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Dernières parutions novembre 2009 Par Elisabeth Miso

 

Correspondances

Antoine Blondin, A mes prochains Antoine Blondin, À mes prochains. Lettres 1943-1984. La correspondance inédite d’Antoine Blondin si elle paraît peu volumineuse, suffit pourtant à restituer quarante ans de la vie de l’auteur des Enfants du bon Dieu et d’Un singe en hiver, du jeune homme de 21 ans réquisitionné en Allemagne par le S.T.O, service du travail obligatoire, qui trouve du réconfort dans les lettres et les colis de sa famille à l’homme de 62 ans en proie à la tristesse, à la solitude et aux inquiétudes financières. Ses lettres donnent à voir l’affection qu’il porte à ses parents, à ses amis les plus fidèles que sont Catherine et Roland Laudenbach (ses éditeurs de La Table Ronde), Roger Nimier, Michel Déon, Kléber et Caroline Haedens, mais aussi les incertitudes qu’il rencontre dans son travail d’écrivain. Le ton désinvolte et le goût des blagues potaches partagé avec Nimier ne peuvent masquer les tourments qui se dessinent au fil des envois, « Aux approches de la cinquantaine, je ne porte pas de cravate. Je suis resté mince, mon œuvre aussi ». On y lit tout à la fois son désir et son incapacité à mettre au pas ses désordres intérieurs, son alcoolisme, ses frasques de fêtard, la désolation que lui inspirent ses difficultés à écrire et sa précarité. « Le grand air, la solitude, la mer, toutes ces denrées subtiles retrouvées, si elles m’arment pour notre hiver, n’assaisonnent guère le mauvais ragoût que je m’évertue à grand-peine à mijoter : je porte un mauvais sujet et un livre régressif ». Éd. La Table Ronde, 219 p, 20 €.

A Mona Lisa Á Monna Lisa, Le Louvre, Paris. Correspondances Intempestives II. La Joconde n’a rien à envier aux célébrités de chair et de sang, ses visiteurs se comptent en millions et nombre de ses admirateurs lui adresse du monde entier des lettres ou des cartes postales qui sont conservées dans les archives du Musée du Louvre. Les éditions Triartis ont invité plusieurs auteurs et autres personnalités à rejoindre les rangs de ces épistoliers. Chacun a laissé libre cours à ce que suscitait en lui le fameux portrait de Lisa Gherardini, épouse del Giocondo peint par Léonard de Vinci. Tantôt admiratives tantôt hostiles, tantôt surgies du XVIème siècle ou contemporaines, les missives prêtent à l’énigmatique sourire de Mona Lisa les sentiments les plus divers, s’amusent du voisinage bruyant des Noces de Cana de Véronèse ou s’emparent de l’épisode du vol de la Joconde en 1911 par Vincenzo Perugia, ce vitrier italien qui dormait avec le tableau caché dans une valise sous son lit. Éd. Triartis, 127 p, 15 €.

Romans

Margaret Atwood, Fiasco du Labrador Margaret Atwood, Le fiasco du Labrador. Traduction de l’anglais (Canada) Michèle Albaret-Maatsch. Par la voix de Nell, la narratrice de ce recueil de nouvelles, Margaret Atwood se retourne sur sa propre existence. Les souvenirs affluent, heureux et douloureux, au passé comme au présent, au gré des mouvements de sa mémoire. Les êtres qui jalonnent son parcours d‘enfant et de femme prennent place dans cet album intime : ses parents, son frère, sa sœur cadette à la sensibilité exacerbée, sa fille, son compagnon, les deux fils et l’ex-femme de ce dernier. Longtemps, la romancière canadienne s’est crue destinée à une vie d’intellectuelle errante, inadaptée à toute stabilité sentimentale et domestique avec mari, enfants, chiens, chats, pâtisserie et « rideaux blancs à fanfreluches ». « À mes moments les plus révoltés, je me demandais pourquoi me tracasser à la perspective d’être exclue de l’arche de Noé de la vie de couple - laquelle, malgré les louanges qu’on lui tressait, n’était guère qu ‘un zoo avec barreaux, verrous et fourrage fourni à heures fixes ». L’empreinte du temps, l’effet du temps sur nos doutes, nos angoisses, nos espoirs, les difficultés ou l’attachement profond qui sous-tendent nos relations aux êtres qui nous sont chers, voilà ce que dépeint Margaret Atwood avec justesse, lucidité, tendresse, sans jamais se départir de son humour. « Mais mon moi rêveur refuse d’être consolé. Il continue à errer, sans but, sans foyer, seul. Nulle preuve tirée de ma vie éveillée ne peut le convaincre qu’il ne risque rien. Je le sais parce que je continue à faire le même rêve, inlassablement ». Éd. Robert Laffont, 306 p, 21 €

Journaux

Françoise Sagan, Toxique Françoise Sagan, Toxique. En 1957, Françoise Sagan tente de se libérer du Palfium, un succédané de la morphine auquel elle s’est accoutumée depuis son terrible accident de voiture. Toxique est le court journal (illustré par les dessins de son ami Bernard Buffet) de ce séjour en désintoxication où derrière l’apparente légèreté et l’élégance de son esprit, la jeune romancière de vingt-deux ans, laisse filtrer les peurs qui l’assaillent. « Je m’épie : je suis une bête qui épie une autre bête, au fond de moi. » Peur du manque, de la solitude, de sa propre souffrance et de celle des autres pensionnaires de la clinique, les schizophrènes avec qui elle joue au billard. Elle s’observe, se dissèque, « Il y avait longtemps que je n’avais pas vécu avec moi-même. C’est d’un effet curieux », se raccroche aux mots d’Apollinaire, de Céline, de Proust, de Chateaubriand ou de Michelet et sent tout son être tendu vers la littérature. Elle veut faire peau neuve, « vivre et écrire de bon ». « Je sais ce qu’il me reste à faire ; je vais m’éprendre de moi, me soigner, me bronzer, me refaire les muscles un par un, m’habiller, me ménager infiniment les nerfs, me faire des cadeaux, me jeter dans les glaces des sourires troublés. M’aimer ». Sous l’impulsion de Denis Westhoff, son fils, qui pour éponger les lourdes dettes de sa mère s’est attelé à faire rééditer l’intégralité de son oeuvre, les éditions Stock publient également cet automne Des bleus à l’âme et Des yeux de soie et jusqu’en 2011 tous les autres titres de la période 1970-1980. Éd. Stock, 78 p, 15 €

Rezzori, Les morts à leur place Gregor von Rezzori, Les morts à leur place. Journal d’un tournage. Traduction de l’allemand J acques Lajarrige. « Je sens que chacun de nous essaie de faire le lien entre l’incroyable réalité du jour déclinant, son passé d’hier et lui-même. Notre présent continue ici d’être soustrait à l’écoulement du temps, sans lien avec notre passé d’hier et sans perspective sur notre futur de demain ». De janvier à juin 1965, Gregor von Rezzori (1914-1997) est comme plongé dans une autre dimension, une expérience aux allures de mirage, celle du tournage au Mexique de Viva Maria, le film de son ami Louis Malle, dans lequel il a accepté de jouer le rôle d’un magicien. Durant cinq mois, le romancier, journaliste et scénariste, tient le journal de bord de l’« aventure d’un groupe de personnes hors du commun dans une situation hors du commun, et dans un pays qui l’est lui aussi ». Dès le début le film est placé sous tension, la presse internationale a les yeux rivés sur ce projet d’un coût de deux milllions de dollars qui met en scène deux stars françaises, Brigitte Bardot et Jeanne Moreau. Les interminables heures d’attente sous une chaleur écrasante lui laissent tout le loisir d’observer l’autre film qui s’élabore dans le film. Rien n’échappe à son regard aiguisé et à son intelligence de la nature humaine : les clans qui se forment, les affinités et les animosités qui se précisent, le cercle rapproché du réalisateur face au reste des techniciens et des figurants mexicains, la rivalité attendue entre les deux vedettes féminines, le grotesque des nuées de journalistes et de photographes qu’elles soulèvent sur leur passage, les faux-semblants de rigueur. Les coulisses du tournage se révèlent bientôt plus explosives que cette histoire de révolution dans un pays d’Amérique latine « attisée et menée victorieusement par deux danseuses de bastringue ». Parfois cruel, souvent moqueur, Gregor von Rezzori sait se montrer tendre et admiratif quand il parle de la fascination qu’exercent Brigitte Bardot et Jeanne Moreau ou quand il décrit la forte impression que laisse en lui le Mexique et ses habitants. Telles « des retrouvailles ayant une réalité aussi irréelle et oppressante qu’une vision dans un rêve », la découverte du Mexique réveille le souvenir de Czernowitz, sa ville natale en Bucovine, le renvoyant ainsi à sa nostalgie d’exilé. Éd. Le Serpent à Plumes, 298 p, 19 €.

Mémoires

Alain Zimeray, Dames de mer Alain Zimeray, Christian Bontzolakis, Les Dames de la mer. Préface de Claudie Haigneré. Ils leur rendent hommage, ils sont deux, l’un, photographe passionné de la mer (L’Atlantique plus que la Méditerranée) et de la voile, affectionnant le noir et blanc, le portrait, le détail, le sourire, l’autre, écrivain, auteur de pièces de théâtre, scénariste, poète, familier de la parole vive ; elles sont trente-trois, « de celles qui font la légende de la voile et de l’aventure », navigatrices hors du commun, connues, moins connues, femmes de cœur et d’exploits, dans un univers aussi héroïque et solitaire et masculin que celui de l’océan. Elles fascinent. Ils sont allés à leur rencontre, de La Rochelle à Stockholm, de Marseille à Concarneau, Le Havre, Saint-Malo, Brest, Quimper, Cowes, les Sables-d’Olonne... Autant de ports, d’empreintes, d’attaches pour dire « l’intimité de la relation entre ces femmes et la mer », leur lien aussi au monde, à la vie, à la terre. Collection de portraits : arrêts sur image, souvenirs d’enfance évoquée, extraits de journaux de bord, correspondances multiples, vies multiples confiées par fragments ; elles sont aussi compagnes, mères, musiciennes, réalisatrices de documentaires, journalistes, engagées dans des causes humanitaires ; à bord, seules, elles emportent leur lien vital ; leur journal à écrire, des livres, de la musique, de quoi dessiner, de quoi conjurer la peur ou la solitude... « j’emporte toujours de quoi dessiner. L’océan paraît d’une seule couleur ou presque - du bleu, plus le noir et blanc des mers australes. Là-bas... très peur du non-retour à la couleur, de ne plus jamais voir le soleil. (...) Le contact avec les autres, c’est la couleur. (Maud Fontenoy, p.72) ». Marines-Éditions, textes et photographies, 174 p., 29 €. Corinne Amar.

Michel Deon, Lettres de Chateau Michel Déon, Lettres de château. « Que cherchons-nous en lisant des romans ? La vie d’un autre, les vies de ceux dont nous séparent des conventions, des respects, des timidités, des ignorances et aussi... » Ainsi commence Le murmure des adieux consacré à Valery Larbaud et première des réflexions consacrées aux écrivains et peintres préférés de Michel Déon. Des Lettres de château ? « C’est pour dire merci à mes auteurs de chevet et à mes peintres de prédilection. J’aurais pu l’intituler « Lettres de pain et beurre », comme on dit en anglais « Letters of bread and butter », celles que vous envoyez lorsque l’on vous a reçu », dit-il, lorsqu’on lui pose la question. Dix lettres, de Valery Larbaud à Paul Morand, Joseph Conrad, Jean Giono, Paul-Jean Toulet, Edouard Manet, Nicolas Poussin, Guillaume Apollinaire, Georges Braque, Stendhal viennent dire cette part d’admiration et de gratitude pour des œuvres avec lesquelles l’écrivain a vécu, dont il a fait des compagnons de sa vie imaginaire et qui l’ont parfois aidé à affronter l’insupportable.
Évocation de souvenirs ; il a quatorze ans, découvre, émerveillé, dans une librairie Le chant du monde de Giono, le relit des années plus tard, alors qu’il se trouve dans la maison de Giono à Manosque et s’est assis dans le bureau où celui-ci écrivait et lisait ; « quand tant d’années plus tard, je rouvre sa prose, les premières lignes ressuscitent le bonheur qui s’empara de moi, bonheur dont je ne me suis pas défait (...). » Avec le même enthousiasme, et parce que « rien n’est tout à fait fortuit », il nous emmène, au gré de ses rêveries, dans l’univers de ses compagnonnages d’élection et ressuscite le lien et la question : « Que cherchons-nous en écrivant des romans ? » Que touchons-nous en produisant des oeuvres ? Éd. Gallimard, 166 pages, 15,90 €. Corinne Amar

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