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Dernières parutions septembre 2009 Par Elisabeth Miso

 

Correspondances

Colette, Lettres à Missy Colette, Lettres à Missy. Grâce à la persévérance du collectionneur Michel Rémy-Bieth, les lettres inédites de Colette à Missy nous parviennent enfin. Si elles ne sont pas d’un intérêt déterminant, Colette y évoque essentiellement son quotidien lors de ses tournées théâtrales en France et à l’étranger, elles laissent filtrer l’importance qu’occupa la marquise de Morny dans l’existence de l’écrivain, à une période où cette dernière connaissait des difficultés financières et des déboires sentimentaux et professionnels avec Willy. Pour Colette, femme-enfant gâtée, Missy endosse tous les rôles, tout à la fois amante et mère de substitution. Leur relation entamée en mars 1905 scandalise le Paris de la Belle Époque qui ne pardonne pas à la marquise de s’afficher avec les cheveux courts, en complet veston, fumant le cigare et préférant se faire appeler Max ou Oncle Max. En 1907, elles se produisent toutes deux sur la scène du Moulin-Rouge, l’une dénudée l’autre travestie en homme, dans « Rêve d’Égypte » une pantomime écrite par Missy. Les insultes pleuvent et la presse ne se prive pas de railler et de caricaturer les deux amies. En 1911, la marquise s’éclipse devant la liaison de sa protégée avec Henry de Jouvenel. Elles ne se retrouveront brièvement que vingt ans plus tard, et Colette alors au sommet de sa gloire littéraire et mariée à Maurice Goudeket tente dans ses lettres d’adoucir la solitude de Missy. Éd. Flammarion, 322 p, 22 €.

Romans

Anne Wiazemski, Mon enfant de Berlin Anne Wiazemsky, Mon enfant de Berlin. En septembre 1944, Claire Mauriac est ambulancière à la Croix-Rouge. C’est une belle jeune femme de vingt-sept ans qui ne craint pas de prendre des risques pour secourir des blessés ou aider des résistants. « Participer au sauvetage de quelques-uns est comme une réponse aux questions qu’elle se pose, comme la justification de son existence. » Elle ne veut pas d’une vie toute tracée, à se tenir à sa place d’épouse, de mère, de fille de François Mauriac. Elle est fiancée à un jeune homme prisonnier en Allemagne mais cet engagement lui pèse et quand ses missions lui permettent de rentrer au domicile familial parisien, chaque fois elle sent la même mélancolie, le même sentiment de vide l’envahir. « Elle sait maintenant que la guerre lui a permis d’échapper à cet engrenage, qu’elle a besoin de se sentir utile, peut-être même indispensable. » Elle suit les troupes alliées à l’Est et entre à l’été 1945 dans Berlin, cette « gigantesque machine à trier des réfugiés. » Elle découvre une ville dévastée à la population affamée qui se terre dans des caves, et au milieu de ces ruines elle connaît pourtant des joies insoupçonnées. Au 96 Kurfürstendamm, immeuble où se côtoient les équipes de la Croix-Rouge française, belge et les officiers de la Division des personnes déplacées, règnent une franche camaraderie et une bonne humeur malgré les journées porteuses d’angoisse. Dans la tourmente de la guerre, l’humanité se dévoile dans ce qu’elle a de plus cruel et de plus grand, tout semble plus intense si bien que Claire « s’étonne de mener une vie qu’elle croyait réservée aux héroïnes des romans, des romans qu’elle dévorait adolescente et qui lui faisaient paraître si terne son quotidien de jeune fille. » C’est là à Berlin qu’elle va trouver l’amour en la personne d’Yvan Wiazemsky, un jeune officier français d’origine russe au charme lumineux, habile négociateur lors des délicates tractations pour libérer les « malgré nous » alsaciens enrôlés de force dans l’armée allemande et détenus par les soviétiques. Anne Wiazemsky est l’enfant de Berlin, née en mai 1947, qui par un jeu subtil entre sa voix de romancière, le journal et les lettres de sa mère adressées à sa famille, se retourne sur le destin romanesque de ses parents, histoire dont elle faite. Éd. Gallimard, 250 p, 17,50 €.

Alice Munro, Du côté de Castle Rock Alice Munro, Du côté de Castle Rock. Traduction de l’anglais Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso. Mêlant fiction, journaux de l’époque, extraits de lettres, journal de bord de la traversée vers l’Amérique ou mémoires écrits par différents membres de sa famille au cours des générations, Alice Munro retrace la saga du clan Laidlaw, ses ancêtres écossais partis de la vallée de l’Ettrick à la fin du XVIIIème siècle pour gagner l’Ouest canadien. William Laidlaw son arrière-arrrière grand-père se décide à quitter les Highlands vers 1830 pour s’établir dans l’Illinois près de Chicago. Après son décès, sa femme et ses enfants rejoignent ses frères dans l’Ontario. C’est l’aventure de ces pionniers, l’âpreté de leur vie de fermiers que déroulent les nouvelles de ce recueil. À cette légende familiale, Alice Munro ajoute ses propres souvenirs, ceux d’une petite-fille et d’une jeune fille qui a pour horizon l’Ontario rural des années quarante et qui observe les désillusions des adultes. Son père trappeur puis éleveur de renards argentés voit sa petite entreprise péricliter avec la Grande Dépression et sa femme s’enfoncer très tôt dans la maladie de Parkinson. Sa mère renonce à ses rêves d’ascension sociale et garde la nostalgie de ce moment de gloire de l’été 1941, où elle excellait dans la vente de fourrures aux touristes américains et irradiait en société loin de sa méprisable vie campagnarde. Éd. l’Olivier, 344 p, 22 €.

Lydie Salvayre, BW Lydie Salvayre, BW. En mai 2008, suite à un décollement de la rétine, BW perd l’usage de ses yeux. Pour un fou de lecture comme lui, le coup est rude. Derrière BW, derrière ces initiales, se cache Bernard Wallet, éditeur et fondateur des éditions Verticales. Entre deux opérations, plongé dans le noir, il parle, il parle de ses passions, de ses colères, de ce qui le fait vibrer ou le précipite dans des désespoirs monstres. BW n’est que démesure, il « aime la grande vie, les grands gestes, les grands horizons, les manières qui en jettent, les chaussures en serpent, les oreillers en duvet de cygne et la littérature, qui est de tous les luxes, le plus considérable. » Celle qui l’écoute n’est autre que sa compagne. Lydie Salvayre écoute BW réécrire son histoire et très vite l’idée d’un livre s’impose à elle. BW parle de toutes ses vies avant leur vie commune, de son métier furieusement aimé et de sa décision de quitter le monde de l’édition perverti par les exigences de rentabilité. BW part et c’est l’élégance de ce geste et tout ce qu’il contient comme variations possibles autour du départ, du voyage, du mouvement de la pensée que l’écrivain tente de capter dans ce livre par le mouvement de la fiction. BW n’aime pas se retrouver à l’étroit, empêché de quelque manière que ce soit « Il veut une vie plus vaste, escarpée, des rêves avec des tigres, des bivouacs, des descentes en caïque, des dépaysements qui ébranlent l’esprit, des choses romanesques qui brisent les routines, et les os. » Alors à vingt-deux ans en 1969, il fuit Clermont-Ferrand et un avenir prometteur de coureur de 800 m. Il parcourt l’Iran, l’Afghanistan, l’Inde, le Népal, il se frotte aux hommes comme aux versants vertigineux de l’Himalaya, insatiable. En 1973 un deuxième périple le mène en Syrie, au Liban et en Jordanie. En 1978, représentant pour Gallimard dans Beyrouth en guerre, il assiste à des scènes d’une rare violence qui n’auront de cesse de le hanter. Une vie pleine, une vie de départs, de ruptures, où quitter c’est aussi se quitter soi. « Notre cœur ne doit être bon qu’à sentir celui des autres », le portrait qu’esquisse Lydie Salvayre semble tout entier tendu vers ce précepte de Flaubert, de cet homme elle prend tout, l’ordinaire et l’extraordinaire, sans le juger, sans interprétations réductrices. « Si tu me résumes, résume-moi à mes départs. C’est peut-être ce que je quitte, ce de quoi je m’absente, qui me désigne avec le plus de justesse. » Faveur exaucée. Éd. Le Seuil, Fiction & Cie 216 p, 17 €.

Jean-Marc Parisis, Les aimants Jean-Marc Parisis, Les aimants. « Aujourd’hui le ciel est vide. J’aurais aimé raconter une autre histoire, mais c’est tout ce qu’il m’en reste, et je n’en reviens pas. » À la mort d’Ava un gouffre s’est ouvert sous ses pieds, un gouffre obsédant. Jean-Marc Parisis vit avec cela, le goût de l’absence, de la perte inconsolable au fond de la gorge. Son dernier roman, récit de ce deuil prend la forme d’un magnifique hommage à la grâce solaire de la femme disparue. Les aimants s’attirent, aussi le narrateur et Ava se sont-ils immédiatement plu dès leur première rencontre, à vingt ans, sur les bancs de la Sorbonne. Ils ont traversé les années quatre-vingt de leur jeunesse avec la même insouciance, confiants dans la vie qui s’offrait à eux. Ils ont brûlé de la même passion pour la littérature, du même besoin d’écrire. Ils se sont enthousiasmé pour les mêmes films dans les salles d’Art et Essai du Quartier latin, se sont attablés des heures durant dans les cafés et ont parcouru les rues de Paris avec le même émerveillement toujours renouvelé. Ava était belle, intelligente, captivante, souvent en retrait du monde, en quête de hauteur, d’absolu. « Elle tenait ses livres comme des missels, à plat, dans ses paumes ouvertes, comme si elle voulait retenir l’eau de la poésie, s’en rafraîchir et s’en laver. Dans l’onde de la poésie, elle cherchait à déchiffrer le mystère de sa présence au monde. » Ils ont vécu dix ans ensemble, se sont séparés sans jamais réussir à s’éloigner l’un de l’autre. Même débarrassée du désir charnel, l’attraction n’a pas faibli, leur complicité est restée intacte. Ils ne se sont jamais inquiétés du temps qui passe, seule Ava pensait souvent à la mort. « Elle était vraiment résolue à inventer l’éternité, du moins à la postuler. C’est sans doute ainsi qu’elle voyait l’amour, sans le nommer. Tout, toujours. Ou rien, jamais. » Ce roman sonne comme un serment : garder pour l’éternité les traces de cet amour incomparable. Éd. Stock, 110 p, 13,50 €.

Romain Gary, Légendes du je Romain Gary - Émile Ajar, Légendes du je, récits, romans. Édition établie et présentée par Mireille Sacotte. « ...Le roman et la vie se confondent, ma vie est une Narration tantôt vécue tantôt imaginée et si un journal américain m’a donné le nom de « collectionneur d’âmes », c’est que je ne cesse de faire mon plein de je innombrables, par tous les pores de ma peau... ». (Romain Gary, La nuit sera calme, 1974). Né Roman Kacew, en Lituanie, dans une famille juive de Wilno, plus tard, émigré, avec sa mère, à Nice - il avait quatorze ans - Romain Gary (1914-1980) adora, toute sa vie, les déguisements, brouilla, infatigable, son image, multiplia les mystifications et les vérités, fut tout à la fois, aviateur, diplomate, écrivain, cinéaste, comédien, joueur, aventurier, séducteur, et unique double lauréat du Prix Goncourt (la première fois pour Les racines du ciel, en 1956, et la seconde fois sous le pseudonyme d’Émile Ajar, pour La vie devant soi, en 1975).
L’heureuse sélection de Mireille Sacotte réunit Éducation, Européenne, La Promesse de l’aube, Chien blanc, Les Trésors de la mer rouge, Les Enchanteurs, La vie devant soi, Pseudo et Vie et mort d’Émile Ajar. « Il fallait faire un choix. C’est dommage, mais c’est la règle du jeu », nous prévient-elle, d’emblée, dans la préface intitulée Jeux et métamorphoses de l’impossible « je ». C’est qu’on peut, de toutes façons, ouvrir « n’importe quel livre pour découvrir le monde et la langue de Gary », sa puissance créatrice, son humour, sa vérité, au-delà du jeu de masques, de dédoublements et de langage. Commencer, par exemple, par La promesse de l’aube (p.267), avec les jeunes années de Gary à Nice ou le récit d’une vie d’amour fou d’une mère pour son fils, laquelle, jamais, un instant, ne douta de ce qu’il serait... Préface, chronologie, photographies, introductions précises à chaque récit, postface si nécessaire ; tout est là et fluide et indispensable. Éd. Quarto/Gallimard, 1450 p, 29,90 €. Corinne Amar.

Essais

Judith Schlanger, L’humeur indocile Judith Schlanger, L’humeur indocile. « Voici quelques vies qui s’ouvrent l’une sur l’autre comme une fenêtre sur une autre fenêtre sur une autre fenêtre encore (...) Tous les personnages sont réels mais leur aventure est aussi de l’ordre de la fable. J’ai tenu à ce que les descriptions soient exactes, mais je me suis emparée de leurs portraits. »
C’est une galerie de portraits, promenades philosophiques et littéraires où, au fil des pages, des vies se croisent. L’humeur est indocile et la langue qui la raconte est douce et fluide et ouvre des fenêtres de paysages exotiques. Qu’est-ce qui les lie entre elles, ces vies, qu’est-ce qui les lie à leur auteur ? « Tous me paraissent héroïques, même ceux qui meurent inconsolés », écrit, en introduction, Judith Schlanger, qui fait revivre ces personnages connus ou moins connus qui, tous, eurent une vie romanesque ; Tina Mondotti (1896-1942), militante révolutionnaire devenue ethnologue photographe au Mexique, Gertrude Duby-Blom (1901-1993), photographe et journaliste suisse, elle aussi sous le charme mexicain ; ou aussi Alexandra David Neel (1868-1969), orientaliste et infatigable voyageuse, aventurière hors pair, du Tibet à la Chine, en passant par l’Afrique du Nord et « ailleurs, sur la surface de la terre » ; ou encore B. Traven, écrivain et aventurier, qui aura consacré la plus folle énergie à brouiller les pistes concernant son identité ; ou Goethe (1749-1959) ou encore des personnages comme Bernard Berenson ou Delecluze. D’autres figures sont évoquées, qui partagent cette même forme d’insoumission ; Mae West, Joséphine Baker, Tolstoï, Dirk Bogarde (l’acteur mais aussi l’écrivain)... Dans chacun de ces récits, où la voix mêle le réel, la fable, la réflexion, le mythe, elle nous rappelle justement ce qui lui est cher : que « vivre dans les lettres, ce n’est pas s’installer dans un patrimoine mais l’inventer, faire du soleil et de la place, inséparablement ». Éd. Les belles lettres, 152 p, 17 €. Corinne Amar

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