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Dernières parutions mars 2010 Par Elisabeth Miso

 

Correspondances

Clarice Lispector, Le seul moyen de vivre Clarice Lispector, Le seul moyen de vivre. Traduction du portugais (Brésil) Maryvonne Lapouge-Petorelli. Quand elle quitte le Brésil en 1944 pour suivre son mari diplomate en Europe, Clarice Lispector (1920-1977) s’est déjà fait remarquer avec son premier roman Près du cœur sauvage, et ne se doute pas encore de la place qui sera la sienne au sein de la littérature brésilienne du XXème siècle. De ses résidences à Naples, à Rome, à Berne qu’elle trouve d’un ennui mortel, à Torquay (Angleterre) puis à Washington, elle semble ne garder aucun attachement particulier, « je ne pourrais vraiment aimer aucun lieu ; je sens qu’il y a entre moi et tout quelque chose, comme si j’étais de ces personnes qui ont les yeux couverts par une taie blanche ». La séparation d’avec sa famille et ses amis a exacerbé une nature déjà portée à la mélancolie. Au fil des missives adressées à ses sœurs Elisa et Tania, elle dépeint ses conflits intérieurs entre joie et inquiétude récurrente, son quotidien de mère et de femme d’ambassadeur et n’a de cesse de les exhorter à saisir leur bonheur, à ne jamais perdre de vue leurs désirs les plus profonds, à ne jamais renoncer à ce qu’elles sont. « Prends pour toi ce qui t’appartient, et ce qui t’appartient c’est tout ce que ta vie exige. Ça semble une morale amorale. Mais ce qui est véritablement immoral c’est d’avoir démissionné de soi. », écrit-elle à Tania en janvier 1948. Avec l’écrivain Lúcio Candoso elle partage davantage des préoccupations littéraires, elle se plaint ainsi de sa difficulté à se mettre au travail ou se méfie de sa capacité à écrire facilement. Sur plus de trente ans, la correspondance réunie ici, aux accents tout à la fois tendres et exigents, laisse entendre la voix d’un auteur et d’une femme à la sensibilité et à l’intelligence aiguës. « Pour m’adapter à ce qui était inadaptable, pour vaincre mes répulsions et mes rêves, j’ai dû couper mes aiguillons- j’ai coupé en moi la force qui pourrait faire mal aux autres et à moi. Et ce faisant j’ai coupé aussi ma force ». Éd. Rivages, 193 p, 18 €.

Pierre Bergé, Lettres à Yves Pierre Bergé, Lettres à Yves. « Hier, je t’ai écrit que tu avais placé très haut la barre de ton métier. En fait, j’ai toujours pensé que ce métier n’était pas à ton niveau, que tu méritais mieux que ça, que tu as toujours souffert de son côté éphémère. Tu as toujours su que la mode n’était pas un art, même s’il fallait un artiste pour la créer. » Smoking, saharienne, caban, tailleur-pantalon, trench-coat ; Yves Saint Laurent a su décrypter le mouvement d’émancipation des femmes et adapter leur garde-robe aux métamorphoses sociales. Si Chanel a donné aux femmes la liberté, lui en a fait des conquérantes en les parant de vêtements masculins, soulignant davantage encore leur féminité et leur sensualité. Il détestait l’idée d’une mode réservée aux privilégiées, inventa le prêt-à-porter et marqua de son inventivité et de son élégance le monde de la haute-couture. Pendant cinquante ans, Pierre Bergé a accompagné la trajectoire du couturier dans ce qu’elle a eu de plus enthousiasmant et de plus créatif, mais aussi de plus sombre comme sa dépendance à l’alcool et à la drogue. Dans ces lettres qui courent de juin 2008 après la mort d’Yves Saint Laurent, jusqu’en août 2009, Pierre Bergé dialogue avec ce cher disparu, préférant se retourner sur les années flamboyantes de leur histoire d’amour et de leur parcours professionnel commun, plutôt que sur les années douloureuses, celles d’un homme devenu « bougon, fermé, triste, sans joie et sans désirs. Ce personnage qui te ressemblait si peu et dont tu fis une armure pour te protéger de la vie et des autres ». Ensemble ils ont conjugué une même passion pour l’art et la beauté, comme en témoignent leur collaboration dans la mode, leur goût pour la décoration de maisons à Paris et à Marrakech ou encore l’impressionnante collection d’œuvres d’art, dont la vente événement au Grand-Palais en février 2009 alimente quelques pages de cette correspondance. Éd. Gallimard, collection Blanche, 112 p, 12 €.

Romans

Elisabetta Rasy, Obscure Ennemie Elisabetta Rasy, Obscure Ennemie . Traduction de l’italien Nathalie Bauer. « Il n’est pas facile d’avoir affaire à un mourant, et il n’est pas facile, pour un être qui meurt, d’avoir affaire à soi-même ». Du jour où les résultats d’une radio de contrôle des poumons révèle à la narratrice que sa mère est atteinte d’un cancer, les portes d’un pays dont elle ignore tout et qui lui inspire une terrible peur s’ouvrent à elles. Commence alors le ballet des différents médecins consultés, l’énergie et l’angoisse développés face aux décisions à prendre, face à la résistance de la mère qui entend gérer la situation à sa manière ; puis l’issue fatale de l’avancée de la maladie, cette obscure ennemie qui va perturber le bel équilibre, la complicité tissée entre les deux femmes. « Cet été-là, ma mère n’avait pas seulement entrepris un voyage vers la mer. Elle avait entrepris aussi un voyage en arrière et à l’intérieur d’elle-même : pour elle, la maladie était une question personnelle, et non une affaire médicale à expédier. Elle concernait son âme, autant et plus que son corps ». La fille ne reconnaît plus sa mère, Madame B., cette femme vive, impétueuse, qui avait été actrice un temps dans sa jeunesse et avait connu des amours tumultueuses. « Sa violence ne m’avait jamais effrayée, elle était pareille à un orage d’été. Maintenant sa faiblesse me terrorisait ». Les mots se dérobent, elle ne parvient pas à parler à sa mère, à affronter sa douleur, à l’accompagner dans cette dernière épreuve. Et cette incapacité à parler, à nommer les choses qui la terrassent, prend une résonance particulière pour la narratrice, une écrivaine romaine derrière laquelle se dissimule à peine Elisabetta Rasy. C’est avec délicatesse et une grande humanité qu’Elisabetta Rasy fait le récit de cette perte et de la souffrance de sa propre impuissance. Éd. Seuil, 132 p, 17 €.

Norma Huidobro, Le lieu perdu Norma Huidobro, Le lieu perdu. Traduction de l’espagnol (Argentine) Dominique Lepreux. Villa del Carmen, , 1977. Ferroni est parachuté par ses supérieurs de la junte militaire dans cette province du nord de l’Argentine, sur la piste de Matilde Trigo et de José Luis Benetti un cheminot subversif, tous deux en fuite. Seul indice, une lettre d’une certaine Marita Valdivieso domiciliée dans ce village perdu, trouvée chez la jeune femme recherchée, qui laisse supposer que ladite Marita est certainement en possession d’une correspondance bien plus étoffée, prometteuse de précieux renseignements pour l’enquêteur. Dans la chaleur écrasante de ce village où le temps n’en finit pas de s’étirer, où seules les lettres de ceux qui sont partis pour Buenos Aires ont le pouvoir de rompre la monotonie, où surgissent au détour des ruelles aux plantes grimpantes des images du passé et où les jeunes femmes ne sont pas facilement impressionnables, la patience de Ferroni est mise à dure épreuve. Norma Huidobro signe là un premier roman d’une tension et d’une présence physique indéniables, qui lui a attiré les louanges d’Alberto Manguel et de José Saramago. Éd. Liana Levi, 224 p, 9 €.

Entretiens

Sandrine Bonnaire, Le soleil me trace la route Sandrine Bonnaire, Le soleil me trace la route. Ce livre est apparu comme une évidence, au bout de vingt-sept ans de conversations entre Sandrine Bonnaire, Tiffy Morgue et Jean-Yves Gaillac. Avec qui mieux que ces deux journalistes devenus des amis, qui ont suivi l’actrice depuis ses débuts mais aussi la femme, Sandrine Bonnaire pouvait-elle envisager ses entretiens voulus comme un hommage à tous ceux qui ont illuminé sa route. La vie privée de cette actrice discrète n’affleure ici que pour mieux souligner l’influence des interpénétrations entre vie personnelle et expériences professionnelles sur son parcours. De son enfance à Grigny en banlieue parisienne, dans une famille de onze enfants, avec un père taiseux ajusteur de son métier et une mère un peu fantasque qui a parfois besoin de s’échapper de son foyer, elle semble avoir puisé toute sa force. Alors qu’elle se présente à une audition à la place de sa sœur Lydie, elle est retenue par Maurice Pialat, on connaît la suite, le succès d’À nos amours, le César du jeune espoir féminin et l’horizon d’une nouvelle vie qui s’offre à elle. Le caractère tourmenté de Pialat et les onze années de silence qui ont suivi son refus de jouer dans Van Gogh, n’ont jamais altéré son profond attachement au cinéaste qui l’a ouverte à la vie et à son métier. Dans une très belle scène à la fin de la vie de Pialat, elle raconte comment elle a pu lui dire tout son amour, une déclaration qu’elle n’a pas osé par pudeur adresser à son père, décédé pendant le tournage de La Puritaine. Tel cet arbre dont la photographie apparaît à plusieurs reprises, trois hommes reviennent comme des repères essentiels : son père, Pialat, et l’acteur William Hurt le père de sa fille aînée. Sandrine Bonnaire déroule le fil de sa filmographie, égrenant çà et là avec la sincérité et la fraîcheur qui la caractérisent, anecdotes de tournages, admiration et affection pour ses metteurs en scène et ses partenaires. Des contrées intimes, elle évoque les rencontres amoureuses qui ont compté, la complicité avec ses sœurs, son amie d’adolescence Ouidad disparue trop tôt, son combat pour la création de structures adaptées aux autistes à l’origine de son documentaire Elle s’appelle Sabine consacré à sa sœur. Bonnaire-Solaire comme disait Pialat. Éd. Stock, 250 p, 25 €.

Alain Badiou avec Nicolas Truong, Éloge de l’amour Alain Badiou avec Nicolas Truong, Éloge de l’amour. Parce qu’on veut l’amour mais pas la souffrance, l’amour mais pas le risque, l’amour mais pas son importance, l’amour, dans le monde tel qu’il est, est aujourd’hui menacé. « (...) c’est une tâche philosophique, parmi d’autres, de le défendre. Ce qui suppose, probablement comme le disait le poète Rimbaud, qu’il faille le réinventer aussi. (...) Le monde est en effet rempli de nouveautés et l’amour doit aussi être pris dans cette novation. Il faut réinventer le risque et l’aventure, contre la sécurité et le confort. » Sous forme d’entretien, le philosophe Alain Badiou répond aux questions de Nicolas Truong. Il s’interroge sur la conception de l’amour dans notre monde moderne, il évoque le rapport des philosophes à l’amour : opus ramassé (quatre-vingt-treize pages), chapitres brefs, phrases concises, tout intéresse. De « l’anti-amour » avec Schopenhauer à l’amour comme « stade suprême de l’expérience subjective » par Kierkegaard, en passant par l’idée du Beau, selon Platon ou encore par cette explicitation du mot de Lacan si énigmatique et devenu si célèbre ; « il n’y a pas de rapport sexuel » - autrement dit, « dans la sexualité, en réalité, chacun est en grande partie dans sa propre affaire » -, Alain Badiou rappelle que les théoriciens de l’amour ont beaucoup réfléchi à la question. Il dit aussi que l’amour ne se réduit pas à une conception : il est une construction de vérité - « la fidélité n’a-t-elle pas un sens beaucoup plus large que la seule promesse de ne pas coucher avec quelqu’un d’autre ? » -, il est un engagement qui s’initie dans la rencontre, pour devenir un « deux » (non un Un) ; le monde pratiqué à deux à partir de la différence, non de l’identité ; enfin, il se réalise dans la durée. L’amour au commencement de tout ? Assurément. Du reste, « qui ne commence pas par l’amour ne saura jamais ce que c’est que la philosophie ». Éd. Flammarion/Café Voltaire, 93 p., 12 €. Corinne Amar.

Journaux

Satô Giei, Journal d’un apprenti moine zen Satô Giei, Journal d’un apprenti moine zen. Traduit du japonais par Roger Mennesson. C’est un ouvrage à l’édition réussie, de ceux qu’on choisit de garder dans sa bibliothèque et à portée de main, parce qu’ils renferment en eux ce je-ne-sais-quoi du simple et du sacré ; c’est un journal, sans être un journal - au Japon, nous précise l’excellente préface, l’habitude de tenir un journal est une coutume très ancienne, dont les genres et les écritures sont multiples -une sorte de petit « registre des faits et gestes ordinaires » d’un apprenti moine ; le parcours initiatique d’un jeune voyageur qui, un jour, planta son bâton de pèlerin devant un monastère de Kyôto pour s’engager dans la voie du zen. Avec lui, nous découvrons ce qui se passe entre les murs d’un monastère ; la pratique de la méditation, la première rencontre avec le maître, le rasage du crâne, la tournée d’aumônes et de collecte des navets blancs, le nettoyage du jardin, le rite du thé, le devoir de frugalité, de tranquillité... » C’est son expérience de la vie au monastère, jour après jour, au fil des saisons et des fêtes, que Satô Giei, entré comme novice, décrit ici, par le biais d’un personnage fictif appelé Yôkan. Le journal est ainsi découpé en quatre parties, toutes plus intéressantes les unes que les autres - L’entrée au monastère, L’Emploi du temps et les tâches journalières, les Rencontres avec le maître, le Calendrier - et quatre-vingt-seize brefs chapitres ; autant de tableaux d’un monde de règles, de sens et d’humilité et illustrés chacun d’une aquarelle comme en exergue (un dessin qui ne demanderait qu’à s’animer).
Unsui, en japonais veut nuage et eau ; c’est ainsi qu’on désigne le moine zen. Les nuages passent, l’eau coule... « L’homme authentique est « sans encombrements ». Éd. Philippe Picquier, 224 p., 19,50 €. Corinne Amar.

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