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Il faut qu’une lettre soit ouverte ou fermée...

Edito du 10 janvier 2001
Il faut qu’une lettre soit ouverte ou fermée...

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L’essence de la correspondance étant son caractère privé, l’idée même de "lettre ouverte" est assez paradoxale. Pourtant la distinction entre lettres closes et ouvertes existe dès le Moyen Age, et elle donnera, dans les correspondances officielles, d’une part les lettres de cachet et de l’autre les lettres patentes, qui commençaient par la formule "A tous ceux qui les lettres verront". Mais la lettre ouverte au sens moderne, dont le J’Accuse ? ! de Zola demeure le plus célèbre exemple, est d’une toute autre nature.

Qu’un individu particulier puisse divulguer sciemment le secret d’une correspondance adressée à une personne précise paraît étonnant. Transgresser ce secret ouvertement, si l’on peut dire, est pourtant la clé de l’efficacité d’une lettre ouverte. L’inégalité entre expéditeur et destinataire (on s’adresse à priori à plus puissant que soi) est compensée par l’impact supposé du texte sur l’opinion publique, qui forcera le destinataire à réagir. C’est bien ce que Zola a réussi, en faisant basculer une partie de l’opinion malgré la volonté des autorités d’étouffer l’affaire coûte que coûte. C’était désormais impossible : en publiant J’Accuse ? !, le journal L’Aurore décupla ses ventes !

Le courrier électronique paraît curieusement estomper ce caractère privé de la correspondance, que la lettre ouverte exploite à contrario. La récente mésaventure d’une Britannique qui a vu un e-mail très intime divulgué, évidemment sans son accord, à des milliers de lecteurs, en est le dernier indice. La facilité technique qu’il y a à transférer un courrier d’un simple clic n’est en rien une excuse à la muflerie ! Sylvain jouty