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Dernières parutions décembre 2009 Par Elisabeth Miso

 

Correspondances

Drieu La Rochelle, Victoria Ocampo, Lettres Pierre Drieu la Rochelle / Victoria Ocampo, Lettres d’un amour défunt. Correspondance 1929-1944. Édition établie par Julien Hervier. « Je regretterai toute ma vie de n’avoir pas été ton amant pour la vie. Ç’aurait été profondément magnifique et grand. » Quand ils sont présentés l’un à l’autre en février 1929 à Paris, Victoria Ocampo et Pierre Drieu la Rochelle sont en pleine désillusion sentimentale. Lui, tente d’échapper au fiasco de son second mariage, elle, voit s’éteindre le feu de son amour pour l’avocat Julián Martínez. Ces deux êtres que tout semble opposer vont pourtant succomber à leur attraction réciproque. La belle argentine repart pour Buenos Aires laissant Drieu désemparé. Ils se revoient le printemps suivant, mais la sensualité laisse très rapidement la place à une longue amitié amoureuse jusqu’au suicide de Drieu en 1945. Leur amitié gardera la même agitation que leur brève passion charnelle comme en témoigne leur correspondance prise entre tendresse, affinités et désaccords sensibles. L’élégante aristocrate portègne à la culture cosmopolite se sent souvent blessée par la crudité, la jalousie et la misogynie de l’auteur du Feu follet « J’ai la haine des femmes, je ne puis coucher qu’avec des corps, des fantômes, dans un bordel. » Leurs esprits se rejoignent sur le terrain littéraire, Drieu collabore à la prestigieuse revue SUR que dirige Victoria et ne peut s’empêcher de dénigrer les intellectuels qu’elle admire comme José Ortega y Gasset ou Hermann von Keyserling. Derrière ses provocations et son cynisme, Drieu ne cache pas l’affection qu’il porte à son amie « Je suis un mauvais amant, mais un bon ami. Si tu n’es pas ma maîtresse, alors je ne craindrai plus ton esprit. Nos oppositions deviendront calmes et fécondes, au lieu d’être agitées et stériles. » Leurs conflits se durcissent pendant la guerre avec les positions fascistes de Drieu. Victoria ne croira jamais tout à fait à la réalité de ces convictions, elle y verra davantage l’expression des tourments de l’écrivain. Les dernières années leurs lettres sont empreintes de nostalgie « Nous nous sommes rencontrés un peu vieux pour la passion, un peu jeunes pour l’amitié ; et le malentendu a rempli de ronces beaucoup de nos années. », écrit Drieu en mars 1940 ; « J’ai pleuré après avoir lu ta lettre. Et je recommencerais de nouveau en ce moment si je m’y laissais aller. Il me semble que je t’avais perdu au milieu d’une foule et que je viens de te retrouver. » confesse Victoria en octobre 1942. Chacun avouant quel point lumineux dans leur existence l’autre n’a jamais cessé d’être. Éd. Bartillat, 251 p, 25 €.

Paulhan Mandiargues, Correspondance Jean Paulhan/ André Pieyre de Mandiargues. Correspondance 1947-1968. Malgré leurs vingt-cinq ans d’écart, André Pieyre de Mandiargues et Jean Paulhan tombent sous le charme l’un de l’autre dès leur première rencontre à la NRF en 1946. Les deux hommes d’une grande érudition ont en commun leur enthousiasme pour Maurice Blanchot, Henri Michaux, Giuseppe Ungaretti, Francis Ponge et une même prédilection pour la peinture de Braque, Dubuffet, de Pisis ou la sculpture de Germaine Richier. Paulhan confie à Mandiargues la chronique « Le Temps comme il passe » quand reparaît la NRF en 1953 et l’introduit dans le cercle de ses relations littéraires qui compte notamment Jouhandeau, Léautaud, Cingria ou la mécène Florence Gould. Les quelques trois cents lettres, cartes et billets de leur correspondance illustrent toute l’étendue de leurs affinités intellectuelles et esthétiques et leur goût pour la dérision et l’insolite. « J’espérais bien avoir apprivoisé un orvet qui est venu, deux jours de suite, boire le lait que je lui préparais dans un petit couvercle (ou du moins tremper sa tête dedans), entre onze heures et midi. Mais il n’est revenu ni hier ni ce matin. Que dois-je penser ? Je l’ai peut-être vexé. », écrit Paulhan. Mandiargues qui voyage beaucoup avec son épouse Bona, en Italie, en Espagne ou au Mexique partage avec son ami ses diverses observations « En portugais, le mot le plus original est sans doute cha por thé. Le reste est du bas latin où beaucoup de consonnes, et spécialement les l pour lesquels les Portugais ont une aversion inexplicable, ont disparu. C’est un peu irritant, un peu comme un jeu d’enfants stupides : « monsieur le curé n’aime pas les l... » ». Les deux épistoliers conversent sur la vie littéraire et artistique, sur leurs écrits respectifs, les projets d’édition et tissent au fil des lettres un profond attachement. Paulhan suit de près le travail de Mandiargues et sera d’une influence déterminante dans son passage de la maison Robert Laffont aux éditions Gallimard. « Ce que je ne me lasse pas d’admirer et même de chérir dans votre écriture, c’est que chaque mot y porte l’aventure entière : l’éclaire, la précipite. » Éd. Gallimard, Les Cahiers de la NRF, 448 p, 35 €.

Lettres de Madame de Maintenon Lettres de Madame de Maintenon, Volume 1, 1650-1689. Édition intégrale et critique par Hans Bots et Eugénie Bots-Estourgie. Préface de Marc Fumaroli. Introduction de Hans Bots et Christine Mongenot. Madame de Maintenon (1635-1719), petite-fille du poète Agrippa d’Aubigné, épouse à seize ans un autre grand poète, Paul Scarron, de vingt-cinq ans son aîné, qui l’introduit auprès des grands esprits de l’époque et la laisse veuve et sans argent, à vingt-cinq ans. Devenue, par les faveurs de Louis XIV, Madame de Maintenon, elle élève les enfants illégitimes du roi et de Madame de Montespan avec qui elle s’est liée. Discrète, mais influente, elle épouse secrètement Louis XIV, à la mort de la reine, fonde une école à Saint-Cyr, près de Versailles, destinée à l’éducation des jeunes filles pauvres de la noblesse. Ce premier tome (six sont à venir) d’une correspondance inédite met à jour le portrait d’un personnage de premier plan dans l’histoire du grand Siècle, femme d’influence et de pouvoir, quant aux affaires de l’Eglise comme de sa vocation d’éducatrice, au destin, pour le moins exceptionnel (si on se souvient qu’elle naquit en prison). La prodigalité des lettres révèle une épistolière talentueuse, à l’écriture maîtrisée, faite « de raison élégante et de retenue », jusqu’au maniement de la louange ou de son contraire, qu’elle s’adresse au cercle de sa famille, à de hautes personnalités politiques ou ecclésiastiques, à des religieuses ou encore à quelques intimes. Elle vient de faire la connaissance de sa nouvelle belle-soeur, elle en dit deux mots à son frère, Charles d’Aubigné, un 28 février 1678 : « Il me paraît que c’est une fille que l’on a gâtée comme fille unique. (...) Elle est déréglée en tout : elle déjeune à 11 heures, elle ne peut dîner. Il lui faut des confitures à collation, du beurre à déjeuner. (...) Elle me paraît attachée à sa personne [raturé : et ses sots parents sont tout propres à la croire belle. Elle en est fort loin et je le lui ai dit. Il faut lui persuader, afin qu’elle ne se donne aucun ridicule là-dessus]. » Éd. Honoré Champion, 893 p. 115 €. Corinne Amar. Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation La Poste

Journaux

Michel Déon, Journal Michel Déon, Journal 1947-1983 (Extraits) . Pour ses 90 ans, Michel Déon est à l’honneur. Gallimard édite Lettres de château (cf. FloriLettres n°109 ) et L’Herne lui consacre un cahier et publie des extraits de son journal. Dans ce journal inédit, l’académicien égrène quelques souvenirs choisis de 1947 à 1983. De l’année 1947, il garde tout particulièrement en mémoire son entrevue fugace avec Eva Perón dans un hôtel de Saint-Moritz et son éblouissement à Venise devant la beauté d’Edwige Feuillère. Doté d’une bourse de la fondation Rockefeller, il parcourt en 1950 les États-Unis et le Canada, l’occasion pour lui de saluer Mae west dans sa loge à Chicago et de travailler quelques jours pour Billy Wilder dans les studios de la Paramount à Hollywood. Une conversation entre Paul Léautaud et Julien Benda dans un studio de France Culture, la lecture du journal de Cocteau, la peinture de Braque, des émissions de radio, des signatures d’ouvrages, en quelques anecdotes, en quelques portraits, Miche Déon livre des bribes de son quotidien de journaliste et d’écrivain en perpétuel mouvement entre Paris, le Portugal, la Grèce - « La beauté magique de la Grèce, de la mer Égée. Ce pays m’est entré à jamais dans la peau. Il me fait penser à ces femmes trop belles pour qu’on leur reproche leurs bêtises ou leurs exigences. » - et enfin l’Irlande où ont été élaborés Les poneys sauvages et Un taxi mauve. L’Herne, 139 p, 12 €.

Essais

Stéphane Audeguy, L’enfant du carnaval Stéphane Audeguy, L’Enfant du carnaval . « Quant à moi, j’ai toujours aimé les fantômes. Leur obstination à demeurer dans le monde des vivants. Leurs tristesses et leurs colères. Pigault-Lebrun est quasiment absent de nos rayonnages, mais il hante pas moins notre littérature, à sa manière inimitable ». Des fantômes, Stéphane Audeguy en a fréquenté un certain nombre et de la meilleure compagnie. Il a passé des heures dans les bibliothèques à dévorer des auteurs oubliés de tous pour son seul plaisir de lecteur. Aux sceptiques qui s’étonneraient de tout ce temps perdu, il répond que « ces heures de dépense gratuite, socialement improductives, [lui] ont toujours paru décisives dans la formation d’un esprit, ou sa déformation féconde. Une débauche de lecture vous rend à jamais impropre à certaines servitudes sociales, à certains conformismes ». Le voilà donc lancé dans un captivant exercice de réhabilitation d’un de ces hommes de lettres que la postérité n’a pas retenus. Qui connaît encore Charles Antoine Guillaume Pigault de L’Épinoy (1753-1835) dit Pigault-Lebrun ? Ce fils d’un notable de Calais qui embrassa d’abord une carrière militaire, devint comédien, se fit un nom au théâtre en 1789, en signant des comédies comme Le Pessimiste et Charles et Caroline et connut le succès avec ses romans L’Enfant du carnaval, Monsieur Botte ou Les Barons de Felsheim. Sa vie ne fut pas moins picaresque que ses écrits. Il fut emprisonné sur lettres de cachet de son père qui n’hésita pas à le déclarer mort furieux de l’avoir vu s’enfuir avec une fille de négociant. Stendhal et Flaubert appréciaient le comique de sa plume, et on les comprend quand on découvre les quelques savoureuses pages ici reproduites. Sa verve en fit un témoin pertinent de son époque de la révolution à l’Empire. Sans doute Pigault-Lebrun a-t-il pâti de sa popularité, de sa légèreté, de son indécence, de son manque de sérieux. « Cette faculté étonnante d’être entièrement et seulement un homme de son temps l’a peut-être empêché de lui survivre ». Éd. Gallimard, L’un et l’autre, 136 p, 13,90 €.

Georgio Manganelli, Voyage en Afrique Giorgio Manganelli, Voyage en Afrique. Traduction de l’italien Dominique Férault. Dans cette traversée du continent africain, de Nairobi à Addis-Abeba, en passant par Dar es Salaam, Zanzibar ou Le Caire, Giorgio Manganelli invite le voyageur européen issu « d’un peuple de planificateurs permanents » à se débarrasser de ses repères occidentaux pour appréhender la fascinante géographie africaine. Devant le spectacle de cette « terre sans routes, parcourue de longues et rares pistes sinueuses, labiles et obstinées ; un réseau non pas posé, mais tatoué sur un continent » le voyageur occidental vérifiera à chaque pas combien « l’orgueil bâtisseur est une ambition bizarre et transitoire ». Pour l’écrivain italien, cet espace infini, où hommes et animaux vivent unis dans une vie précaire, répond à une autre réalité temporelle et à d’autres représentations mentales qui le rendent magnifiquement impénétrable à l’urbain occidental. Éd. Gallimard, Le Promeneur, 72 p, 13,90 €

Mémoires

Cees Nooteboom, Tumbas Cees Nooteboom, Tumbas, Tombes de poètes et de penseurs. Avec des photographies de Simone Sassen. Traduit du néerlandais par Annie Kroon. « Quelle fut la première tombe dont je fis la description, alors que je ne pensais pas à ce livre ? J’avais déjà passé la quarantaine, ayant lu Proust bien trop tard ; et là encore, au Père-Lachaise, ce sentiment d’être presque de la famille, d’en savoir trop.(...) » Cela a commencé ainsi, par ce cimetière où reposent Proust, Apollinaire, puis de vagabondages en destinations élues, il y eut des années de cimetières, d’allées gravillonnées, pour retrouver le vivant sous le mort. Cees Nooteboom voyage, parcoure le monde, va vers des rendez-vous : à Rome, Keats, Shelley ; au Japon, Kawabata ; Kafka, au nouveau cimetière juif de Prague ; Ezra Pound, à Venise ; Wittgenstein, à Cambridge ; Gombrowicz, à Vence, en Provence... Le romancier, le poète, livre son panthéon intime. La photographe Simone Sassen l’accompagne ; « Voilà qui peut faire une belle photo » dit-elle, et elle la prend, quand le déclic de l’appareil ne fait pas intervenir celui qui est chargé de l’interdire. Ne pas réveiller les morts. En un pèlerinage littéraire, il rend visite aux « siens », ses défunts, ses amis, ses maîtres, il note ce qu’il voit et les réflexions qui lui viennent, il laisse parler les souvenirs, l’imagination, il fait resurgir des vies, redessine des lieux.« Luxe du survivant », il déambule au pays des morts et des paradoxes : « le lecteur, devant la tombe de son poète, voit ce que nul autre ne voit ». Tous les cimetières sont des romans. Éd. Actes Sud, 250p. 45€. Corinne Amar.

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