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Dernières parutions mai 2010 Par Elisabeth Miso

 

Correspondances

Malcolm Lowry, Merci infiniment Malcolm Lowry, Merci infiniment. Traduction de l’anglais Claire Debru. En 1945 après dix ans de labeur, Malcolm Lowry envoie la quatrième version d’Au-dessous du volcan à plusieurs éditeurs dont Jonathan Cape qui avait déjà publié Ultramarine. Il reçoit d’abord un premier courrier de Cape qui semble conquis, puis un second qui envisage selon le rapport d’un second lecteur des coupes sévères à apporter au roman. En vacances au Mexique, Malcolm Lowry rédige en janvier 1946 une longue lettre qui démonte point par point les critiques énoncées et laisse filtrer toute la subtilité de l’architecture du roman restée invisible à l’auteur du rapport, renvoyant ainsi le lecteur en question et Cape par la même occasion à leur défaillance de jugement. Chacun des douze chapitres a été pensé comme une entité en soi et ne saurait être remanié sans altérer l’équilibre de l’ensemble. Aux reproches d’un début fastidieux, de faiblesse de construction des personnages, de longueur ou de prétention, Lowry répond que tout cela est voulu et soumis à des ramifications, à des niveaux de lecture souterrains complexes. « Car le livre aura été monté, remonté et soudé en sorte de permette un nombre infini de lectures qui n’épuiseraient jamais ses significations, sa portée romanesque ou sa poésie. C’est en ce sens que je lui voue mes espoirs et en dépit de tous ses défauts, en dépit de toutes les redondances de cette lettre, c’est aussi dans cet espoir que j’ai voulu vous l’offrir. » Magnifique plaidoyer pour la défense de son œuvre et haute conscience de ses desseins littéraires, ce texte est une leçon d’intelligence. Au-dessous du volcan paraîtra en Angleterre et aux Etats-Unis sans aucune coupe. Éd. Allia, 88 p, 6,10 €.

John Keats, Lettres à Fanny Brawne John Keats, Lettres à Fanny Brawne. Traduction de l’anglais M.-L. des Garets. Avec Bright Star, inspiré de la relation amoureuse entre le poète anglais John Keats et la jeune Fanny Brawne, Jane Campion s’intéressait encore aux mouvements de l’amour et de la création et suscitait une nouvelle curiosité pour les écrits du poète romantique. Les lettres adressées en 1819 et 1820 par John Keats à Fanny Brawne laissent deviner l’étendue de la passion dont brûle le jeune homme. En 1819, John Keats, apprécié dans les cercles littéraires, a publié Endymion, recueil de poésie imprégné de mythologie grecque et travaille à Hypérion. Orphelin à quinze ans, il a renoncé au métier de chirurgien souhaité par son tuteur et décidé à vingt ans de ne respirer que pour écrire. En 1818, son jeune frère Tom succombe à la tuberculose et lui-même commence à souffrir des premiers signes de la maladie qui l’emportera en 1821 à Rome à l’âge de vingt-cinq ans. Chez des amis, il fait la connaissance d’une jeune fille de dix-huit ans cultivée et vive, et malgré l’impossibilité pour Keats totalement désargenté d’espérer un quelconque mariage, les deux jeunes gens se fiancent. « Je hais le monde : il coupe sans pitié les ailes à mon vouloir et je voudrais trouver sur vos lèvres le doux poison qui m’en ferait sortir à jamais. Je ne voudrais le prendre d’aucune autre. » Ses lettres enflammées illustrent la passion dévorante et la jalousie qui l’animent. « Que me servira de retrouver la santé du corps si vous ne m’appartenez pas quand je serai guéri ? Pour l’amour de Dieu, sauvez-moi, - ou bien dites-moi si le caractère de ma passion vous effraye. » On y voit Keats se débattre avec la maladie, tenter de rassembler ses forces pour parvenir à écrire et puiser dans la violence de ses sentiments pour Fanny la seule source d’énergie capable d’illuminer « l’aube sans espoir de (sa) vie ». Éd. Gallimard, L’Imaginaire, 99 p, 5 €.

Romans/Récits

Carl Frode Tiller, Encerclement Carl Frode Tiller, Encerclement. Traduction du néo-norvégien Jean-Baptiste Coursaud. David un ancien étudiant en lettres a perdu la mémoire, l’hôpital diffuse une petite annonce enjoignant ses proches de lui écrire pour reconstituer le puzzle de sa vie. Trois personnes se manifestent, Jon un musicien raté et aigri qui ne peut communiquer sans heurts avec son entourage ancien amant de David, Arvid vieux pasteur malade beau-père de David et enfin Silje mère au foyer qui a renoncé à l’insolence et à l’audace de sa jeunesse, figure féminine du trio d’adolescents rebelles qu’elle formait avec Jon et David. Alternant récits au présent et lettres qui s’attachent à recomposer le passé, le roman se construit à trois voix. Sous prétexte de faire le portrait de l’amnésique, les trois protagonistes vont en fait à la lumière des souvenirs convoqués se confronter à leur propre existence, à leurs échecs et à leurs désillusions. Chacun tentera de ressusciter sa vie vingt en arrière à Namsos, petite ville rurale de Norvège. Chacun pourra mesurer les traces indélébiles, les espoirs de liberté qu’a pu laisser en eux la nature de leurs relations avec le jeune homme, les rêves qui se sont évanouis, les amours déçues et les ravages de l’insatisfaction de leur vie actuelle. Chacun pourra identifier l’enfermement de ses origines, le regard aliénant de ses proches ou d’une société étriquée porté sur soi et la difficulté de s’en libérer. Avec Encerclement Carl Frode Tiller signe une impressionnante plongée au cœur de la complexité humaine, premier volet d’une trilogie. Éd. Stock, 343 p, 20,50 €.

Irvin Yalom Robert Berger, En plein cœur de la nuit Irvin Yalom Robert Berger, En plein cœur de la nuit. Traduction de l’anglais (États-Unis) Anne Damour. En cinquante ans d’une amitié née sur les bancs de la faculté de médecine, le psychiatre et écrivain à succès Irvin Yalom savait peu de choses du passé de Robert Berger. Survivant de la Shoah en Hongrie, ce dernier avait débarqué seul à Boston à dix-sept ans. Devenu un cardiologue de renom qui ne se sent réellement vivant que quand il tient un cœur battant entre ses mains, il voue sa vie à son métier. Le jour, il recherche la sensation du danger, le besoin de contrôler la vie et la mort au bloc opératoire, la nuit ses rêves le ramènent sans cesse à son passé, mais il garde ses cauchemars pour lui. L’amitié entre les deux hommes s’est en partie construite sur le respect de ce silence. Quand Irvin Yalom adolescent s’épanouissait entouré de l’amour de sa famille « préoccupé par la largeur de (ses) cravates, (ses) piètres performances de danseur », Robert Berger s’engageait dans la résistance et vivait la peur au ventre d’être arrêté dans les rues de Budapest par les milices nazies Nyilas. Une tentative d’enlèvement manquée à l’aéroport de Caracas vient réveiller les souvenirs refoulés du chirurgien cardiaque. En plein cœur de la nuit, est cette parole de libération recueillie et décryptée par la finesse psychanalytique et l’humanité d’Irvin Yalom. Éd. Galaade, 80 p, 12 €.

Nouvelles

David Sedaris, N’exagérons rien David Sedaris, N’exagérons rien ! Traduction de l’anglais (États-Unis) Nicolas Richard. « Enfant, j’ai toujours soupçonné intérieurement que j’étais un génie. C’était une théorie totalement personnelle, corroborée par personne, bon et alors ? Être incompris participait du scénario. Mon père me traitait parfois de « gros malin », mais j’ai fini par comprendre que lorsqu’il sortait ça, il voulait dire exactement le contraire. » Après Je suis très à cheval sur les principes, David Sedaris se livre dans le dernier recueil de ses nouvelles autobiographiques à une nouvelle démonstration de son humour irrésistible. Toujours avec pour décor la ville de son enfance Raleigh en Caroline du Nord, New York, Paris ou la Normandie, l’écrivain américain met en scène ses personnages favoris : lui-même, ses parents excentriques, son compagnon Hugh, et tous ceux dont le souvenir apporte sa pierre à cet étonnant édifice de fantaisie et d’autodérision. Il se remémore l’adolescent mal dans sa peau qui tentait désespérément de dissimuler ses émois homosexuels et de contrôler un bataillon de tics nerveux qui le poussait irrépressiblement à lécher les boutons de portes et d’interrupteurs, à rouler des yeux, à glapir subitement ou à se balancer d’avant en arrière sur son lit. L’humiliation ressentie lors d’un test de QI, l’abattement généré par un emploi de lutin au pays de Noël dans un grand magasin le disputent à ses déboires d’auto-stoppeur ou à son apprentissage du français pour le moins farfelu. Les souvenirs d’enfance de Hugh en Afrique sont également un formidable matériau littéraire à absorber et David Sedaris aime à imaginer que cette vie aventureuse et romanesque dont il rêvait enfant ait pu être la sienne. Éd. de l’Olivier, 204 p, 19,50 €.

Biographies

Philippe Sollers, Discours parfait Philippe Sollers, Discours Parfait. Il a commencé son livre par un exergue de Hölderlin sur le néant - abîme absorbant contre lequel la résistance avait un rôle de premier ordre et se devait d’être passionnée, véhémente et farouche - et par un chapitre sur les Fleurs ; l’histoire d’un botaniste hollandais, Gérard van Spaendonck (1746-1822), miniaturiste du Roi, installé au Louvre, peu connu et pourtant, extraordinairement doué pour le dessin d’après nature et puis aussi, pour l’histoire des fleurs. Passent un papillon, Tchouang-tseu n’est pas loin, Joyce, Ponge, Rimbaud, Genet, Beckett..., Tulipe est un mot turc, comment les fleurs conçoivent-elles ? Que dire de l’orchidée, en Chine, de la pivoine, du lys, de la rose, du chrysanthème, du bambou ? C’est plus qu’un long chapitre, c’est un livre de qualité, les Fleurs prennent l’allure d’un conte exotique, érotique pour sûr, et agrémenté de planches aquarelles délicates, dont la première, une tulipe, a pour nom La Sultane.
Baltasar Gracian, Nietzsche, le corps, Zarathoustra en son Royaume, Eros, Goethe, Nietzsche encore, Chateaubriand, Rimbaud, Picasso, Cioran, Joyce pour commencer et Joyce, pour finir..., les promenades du marquis de Sade, en Italie, ses conversations avec sa belle-sœur, avec lui-même, obscénités et sensibilité, Baudelaire, Flaubert, Freud...
Il l’a intitulé Discours Parfait. Neuf cent-vingt pages. Compactes, dans leur couverture intemporelle et si sobre qu’elle pouvait accueillir un tel titre. Discours Parfait. Logos Teleios. On entre dans une vie, dans une autre ; de la botanique à la poésie, la littérature, la peinture, l’intérieur d’une fleur, le cœur d’un papillon... Portraits, figures, fragments, écrits au gré des rencontres, des circonstances, et dans ce choix, réunis en un recueil, un souffle égal. Parfait. Éd. Gallimard, 920 p, 29,90 €. Corinne Amar.

Jonathan Coe, B Jonathan Coe, B.S.Johnson, histoire d’un éléphant fougueux. Traduit de l’anglais par Vanessa Guignery. Il lit Nathalie Sarraute, Beckett, s’intéresse au Nouveau roman ; a le goût sûr pour le portrait acide, l’humour noir, la satire sociale ; le talentueux romancier britannique, qui en est à son huitième roman, avec La pluie avant qu’elle tombe (2009) et doit sa notoriété, en France, à Testament à l’anglaise (1994, prix du Meilleur Livre étranger), publie une prodigieuse biographie : celle de B.S.Johnson, écrivain anglais, né écorché, en 1933, suicidé quarante ans plus tard, jovial, désespéré, radical, exorciste tant qu’il put, par une écriture expérimentale, de ses idées noires et Désenchanté sans bornes. De ce sujet d’élection, dont on sait qu’il demeure central dans son œuvre, parce qu’immersion personnelle, Jonathan Coe, prépare progressivement le terrain ; 160 fragments de vie, une vie en 7 romans, extraits de poèmes, de romans, Solitude ; puis, nous promène dans « les fouilles et les décombres d’une vie » ; lettres, poèmes, crises évoquées, journal, Désintégration ; enfin, propose ses « propres réflexions » : 
« B.S. Johnson était à lui tout seul, si vous voulez, l’avant-garde littéraire des années 1960,en Grande-Bretagne. Oui, bien sûr, il existait d’autres écrivains d’avant-garde, à l’époque. Mais ils n’étaient pas aussi célèbres que lui (...). B.S.Johnson était différent, B.S. Johnson était unique. »
Les raisons pour lesquelles Jonathan Coe consacra à B. S. Johnson un travail de près de dix ans ? Pour « sa maîtrise du langage, sa fraîcheur, son ingéniosité formelle, l’humanité qui transparaît même de ses expériences les plus strictes, sa sincérité rigoureuse ». Et parce qu’au-delà du fait d’être un « héros littéraire », B.S. Johnson posait la question essentielle du travail d’écriture : la nécessité de vérité et son corollaire : jusqu’où le roman peut-il « alléger » la vie ? Éd. Quidam, 506 p, 30 €. Corinne Amar.

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