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Dernières parutions avril 2010 Par Elisabeth Miso

 

Autobiographies/ Biographies

Jens Christian GrØndal, Passages de jeunesse Jens Christian GrØndal, Passages de jeunesse. Traduction du danois Alain Gnaedig. Pour la passionnante collection « Traits et Portraits », Jens Christian GrØndal, qui s’avance vers la deuxième moitié de sa vie, se penche sur ses années de jeunesse, de son enfance à ses vingt-cinq ans âge auquel il a atteint le statut d’écrivain et de père. Aussi loin qu’il se souvienne, il a toujours été enclin à la rêverie et à la solitude, préférant fuir « dans le cercle enchanté de (la) fantaisie » de son imaginaire et de ses lectures, le leurre d’une vie de famille faussement harmonieuse dans une banlieue moderne de Copenhague. Il a toujours perçu chez ses parents une vulnérabilité constitutive, « cette impression terrible de manquer de poids et de consistance », cette « crainte, ancienne et jamais pleinement démentie, de n’avoir de place nulle part. » Le diabète de sa sœur cadette a fini de déliter la cellule familiale avec la désertion de sa mère. « Je comprenais que mon foyer ne possédait pas de fondations aussi solides que celles des autres. Ce n’était pas une forteresse, plutôt une tente sur laquelle on avait peint des fenêtres et une porte, et qu’un vent mauvais pouvait emporter sans crier gare. » Enfant, il sait déjà qu’il veut être artiste, il écrit des poèmes et aiguise sa sensibilité autant à la littérature, à la peinture qu’au cinéma . De ses premières amours, lui revient en mémoire une irrépressible tendance à se jeter à corps perdu dans les vertiges de ses émotions. De ses voyages en Espagne, en Italie ou en Israël, vécus comme des passages initiatiques, l’auteur danois laisse filtrer son besoin permanent de mouvement et de recherche d’étrangeté. « Quand je repense à lui, il n’en est que plus solitaire, le jeune homme que j’étais. Vulnérable, non seulement à cause de sa vie sentimentale décourageante, mais aussi à cause de l’invulnérabilité imaginaire de l’image qu’il se faisait de lui-même. » Éd. Mercure de France, Collection « Traits et Portraits », 218 p, 22,80 €.

Mémoires

Tony Curtis, Certains l’aiment chaud ! Et Marilyn Tony Curtis, Certains l’aiment chaud ! Et Marilyn. Traduction de l’anglais David Fauquembert. En 1958, Tony Curtis est un acteur de trente-trois ans à qui tout sourit. Ses films ont du succès et il forme avec Janet Leigh, enceinte de leur deuxième fille, un des couples les plus séduisants de Hollywood. Quand Billy Wilder lui propose un rôle dans sa nouvelle comédie, il voit là l’occasion d’asseoir davantage ses talents de comédien et de casser l’image de « beau gosse » qui lui colle à la peau. À la fin des années 1950, un certain nombre d’acteurs et de réalisateurs, frustrés dans leur créativité, cherchent à s’émanciper des studios. Billy Wilder rejoint ainsi la Mirish Company qui lui garantit une totale liberté. Avec le scénariste Izzy Diamond, il travaille à l’écriture de Certains l’aiment chaud, projet jugé farfelu et voué à l’échec par les plus pessimistes. Qui pourrait bien s’enthousiasmer pour cette histoire de deux musiciens déguisés en femmes pour échapper à des gangsters ? Malgré les réticences de Wilder qui a déjà pâti du comportement de Marilyn Monroe sur le plateau de 7 ans de réflexion, l’actrice s’impose comme la seule à pouvoir apporter au film, avec sa photogénie et son aura exceptionnelles, ce mélange de légèreté et de sensualité face au comique de Tony Curtis et de Jack Lemmon. Huit ans auparavant à leurs débuts à Hollywood, Tony Curtis et Marilyn, bercés par leurs rêves de réussite, avaient eu une brève liaison. Dans ces Mémoires, Tony Curtis jette un éclairage à la fois drôle et tendre sur une des comédies les plus mythiques de l’histoire du cinéma. Il raconte les coulisses du tournage rendu vite infernal par les retards, les absences et les problèmes de santé de Marilyn qui abuse d’alcool et de médicaments. Au-delà des difficultés rencontrées, le film reste pourtant une inoubliable expérience artistique et humaine dominée par sa complicité avec Jack Lemmon, les moments d’intimité avec Marilyn et l’énergie créatrice de Wilder. L’acteur américain porte sur Marilyn le regard de celui qui a su capter la grâce singulière d’une femme sublime mais totalement égarée. « Nulle part elle ne se sentait chez elle. Elle essayait sans cesse de survivre dans l’espace des autres. Elle n’avait pas d’espace à elle. Elle vivait avec Arthur Miller dans un appartement près de Sutton Place, à New York, mais avait l’impression de louer un minuscule recoin de son monde à lui. » Éd. Le Serpent à plumes, 310 p, 23 €.

Yan Lianke, Songeant à mon père Yan Lianke, Songeant à mon père. Traduction du chinois Brigitte Guilbaud. « Je me suis assis pour écrire et je peux, à travers la vie et la mort de mon père, comprendre le monde, regarder en face ce qu’il y a de bon et de mauvais en moi [...] ». Issu d’une famille de paysans de la province du Henan, Yan Lianke s’interroge dans ce recueil de textes autobiographiques sur les liens familiaux et sur la force du sentiment de piété filiale si vivace dans la culture chinoise. Pour le jeune Lianke, Luoyang à cinquante kilomètres de son village, « n’était pas une ville, mais la capitale de (son) for intérieur. » Avec ses avenues animées et ses jeunes filles vêtues à l’occidentale dans leurs jupes colorées, elle était la promesse de tous les possibles. Embrasser la carrière de soldat lui apparaît comme la seule issue pour échapper à son destin de paysan. Aussi s’engage-t-il dans l’armée au moment de la guerre contre le Vietnam en 1979. Décision qui amène son lot d’inquiétude supplémentaire dans une famille déjà éprouvée par le poids du labeur, les maladies d’une de ses sœurs et de son père. Bien des années après, alors qu’il a quitté l’armée, a suivi des études universitaires et est devenu un écrivain populaire récompensé par plusieurs prix, il mesure tout l’impact de ce choix de jeunesse sur le quotidien des siens. Il ne peut oublier la dette dont il s’estime redevable envers son père. Cet homme sans jamais émettre la moindre plainte, s’est épuisé à la tâche pour offrir à ses enfants un avenir plus radieux tout simplement parce que « le labeur lui était un devoir essentiel. » Yan Lianke se remémore le jeune homme qu’il était, partagé entre ses ambitions égoïstes de s’éloigner de sa famille et le remords de n’avoir pas assumé pleinement son rôle de fils. Il a pu se façonner l’existence à laquelle il aspirait, mais quand il revient dans son village natal pour passer le nouvel an aux côtés de sa mère, la même émotion l’étreint immanquablement, et là dans cette campagne il sait qui il est et ce qu’il doit au sacrifice de ses parents. Éd. Philippe Picquier, 128 p, 14,50 €.  

Romans

Caterina Bonvicini, L’équilibre des requins Caterina Bonvicini, L’équilibre des requins. Traduction de l’italien Lise Caillat. Comment aborder le thème de la dépression sans encombrer son propos d’une noirceur pesante ? Pari réussi pour l’italienne Caterina Bonvicini qui avec le portrait d’une jeune turinoise en quête d’équilibre, se livre à une subtile exploration tout à la fois profonde et pleine d’humour des errements de l’âme. Le roman s’ouvre sur l’hospitalisation de Sofia notre héroïne pour une tentative de suicide et se poursuit sur le mode du flash-back, déroulant les événements à l’origine de son geste. Sofia est une photographe trentenaire très éprise de Turin sa ville. Elle est divorcée d’un mari maniaco-dépressif et navigue entre deux amants neurasthéniques guère plus épanouissants. Son enfance a été dévastée par le suicide de sa mère quand elle avait six ans et malgré ses absences, elle est très attachée à son père, un océanographe qui parcourt les mers du globe pour assouvir la seule réelle passion de son existence, l’observation des requins. Son père est un homme tranquille qui « a trouvé un démon en dehors de lui » qu’il aime approcher et dont il décrit les réactions dans les vidéos qu’il adresse à sa fille. Sofia perd davantage pied le jour où elle se décide à ouvrir les lettres laissées par sa mère que son père lui avait remises pour ses dix-huit ans. Avec ces lettres qui se lisent comme un journal intime, Sofia touche du doigt le désespoir de la défunte et ne manque pas d’entendre dans le récit de son naufrage comme un écho à ses propres affres. « Quand je suis heureuse, j’ai peur. Quand je souffre, j’ai peur. Quand je ne ressens rien et que je n’ai peur de rien, je sais avec certitude que j’ai perdu l’équilibre. » Ingénieuse trouvaille d’écrivain que de parler du fragile équilibre des requins pour pénétrer la fragilité humaine. Car plonger au cœur des abysses sous-marins ou humains relève des mêmes profondeurs insondables d’où on ne remonte encore plus sensible à la beauté de la vie qu’une fois domptées les peurs et les traumatismes qui nous entravaient. Éd. Gallimard, Collection « Du monde entier », 304 p, 21,00 €.

Alain Michel, La boîte aux lettres Alain-Michel, La boîte aux lettres. Max Duchamp reprend la boutique d’un cordonnier en retraite dans le XIVe arrondissement de Paris pour y installer son bureau d’écrivain public. Sa porte, ouverte à tous, est surtout celle aui le mène vers les autres et l’amène à les rencontrer, parce qu’écrire n’a de sens que par les autres. Son activité ne se limite pas à rédiger ce que lui demandent ses clients. Il leur écrit, les écrit, les imagine aussi. De leurs confidences et secrets, de leurs espoirs et silences, son existence et son écriture se nourissent. Courrier administratif, candidature, lettre de réclamation ou lettre d’amour, Max rédige, corrige, invente et de mêle de ce qui ne le regarde pas... Éd. Publibook, 318 p, 26 €. (Présentation de l’éditeur). (N.J.)

Journaux

Nina Bouraoui, Nos baisers sont nos adieux Nina Bouraoui, Nos baisers sont nos adieux. C’est un Journal qui réunirait des pages brèves, concentrées - résonances, correspondances - des Journaux d’avant et de maintenant, une Géographie des sentiments et des pays traversés, de 1972 à 2009 ; des villes ; Alger, Paris, Berlin, Zurich, Abu Dhabi... ; des amours ; Sasha, Zhor, Elle, intime, secret, Filippa, Eve, Marion, un tableau d’Egon Schiele, une photographie obscène d’Oleg Kulik, un dessin de Tracey Emin, « portraits reliés les uns aux autres par la recherche sans fin de l’amour », cette quête insatiable du désir - ce par quoi je crée le monde de toute pièce - cette circularité infinie du désir, de la caresse, de l’autre, du Un, du Deux...
Elle dit : J’ai voulu restituer ce que la mémoire garde. Ce qui fait ce que nous sommes ou ce que nous ne sommes pas. Éclairer une vie d’adulte par les débuts de l’enfance, les démons de la jeunesse. Chaque temps répondant à l’autre. Elle dit encore : C’est aussi un livre sur la liberté. La liberté d’aimer ou de ne plus aimer. Diana, Zurich, 1982 « (...) Elle vivait comme une femme, s’occupant de sa maison, recevant ses amis, ses amants. En marge de notre âge. Je passais mes week-ends chez elle. Je voulais y passer ma vie. Je me sentais libre. J’avais choisi. Je l’avais choisie. Elle. Diana. La tristesse prenait vie entre nous. Une tristesse physique. J’étais triste du cœur et du ventre. Diana disait que rien ne me suffisait. Qu’il me fallait toujours plus. Que c’était une folie de ne pas me satisfaire de ce que j’avais. » Le style de Nina Bouraoui, sa géographie intime, son introspection, ses séismes partagés, le parti pris de sa forme narrative, on l’aime ou on ne l’aime pas. Une chose est sûre ; il ne laisse pas indifférent : à chaque fois qu’elle écrit, elle laisse sa peau. Éd. Stock, 220 p., 18 €. Corinne Amar

Anna G Anna G. Mon analyse avec le Professeur Freud. Sous la direction d’Anna Koellreuter, traduit de l’allemand par Jean-Claude Capèle.Vienne, 1921, S. Freud à Anna G. : « (...) vous vous ennuyez, vous souhaiteriez aimer quelqu’un. (...) Si c’est possible, laissez tomber les aventures. Souffrez, supportez la privation, de sorte que tout apparaisse d’autant plus clairement pendant la séance. » Une patiente rédige son Journal de cure. C’est une jeune femme de vingt-sept ans, médecin psychiatre, qui a obtenu du Professeur Freud qu’il l’accepte en analyse. Il a posé des conditions financières, imposé une durée. Le 1er avril 1921, Anna Guggenbühl (1896-1982) quitte Zurich, sa famille, la clinique où elle exerce, pour Vienne, jusqu’en juillet, le temps de son analyse auprès de Freud et à raison d’une heure tous les jours de la semaine. Son avenir la préoccupe, parce qu’elle ne parvient pas à se décider à épouser R. le jeune homme avec qui elle est fiancée depuis des années (mariage déjà arrangé par la famille, de plus, elle est amoureuse d’un sculpteur) et elle compte sur l’analyse et celui qu’elle considère comme « la plus grande oreille de son époque », pour l’aider à prendre sa décision.
Des années plus tard, Anna Koellreuter, analyste elle-même et petite-fille de Anna Guggenbühl retrouve deux cahiers d’écolier couverts des notes prises lors des séances et parsemés de comptes-rendus des interventions de Freud. Elle entreprend de les faire publier et d’en diriger l’édition, y conviant psychanalystes allemands et anglo-saxons, et historiens. Précédé d’une introduction de l’auteur, l’ouvrage rassemble neuf contributions.  Associations libres, rêves, fantasmes sexuels sont consignés. Freud répond, interprète, provoque, aborde ses propres théories ; le complexe d’Œdipe, le cas de Dora, amoureuse de son père, le rôle de l’inconscient, le transfert ; « la présence de Freud dans la même pièce était plus importante que ce qu’il pouvait dire »...
Au terme de l’analyse, délivrée de l’emprise paternelle, Anna G. a décidé de son choix de vie ; annuler son mariage et épouser le fameux sculpteur dont elle était amoureuse. Éd. Aubier, "Psychanalyse", 352 p. 23 €. Corinne Amar

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