «  Traumatisme, création artistique, résilience  ». Régulièrement, elle présente en France et à l’étranger son travail consacré depuis plus de vingt ans à la dynamique de la création, notamment chez Shakespeare, Léonard de Vinci, Michel-Ange et Camille Claudel. Silke Schauder a dirigé le colloque «  Camille Claudel. De la vie à l’œuvre, regards croisés » (Cerisy, juillet 2006 - Actes publiés aux éditions L’Harmattan en 2008). « Rainer Maria Rilke, De la vie à l’œuvre, regards croisés. », (Cerisy, août 2009) est le huitième colloque dont elle assure la coordination.

SIlke Schauder et Michel Itty codirigent le colloque sur l’oeuvre et la vie de Rainer Maria Rilke qui se tiendra à Cerisy du 13 au 20 août 2009.

Vous dirigez le colloque consacré à Rainer Maria Rilke qui aura lieu au château de Cerisy en août prochain (du 13 au 20). Comment est née l’idée de ce colloque ? Comment s’est-il préparé, organisé ?

Silke Schauder Lors du colloque consacré à Camille Claudel que j’ai organisé en juillet 2006 au Centre Culturel International de Cerisy-la-Salle, Rilke était très présent dans nos discussions. Je me suis aperçue combien le poète était important pour moi, pour mon travail de recherches, ainsi que pour la plupart des intervenants qui évoquaient ce lien surprenant, presque intime, qu’ils entretenaient avec lui. Ils se sentaient accompagnés par ses poèmes, y trouvaient un écho dans leur parcours personnel. Rilke s’est avéré être une sorte d’ami imaginaire. De ce lieu magique qu’est Cerisy, j’ai envoyé à Michel Itty un avant-projet sur Rilke pour lui proposer la codirection de ce colloque à venir. Puis, nous avons affiné ensemble le projet, établi des recherches, défini des axes thématiques, choisi des intervenants, et nous avons soumis notre proposition à Edith Heurgon qui l’a acceptée.
Quant à l’organisation du colloque, c’est à chaque fois - j’en suis à mon huitième ! - un long processus, complexe, fastidieux par moments, mais toujours aussi passionnant. Il s’agit de réfléchir au thème général, composer les axes thématiques, repérer les spécialistes susceptibles d’intervenir, leur proposer une collaboration, élaborer le programme, chercher des partenaires, ajuster l’organisation et la logistique en fonction des nouvelles idées, surmonter les aléas pratiques... Pour vous donner un ordre d’idées, nous avons déjà échangé, Michel Itty et moi-même, 3 800 mails. Une correspondance entière sur le making of du colloque !

Le résumé des interventions montre la diversité des thèmes qui feront l’objet de ce colloque articulé autour de la vie et l’œuvre de Rilke. Seront examinés ses liens avec les artistes, les femmes, son rapport à la création poétique, aux voyages, aux correspondances, le travail de traduction...

S. Sch. Nous avons opté pour une approche kaléidoscopique regroupant des points de vue et des questionnements qui se situent à différents niveaux. L’univers de Rilke est tellement vaste et complexe que l’interdisciplinarité, l’intermodalité et la transversalité, qui ont déjà fait leurs preuves lors du Colloque Camille Claudel, nous ont paru les meilleurs moyens pour tenter d’en rendre compte.

Plusieurs manifestations artistiques viendront également agrémenter les différentes communications...

S. Sch. Ces manifestations artistiques sont des interventions à part entière. La lecture Vers l’ange par Sarah Jalabert et Redjep Mitrovitsa - il s’agit de l’adaptation à la scène de correspondances de Rilke par Michel Itty -, la Lettre à Rilke par France Léa et la lecture des poèmes de Rilke par Eveline Legrand à la roseraie de Cerisy, sont autant de mises en actes, de mises en scène et de respirations de l’œuvre. Nous souhaitons tisser ainsi une polyphonie autour de Rilke. Son œuvre si singulière entrera en résonance avec les recherches des universitaires, des sensibilités d’écrivains, le travail d’un acteur, l’interprétation d’un psychanalyste, la couleur d’un peintre, l’image d’un cinéaste, les techniques d’un traducteur, ou l’espace d’un sculpteur... Cette intermodalité et ces entrées multiples nous semblent indispensables pour offrir au public une véritable expérience de Rilke. Le biographe du poète, Ralph Freedman, professeur émérite à l’Université Princeton, traitera plus spécifiquement des interactions entre le mot et l’image qui sont à l‘origine de la relation amoureuse entre Rilke et « Merline », Baladine Klossowska.

La vie et l’oeuvre de Rilke ont inspiré les cinéastes... Une Table ronde avec des réalisateurs sera organisée et un choix de films projetés. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

S. Sch. Michel Itty, qui a eu l’initiative de proposer ce sujet, réunira des cinéastes autour d’une table ronde qui participe de cette recherche autour de l’intermodalité et de l’interdisciplinarité. Comment Rilke, poète à la fois visuel et tourné vers le Weltinnnenraum, peut-il être mis en image ? Quelle forme donner à son monde intérieur, à ses mots ? Ce sont là des questions de traduction, de sensibilité, de conversion d’un mode d’expression en un autre. Ce qui est intéressant, c’est de croiser les regards des spécialistes qui proposent différentes lectures de l’oeuvre. Même s’ils mobilisent des outils et des concepts distincts, ils partagent une passion commune pour le poète.

En 1903, Rilke écrit à Lou Andréas-Salomé à propos de Rodin  : « Ce qu’il regarde, ce qu’il enveloppe de sa concentration est toujours pour lui l’univers unique où tout se produit ; quand il modèle une main, elle est seule dans l’espace, plus rien n’existe qu’elle (...) ». Parlez-nous des liens exceptionnels qui unissaient Rilke à Rodin...

S. Sch. Rilke considérait Rodin comme un maître, un modèle artistique, une sorte de demi-dieu qui l’a fait naître à lui-même. Michel Itty éclaire les aspects complexes, parfois ambivalents, de leur relation fondatrice à travers l’exposition Correspondances rilkéennes. Il faut savoir que le poète était déjà fasciné par la sculpture avant de rencontrer Rodin. Il s’était passionné en effet pour Michel-Ange dont il traduira plus tard les poèmes, entre 1912 et 1923. Il n’est pas non plus anodin qu’il ait épousé Clara Westhoff en 1901, sculpteur et élève de Rodin.
Rappelons que la Fondation Rilke à Sierre, sous le commissariat de Curdin Ebneter, a présenté en 1997 une très belle exposition sur Rilke et Rodin. Pour notre colloque, nous sommes particulièrement heureux qu’Aline Magnien, conservatrice en chef du patrimoine du musée Rodin, vienne nous parler de «  Rodin portraitiste sous l’oeil de Rilke  ». Karin Winkelvoss, quant à elle, présentera une communication intitulée « Retourner l’air : Rodin et l’espace rilkéen  ». Torsten Hoffmann s’intéressera aux stratégies de médiation artistique que Rilke a employées lors de ses conférences sur le sculpteur (1905/1907). Nous projetterons également Rodin, un documentaire de Dominik Rimbault, qui fait une large part aux textes que Rilke a publiés sur son maître.

L’écriture épistolaire est création littéraire... Les lettres échangées avec Lou Andréas-Salomé en sont un témoignage...

S. Sch. La correspondance tient une place très importante dans l’œuvre de Rilke. Plus de dix mille lettres adressées à mille destinataires sont répertoriées et éditées, témoignant des liens extraordinairement protéiformes que Rilke a su tisser. Le germaniste hongrois Ferenc Szász a constitué, sur près de 200 pages, une concordance de toutes les lettres publiées, une aubaine pour les chercheurs ! De même, la Fondation Rilke à Sierre a scanné la totalité de la correspondance qui est désormais accessible en ligne.
Le sens de cette pratique épistolaire intense est à questionner sous les angles de la réserve, du rebut, du vivier et du substitut de l’œuvre. Il y a comme un jeu de vases communicants entre oeuvre et correspondance. Cette dernière est tour à tour laboratoire d’idées, échappatoire à sa solitude pourtant revendiquée, explication de l’œuvre, réflexion sur soi par témoin interposé. Souvent, écrire des lettres permet à Rilke de tromper l’ennui, de traverser une période de stérilité ou d’inhibition et de continuer à être une sorte d’ambassadeur de lui-même, constamment à la recherche d’un lieu où écrire, où vivre, où être. Au colloque de Cerisy, Olympia Alberti, qui a consacré sa thèse à l’épistolarité chez Rilke, nous parlera de ce nomadisme littéraire. Georges Bloess, quant à lui, abordera plus en détail la correspondance avec Lou Andréas-Salomé qui est un témoignage exceptionnel d’un amour, puis d’une amitié de toute une vie. Enfin, Joachim Storck questionnera la correspondance entre Sidonie Nadherny et Rilke.

Les liens privilégiés qui unissent Rilke et la peintre expressionniste allemande, Paula Modersohn-Becker, dont la vie fut prématurément abrégée, se caractérisent par une expérience créatrice partagée, un regard qui se nourrit du travail artistique de l’autre...

S. Sch. La relation que Rilke a entretenue avec Paula Modersohn-Becker, qui était avant tout la grande amie de Clara Westhoff, n’est pas exempte d’ambiguïtés. Rilke n’a jamais écrit sur l’oeuvre de Paula de son vivant. Dans son texte sur les peintres de Worpswede, il ne mentionne pas une seule fois le travail de cette jeune femme en avance sur son temps. Cependant, un an après sa mort précoce, il lui consacrera le très émouvant Requiem für eine Freundin (1908). C’est Paula Modersohn-Becker qui attirera l’attention de Rilke sur l’œuvre de Cézanne, lors d’un séjour à Paris. Cézanne sera une autre rencontre déterminante pour l’esthétique de Rilke dont il rend compte dans de magnifiques lettres à sa femme. Denis Coutagne de la direction des musées de France, commissaire en 2006 de l’exposition « Cézanne en Provence » à Aix, éclairera cette relation essentielle. Nous aurons le plaisir d’entendre Rainer Stamm, le directeur du Paula Modersohn-Becker Museum à Brème qui a édité sa correspondance et publié sa biographie. Pour lancer le débat, nous verrons également le film de Dominik Rimbault sur Cézanne ainsi que celui de Nathalie David, consacré à Paula Modersohn-Becker.

Le ton des lettres témoigne de ses relations avec ses correspondants. Avec Rodin qu’il nomme « Cher Maître », Rilke est un disciple, avec Paula Modersohn-Becker, le poète est un ami, avec Marina Tsvetaïeva et Boris Pasternak, il est l’aîné, considéré comme un maître poétique. Avec ces derniers, la correspondance prend alors toute sa dimension  : seules les lettres réunissent Tsvetaïeva, Pasternak et Rilke...

S. Sch. Les lettres offrent pour Rilke un espace virtuel où rencontrer idéalement l’autre. Elles correspondent parfaitement à son style relationnel, parfois déconcertant. Une proximité brûlante peut être suivie d’un brusque éloignement. Ne pouvant supporter trop longtemps la solitude ou la présence d’un tiers, Rilke trouve dans la lettre le moyen idéal pour concilier et réguler ses désirs contradictoires : ni avec, ni sans l’autre, ni tout à fait près, ni tout à fait loin. Comme il voyage constamment, la lettre est donc le moyen de communication privilégié avec sa famille, ses amis, ses éditeurs et mécènes.
August Stahl, le Président de la Société Internationale Rilke va expliciter pour nous l’éthique de voyage poursuivi par Rilke ; Alfred Grimm, du musée Egyptien de Munich, élucidera le rôle qu’a joué pour lui la rencontre avec l’Egypte. D’autres voyages sont purement imaginaires : ainsi, le trio artistique qui se forme entre Rilke, Tsvetaïeva et Pasternak a été fort bien documenté dans l’exposition Russische Freundschaften : Amitiés russes, organisée par Curdin Ebneter en 2006 à la Fondation Rilke.

J’ai interviewé, il y a quelques années, l’écrivain et traducteur Claro à propos de La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski. À la question : « comment traduit-on un roman qui mêle plusieurs genres littéraires, offre autant de variations textuelles, de strates narratives ? », il me répondait « C’est un des grands plaisirs de la traduction : devenir faussaire. Non pas jouer les disciples fidèles, mais ingérer le texte, et surtout digérer ses intentions, ses impulsions. Ça ne veut pas dire trahir, mais dissimuler la trahison (car il y a forcément trahison puisqu’on élimine tous les mots originels pour leur en substituer d’autres, ce n’est pas rien !) et donner l’illusion au lecteur que le texte qu’il lit est « né » une seconde fois, en français.  » En regard des traductions en allemand de Rilke, et des problèmes spécifiques que pose la traduction de Rilke en français, qu’en pensez-vous ?

S. Sch. L’oeuvre littéraire de Rilke est inséparable de son travail de traducteur. Comprenant un corpus de plus de 1 200 pages, de 56 auteurs et de 8 langues différentes, ses traductions sont autant de moyens pour continuer, relancer et parfaire sa propre création poétique. Ainsi, Rilke s’est consacré à la traduction en allemand des poèmes de Michel-Ange, de Dante, de Gaspara Stampa, d’Elizabeth Barrett-Browning, de Paul Valéry, d’André Gide, d’Anna de Noailles... La traduction lui a souvent permis de prolonger sa propre écriture et d’entrer en un véritable dialogue imaginaire avec le poète traduit. Il est important d’éclairer en retour les problèmes spécifiques que pose la traduction de Rilke en français. J’animerai notamment à Cerisy un atelier qui compare plusieurs traductions d’un des poèmes les plus connus de Rilke, « La Panthère ».
Le traducteur doit tenir compte d’un très grand nombre de paramètres qui le mènent souvent dans des impasses ou des choix partiels. Comment tenir compte, par exemple, de la structure même de la langue de départ, de sa matérialité, de ses particularités syntaxiques ? Faut-il privilégier le fond ou la forme ? Comment éviter de commenter le texte au lieu de le transposer dans la langue d’arrivée ? En quoi toute traduction comporte-t-elle une part de trahison ? Le juste milieu et le ton exact sont éminemment difficiles à trouver.
C’est pourquoi nous avons opté, Eveline Legrand et moi-même, pour une lecture bilingue des Elégies de Duino, afin de faire apparaître la musicalité et le rythme, le son et le sens de la poésie de Rilke.

Nous ne pouvons évoquer ici tous les sujets qui seront abordés au colloque de cet été, mais pour finir, voulez-vous nous parler de l’héritage artistique du poète aujourd’hui ?

S. Sch. Pour montrer à quel point Rilke reste d’actualité aujourd’hui, mentionnons le Rilke-Projekt qui a réuni un grand nombre d’artistes contemporains. Thilo von Pape, le webmaster du site www.rilke.de/ évaluera l’importance de Rilke dans le quotidien numérique de ses lecteurs d’aujourd’hui. De même, l’exposition conçue par Michel Itty, avec le concours de Maximilien Guiol (MG autographe) et de l’INA, fera apparaître quelques aspects de cet héritage à travers des oeuvres d’Alexandre Hollan, de Cécile Marie, Aurélie Nemour, Michel Itty. Pour nous, la radicalité de Rilke, sa quête d’absolu, son intransigeance sont résolument des messages de demain !

L’héritage de Rilke, par Michel Itty

Faut-il qu’il y ait eu pour diriger ce colloque deux points de vue si différents, pour que les regards s’y croisent vraiment et tentent d’activer une dialectique viable, ou tentent de réduire, par exemple, la querelle, entre philosophie et poésie  ? L’université et le monde de l’art ? Sans doute. Et si pour le bonheur de la transmission ces deux mondes sont « après tout » moins étrangers l’un à l’autre, c’est que Rilke lui-même en a montré les voies.
Si les congrès, les séminaires ou les colloques ne sont pas indispensables à la production artistique, ils s’ouvrent en revanche à la culture chargée de transmettre de cercle en cercle, ce qui dans son extrème concision serait destiné au plus grand nombre, la poésie, et avec lequel finalement on ne communie qu’en un face à face individuel. Après une lecture de Rilke, personne ne peut prétendre ne pas avoir eu la chance de pouvoir méditer sur l’essentiel.
À trois mois de l’ouverture du colloque je ne suis pas sans songer au roman Les call-girls d’ Arthur Koestler, dont le cadre est un symposium qui a la tâche de porter un diagnostic sur la condition humaine à la veille de la 3ème guerre mondiale. La condition essentielle de l’homme qui réside en sa posture devant la mort, est le coeur de l’oeuvre de Rilke. « Et pourquoi des poètes en temps de détresse », citation que reprend Heidegger dans son cours consacré notamment à Rilke en 1942. Plus tôt, en 1925, un an avant la mort du poète, lorsque Maurice Betz - traducteur en français du vivant de Rilke, s’informant de la littérature en Allemagne, demande : « Et Rilke... ? », Carl Sternheim lui répond : « Il y a peut-être encore des jeunes filles pour le lire, mais il n’est pas voyez-vous, de notre époque. »
Ni l’un ni l’autre, pour des raisons différentes, ne purent lire ce qu’écrivait une jeune fille dans son journal : « Je ne me lasse pas de citer Rilke, à tout propos. N’est-ce pas étrange ? C’était un homme fragile, qui a écrit une bonne partie de son oeuvre entre les murs des châteaux où on l’accueillait, et s’il avait dû vivre dans les conditions que nous vivons aujourd’hui, il n’aurait peut-être pas résisté. Mais n’est-il pas justement de bonne économie qu’à des époques paisibles et dans des circonstances favorables, des artistes d’une grande sensibilité aient le loisir de rechercher en toute sérénité la forme la plus belle et la plus propre à l’expression de leurs intuitions les plus profondes, pour que ceux qui vivent des temps plus troublés, plus dévorants, puissent se réconforter à leurs créations, et qu’ils y trouvent un refuge tout prêt pour les désarrois et les questions qu’eux-mêmes ne savent ni exprimer ni résoudre, toute leur énergie étant requise par les détresses de chaque jour ? » Le Journal de la jeune fille qui commence en 1941 est celui d’ Etty Hillesum, et s’achève à Auschwitz en 1943.
Vers 1920-21 Rilke écrit un court texte d’une modernité comparable en certains endroits à celle des Cahiers de Malte Laurids Brigge qu’il nomme Le testament, connu de nous en 1950 seulement, et dans lequel il commence par évoquer «  la funeste guerre qui dénatura le monde pour de nombreuses générations ». Nul besoin de faire le calcul pour comprendre qu’il a vu jusqu’à nous. Mais pourquoi ne pas préciser d’avantage par un extrait de la célèbre lettre du 13 novembre 1925 à Witold von Hulewicz : « Aujourd’hui l’Amérique nous innonde de choses vides, indifférentes, de pseudo-choses, d’attrapes de vie... Une maison, au sens américain, une pomme ou une grappe de raisin américaines, n’ont rien de commun avec la maison, le fruit, la grappe qu’avaient imprégnées la pensive espérance de nos aïeux. » Mais loin de moi l’intention d’attirer, le poète européen, l’admirateur de la courte République de Weimar, dans un champ historiciste réducteur, car « ce qui fait la grandeur de sa création c’est qu’elle est en réalité hors du temps (...) il vit et voit pour ainsi dire avec les yeux du premier homme », écrit en 1960, Liselott Delfiner, dans Rilke cet incompris, livre que j’ai pu découvrir au cours des recherches que j’effectue au Musée Rodin. Incompris Rilke ? Non plus, car nous aurons à Cerisy cette tentation d’essayer de remplir les pages blanches que Rilke avaient proposé à son éditeur Kippenberg d’insérer entre celles des « Elégies duinésiennes » et qui, restées blanches, sont une invitation à franchir ce qui nous sépare de lui depuis 1926. « Nous sommes les abeilles de l’Invisible ». La pensée de Rilke dont nous pouvons être les héritiers en notre temps d’un retour du religieux, a cette force de savoir s’écarter des idéologies religieuses sans abolir le religieux, d’éclairer ce qu’il nomme « Das Nirgends ohne Nicht », un Nulle-part sans néant, espace ouvert qui va à l’encontre de toute pensée désenchantée. L’« Ouvert » rilkéen qui revivifie la puissance de l’enfant, nous permet de réunir la mort dans la vie pour traverser ce qui masque le réel.


Sites Internet

Le Centre Culturel International de Cerisy
http://www.ccic-cerisy.asso.fr/

Festival Rilke
http://www.festivalrilke.ch/pages/fr/

Fondation Rainer Maria Rilke
http://www.fondationrilke.ch/pages/fr/

Rilke, site de Thilo von Pape
http://www.rilke.de/

Article de Jean-Michel Maulpoix sur Rilke
http://www.maulpoix.net/rilke.html

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