Fondation d'entreprise LA POSTE

Recherche

 

Interviews de Lyonel Trouillot et Hélène Frappat
Propos recueillis par David Raynal

16 novembre 2009. Prix Wepler FondationLa Poste

 

Le Prix Wepler - Fondation La Poste 2009 a été attribué lundi 16 novembre à : LYONEL TROUILLOT, pour "Yanvalou pour Charlie", (Actes Sud) et la Mention spéciale du jury 2009 décernée à HELENE FRAPPAT pour "Par effraction", (Allia). David Raynal s’est entretenu avec les auteurs le soir de la remise des prix.

Wepler 09, Helene Frappat, Lyonel Trouillot

Retrouvez l’interview intégrale en fichier audio et en vidéo en cliquant ici

Lyonel Trouillot, lauréat du prix Wepler-Fondation La Poste 2009

Vous êtes le lauréat du 12e Prix Wepler-Fondation La Poste. Que représente ce prix pour vous ?

Lyonel Trouillot Le prix Wepler représente un respect absolu de l’écriture littéraire dans le mépris total de toute pression médiatique. Or pour moi, l’écrivain est un artisan, il travaille des matières qui sont la langue et le réel. Je suis très fier et touché d’obtenir ce prix en raison de la primauté donnée au texte littéraire...

Yanvalou pour Charlie c’est l’histoire de deux personnes qui n’auraient pas dû se rencontrer, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

L.T. C’est un peu ce qui se passe en Haïti et dans le monde. Il y a de plus en plus de distance entre les riches et les pauvres. Quand on regarde la vie quotidienne, les espaces sociaux sont très limités. Chacun vit dans son univers, dans son quartier, dans son monde, parfois même dans sa maison. J’ai voulu montrer cette distance qui s’établit entre ces deux mondes, celui de la richesse, du faire-valoir et de l’avoir, et le monde de la difficulté qui existe ailleurs, mais de manière moins visible. Je parle du choc provoqué par la rencontre. Ceux qui ont fermé les yeux sur le malheur et la réalité des autres pourront peut-être enfin les rouvrir et recommencer à regarder autre chose que leur nombril.

Vous êtes considéré comme un écrivain engagé. Est-il pour vous indispensable d’avoir une démarche militante ?

L.T. C’est important, mais je n’en fais pas une loi. On peut faire de la littérature avec un cheveu de femme, avec un nuage qui passe. Pour moi, il importe que l’enjeu littéraire, c’est-à-dire la construction de la forme, soit lié à un enjeu social. À cet égard, j’aime bien citer une phrase qui n’est pas de moi : « la littérature ne parle jamais que d’elle-même, mais pour parler d’elle-même, elle parle toujours d’autre chose ». Je pense que c’est cette tension-là qui fait l’oeuvre littéraire.

Comment faites-vous pour concilier la littérature, le journalisme, la poésie ou l’écriture de chansons ?

L.T. Je ne sais pas. Je dirai seulement que l’écriture journalistique est un traitement du quotidien au quotidien, alors que le travail de la fiction est une mise en forme du réel. Comme si on voulait extraire du réel une vérité. La poésie a peut-être quelque chose de plus intime. Quand j’écris de la poésie, je me parle à moi-même. C’est une sorte conversation avec moi-même sur le monde. Quant au roman, je crois qu’il induit un devoir de communication. Le roman est une des formes pour témoigner du réel.

Comment se porte la littérature en Häiti ?

L.T. Bien et mal. Bien, parce qu’il y a toujours cette démence de vouloir dire, mais mal, parce qu’il n’y a pas de support et d’institution littéraire. Près de quatre-vingt-dix pour cent des oeuvres haïtiennes sont publiées à compte d’auteur.

Après Dany Laferrière et son prix Médicis, vous remportez aujourd’hui le prix Wepler-Fondation La Poste. Les auteurs haïtiens ont la côte en France. Comment l’expliquez-vous ?

L.T. Disons que la littérature haïtienne qui s’écrit en deux langues, française et créole, est assez riche et je me réjouis que l’on commence à la connaître. J’espère que la répercussion de ces deux prix permettra d’attirer l’attention sur d’autres auteurs qui méritent autant que nous d’être connus, au moins dans les communautés francophones. Pour ce qui est de l’essor de la littérature haïtienne, je crois qu’Haïti est un pays qui ne sait pas se dire en termes politiques, mais qui sait très bien se dire en termes littéraires...

Vous êtes président de l’association Etonnants Voyageurs en Haïti. En quoi consiste précisément votre action ?

L.T. Notre action consiste à ramener des écrivains du monde à Haïti pour que les jeunes et les écrivains haïtiens ne soient pas prisonniers des Lyonel Trouillot et Dany Laferrière qui jouissent d’une certaine notoriété. Je remercie Michel Le Bris, le président du Festival qui a mis en place avec nous la structure « Etonnants Voyageurs », afin que l’on puisse avoir une édition haïtienne tous les deux ans.


Hélène Frappat, mention spéciale du Jury prix Wepler-Fondation La Poste 2009.

Que vous inspire cette mention spéciale du Jury Wepler-Fondation La Poste 2009 ?

H.F. Je suis très touchée, dans la mesure où mon précédent roman L’Agent de liaison avait déjà été sélectionné. Ce prix est très important pour moi.

Pouvez-vous nous présenter votre troisième ouvrage « Par effraction » ?

H.F. Par effraction est l’histoire d’une télépathe, et c’est l’idée - je l’ai découverte après avoir fini le livre - que la littérature a peut-être quelque chose à voir avec la télépathie.

C’est un roman à double entrée ?

H.F. À double entrée, voire à multiples entrées. Mais en effet, deux personnages principalement. Une femme qui est filmée presque à son insu, et l’autre, télépathe, qui écoute tout ce qui se passe dans la tête des gens, bien qu’elle préfère ne pas connaître leurs secrets.

En tant que critique, l’univers du cinéma est-il toujours aussi présent dans votre oeuvre ?

H.F. Je pense qu’il est très présent, secrètement. J’ai de plus en plus l’impression en écrivant, que c’est un peu comme si je décrivais des films qui se réalisaient dans mon imagination.

On a parlé pour votre livre de référence chabrolienne, qu’en est-il ?

H.F. Il s’agissait pour moi de décrire un milieu que je connaissais très mal : la bourgeoisie de province en France et en Suisse. Je suis donc allée voir les films de Claude Chabrol qui m’ont en effet beaucoup appris, et en particulier, ceux des années 1970 qui se passent dans ces grandes maisons de la bourgeoisie provinciale.

Après ce cambriolage intime qui transparait dans votre livre, sur quel thème aimeriez-vous prochainement écrire ?

H.F. En fait, j’aimerais écrire deux livres en même temps. L’un traiterait d’une histoire d’amour et l’autre, serait un genre de roman populaire fantastique.

Abonnez vous à notre Lettre d’information,
FloriLettres

Chaque mois, recevez gratuitement la revue culturelle de la Fondation La Poste consacrée à l’actualité littéraire et au patrimoine de la correspondance.
Pour s’inscrire, cliquez ici
Le lien "s’abonner" est obsolète. > s'abonner

A la une

Le Prix « Envoyé par La Poste » 2016 remis à Thierry Froger

30 août 2016 - Thierry Froger remporte le Prix « Envoyé par La Poste » pour son livre Sauve qui peut (la révolution),lire la suite

Les actions

Les actions de la Fondation La Poste 2015

La Fondation La Poste qui se veut à la fois culturelle et sociale a pour objet de soutenir l’expression écrite - dans la mesure où s’y incarnent les valeurs communes au Groupe La Poste - et en particulier la confiance, la solidarité, la proximité et l’innovation. Ainsi, elle encourage plus précisément avec un souci de la qualité et avec éclectisme : l’écriture épistolaire, l’écriture vivante et novatrice, l’accès à l’écriture sous ses diverses formes… lire la suite