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Entretien avec Josette Rasle
Propos recueillis par Nathalie Jungerman

 

Josette Rasle Josette Rasle
Photo N. Jungerman, avril 2010

Josette Rasle est commissaire d’exposition au Musée de La Poste. Elle est l’auteur avec Pierre Daix du catalogue Aragon et l’art moderne paru aux éditions des Beaux-arts de Paris (18 mai 2010). Elle a publié chez le même éditeur, Le bestaire d‘André Masson (avec Julien-Manuel Bonet, 2009), Charles Lapicque, Une rétrospective (2008), Avec le Facteur Cheval, Hommage de créateurs (avec E. Le Roy, 2007), Gaston Chaissac, Homme de lettres (avec Henry-Claude Cousseau, Benoît Decron et Nadia Raison, 2006) et Hervé Télémaque, Du coq à l’âne (2005).

Vous êtes commissaire de l’exposition intitulée « Aragon et l’art moderne » qui a lieu au Musée de la Poste (du 14 avril au 19 septembre 2010). Elle réunit plus de 150 œuvres et une quarantaine d’artistes sur lesquels Aragon a écrit. Quelques mots sur son élaboration, sa scénographie ?

Josette Rasle La scénographie a été réalisée par une société extérieure appelée « L’Araignée ». Nous avons travaillé ensemble à partir des documents que j’avais sélectionnés au préalable, et imaginé un parcours chronologique, simple, étant donné le choix éclectique des œuvres. Ce parcours clair et aéré qui nous a semblé indispensable, est également agrémenté d’extraits de textes permettant au visiteur de se repérer dans l’élaboration esthétique, dans le rapport qu’avait Aragon avec l’art. L’exposition s’articule autour de trois grandes périodes : des années 1920 à La Peinture au défi (1930) : cubisme, dadaïsme, surréalisme ; de 1930 à 1952 : les réalismes socialistes français et soviétique ; de 1953 à sa mort : les anciens amis et la découvertes de nouveaux artistes.

Au cœur de l’exposition une petite salle présente des lettres, cartes postales, photographies, affiches qui se mêlent aux œuvres picturales des amis du poète...

J. R. J’ai voulu évoquer l’appartement d’Aragon dont les murs ont été couverts par le poète de documents de toutes sortes après la mort d’Elsa Triolet. En discutant avec Caroline Bruant (directrice adjointe à la Maison Elsa Triolet-Aragon), je me suis aperçue que tous ces documents légués au Moulin de Villeneuve par Jean Ristat (exécuteur testamentaire d’Aragon) avaient été conservés. Caroline Bruant a eu l’idée de reconstituer quatre murs dans l’exposition. On a pu les refaire presque à l’identique en s’appuyant sur des photographies. Nous avons utilisé des oeuvres d’art (dessins, gravures, tableaux), des documents originaux ou des fac-similés et la photo d’Elsa qui étaient autrefois dans l’appartement de la rue de Varenne. Cette petite salle m’a permis aussi d’introduire des œuvres que je ne voulais pas présenter dans le parcours de l’exposition, et d’évoquer d’autres peintres sur lesquels Aragon a écrit, comme l’Argentin Antonio Berni (1905-1981) par exemple, ou des artistes qui l’ont accompagné mais dont les œuvres n’ont pas fait l’objet d’un texte, tel le sculpteur, peintre et graveur Jean-Pierre Jouffroy. Les œuvres exposées dans cette partie proviennent du Fonds Triolet/Aragon.

La sélection des œuvres a donc été établie à partir des écrits, n’est-ce pas ?

J. R. Oui, j’ai travaillé à partir des Écrits sur l’art moderne d’Aragon publiés chez Flammarion et d’autres textes parus dans diverses revues dont notamment Commune, L’Humanité, Les Lettres Françaises. J’ai tenté de retrouver en priorité des œuvres qui ont appartenu à Aragon et qui pour certaines sont restées dans sa collection jusqu’à sa mort. Évidemment, ça n’a pas toujours été possible, mais je les ai privilégiées. Entre deux tableaux de Masson par exemple, j’ai préféré choisir celui que possédait Aragon, même si sa facture était moins intéressante. C’est ce lien affectif, cette proximité avec les œuvres que je voulais souligner, davantage que la valeur esthétique.

Comment est envisagée la relation entre art verbal et pictural ? Les écrits d’Aragon sur l’art sont avant tout ceux d’un poète et non d’un critique d’art...

J. R. Effectivement, il n’est pas un théoricien de l’art mais comme tous les grands écrivains qui ont écrit sur la peinture, Aragon est capable de fulgurances verbales...
Il m’a été parfois difficile, voire impossible, d’extraire un passage de ses textes car le fragment ainsi isolé n’avait pas de sens. L’écriture d’Aragon est « ouverte » et ses textes forment un tout. Par exemple, dans Celui qui s’y colle, préface au catalogue de l’exposition du peintre surréaliste Pierre Roy [1926, texte repris in Écrits sur l’art moderne 1927-1928, Flammarion, 1981], Aragon utilise la figure de répétition, itération d’un même mot, d’un même segment de phrase, allitération... qui donne à la prose un mouvement circulaire, un caractère poétique proche de la litanie, amplifié par le leitmotiv «  Pierre Roy est né à Nantes comme tout le monde ». Bien qu’on ait l’impression de se perdre dans des digressions, on s’aperçoit au fil de la lecture que l’univers du peintre est tout entier dans ce texte fabuleux. C’est drôle, époustouflant, mais il est difficile de couper pour en extraire un passage. Quant aux articles sur les peintres comme Yves Tanguy, Jean Lurçat, je n’ai pas pu sélectionner de fragments. Ils sont à lire dans leur ensemble. Les Écrits sur l’art moderne sont effectivement ceux d’un poète. Aragon parle aussi des préoccupations qui sont les siennes au moment où il écrit. Parfois, il faut également décrypter certains textes étroitement liés à son combat politique.

Parlez-nous du roman d’Aragon, Henri Matisse, de son écriture.

J. R. Henri Matisse, roman n’est ni un livre d’art, ni une biographie de Matisse, ni un essai critique sur l’œuvre du peintre et malgré son titre, ni un roman. C’est un livre original dont l’écriture est une sorte de miroir, un dialogue, un discours poétique. Aragon rencontre Matisse en décembre 1941 à Nice, et de 1942 à 1954 date de la mort du peintre, il va écrire des articles sur lui. Puis entre 1967 et 1970, Aragon rédige d’autres textes en vue de la publication de ce vaste « roman »... Il compose le livre à partir de ces articles qui vont faire l’objet d’une nouvelle contextualisation. Ils vont ainsi s’enchaîner, s’ajuster, bien que disparates et rédigés à différentes périodes. Dans ce recueil publié trente ans après leur rencontre et les premiers écrits, on trouve autant d’Aragon que de Matisse. Aragon parle des dessins, des autoportraits, ou des portraits que Matisse fait de lui et qui l’aident à mieux comprendre ce qu’il est lui-même. Ce sont parfois des morceaux de poésie pure. L’écriture tient à la fois du récit, du journal, du poème, mais ne coïncide pas vraiment avec le cadre romanesque. Il s’agit d’un ensemble où tout est mêlé, où tout est parole et la diversité des textes est précisément un élément constitutif de la poétique de l’œuvre.

...

L’écriture d’Aragon est orale. C’est une caractéristique très forte chez lui. Il est même presque nécessaire de lire ses textes à haute voix. Comme vous savez, son écriture se prête bien à la chanson et nombre de ses poèmes ont été mis en musique. Rappelons d’ailleurs qu’il est possible d’écouter dans l’exposition des poèmes d’Aragon interprétés par Jean Ferrat, Marc Ogeret et Bernard Lavilliers que nous recevrons le 7 août prochain à Hauterives, au Palais Idéal du facteur Cheval, dans le cadre de notre programmation annuelle La Nuit du facteur Cheval, soutenue cette année par la Fondation La Poste.

Aragon s’intéresse très jeune à l’art moderne et grâce à Apollinaire et Reverdy, il rencontre notamment les peintres cubistes, écrit des articles sur Braque, préface l’exposition de Klee en 1925...

J. R. La première rencontre d’Aragon avec l’« art moderne » se fait grâce à son oncle Edmond qui s’intéresse au « Modern style ». Aragon écrira d’ailleurs un long texte sur Alfons Mucha (1860-1939) que j’ai eu l’intention de présenter dans l’exposition mais qui était tellement différent du reste qu’il m’aurait fallu un espace beaucoup plus vaste. Lorsque Aragon découvre Delaunay, Chagall, Léger à l’occasion du Salon des indépendants de 1913, il en est bouleversé. Le contact avec l’art se fait aussi par l’intermédiaire des revues, Les Soirées de Paris d’Apollinaire qui se trouvait dans la librairie d’Adrienne Monnier qu’il fréquentait, et Nord Sud de Pierre Reverdy. Puis, grâce aux deux poètes, Aragon fait la connaissance des peintres majeurs et ces rencontres marquent une étape très importante pour lui. En 1923, il écrit « Les réticences de Georges Braque » publié dans Paris-Journal dont il va être le rédacteur en chef pendant quelques mois. Il s’entretient avec le peintre qui dira de prime abord refuser les interviews parce qu’il n’a pas confiance en les journalistes qui déforment ses propos !

Il s’est passionné pour les collages...

J. R. Ce qui n’est pas surprenant au fond puisque lui-même est un grand collagiste. Il a une intelligence presque instinctive du collage et de la composition. Henri Matisse, roman dont nous parlions est en quelque sorte un immense « collage ». En 1930, il préface sous le titre La Peinture au défi, le catalogue d’une exposition de collages, texte dans lequel il distingue quatre formes principales : le collage cubiste (Georges Braque, Pablo Picasso) ; dadaïste (Marcel Duchamp, Francis Picabia) ; surréaliste ou poétique (Max Ernst) ; et le collage au service de la propagande. Aragon analyse la découverte fondamentale de Braque et de Picasso : les papiers collés. « De là, comme l’explique Pierre Daix, il passe aux collages-rencontres de Ernst (...) et prend acte de la transformation de l’image et du changement de statut de la peinture. (...). Aragon comprend quelles conséquences auront pour l’art contemporain les ramifications et développements de la peinture, il en saisit le devenir. Ses écrits sur la peinture restent encore aujourd’hui une référence.

L’abstraction n’est pas le monde d’Aragon... Pourtant certains collages de Miró sur qui Aragon a écrit sont plutôt abstraits...

J. R. Ils sont en effet proche de l’abstraction, mais il y a quand même une référence au réel, au concret, par le biais d’un morceau de papier ou de tissu par exemple. Aragon est fermé à la peinture abstraite et ne s’y intéressera jamais. Il lui faut précisément un sujet, une référence au réel... Il prête au contraire la plus grande attention à l’art contemporain, dans les dernières années de sa vie. Dans l’œuvre du peintre et plasticien Moninot (né en 1949), par exemple, qui commence à exposer au début des années 70, il y a une interrogation qui concerne le rapport du regard au réel. Dans une huile sur contreplaqué et verre réalisée en 1972, on peut voir un homme, une voiture, un drapé, on devine un silence. Aragon écrira : « dans les tableaux de Bernard, (...) ce qui me frappe surtout, il faut bien l’avouer, c’est une figuration du silence ». Il peut ainsi inventer une histoire à partir de la toile, saisir l’essence même de l’œuvre et sa poésie.

Quelle relation entretenait-il avec les peintres et notamment avec Fernand Léger, ou Yves Tanguy qui a illustré La Grande Gaîté... 

J. R. Aragon entretenait une relation amicale plus ou moins forte avec les peintres qui sont présentés ici. Une grande amitié le liait à Giacometti, Masson, Ernst, Chagall, Miró, Duchamp... Avec Picasso, il s’agissait davantage d’une admiration réciproque. Quant à sa relation avec Fernand Léger, elle était compliquée. Ce n’est qu’après la mort du peintre qu’Aragon a écrit sur lui. Ils avaient une conception différente du réalisme qui d’ailleurs ne pouvait être envisagé de la même façon par un peintre et par un poète tel qu’Aragon. L’engagement et le soutien d’Aragon au parti communiste français, et le rôle politique important qu’il a joué, puisqu’il entre au comité central comme membre suppléant en 1950 et qu’il en devient membre titulaire en 1953, ont été source de désaccords. Léger était aussi communiste, mais tout comme Picasso, il n’était pas impliqué de la même façon. Ils étaient plus libres qu’Aragon. Il y a donc eu quelques frictions, des discussions, mais quoi qu’on en dise, elles n’ont pas entamé leur amitié. J’ai retrouvé plusieurs documents, invitations, correspondances, traces de leurs vacances passées ensemble qui attestent de leur relation chaleureuse.
Tanguy et Aragon se sont fréquentés mais ils n’étaient pas des amis au sens fort du terme. Ils ont réalisé ensemble La Grande Gaîté publié en 1929. Les dessins d’Yves Tanguy, d’une facture très différente des fameuses toiles qui représentent des plages silencieuses et minérales, viennent compléter ce recueil de poèmes en réalité d’une tristesse bouleversante. Pourtant, à ma connaissance, Aragon ne consacrera pas au peintre un écrit personnel, mais le citera seulement dans des textes généraux. Il faut dire aussi que Tanguy est parti s’installer aux États-Unis dès 1939. Ils ne se reverront pas avant la mort prématurée du peintre en 1955.

Il est à l’époque avec Breton et Soupault, un des trois chefs de file du surréalisme... Puis le groupe se déchire. Peut-on parler d’un « passage » du surréalisme au réalisme concernant Aragon ?

J. R. À l’époque dada et dans les débuts du mouvement surréaliste, les trois amis sont animés du même désir de changer la société dans laquelle ils vivent et de construire un monde nouveau, mais ils ont des personnalités et des expériences tellement différentes que la rupture entre eux était inévitable. Celle-ci intervient d’ailleurs autant pour des raisons politiques qu’esthétiques. Soupault et Aragon étaient infiniment plus éclectiques dans leurs goûts, beaucoup moins limités et plus tolérants que Breton.
Pour Aragon, le surréalisme est moins la découverte du continent de l’inconscient « qu’une tentative désespérée de dépasser Dada, pour reconstruire, au-delà d’elle, une réalité nouvelle ». Aussi parler de passage du surréalisme au réalisme s’agissant d’Aragon (et c’est peut-être valable pour tous les surréalistes), c’est commode mais au fond très artificiel car l’écrivain a de tout temps été préoccupé par le réalisme qu’il disait être « l’honneur même de sa vie ».

Dans Les Lettres françaises, les arts vont être lus en fonction du degré de rapport à la vérité qu’ils manifestent, du degré de sincérité et de réalisme...
Breton rappelle l’incompatibilité de l’art et de la politique au moment de la parution du portrait de Staline par Picasso (en mars 1953) qui a fait scandale chez les dirigeants et militants du parti...

J. R. Des artistes comme Léger, Lurçat, Gromaire, Le Corbusier... dans le grand débat sur le réalisme en 1934 - interventions publiées sous le titre La Querelle du réalisme - avaient déjà mis en lumière les tensions et les contradictions d’un projet d’inspiration politique. Le Portrait de Staline par Picasso est un exemple parfait de cette incompatibilité entre l’art et le politique. Breton a complètement raison. Un artiste doit rester libre de sa création, et nul ne peut lui dicter ce qu’il doit faire. À la mort de Staline en 1953, Aragon qui vient de prendre la direction des Lettres françaises, demande à Picasso de faire un portrait de Staline pour la Une du journal. Picasso lui envoie donc un dessin représentant un Staline jeune. Aragon aussitôt le publie. Le lendemain, il doit faire face aux foudres de la direction du P.C. et des militants qui se sentent insultés. Comment Aragon avait-il pu permettre la publication d’un portrait du petit père des peuples, le représentant jeune, immature etc... ? Aragon a dû faire amende honorable et publier toutes les lettres des militants. Ce fut un des moments terribles de son existence. En fait, cette affaire du portrait de Staline cachait aussi un règlement de compte interne au P.C.F. Aragon doit son salut à Maurice Thorez qui, après une longue absence, rentre à point nommé d’URSS où il était allé se faire soigner.

Quelques années plus tôt, en 1947, Aragon salue les œuvres des peintres dits réalistes, comme Fougeron, « radicalise sa défense du réalisme socialiste et l’exemple soviétique » écrit Pierre Daix et considère l’art abstrait comme un « non dire »...

J. R. Aragon adhère au Parti communiste en 1927, après une première tentative en 1925. Dans la dernière lettre qu’il envoie à une amie, Denise Lévy, en 1925, il écrit : « J’appartiens tout entier à une idée... Je vais entreprendre une lutte pour laquelle il n’y aura pas de demi-succès ». Aragon qui est un homme de convictions et de passions a clairement fait un choix. En 1934, a lieu le Congrès des écrivains soviétiques sur le thème du réalisme socialiste. L’art doit être compréhensible par tous et rendre compte de la réalité sociale d’un pays. Le P.C.F. qui épouse les dogmes de l’URSS - va donc tout faire pour que cette notion de réalisme socialiste se développe sur son propre territoire. C’est donc tout naturellement qu’Aragon va s’engager dans cette voie et faire évoluer son réalisme en réalisme socialiste. Dans son intervention au débat de la Querelle du réalisme, il reprochera aux peintres de « se noyer dans la délectation de la manière et de la matière, de se perdre jusque dans l’abstraction ». Il va alors apporter son soutien à des peintres réalistes et inviter les artistes « à peindre nos paysages en danger, à se ressourcer à la tradition française de la peinture du paysage ». D’où le texte sur Bernard Buffet...

Que pensez-vous de cette phrase de Sarah Wilson qui répondait à votre question sur les écrits d’Aragon sur l’art ? : « Ses écrits sur l’art peuvent exister indépendamment comme « textes », mais pour moi ils sont inséparables de l’homme Aragon, du politicien ; du mentir-vrai et de la grande question qu’il suscite sur le refoulement et le déni du passé, entortillée dans les constructions de l’identité nationale française... »

J. R. Certains textes d’Aragon doivent être décryptés, bien sûr. Y compris ses écrits sur l’art qui parfois sont pleins d’allusions politiques, voire plus. Il faut toujours regarder plus loin, et voir ce que fait ou vit Aragon le politicien, au moment où il écrit tel ou tel texte. L’inverse est peut-être vrai aussi. J’aime à imaginer que ses interventions politiques sont truffées d’allusion à ses textes littéraires en cours. Pour Aragon, rien n’est séparé, tout forme un tout.
Si je partage l’analyse de Sarah Wilson sur certains points, en revanche il me semble que sa lecture d’Aragon est parfois déformée, et qu’elle lui fait un mauvais procès, notamment en ce qui concerne la Maison de la Pensée française et des Métallos, et Matisse. Elle vit comme une provocation la publication en 1946 de son texte sur Matisse intitulé « Apologie du luxe ». J’avoue avoir du mal à comprendre sa réaction. Le mot luxe a plusieurs définitions, et il me semble qu’il faut l’entendre ici au sens baudelairien du terme. C’est probablement ainsi d’ailleurs que l’entendait Matisse lorsqu’il réalise en 1931 (je crois) sa série de peintures « Luxe ». De surcroît, à cette époque Aragon n’était pas vraiment au chaud. En organisant, pour le compte du P.C., la résistance intellectuelle dans la zone Sud, Elsa et lui ont pris de gros risques. Ils ont été particulièrement actifs et efficaces, et les conditions matérielles dans lesquelles ils vivaient étaient difficiles. On ne peut donc pas accuser Aragon de désinvolture, pas plus que de provocation. Quant au déni du passé, Aragon a regretté ce que sa main droite avait pu écrire, il a regretté certains de ses silences, et s’est lui-même condamné. Mais ce n’est peut-être pas toujours suffisant.

L’exposition se termine par les œuvres d’artistes jeunes et inconnus à l’époque...

J. R. Après le rapport Khroutchev qui dénonce les crimes staliniens, la position du P.C.F. va peu à peu changer. L’art réaliste socialiste ne va plus être son cheval de bataille. Il va s’ouvrir et prôner la liberté pour un artiste de créer ce qu’il veut, comme il veut, ce qu’Aragon au fond souhaitait depuis toujours. Il a dû lutter ferme pour que son parti arrive à cette prise de position. Aussi, libéré de toute contrainte, il va retrouver sa verve, son œil, pour écrire sur des artistes, à l’époque inconnus, comme Fassianos, Le Yaouanc, Boltanski, Titus-Carmel, et Moninot que nous avons évoqué tout à l’heure. Et les textes qu’il écrit sur eux sont là encore d’une pertinence extraordinaire. Comme dans tous ses écrits sur l’art, il y a des raccourcis fulgurants. Le texte sur Moninot est particulièrement brillant. Aragon, avant tout le monde, saisit toute la poétique de l’œuvre et son côté novateur.

Qu’en est-il de la prochaine exposition au Musée de La Poste ?

J. R. Je ne sais pas ce que sera la prochaine exposition. J’avais fait plusieurs propositions, l’une d’elle avait emporté l’adhésion, mais nous nous apercevons que cette idée, qui était sans doute dans l’air du temps, est traitée sous différentes formes dans divers lieux à Paris et en province. Aussi, il est fort probable que nous changions de cap...


Publications

Catalogue : 6e numéro de la collection « un timbre-un artiste », il est coédité avec l’Ecole nationale supérieure des beaux arts. Préface de Pierre Daix, textes et entretiens de Josette Rasle avec Jean Ristat et Sarah Wilson.

DVD : Aragon, le roman de Matisse, un film de Richard Dindo - 2003 - 52 min. D’après le texte de Louis Aragon, Henri Matisse, roman publié aux éditions Gallimard (1971) et les œuvres de Henri Matisse. Edité chez ARTE Editions.


Sites internet

L’Adresse Musée de La Poste
http://www.ladressemuseedelaposte.com/

Maison Elsa Triolet - Aragon
http://www.maison-triolet-aragon.com/

Aragon
http://www.culturesfrance.com/adpf-...


Événements

31 mai 2010 à 20h
Soirée autour du livre « Louis Aragon, Écrits sur l’art moderne » aux éditions Flammarion
Table ronde.
(Entrée libre dans la limite des places disponibles).

16 Juin 2010 à 20h
Soirée Elsa Triolet
À l’occasion du 40e anniversaire de la mort d’Elsa Triolet en partenariat avec la Fondation d’Entreprise La Poste, avec le soutien de la Maison Elsa Triolet-Aragon, la société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet et Les Lettres Françaises.
Lectures de poèmes par Jean Ristat
Lectures de correspondances
Projection du film Elsa la rose d’Agnès Varda (1965-20 mn)
(Entrée libre dans la limite des places disponibles).

Auditorium du Musée de La Poste
34 boulevard de Vaugirard - Paris 15e
Tél. : 01 42 79 24 24
http://www.ladressemuseedelaposte.fr

7 Août 2010 3e Nuit du Facteur Cheval au Palais Idéal (Hauterives Drôme)
Hommage à Louis Aragon
En partenariat avec le Palais Idéal du Facteur Cheval et la Fondation d’Entreprise La Poste, avec le soutien de la Maison Elsa Triolet-Aragon, la société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet et Les Lettres Françaises.

17 h Lecture de correspondances et projection du film Aragon et Triolet dans la résistance réalisé par société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet
(Entrée libre dans la limite des places disponibles).

20 h Lectures de poèmes et de correspondances par Jean Ristat
Concert de Bernard Lavilliers « Est-ce ainsi que les hommes vivent »
Tarif : 35 €
Réservations : http://www.facteurcheval.com
et les réseaux habituels.

13-14-15-16 et 17 septembre 2010 - 20h 30
Caf’Conf’ Aragon

Magali Herbinger (Poèmes), Véronique Pestel (chansons) et Bernard Vasseur (Lectures)
Tarif : 15 € - T.R. : 10 €
Réservations : 01 45 15 07 02.

L’Adresse Musée de La Poste participe également aux Journées européennes du Patrimoine les 18 et 19 septembre 2010 : au programme des animations spéciales autour de l’exposition «  Aragon et l’art moderne ».

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