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Dernières parutions octobre 2009 Par Elisabeth Miso

 

Correspondances

Lettres pour lire au lit Lettres pour lire au lit : Correspondance amoureuse d’Alfred de Vigny et de Marie Dorval 1831-1838. Les biographes d’Alfred de Vigny ont longtemps sous-estimé l’importance de Marie Dorval dans l’existence de l’écrivain, préférant la cantonner à un rôle de maîtresse capricieuse et infidèle. Les cent trente-cinq lettres réunies ici, démentent le caractère anecdotique prêté à leur liaison, laissant éclater toute l’étendue de leur passion. Vigny et Marie Dorval deviennent amants à l’été 1831, il est déjà un poète renommé, elle est une actrice vedette qui triomphe dans Antony, le drame romantique d’Alexandre Dumas. Le poète fait de la comédienne sa muse et écrit pour elle La Maréchale d’Ancre, Quitte pour la peur et Chatterton. Pendant sept ans, ces deux âmes exaltées semblent s’épanouir dans cette relation toute d’admiration, de tendresse et de complicité. Pourtant leur amour ne résistera pas aux séparations et aux accès ravageurs de leur jalousie. Éd. Mercure de France, Le temps retrouvé, 297 p, 19,80 €.

Le lit bleu La Comtesse de Sabran et le Chevalier de Boufflers, Le lit bleu. Correspondance 1777-1785. Édition présentée et établie par Sue Carrell. Sue Carrell, spécialiste de la littérature épistolaire du XVIIIe siècle s’est consacrée plus de vingt ans à cette correspondance amoureuse. Elle a été séduite par la finesse d’esprit avec laquelle ces lettres témoignent des sentiments mais aussi du parcours de ce couple face à l’effondrement de son monde en ces temps de profondes mutations. En mai 1777, le prince de Ligne présente Stanislas Jean de Boufflers à Éléonore de Sabran. Tous deux sont sous le charme. Madame de Sabran, jeune veuve qui n’a jamais connu l’amour tente de conserver à leurs rapports une dimension amicale. Elle succombe à son attraction en 1781 mais les deux amants ne convoleront qu’en 1797, le chevalier ne voulant pas renoncer à ses revenus. Ce premier volume s’attache aux premiers moments de leur passion dans les années encore paisibles de l’Ancien Régime. Deux autres volumes à paraître en janvier et septembre 2010 abriteront leur histoire pendant la période d’éloignement du chevalier de Boufflers au Sénégal comme gouverneur puis durant la Révolution. Éd. Tallandier, La Bibliothèque d’Évelyne Lever, 365 p, 22 €.

Lettres de compositeurs à Camille Saint-Saëns Lettres de compositeurs à Camille Saint-Saëns. Présentées et annotées par Eurydice Jousse et Yves Gérard. Avant-propos de Pierre Ickowicz. Lettres conservées au Château-Musée de Dieppe. Le compositeur Camille Saint-Saëns (1835-1921), pianiste et organiste dès l’âge de 18 ans, acquiert aussitôt une très bonne réputation et suscite l’admiration de musiciens tels que Berlioz et Liszt. Reconnu pour ses oratorios, ses symphonies, ses douze opéras - dont le plus célèbre est Samson et Dalila (1877) - il aura aussi laissé une abondante correspondance de plus de dix mille lettres reçues et volontairement abandonnées au musée de Dieppe fondé en son honneur, en 1890. À Berlioz, Bizet, Wagner, Lizst, Gounod et tant d’autres encore, Camille Saint-Saëns lui même, aimait-il écrire ? On n’en sait rien, en revanche, il était estimé, admiré et entretenait des liens amicaux certains avec des intimes du monde de la musique, connus ou moins connus, des compositeurs aussi bien français qu’étrangers dont le cercle, au fil des années s’agrandissait régulièrement. Au conservateur Ambroise Milet, un 9 février 1906, il confiait, non sans humour : « Mon cher Milet, Vous avez toutes raisons de trouver ma correspondance formidable, et pourtant vous n’en voyez qu’une faible partie ; la presque totalité disparaît dans les flammes et dans l’oubli ; je détruis même souvent des lettres que j’aimerais conserver, effrayé moi-même par ce déluge. Et songez qu’il faut répondre à tout cela, ou presque à tout. La notoriété a bien des inconvénients. »
Ce qui a été préservé reste une mine pour les amateurs de musique classique et romantique, illustrant non seulement l’histoire de Camille Saint-Saëns, mais également celle de son entourage ; de Berlioz à Liszt, Wagner, Fauré, Franck, Massenet, Lalo, Tchaïkovsky, Rubinstein, Verdi ou encore Schumann. Éd. Symétrie, 670 p. Corinne Amar Livre édité avec le soutien de la Fondation La Poste.

Romans

Danny Laferrière, L’énigme du retour Danny Laferrière, L’énigme du retour. La mort du père exilé à New-York vient rompre le propre exil du fils installé à Montréal. Père et fils contraints de fuir Haïti, le même destin, l’histoire se répétant. Windsor Laferrière, opposant au régime de Papa Doc a laissé derrière lui femme et enfants en 1957. Dany Laferrière était journaliste en 1976 quand il a senti qu’il pouvait devenir la cible de la folie meurtrière de Bébé Doc et des tontons macoutes. Le père n’est jamais revenu et a fini ses jours dans une modeste chambre de Brooklyn. Le fils trente-trois ans après entreprend le voyage de retour pour annoncer sa mort à sa mère restée sur l’île avec le souvenir de cet amour. Le fils n’a pas la mémoire du père, comment reconnaître dans ce vieil homme élégamment vêtu couché dans son cercueil le jeune homme aux allures de dandy entrevu sur des photographies jaunies ? Comment se reconnaître dans cette île, ne pas se sentir étranger après toutes ces années d’absence ? Sur les traces de Windsor, sur les traces de son enfance et de sa jeunesse à Port-au-Prince, le romancier laisse affleurer des images, des odeurs, des sons, des émotions qu’il croyait évanouis. « Toutes ces choses que j’avais évacuées de mon esprit là-bas pour éviter d’être ligoté par la nostalgie ont une présence concrète ici. Elles s’étaient réfugiées dans mon corps où le froid les avait gelées. Mon corps se réchauffe petit à petit. Et ma mémoire se dégèle jusqu’à devenir cette petite flaque d’eau dans le lit. » La beauté des paysages, la sensualité des corps, la violence et la misère qui gangrènent l’île, la proximité de la mort qui rend chaque chose encore plus vivante, si pleine d’une énergie particulière, tout cela il le porte en lui comme il garde toujours sur lui une lettre de sa mère et un exemplaire du Cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire. Magnifique poème-roman, L’énigme du retour, laisse entendre à quel point Dany Laferrière n’a jamais cessé d’être haïtien « [...] je n’ai plus l’impression d’être un écrivain, mais un arbre dans sa forêt. Je prends conscience que je n’ai pas écrit ces livres simplement pour décrire un paysage, mais pour en faire encore partie. » L’auteur embrasse dans un même regard sa terre natale et son territoire littéraire et prend toute la mesure de son attachement, de son déracinement et de ce qui le pousse à écrire. « Le dictateur m’avait jeté à la porte de mon pays. Pour y retourner, je passe par la fenêtre du roman. » Éd. Grasset, 301 p, 18 €.

A A. M. Homes, Le sens de la famille. Traduction de l’anglais (États-Unis) Yoann Gentric. « Être adopté c’est être adapté, être amputé puis recousu. Qu’on retrouve l’usage de ses fonctions ou pas, il y aura toujours des tissues cicatriciels. » En 1993, alors qu’elle est âgée de trente-deux ans et déjà écrivain, A. M. Homes voit ressurgir ses parents biologiques. Pour la jeune femme et la romancière « qui raconte des histoires et travaille à créer par l’imagination des vies qui n’ont jamais été » c’est l’occasion de réécrire son histoire et d’interroger les ressorts des liens familiaux qui se tissent ou qui font défaut. Le besoin de sonder cette part inconnue d’elle-même, le désir de s’inscrire dans un récit, l’entraîne dans une traque généalogique acharnée et dans le passé de ses parents. Ellen Ballman, sa mère, était employée dans le magasin de Norman Hecht, un homme plus âgé, marié et père de famille. Elle était très jeune et leur liaison allait bouleverser son existence. Ellen a cherché des parents adoptifs pour l’enfant qu’elle n’assumait pas d’élever et ne s’est jamais pardonné cet abandon faisant de sa vie un long fleuve d’échecs et de solitude. Après toutes ces décennies de silence cette mère se montre particulièrement envahissante et son père au bout de plusieurs rendez-vous nimbés de faux espoirs finit par se volatiliser. Entre trouble des retrouvailles et difficulté à gérer le narcissisme de ses géniteurs, entre parents fantasmés et personnes réelles, la déception est cruelle. « Le fait est, que quelles que soient les motivations de chacun dans cette histoire, elles n’ont rien à voir avec moi- jamais il n’est question de mes besoins, de mes désirs [...] » . Avec subtilité, rage et une grande lucidité, A. M Homes décrypte cette confusion des sentiments dans laquelle nous jette notre rapport à nos origines et pour ce qui la concerne dessine les contours de son identité, singulier amalgame fait de son héritage biologique et adoptif. « Ce n’est pas sur elle que je pleure, mais sur moi-même, sur tous les accidents dont cette histoire est tissée, sur toutes les défaillances tant des uns que des autres, sur cette maudite fragilité de la condition humaine, sur la peur, sur la honte. » Éd. Actes Sud, 240 p, 19,80 €.

Wendy Guerra, Mère Cuba Wendy Guerra, Mère Cuba. Traduction de l’espagnol (Cuba) Marianne Millon. Wendy Guerra rédige depuis l’enfance des journaux intimes, son premier roman Tout le monde s’en va se nourrissait déjà de ce matériau à travers les confidences d’une enfant et d’une adolescente dans le Cuba des années 80. Mère Cuba met encore en scène une trame intime jouant avec les formes du journal, de la lettre, du dialogue radiophonique ou de la chanson populaire pour mieux révéler les imbrications profondes entre histoire personnelle et histoire nationale, entre aspirations individuelles et destin collectif. Pour Wendy Guerra et pour les personnages qui habitent son imaginaire la question centrale est de vivre avec cette impossibilité qu’est Cuba, « Nous nous berçons dans un idéal flottant, un non-endroit, une utopie encastrée au centre des Caraïbes. » Certains s’exilent, d’autres comme elle ont choisi de rester « Comme Cuba est à Cuba et qu’on ne peut l’emporter ailleurs, j’y reviens. » Se débattre tout à la fois avec la mémoire de l’extraordinaire espoir soulevé par la révolution et le désenchantement du régime castriste, voilà ce à quoi ne peuvent échapper les trois femmes qui traversent ce roman. La narratrice Nadia Guerra est artiste et animatrice de radio jusqu’au jour où elle est suspendue de ses fonctions pour avoir manifesté à l’antenne ses désirs d’expression libre. Elle part pour Paris, puis à Moscou à la recherche de sa mère Albis Torres (inspirée de la propre mère de l’auteur) qui broyée par le système cubain avait fui, la laissant enfant avec son père. Elle retrouve une femme dévastée par la maladie d’Alzheimer et la ramène elle et le seul objet qui ne la quitte pas, une boîte noire de carton qui renferme ses carnets, la mémoire de sa jeunesse, la mémoire de ces années à côtoyer Celia Sánchez, la légendaire guérillera proche de Fidel Castro, troisième figure féminine autour de laquelle s’articule le récit. Trois portraits, trois générations de femmes qui chacune à sa manière traverse son époque et tente d’ancrer sa vie dans l’oppressante réalité de l’île. « Ils ont organisé nos vies afin de nous alimenter avec l’illusion du bonheur. Elle fut si réelle que, même si elle n’a jamais existé, elle nous manque encore. » Éd. Stock, 312 p, 19 €.

Journaux

Robert et Clara Schumann, Journal intime Robert et Clara Schumann, Journal intime. Textes choisis, traduits et présentés par Yves Hucher. Préface de Brigitte François-Sappey. Introduction de Marcel Brion de l’Académie française. C’est un journal écrit à deux mains et aussi une correspondance qui parle d’amour fou, de musique et des rêves pour conjurer les tourmentes du quotidien de deux musiciens de génie, unis pour la vie et couple unique dans l’histoire de la musique : Robert Schumann (1810-1856) et sa femme Clara Wieck (1819-1896). Il commence à rédiger son journal à l’âge de seize ans et demi, est très vite épris de musique, de littérature, fréquente les salons et les sociétés musicales de Leipzig. C’est dans un de ces salons qu’il rencontre Friedrich Wieck, grand pianiste, professeur éminent et qui deviendra son maître vénéré, depuis qu’il a entendu sa fille Clara, jeune prodige de neuf ans, jouer. Elle écrit elle aussi, et toute enfant, de son côté. De 1835, date leur relation amoureuse. « Je ne me sens jamais aussi heureuse, aussi bien que lorsque je suis avec lui. Il n’a pas besoin de parler du tout. Je l’aime tant quand il est simplement en train de penser que je voudrais être capable d’écouter chaque idée », écrit Clara, de cet homme qu’elle vient d’épouser en 1840, malgré le refus intransigeant de son père. Mariés, ils poursuivront ce journal jusqu’en 1843, prenant la plume à tour de rôle, une semaine chacun. Je deviendra Nous. Journal et correspondance sont étayés d’un choix de documents, de lettres, de journaux et de notes introductives qui évoquent ces deux vies, leurs quatorze années ensemble, jusqu’au drame de la folie de Robert, puis sa mort tragique, à laquelle Clara survivra quarante-deux ans ; pour ses filles et l’oeuvre de son mari. Éd. Buchet-Chastel, 295 p. 19 €. Corinne Amar

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