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Dernières parutions été 2009 Par Elisabeth Miso

 

Correspondances

Anna Maria Ortese, À la lumière du Sud Anna Maria Ortese, À la lumière du Sud. Lettres à Pasquale Prunas. Traduction de l’italien Marguerite Pozzoli. « Ton amitié est l’un des nombreux faits dont j’ai rêvé, et il est impossible de bâtir quoi que ce soit là-dessus car c’est sans doute une amitié splendide, mais comme le Vésuve, elle ne gronde qu’entre les murs de Naples. » En 1946, Anna Maria Ortese rencontre à Naples Pasquale Prunas, fondateur de la revue culturelle Sud. Auprès de lui et des autres journalistes et écrivains de la rédaction, elle vit une passionnante stimulation intellectuelle et gardera à jamais la nostalgie de ces instants précieux nés dans le décor inoubliable du collège militaire de la Nunziatella. En 1953, elle reçoit le prix Viareggio pour La mer ne baigne pas Naples, roman dans lequel prennent place sous leur véritable identité ses amis napolitains. Perçues comme une trahison, cette indiscrétion et sa vision de leur engagement littéraire et politique, sonnent le glas de ses relations avec le groupe. Les lettres qu’Anna Maria Ortese adresse à Pasquale Prunas dans les années 1940 et 1950 avant la rupture définitive, témoignent des subtiles affinités sur lesquelles reposait leur profond attachement. Elles traduisent l’admiration réciproque et le constant soutien moral et financier que le directeur de Sud lui a manifesté, dans ses moments de doute ou de lutte pour gagner de quoi vivre à Rome, à Milan ou à Palerme en rédigeant des articles et des nouvelles pour les journaux. Même si leurs opinions divergent parfois, leur correspondance laisse filtrer leurs rêves communs d’une société plus juste, « mais je sais qu’une seule chose peut donner la paix aux hommes : c’est le sens de la divinité de la vie, même si nos destins personnels sont exclus de l’immortalité. C’est seulement en rapport avec la poésie que je peux penser au pain, c’est seulement en rapport avec la beauté que je peux supporter l’utilité. » Éd. Actes Sud, 171 p, 18 €.

Biographies/ Autobiographies

Gérard Garouste avec Judith Perrignon, L’Intranquille. À distance des idées très arrêtées et de l’art conceptuel, Gérard Garouste peint des toiles figuratives avec l’intime conviction qu’ « il faudra toujours des gens qui peignent, sculptent, écrivent loin du système, sans détester le passé, la rigueur et les règles de l’art, sans renoncer à la sincérité et à l’émotion que notre époque éteint ou détourne à force de surenchère. » Quittant sa discrétion habituelle, Gérard Garouste co-signe avec la journaliste Judith Perrignon L’Intranquille sous-titré Autoportrait d’un fils, d’un peintre, d’un fou, une étonnante autobiographie d’une rare lucidité, hantée par la violence de ses relations avec son père et par la honte qu’il lui a transmis, lui l’antisémite et le collabo qui fit fructifier l’entreprise de meubles familiale en spoliant des biens juifs. De ce péché originel, des certitudes et des mensonges nauséabonds de la bourgeoisie, il voudrait se laver et passer à autre chose. Aussi raconte-t-il cette quête obsédante, semée d’embûches, entre sa difficulté à assumer ses rêves de peinture (que faire après Picasso et Duchamp ?), ses crises de délire et ses internements en hôpital psychiatrique. Dans son enfance, il a trouvé refuge auprès de sa tante Éléo et de son oncle Casso en Bourgogne, puis au collège du Montcel, pension pour enfants de riches délaissés, il a noué des amitiés indéfectibles avec Patrick Modiano et Jean-Michel Ribes. Contre « la grande manipulation religieuse et familiale », il fait des livres, de l’apprentissage de l’hébreu et de l’étude de la Torah ses meilleurs alliés. Il parle peu de son oeuvre, préférant s’attacher aux textes qui lui ont donné le goût de peindre et aux êtres qui l’ont encouragé à s’accrocher à son art, sa femme Élisabeth, Fabrice Emaer pour qui il a réalisé les fresques du Palace et Léo Castelli, le galeriste new-yorkais. Son père est décédé l’année dernière. « Sa mort ne change pas grand-chose. Elle ne résorbe rien. Je vis depuis toujours dans la faille qui existe entre lui et moi. C’est là que j’ai compris mon rapport aux autres et au monde. » Éd. L’Iconoclaste, 216 p, 16 €

Frances A.Yates, Fragments Autobiographiques. Traduction de l’anglais Boris Donné. «  On ne peut jamais expliquer tout à fait par quel processus un secteur particulier du territoire immense de l’histoire en vient à s’illuminer dans votre esprit, et suscite le désir passionné de l’explorer à fond. » Historienne renommée au parcours atypique, Frances Yates a irradié par ses idées novatrices et son enthousiasme l’histoire de l’art et des idées du XXe siècle. Membre éminent de l’Institut Warburg tout comme Panofsky et Gombrich, elle n’a eu de cesse de jeter des passerelles entre toutes les disciplines de l’esprit, de la littérature à la science, oeuvrant « pour une approche historique à l’échelle européenne et non pas fondée sur un nationalisme hystérique. » Elle est morte le 29 septembre 1981, laissant inachevé son projet autobiographique où elle souhaitait entremêler expérience intime et intellectuelle. Les fragments réunis ici rendent compte de ses années de jeunesse, de notes et de commentaires sur ses travaux et sur l’Institut Warburg au sein duquel elle a trouvé une inépuisable matière à son intérêt pour les grands thèmes de la Renaissance. Dernière d’une famille de quatre enfants, elle n’est pas scolarisée. Elle se nourrit de lectures, de la culture et de la curiosité de ses parents, de ses soeurs Hannah et Ruby et de son frère James, au gré des mutations de son père ingénieur naval, de Rochester à Glasgow, jusqu’à l’installation définitive à Claygate. « Mais à aucun moment je n’ai mené l’existence d’un étudiant normal, ni considéré le sceau de l’institution universitaire comme important pour moi. Mon idéal était une vie de loisir lettré m’offrant la possibilité de me consacrer à la recherche, à la réflexion, à la méditation et à la prière, et de m’acheminer vers un accomplissement créateur indéfini, peut-être poétique... » L’historienne sait ce qu’elle doit à ces années de nomadisme et de grande liberté, à se forger une pensée par elle-même : une volonté et une intuition singulières qui vont la pousser à engager ses recherches dans une voie novatrice, orientation rendue impossible selon elle par un cursus académique conventionnel. Ses ouvrages consacrés aux temps élizabéthains, aux relations internationales au XVIe siècle, à l’art de la mémoire, aux vertus du savoir encyclopédique prôné par John Eliot, John Florio ou Giordano Bruno, composent au fil de ses écrits un ensemble cohérent débarrassé de tout cloisonnement intellectuel. On peut lire dans ce désir de plonger au cœur des déchirements de l’Europe de la fin du XVIe et du début du XVIIe siècle le biais choisi par Frances Yates pour mieux appréhender les drames de son époque (la mort de son frère en 1915, les deux guerres). Éd. Allia, 128 p, 9 €.

David Sedaris, Je suis très à cheval sur les principes. Traduction de l’anglais Nicolas Richard. Où qu’il soit David Sedaris a toujours sur lui un carnet « pour y griffonner des listes de courses, des observations et de menues réflexions sur les moyens de se faire de l’argent, ou d’embêter les gens » ou des questions aussi essentielles que  : Comment était Jésus à l’adolescence  ? Comment se fait-il qu’on ne voie jamais de bébé écureuil ? Porter un noeud papillon nuit-il gravement à la vie sexuelle ? Trente-deux ans qu’il tient un journal, trente-deux ans qu’il épingle ses contemporains, sa famille fantaisiste, qu’il se moque de lui-même avec un humour désopilant qui se joue du politiquement correct. De quoi alimenter les nouvelles qu’il publie dans The New Yorker et les récits autobiographiques qui l’ont propulsé outre-Atlantique au rang de star, capable de remplir lors des ses tournées de promotion le Carnegie Hall. L’ex-étudiant en art complexé de Caroline du Nord, aux associations vestimentaires improbables, qui ne savait quel sens donner à son existence, s’est mué en un chroniqueur à la langue décapante, qui n’a pas son pareil pour glisser l’étincelle du non-sens et de la fantaisie dans le plus minuscule événement du quotidien. David Sedaris zigzague d’un continent à l’autre, d’une décennie à l’autre. Tout peut prétendre participer à cette grande opération de dérision autobiographique. L’ignoble baby-sitter obèse de son enfance aux cheveux couleur margarine, la phobie des microbes de sa soeur et de son amie Patsy, Helen son envahissante voisine new-yorkaise dont le dentier fait une chute de plusieurs étages, sa consternation pour les choix esthétiques de ses parents, son irruption en slip dans une salle d’attente, sa passion pour une mouche, ses subites lubies qui lui font se procurer un faux derrière et une poche à urine, ou encore ce grand numéro de ruse improvisé pour se débarrasser de deux oiseaux indésirables, consistant à poster devant toutes les fenêtres de sa maison de Normandie d’incongrus épouvantails à l’effigie de Bob Dylan ou de Janis Joplin tout droit sortis de la collection de vinyles de son compagnon Hugh. Éd. de l’Olivier, 292 p, 20 €.

Gérard Lebrun, Kant sans kantisme. Études réunies et éditées par Paul Clavier et Francis Wolff, texte établi par Jean-Baptiste Fournier. Avant Gérard Lebrun (décédé en 1999), historien de la philosophie et spécialiste de Hegel et de Kant, il y a Emmanuel Kant (1724-1804), penseur des Lumières, philosophe allemand, à l’œuvre considérable et essentiellement centrée autour des trois Critiques : la Critique de la raison pure, la Critique de la raison pratique, la Critique de la faculté de juger ; avant Kant, il y a David Hume (1711-1776), Écossais, philosophe, économiste, historien, fondateur de l’empirisme moderne. Un point de départ ? le scepticisme empiriste de Hume qui réveille Kant de son « sommeil dogmatique » : « Il était une fois, à Königsberg, un professeur de métaphysique qui parlait à ses étudiants de l’âme, du monde et de Dieu. Il lut un jour un sceptique écossais, David Hume « le plus ingénieux de tous les sceptiques », et cette lecture l’amena à se « remettre en cause » Universitaire passionné, auteur de Kant et la fin de la métaphysique, Lebrun a relu Kant à la lumière de la dernière de ses trois critiques, a entrepris, entre autres, de montrer comment ce texte « est le point de flexion où des concepts métaphysiques devenus intenables se métamorphosent en figures du savoir du XIXe siècle ». Ici, l’ouvrage découpé en quatre chapitres, rassemble une série d’articles autour de la pensée philosophique moderne, complexe, de Kant. L’auteur retrouve et interroge le cheminement singulier, découpe, recoupe, informe, analyse « les recoins du système  », revisite la naissance des concepts, entre le rationnel et la métaphysique, le scepticisme et la théologie. Éd. Fayard, 344 p., 22 €. Corinne Amar.

Récits

S.J. Perelman. Tous à l’ouest  ! Traduction de l’anglais Thierry Beauchamp. Alors qu’ils tentent de noyer le fiasco de leur comédie musicale au bar de l’hôtel Warwick, l’humoriste S.J. Perelman et le caricaturiste Al Hirschfeld se voient proposer de couvrir un tour du monde pour un magazine new-yorkais. Avec en tête « les contrées célébrées par Kipling, Conrad, Maugham », ils se concoctent un itinéraire qui doit les mener de la Chine à Londres, en passant par la Malaisie, l’Inde, l’Egypte, l’Italie et la France. Après un détour par Hollywood où ils s’exercent dans les décors des studios à tromper l’ennemi exotique qui les attend à coup sûr tapi dans ces pays hostiles, ils embarquent pour l’Extrême-Orient au printemps 1947 à bord du cargo Marine Flier. Sous la plume de Perelman, l’aventure des deux compères prend des allures de film des Marx Brothers, univers qu’il connaît bien pour avoir marqué de son humour juif irrésistible plusieurs scenarii des péripéties des frères loufoques dans les années 1930. Au fil de leurs découvertes, la liste des déconvenues s’allonge, les spécialités culinaires douteuses le disputant aux arnaques diverses ou aux achats les plus excentriques. Au terme d’un voyage mouvementé de neuf mois, les deux amis regagnent avec satisfaction la ville de New York en se jurant mutuellement de ne plus boucler une valise de toute leur vie. Éd. Le Dilettante, 256 p, 18,50 €.

Mémoires

W.G. Sebald, Campo Santo. Traduit de l’allemand par Patrick Charbonneau et Sibylle Müller. Campo Santo ou les lieux de (la) mémoire  ; « Il fut un temps où la Corse était entièrement recouverte par la forêt. Étage par étage, celle-ci poussa en hauteur, rivalisant avec elle-même, jusqu’à atteindre cinquante mètres et plus, et qui sait, peut-être des variétés plus hautes se seraient - elles développées, des arbres montant jusque dans le ciel, si les premiers habitants n’étaient apparus (...) » L’écrivain romancier et essayiste allemand (1944-2001), spécialiste des pérégrinations littéraires, des digressions poétiques, photographiques, ethnologiques, avait envisagé d’écrire une histoire naturelle et culturelle de la Corse ; il l’évoque ici, avec quatre récits d’un manuscrit inachevé, dont l’un donne son titre au livre ; c’est tantôt une excursion dans Ajaccio, ou encore une visite au cimetière de Piana, sur la côte ouest de la Corse, ou les Alpes dans la mer et la forêt de Bavella ; Sebald mêle impressions de voyage, flâneries littéraires, observations historiques, mêle les morts, les vivants, convoque des écrivains, d’autres familiers de l’île, s’absorbe dans d’autres lectures, du Journal de voyage du jeune Flaubert, aux descriptions du paysagiste anglais Edward Lear, un été 1876, ou encore, aux écrits topographiques d’un Melchior Van de Velde - lequel affirmait n’avoir jamais vu « une plus belle forêt que celle de Bavella, ni en Suisse, ni au Liban, ni en Indonésie ».
La seconde partie de l’ouvrage rassemble des textes critiques publiés ici et là dans des revues littéraires, sur des écrivains comme Peter Handke, Günter Grass, Kafka, Nabokov, Jean Améry, Bruce Chatwin, et autour de thèmes omniprésents dans l’œuvre de Sebald ; la destruction, le deuil, le souvenir. Éd. Actes Sud, 270 p., 21 €. Corinne Amar.

Journaux

Valery Larbaud, Journal. Édition définitive. Texte établi, préfacé et annoté par Paule Moron. 1602 pages ! L’ouvrage est certes malaisé à transporter, mais en livre de chevet, quelle magie, quel plaisir pour qui connaît, aime le style et la langue de Larbaud ! Né à Vichy (1881-1957), enfant unique d’un pharmacien propriétaire de la source Vichy Saint-Yorre et tôt décédé, heureux jouisseur d’une fortune qui lui permit de se cultiver à son aise et de parcourir l’Europe, de paquebots de luxe en Orient-Express ou voitures de légende, vrai dandy, polyglotte (et fin traducteur), inlassable voyageur, il tient le Journal de ses voyages, affectionne les anglicismes, écrit beaucoup mais pas régulièrement et passe indifféremment d’une langue à l’autre. Ainsi, dans son Journal (15 octobre 1931)  ; «  Ce diary, je ne l’ai tenu, en français, que dans les années 1896-1897 (voyage en Russie), 1899-1901, irrégulièrement de 1904 à 1910 ; puis en anglais et en français très irrégulièrement entre 1912 et 1920 (régulièrement de 1917 à 1920) ; enfin tout à fait irrégulièrement et sommairement depuis. » Le charme du style Larbaud ? Un esprit d’enfance, une gourmandise pour les pâtisseries de Rome, de Naples, ou le café-crème authentique, comme pour la vie, la solitude, les moments d’amitié, la culture ; une curiosité de dilettante, de « riche amateur », de « créateur », une liberté prodigieuse, un goût sûr pour le beau vers, la phrase bien venue, de l’humour, un talent de conteur. Par exemple, avec son ami, le poète Léon-Paul Fargue, en voyage, un jour de printemps 1911, dans sa limousine qu’il nomme Quasie : « Ceci est le journal de bord d’une jeune limousine peinte en bleu de roi à filets bleu clair, et qui a reçu son nom d’une petite fille nommée Quasie »... Éd. Gallimard, 1602 p., 70 €. Corinne Amar.

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