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Dernières parutions mai 2009 Par Elisabeth Miso

 

Correspondances

Nelly Kaplan, André Pieyre de Mandiargues Nelly Kaplan, André Pieyre de Mandiargues, « Écris-moi tes hauts faits et tes crimes... » Correspondance 1962-1991. Nelly Kaplan rencontre André Pieyre Mandiargues en 1961 lors de la projection de son film sur Gustave Moreau. Débute alors entre le poète et la cinéaste une amitié amoureuse, où l’humour rivalise avec l’érotisme comme en témoigne leur joyeuse correspondance échangée pendant trois décennies. Leurs missives, leurs cartes postales suivent leurs voyages, la cinéaste écrit de Cannes ou de Venise où sont montrés ses films, de Rome où elle prépare le tournage de Cyrano et d’Artagnan d’Abel Gance. Elle le gratifie d’un Cher enfant, lui la surnomme ma panthère, Lady N, Nellita ou Milady et ne manque jamais de mettre en valeur son pouvoir de séduction « petit A. serait aux anges de revoir ta beauté satanique et le feu d’enfer qui luit au-dessus des émeraudes jumelles dont tu te sers pour aveugler tes imprudentes victimes... » Éd. Tallandier, La Bibliothèque d’Évelyne Lever, 96 p, 15 €. Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation d’entreprise La Poste.

Mémoires

Gilles Jacob, La vie passera comme un rêve. Moments de crise, moments de grâce, intrigues, colères, caprices, dérobades, en trente ans de Festival de Cannes, Gilles Jacob a eu le temps de collecter quelques anecdotes à la hauteur des meilleurs films en compétition sur la Croisette. Tombé en cinéphilie à l’âge de dix-huit ans, il s’est laissé guider par son amour du Septième art, d’abord comme critique puis à partir de 1977 comme délégué général et président du festival le plus prestigieux au monde. Derrière le rêve, derrière les paillettes, les difficultés sont légion qu’il est préférable d’affronter avec une bonne dose de patience, de diplomatie et de fermeté. En d’autres termes mieux vaut être doté de nerfs d’acier pour supporter les exigences démesurées des studios hollywoodiens, les négociations interminables avec Coppola ou Cimino, l’arrogance de Polanski président du jury, les angoisses de Pialat, les réticences de Woody Allen ou la déception de Chéreau, sans doute le prix à payer pour découvrir des films magnifiques, œuvres de metteurs en scène et d’acteurs éblouissants. « L’homme le plus secret de la planète cinéma  » lève le voile et livre ses souvenirs : les funérailles de Fellini, un déjeuner sismique avec Clint Eastwood à Los Angeles, l’irruption de Jack Nicholson dans une réception, confesse sa fascination pour Jeanne Moreau, Juliette Binoche ou Isabelle Huppert, son embarras face à Sharon Stone. Autant de scènes drôles et émouvantes qui se superposent à d’autres souvenirs plus intimes, ceux du jeune Gilles Jacob, réfugié pendant la guerre en zone libre avec sa mère et son frère puis dans un séminaire pour échapper à la Gestapo, ceux du jeune homme timide qui ne s’imaginait peut-être pas à la barre d’un tel navire. Deux vies étroitement mêlées sur le papier que l’auteur définit ainsi « deux vies : la biologique et la cinématographique, qui se sont toujours nourries l’une l’autre telles deux soeurs jumelles. » Éd. Robert Laffont, 400 p, 21 €.

Romans

Alexandre Diego Gary, S. ou l’espérance de vie. De l’ombre à la lumière. Le chemin aura été tortueux pour s’affranchir d’un passé oppressant et renaître enfin à soi-même. Alexandre Diego Gary a cessé de fuir sa vie à toutes jambes, il a cessé de se taire et même s’il se méfie des risques de l’impudeur et de l’indécence, il s’est décidé à mettre des mots sur la douleur et la rage trop longtemps contenues. Comment vivre avec cela, avec les fantômes de ses parents, de deux icônes, Jean Seberg l’actrice « d’une innéfable beauté, dont le visage domptait la lumière comme d’autres domptent des animaux féroces » et l’écrivain Romain Gary, tous deux suicidés ? Sur ces terres autobiographiques, Alexandre Diego Gary s’avance sous l’identité d’un double Sébastien Heayes et balaie de sa vérité les mensonges et les rumeurs qui ont été écrits, blessures assassines. Sous sa plume, Jean Seberg, apparaît fragile, d’une infinie douceur, d’une absolue générosité. De Romain Gary il veut garder l’éclat, la force, le magnétisme et l’extravagance d’une garde-robe peuplée de costumes élégants, de peignoirs et de ponchos boliviens. Ce père dont il sentira longtemps encore l’odeur dans le grand appartement de la rue du Faubourg Saint-Germain envahi de livres, d’objets et de tableaux du passé. Sébastien Heayes ne cache rien de son enfer personnel, de cette errance entre Paris et Barcelone à tenter de s’oublier dans les bordels et dans l’alcool qui le « libérait du poids de (son) âme » et lui «  permettait de larguer les amarres du port triste de l’angoisse, de l’obsession, de l’amertume ». Du refuge, de la consolation recherchée dans les bras d’une femme « sa peau, comme un exil bienveillant. Son sexe m’offrant, enfin, un statut d’apatride, loin de mes contrées intimes, toujours en guerre. Ses mots, doux, comme autant d’utopies habitables. » Il égrène un « alphabet funéraire » des êtres qu’il a chéri et perdus, Jean-François son meilleur ami, Aube, Gabrièle, Eugénie la gouvernante qui a veillé sur lui, « dont l’amour m’a sauvé la vie - me la sauve tous les jours encore - car je n’ai jamais pu me résoudre à faire du mal ou à tuer le petit garçon qu’elle a tant aimé. » À quarante-six ans, Alexandre Diego Gary « désespérément vivant aspirant à vivre enfin après ces années de pénombre », peut s’émanciper de son enveloppe de fils, rendre réels ses rêves d’écriture et accueillir la vie devant lui. Éd. Gallimard, collection blanche, 176 p, 15 €.

Marie-Hélène Dumas, Lumières d’exil. « Mais j’ai souvent cru et souvent les choses ne sont pas passées comme je l’avais pensé. » Née en Pologne en 1897 et morte en Allemagne en 1985, Germaine Krull a parcouru le monde et les chapitres de son existence au rythme de ses engouements et de ses convictions. Du communisme au bouddhisme tibétain, elle a ainsi traversé le XX ème siècle en posant sur son époque et ses contemporains son regard de photographe, sans cesse animée par le désir de changer le monde. Elle a cru «  en un monde que l’on pourrait construire, améliorer grâce au progrès. Une vision du progrès technique comme source de vie plus humaine échappant à toute emprise idéologique.  » Expulsée d’U.R.S.S en 1921 pour s’être engagée auprès des révolutionnaires, elle regagne Berlin alors en pleine effervescence des années 20. Elle rencontre Joris Ivens, le suit à Amsterdam et s’enthousiasme pour l’architecture métallique des ports. En 1926, elle s’installe à Paris, collabore avec les magazines Vu Variétés Jazz ou l’Art Vivant, photographie des nus, les intellectuels et les artistes les plus en vue (Cocteau, Malraux, Colette, Walter Benjamin...) mais aussi de nombreux anonymes dans le Paris populaire qui l’inspire de Pigalle à Ménilmontant. Elle est libre, elle travaille, elle a des amants. Pendant la seconde guerre, elle rejoint le service de propagande de la France Libre à Brazzaville. Elle devient reporter, suit l’armée française de Provence en Allemagne avant d’être envoyée en Asie du Sud-est. À Bangkok elle dirige un hôtel puis s’adonne à la philosophie bouddhiste en Inde. S’appuyant sur des écrits de Germaine Krull et d’autres témoignages, Marie-Hélène Dumas retrace sur le mode romanesque, le parcours passionnant de celle dont Cocteau disait qu’elle était un « miroir réformant. » Éd. Joëlle Losfeld, 160 p, 19,50 €.

Essais

Siri Hustvedt, Plaidoyer pour Eros. « Écrire des romans, c’est comme se souvenir de ce qui n’est pas arrivé. Cela imite la mémoire sans être la mémoire » Dans ces essais rassemblés sous un titre qui se veut un hommage aux mystères du désir et à la magie érotique, Siri Hutsvedt déroule les fils invisibles, ce monde souterrain réel ou imaginaire à l’oeuvre dans le processus créatif ou dans la connaissance de soi-même. Qu’elle convoque les lieux de son enfance dans le Minessota, en Norvège, commente sa relation au langage, partage son amour fou pour New York, s’interroge « sur l’instabilité sexuelle, sur ce mouvement versatile et indéfinissable entre le masculin et le féminin », s’entoure des livres et des écrivains qui ont nourri son monde intérieur et sa perception de la vie, Siri Hustvedt laisse affleurer ses pensées les plus profondes, comme cette conscience de la « difficulté déchirante de saisir dans les mots le flux de l’expérience, de résoudre l’énigme des sentiments et des actes humains  ». Avec subtilité, elle décrypte Les Bostoniennes de James, L’Ami commun de Dickens, Gatsby le Magnifique de Fitzgerald et autres splendides miroirs littéraires de l’âme humaine, fictions nécessaires à la vie prêtes à alimenter « les histoires que nous nous racontons au plus profond de nous-mêmes. » Traduction de l’américain Christine Le Bœuf. Éd. Actes Sud, 272 p, 22 €.

Florence de Mèredieu, L’Affaire Artaud, Journal ethnographique. Antonin Artaud ? 1896-1948 : né et mort en France, romancier, poète, acteur, dessinateur, dramaturge, théoricien du théâtre et créateur du concept du « théâtre de la cruauté », dans Le Théâtre et son double, souffrant de maux de tête depuis toujours, interné en asile près de neuf ans. Unique, multiple, unique. « 4 mars 1948, Maison de santé d’Ivry-sur-Seine, dans la banlieue parisienne. Antonin Artaud est retrouvé mort au petit matin, dans le pavillon situé au fond du jardin de la maison de santé où il résidait depuis son retour à paris, en mai 1946. Il tient à la main une de ses pantoufles ; une fiole de sirop de chloral vide est à ses pieds. » (...) Lorsque la famille arrive, la pièce a été vidée, plus de dessins, plus de manuscrits, plus de livres, plus de correspondance, plus rien. Que s’est-il passé ? « Razzia » et mystère ! « Voilà toute l’affaire Antonin Artaud ! » Puzzle à trous sans fin, polar à rebondissements, peau de chagrin à l’envers, affaire avec un grand A et reconstituée par l’auteur, au fil minutieux de ses découvertes, de ses recherches, de ses analyses. Mise en scène ethnologique de tout un théâtre de mondes (la famille, les éditeurs, les médecins, les pairs, les intellectuels) et de personnages qui se battent pour avoir le premier rôle.
« All the world is a stage and all the men and women are merely players... » (Shakespeare n’est pas loin). Éd. Fayard, mars 2009. 680 pages, 29,90 €. Corinne Amar.

Florence de Mèredieu, écrivain et universitaire, auteur de fictions et de nombreux ouvrages sur l’art moderne et contemporain (Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne, Larousse, 1994-2008), sur Duchamp, Masson, Picasso, le pop art, les avant-gardes japonaises, etc. En 1994-1995, elle adresse au Monde et à Libération deux Lettres ouvertes (jamais publiées) sur l’Affaire Artaud. Elle consacre six ouvrages au poète, dont Antonin Artaud, Portraits et Gris-gris, (Blusson, 1984 et 2008) et une biographie : C’était Antonin Artaud (Fayard, 2006).
(Lire l’entretien avec Florence de Mèredieu, site Fondation La Poste, janvier 2007 et FloriLettres, édition n°82)

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