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Extraits choisis - « Qu’est-ce qui me prend ? »

 

qu’est ce qui me prend, couv rouge « Qu’est ce qui me prend ? »
recueil de textes des participants
de l’atelier d’écriture 2008/2009

Olivier Ledoux (p.36)

Solitaire, indépendant et autonome, il survit à Paris depuis quelques années sans connaître véritablement quelle serait sa destinée. Son ombre lui colle à la peau et vibre au moindre souffle d’un instrument à vent. Il arpente cette ville imaginaire qui l’amène à écouter le bruit de fond de lieux insolites où les chants urbains s’élèvent au-dessus de l’horizon. Vagabond, il se balade dans le dédale de la bête en injuriant les passants qui le percent de leur œil soupçonneux. Audacieux, il escalade les murs des immeubles en pierres de taille, s’allonge sur la terrasse du dernier étage et s’endort à poings fermés. Le film qui se déroule l’inonde de honte et d’envie : il a 7 ans, il est assis dans sa tête et assiste à un spectacle de cirque. Surgit alors une écuyère dont le visage lui rappelle vaguement et étrangement une amie d’enfance. Elle est debout sur un cheval grisonnant, tourne sur la piste. Brusquement elle saisit le poignet du jeune garçon. Ce dernier se débat, une lutte s’ensuit, elle tombe des nues de ce corps à corps... lui, perdu dans son rêve, il sourit... La pluie se confond à mes larmes amères et joyeuses.


Jonathan Rosbif (p.47)

Il était trois heures du matin quand je dormais des policiers venaient taper à ma porte. Ils entrent chez moi puis me réveillent et me disent de venir avec eux. Je me lève, me douche je pris tout mon temps. Tout à coup un policier me donna un ordre me dit qu’il avait trouvé un bloc de shit et le prit.
J’allais au poste à l’OPC (ordinateur pro contre attaque). Le gendarme me demanda qu’est-ce que t’as fait hier je lui répondis je suis allé en boîte de nuit. Il me fit descendre en cellule, il me donna le petit-déjeuner, biscuit et une brique de jus d’orange. Il y avait des filles dans la cellule. Elles me dévoraient des yeux mais elles étaient affreusement pitoyablement moches lol Un policier cagoulé passa devant les cellules, la fille dit au mec que c’était un bouffon un PD. Il s’arrêta mit un gant et ouvrit la cellule il avait un nerf sur le visage bien énervé il dit que la personne qui a parlé se lève si j’suis un bouffon. Personne se leva tout le monde ferma sa gueule. Putain si quelqu’un avait pris le courage de se lever il se serait pris une de ces baffes il se serait pas relevé. Le gendarme m’interrogea une deux fois me dit pourquoi il y avait un bloc de shit chez toi je lui répondis je croyais que c’était une tablette de chocolat. Il me menaça d’arrêter de me foutre de sa gueule et je lui dis que c’est pas ma faute si le Franprix vend des tablettes de chocolat lol.
Après il me prit par le cou et me jeta dehors avec un coup de pied au cul.
Dehors je vis le policier avec le gendarme et le mec cagoulé et des filles en train de fumer un joint ils faisaient la fête tout joyeux. Moi j’avais froid et je pris le bus entrai chez moi coucher sur mon lit je me dis en pensant oh les bâtards ils ont fumé tout mon chocolat !


Anis Aidoudi (p. 73)

Blanc le repos mon lit mon repos blanc.
Blanc l’éternité de l’oubli des couloirs du temps - le repos du guerrier.
Blanc le sucre glace. Le guerrier obèse sent la vanille.
Blanc papier, mal blanc du papier qui va de la feuille direct au cerveau sans passer par les yeux.

Noir. Mon canapé et ma tête sources noires de joies noires. Le panneau sombre pour réguler la mémoire et la perte de temps noir. Le labeur du pâtissier au chocolat noir et le stylo noir dans la nuit de mes idées noires.

Vert mon ordinateur vert bouteille ouverture vers le voile Internet.
Vert bocal vert noir. Vert tige. Vert ce caillou valant de l’or.
Vert, l’envers du décor. Vert le revers de la gloire.
Vert, les vertes barrières qui entourent ces verts pâturages.
Vert, la menthe verte dont les verts effluves me rendent vert de plaisir.


Mélanie Ouedy (p.103)

C’était il y a trois mois, le 11 novembre. J’étais assise sur le canapé en cuir de mon père. Il me collait à la peau, redoublant ma sensation de gêne et d’attente. Je comptais les battements de mon cœur, m’imaginant comment elle pouvait être. C’est alors que je la vis, entrant dans le salon, un sourire béat sur les lèvres.
Je la détaillais, m’imprégnant de chaque détail de son visage. Ses grands yeux noirs, son froncement de nez quand elle riait, le même que le mien. Elle vint s’asseoir à mes côtés. Pour la première fois, j’humais le doux parfum de ma grand-mère. Alors que je restais muette face à l’inconnue, sa main sur mon épaule paraissait m’encourager. Je parvins donc à prononcer un et un seul mot : bonjour.


Geoffroy Gabriel (p.132)

La première fois, je me suis vu en train de frapper un élève pour son goûter.
La deuxième fois, je me suis fait prendre mon goûter. La troisième, je vis ma mère en train de me mettre la fessée.
La quatrième, je vois encore ma mère en train de me frapper, mais cette fois avec mon frère.
La cinquième, je rencontre une fille extraordinaire et moche.
La sixième, il ne se passe rien.
La septième, je reprends le cours normal de ma vie.


Christelle Longequeue (p. 150)

Je ne suis pas gentille. Les gentils m’emmerdent. Ils sourient toujours d’un demi-souire et hochent la tête. Ils sont d’accord. Je ne suis pas d’accord. J’ai du mal avec les accords. Il faut du temps pour que je le sois. « Vous, les femmes, vous êtes tellement compliquées », m’a dit l’autre jour un grand niais en haussant les épaules. Il a dit ça en riant ; j’ai adoré. J’adore ce genre de phrase. Il était très gentil. Moi, pas tellement. Puisqu’il était très. C’est logique, non ?
Je ne suis pas la Vierge. Ce n’est pas tellement la peine de chercher la bonté, la simplicité, la pureté, le don, la patience, l’indulgence, la sollicitude, l’innocence, la modestie, l’amabilité, l’altruisme, la clémence, l’honnêteté, la complaisance dans le fond de mes yeux. Rien de tout ça. En tout cas, pas que ça. Pas qu’une. Je ne suis pas qu’une.

...

© Éditions Théâtre de la Colline, 2009
Avec le soutien de la Caisse des dépôts et la Fondation La Poste

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