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Dernières parutions janvier 2010 Par Elisabeth Miso

 

Correspondances

Devenir Céline Devenir Céline. Lettres inédites de Louis Destouches et de quelques autres (1912-1919) . Édition et postface Véronique Robert-Chovin. Ces lettres inédites à ce jour, conservées par la mère et l’oncle de Céline, attendaient l’auteur de Voyage au bout de la nuit en 1951 à son retour d’exil. Qu’il en soit l’expéditeur, le destinataire ou qu’elles le concernent, ces lettres suivent le jeune Louis Destouches de 18 ans à 25 ans, depuis son engagement volontaire dans le régiment du 12e cuirassiers jusqu’à sa mission au sein de la tournée de propagande contre la tuberculose organisée par la fondation Rockfeller. On y découvre un jeune homme qui tente de rassurer ses parents et qui ne manque pas de courage, malgré les difficultés d’adaptation à la vie militaire, le traumatisme de la guerre, sa blessure au bras. Les missives de ses amis, d’une infirmière ou les billets de femmes effleurent ses appétits de séducteur. La correspondance qu’il adresse à son père du Cameroun où il travaille pour une compagnie forestière, révèle sous l’épistolier qui souffre de solitude, de fièvre, recherche l’aventure et s’enthousiasme pour les personnages hors du commun, les deux inclinations d’écrivain et de médecin à venir. Éd. Gallimard, 216 p, 16,50 €.

Romans

Leonard Michaels, Sylvia Leonard Michaels, Sylvia . Traduction de l’américain Céline Leroy. Considéré comme l’un des maîtres américains de la nouvelle, Leonard Michaels (1933-2003) publie en 1992 Sylvia un roman autobiographique nourri de sa passion dévastatrice pour sa première femme Sylvia Bloch au début des années soixante. En 1960, Leonard Michaels âgé de 27 ans, rentre à New York après deux ans de thèse à Berkeley. Chez une amie de Greenwich Village, il est troublé par la beauté asiatique d’une étudiante en licence de 19 ans, orpheline depuis l’adolescence. « Derrière ses mèches sombres, j’ai alors aperçu ses yeux qui m’observaient. La question de mon avenir venait d’être résolue pour les quatre années suivantes. » Une vie de couple se dessine rapidement dans cet appartement miteux infesté de cafards de Greenwich Village, où les bruits des voisins sont le plus souvent couverts par la violence des disputes quotidiennes. Obsédé par l’idée d’écrire, le jeune Michaels voit cette ambition contrariée en présence de sa femme qui ne supporte pas le crépitement de sa machine à écrire et manifeste une jalousie maladive à l’égard de tout ce qui pourrait le détourner d’elle- l’écriture, ses amis, ses parents. La moindre parole, le moindre silence, la jette dans des crises terribles qu’il se refusera longtemps à reconnaître comme de la folie. « Comme un gamin qui ferait un caprice, elle se repaissait du son de ses propres hurlements. Elle hurlait parce qu’elle hurlait, toujours plus, toujours plus fort, comme pour construire une petite chambre de rage au milieu de laquelle elle se tiendrait. Et cet espace n’appartenait qu’à elle. » Dans les moments de répit, le couple palpite au rythme d’un Manhattan en pleine ébullition où se côtoient Kerouac, Ginsberg, Miles Davis, Ornette Coleman, Charlie Mingus ou Lenny Bruce et où intellectuels et universitaires abandonnés aux effets de la marijuana et d’autres drogues dissertent de littérature ou de leurs pulsions sexuelles. Entre cris et réconciliations charnelles, Leonard Michaels consigne son enfer sentimental dans un journal qu’il tient soigneusement hors de portée de Sylvia et ne mesurera que trop tard avec la mort de cette dernière l’étendue du ravage. Ed. Christian Bourgois, 154 p, 17 €.

Claude Pujade-Renaud, Les femmes du braconnier Claude Pujade-Renaud, Les femmes du braconnier. Sylvia Plath et Ted Hughes se rencontrent à Cambridge en 1956. Entre l’étudiante du Massachusetts et le jeune poète originaire du Yorkshire l’attirance est immédiate, animale. Aux côtés de « Ce colosse (qu’elle avait) reconnu, surgi des confins de (sa) tourmente intérieure, porté par le grand vent de l’ivresse, du désir », la jeune américaine pressent qu’elle peut assouvir ses grands rêves d’amour absolu et de création littéraire. Avec lui elle veut dompter ses angoisses et ses cauchemars, chasser le souvenir de sa dépression et de sa tentative de suicide de l’été 1953. Le couple s’installe à Londres, publie dans des magazines, collabore à des émissions de radio, donne naissance à deux enfants et devient l’un des couples les plus captivants de la vie littéraire anglo-américaine des années soixante. Chacun alimente sa propre énergie de la vitalité et de la force créative de l’autre. Dans les thèmes de prédilection de Ted inspirés par la vie animale, les mythologies primitives ou le chamanisme, Sylvia trouve un écho à sa propre sauvagerie. « C’était l’époque où leurs animaux respectifs savaient s’affronter et copuler, allègrement. Sylvia, ou Ted, pouvait ouvrir les cages de son zoo personnel sans craindre de blesser l’autre trop grièvement. » À Court Green un ancien presbytère dans le Devon, les deux écrivains semblent trouver le cadre idéal où conjuguer travail, vie de famille et ce goût pour la nature si constitutif de la sensibilité de Ted. Pourtant le couple ne résistera pas à l’irruption de la poétesse Assia Wevill. Et l’histoire basculera dans la tragédie avec le suicide de Sylvia en 1963, puis celui d’Assia en 1969. Claude Pujade-Renaud qui s’est imprégnée des biographies, des correspondances, des journaux et des poèmes, revisite par un jeu subtil de voix de différents témoins, la complexité des sentiments, les fascinations réciproques et la puissance poétique à l’oeuvre dans ce triangle amoureux. Éd. Actes Sud, 368 p, 21 €.

Kim Thúy, Ru Kim Thúy, Ru. « [...] je ne quitte jamais un endroit avec plus d’une valise. J’emporte seulement des livres avec moi. Le reste ne réussit jamais à devenir véritablement mien [...] En fait, je suis toujours heureuse de déménager, ainsi j’ai l’occasion d’alléger mes biens, de délaisser certains objets afin que ma mémoire puisse devenir réellement sélective, qu’elle puisse se souvenir uniquement des images qui restent lumineuses derrière les paupières fermées. » Des images, des odeurs, des sensations, des fragments d’une enfance privilégiée au Vietnam, la chance d’une nouvelle vie au Québec ou l’éblouissement de la maternité, voilà les seuls trésors dont Kim Thúy veuille s’encombrer. Dans ce très beau premier roman, elle raconte l’exil familial, la fuite des boat people devant les communistes du Vietnam du Nord, le camp de réfugiés en Malaisie, puis l’arrivée au Québec où la fillette de dix ans qu’elle était prend possession du rêve américain pour identifier ses désirs et construire sa vie de femme. Kim Thúy procède par touches, traçant de délicats chemins entre passé et présent. Elle n’a pas de rancune envers les soldats qui ont privé les siens de leur vie aisée à Saigon et évoque avec tendresse les bénévoles, camarades de classe ou enseignants qui lui ont offert la promesse d’un avenir. Kim Thúy a cessé d’être l’ombre de sa cousine Sao Mai, d’être cette enfant effacée qui faisait la désolation de sa mère, après un détour par les activités d’avocate et de restauratrice, elle a enfin trouvé sa place d’écrivain. « Mes parents nous rappellent souvent, à mes frères et à moi, qu’ils n’auront pas d’argent à nous laisser en héritage, mais je crois qu’ils nous ont légué la richesse de leur mémoire, qui nous permet de saisir la beauté d’une grappe de glycine, la fragilité d’un mot, la force de l’émerveillement. Plus encore, ils nous ont offert des pieds pour marcher jusqu’à nos rêves, jusqu’à l’infini. » Éd. Liana Levi, 144 p, 14 €.

Lily Tuck, Paraguay Lily Tuck, Paraguay. Traduction de l’américain Oristelle Bonis. Paris 1854. Alors qu’il galope au Bois de Boulogne, Francisco Solano López, détaché comme ambassadeur en Europe par son père le président du Paraguay, remarque une élégante cavalière, Ella Lynch. Le fougueux et fortuné sud-américain convainc la belle irlandaise au teint clair de le suivre au Paraguay. Bien qu’elle n’accède jamais au rang d’épouse, elle mettra au monde cinq fils et restera la compagne influente de Francisco devenu chef d’état à son tour en 1862. Elle sait briller dans la bonne société d’Asunción et fait le récit de son existence dorée, qui n’a rien à envier au faste de son passé parisien, dans son journal ou dans les lettres qu’elle adresse à son amie la princesse Mathilde. Elle restera fidèle jusqu’au bout à son cruel et orgueilleux amant dont la mégalomanie et la volonté de reprendre le contrôle de la région du Río de la Plata, conduira le pays au désastre avec la guerre de la Triple Alliance déclarée en 1865 contre le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay. Mêlant faits historiques et parcours intime, le roman de Lily Tuck, couronné en 2004 du National Book Award, tisse une passionnante histoire d’ambition amoureuse et de folie du pouvoir. Éd. Jacqueline Chambon, 304 p, 22 €.

Journaux

Luc Bondy, À ma fenêtre Luc Bondy, À ma fenêtre . Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni. « Là où la vie s’arrête et où l’on ne fait plus que végéter, là commence peut-être la vie. Seuls les souvenirs (y compris les faux) sont la vie, le reste est une action, une agitation, un oubli de soi, un engourdissement. (...) Qu’avez-vous fait de votre vie ? » De ces thèmes et d’un séjour passé à l’hôpital où il en est revenu avec une tige de fer dans le dos, autant de rêveries, autant de réflexions intimes viennent naître dans la tête du narrateur - frère de l’auteur, metteur en scène lui-même -, sexagénaire et mélancolique, et nous en apprendre sur son présent, son passé et tous les morts aussi qui le hantent. Donatey est l’ancien assistant d’un célèbre metteur en scène. Il a pour habitude de se coucher tôt et se lever de bonne heure, meilleur moyen pour lui de réfléchir. Vieillissant, sensible à la vie qui se fane autour de lui ou s’éloigne, au métier de metteur en scène qui se perd, à la jeunesse de sa compagne dont il se dit qu’elle ne peut que le quitter, il passe ses journées à regarder par la fenêtre, attend que sa compagne rentre, il pense et il nous dit à quoi il pense ; les souvenirs surgissent, et avec eux, trois décennies attachantes de famille et de théâtre ; des grands-parents, juifs d’Offenbach émigrés, une mère, Mathilde, elle aussi, rescapée des camps, elle aussi artiste, des amis ; le sculpteur Ingo Licht, ou Piotr, l’avocat d’origine caucasienne ; Gaspard, le fameux metteur en scène, maître sans partage dont il fut l’ombre, les amantes d’un temps... Trois récits imbriqués viennent nourrir ce paysage parfois surréaliste, parfois triste, désabusé ou lucide, riche de vies fictives, réelles, plurielles. Éd. Christian Bourgois, 150 p. 18 €. Corinne Amar

Essais

La Lettre et l’Oeuvre, Parspective épistolaire La Lettre et l’Œuvre, Perspectives épistolaires sur la création littéraire et picturale au XIXe siècle. Textes réunis et publiés par Pascale Auraix-Jonchière, Christian Croisille et Éric Francalanza. « [La lettre] n’est certes pas journal intime, même si elle reflète des convictions profondes. Elle n’est pas non plus autobiographie, car elle se dispose dans l’instant, n’ambitionne pas foncièrement la publication (bien que les épistoliers jouent volontiers de ce désir), et attend souvent du destinataire l’impulsion qui nourrira la suite. (...) » Quel est le rôle de la lettre pour un écrivain, un artiste ? Quel est son lien à l’oeuvre et pourquoi les correspondances intéressent-elles autant la genèse des oeuvres ? Ou encore, quand on écrit, pour qui écrit-on ? Forme à tout faire et à tout penser, rapport particulier du moi au monde, miroir éclairant sur le processus d’élaboration d’une oeuvre, reflet questionnant son statut dans le processus même de création, la lettre - ici ancrée dans un XIXe siècle prodigue - met en lumière et en parallèle écrivains et artistes, plus particulièrement des peintres, dans leur rapport complexe, fécond entre épistolaire et création. Lamartine épistolier invoque un souci de spontanéité, de vérité, un « matériau brut » - avant que de céder la place au mémorialiste plus théâtral ; Flaubert confie à Louise Colet ses tourments à propos de Madame Bovary, et ses projets d’oeuvres à venir se construisent dans sa correspondance ; Théophile Gautier raconte ses voyages dans la sienne, et voyage pour écrire ; Gauguin a besoin de la lettre, celle qu’il écrit aux amis peintres, aux critiques, pour se voir avancer dans son travail, pour se rassurer, exister ; ou encore Courbet, Tourguéniev, George Sand... Publié par le Centre de recherches sur les Littératures et la Sociopoétique (Celis) / Collection « Ecritures de l’intime : correspondances, mémoires, autobiographies » dirigée par Christian Croisille / Cahier n. 19, 278 p. 25 €. Corinne Amar

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