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Dernières parutions été 2010 Par Elisabeth Miso

 

Journaux

Alejandra Pizarnik, Journaux Alejandra Pizarnik, Journaux 1959-1971. Édition établie et présentée par Silvia Baron Supervielle. Traduction de l’espagnol (Argentine) par Anne Picard. « Je me suis réveillée avec la sensation d’avoir dormi entre les griffes d’un tigre. Il y a quelque chose dans cette vie - peut-être un infime détail - que je ne supporte pas, que je ne peux endurer. », écrit Alejandra Pizarnik en avril 1963. La jeune poétesse argentine qui a publié son premier recueil à dix-neuf ans en 1955, tient en parallèle de son œuvre poétique un journal où elle dissèque ses angoisses, sa quête d’aimer et d’être aimée, sa faim jamais rassasiée de mots et de littérature, son impossibilité à vivre. Malgré sa créativité, sa vie sociale et littéraire active, un sentiment d’ennui et d’inutilité la poursuit depuis l’enfance, « aveugle à la réalité et aux autres » elle ne trouve refuge que dans son imagination, même la pratique de la psychanalyse n’a pu atténuer son impression d’abîme absolu. Elle trouve dans la lecture de Virginia Woolf et d’Antonin Artaud un écho à ses blessures et cisèle au contact d’écrivains comme Kafka, Green, Pavese, Cervantès, Dostoïevski, Mansfield, Bataille ou Simone Weil, sa propre langue, « déchiffrer la forêt d’images qui m’habite et trouver une clairière où puisse pénétrer en moi quelque chose provenant de l’extérieur, un poème, une voix. » De 1960 à 1964 elle séjourne à Paris, elle a pour amis André Breton et André Pieyre de Mandiargues, fréquente Yves Bonnefoy, Henri Michaux, Octavio Paz ou Julio Cortázar et cette période pourtant jalonnée de préoccupations financières et d’épisodes dépressifs est d’une grande effervescence intellectuelle. À Paris ou à Buenos Aires, la même solitude, la même obsession de sa mort proche (elle se suicidera en 1972), le même « combat avec le silence », noircissent inlassablement les pages de ses carnets. « Mon désir de mourir vient de mon incapacité à être à l’intérieur de moi-même. Ne pouvant pas respirer et m’asphyxiant avec mon je, j’imagine la mort comme un lieu où je n’aurais pas à faire autant d’efforts terribles. » Éd. José Corti, 362 p, 22 €.

Béatrice Maleville, Lui Béatrice Maleville, Lui. « Elle s’échappe certains après-midi de leur solitude commune. Elle traîne dans les grandes salles du Louvre. Elle ne sait pas quel tableau il faudrait qu’elle choisisse. Elle s’arrête attirée par le scintillement factice, trop visible à la surface d’un tableau. Un spot accroché au plafond s’est déréglé et vacille. (...) La nuit, elle rêve du visage de Piccoli. Il est de pierre ou de granit, et si lumière il y a, elle irradie de l’intérieur. » Journal de bord d’une jeune femme qui dit « elle ». Lui, c’est une figure connue d’il y a longtemps, tutélaire, protectrice, élue, depuis qu’elle aime les salles de cinéma et les films et les êtres-acteurs, qu’elle se choisit, qui lui permettent d’inventer une nouvelle réalité, une autre famille, en marge de son inquiétude. Lui, désigné, nommé sans mystère : Michel Piccoli. Tel ce spot accroché à un plafond du Louvre, fragile, qui « se dérègle et vacille », la lumière en elle fait de l’ombre et appelle à l’aide celui qui, homme, acteur, saurait être tous les hommes à la fois. Elle le suit, le poursuit, veut le connaître, se faire connaître, lui donne rendez-vous, se montre, ils se connaissent, elle est chez lui, elle rêve qu’il la filme, il la filme. Est-il réel ou imaginaire ? On songe au réalisateur André Delvaux, à propos d’une scène de film : « Si vous pensez qu’elle est imaginaire, allez chercher des indices qui prouvent le contraire. Et si vous trouvez qu’elle est réelle (...), vous trouverez bien d’autres indices qui prouvent le contraire. »
Textes courts, phrases courtes où s’enchevêtrent le mythe et la réalité, une vie intérieure, ses chatoiements de velours rouge et d’obscurité, un cœur aux « iris noirs », qui cherche, dans l’écriture, une manière de « voir ». Éd. Les Contre-bandiers, 112 p. 12 €. Corinne Amar

Vincent La Soudière, Lettres à Didier Vincent La Soudière, C’est à la nuit de briser la nuit. Lettres à Didier. 1 (1964-1974). Édition présentée, établie et annotée par Sylvia Massias. C’est une correspondance (premier volume) de près de sept-cent pages - 326 lettres courant sur dix années - celle d’un écrivain inconsolable et tourmenté, qui n’aura de cesse d’interroger le sens de l’existence, la littérature, la foi, la vérité poursuivie jusqu’à la folie. Vincent La Soudière (1939-1993) a vingt-quatre ans, lorsqu’il commence à écrire à celui qu’il a rencontré un jour, traversé par une inspiration monastique, au monastère de l’île de Lérins, et qui est devenu son ami. Jaillissement épistolaire, entre rêves d’absolu et défaites froides ; il consigne la vie visible, les faillites, les exigences d’écriture, les ruptures, les ciels, le désespoir.
« À côté d’ici, presque sous mes fenêtres, on brûle des herbes, des feuilles déjà. Je fais un détour, quand je sors, pour ne pas croiser ces fumées trop douces à mon cœur, où je perds pied : se superposent, dans l’odeur de cette fumée, des couches de passé, des souvenirs, des sentiments, émotions, des souvenirs d’émotion, tout un train chargé d’enfance et d’adolescence, de scolarité détestée et de septembres déchirants ; et tout cela en une grande cargaison de foin humide, de regain languide et triste (lettre 317, 11 septembre 1974). »
Autoportrait sans cesse repris, découpé au scalpel, journal des confessions, tourbillons, désillusions. Fragilité évidente. Dépression dont il se défend comme il peut, mais plus orageuse que l’orage. S’il sait qu’il a du génie - « Vous êtes un écrivain » m’a dit Michaux. D’accord ! Très bien ! Et après ? Si, chaque fois que je prends un couteau, je me coupe le doigt, au lieu de couper une pomme... », une lucidité criante l’empêche de s’épanouir et l’emmène très loin, haletant et fracassé et prisonnier de lui-même. Éd. du Cerf, 704 p. 32 €. Corinne Amar

Biographies/ Autobiographies

Eduardo Arroyo, Minutes d’un testament Eduardo Arroyo, Minutes d’un testament. Traduction de l’espagnol par Fabienne di Rocco. « Je le répète, malgré ma volonté d’écrire c’est la peinture que j’ai choisie parce qu’elle me permettait de capturer ces éclairs qui s’imposaient à moi quand je m’y attendais le moins. » À 73 ans le peintre de la Figuration narrative se livre à l’exercice de l’autobiographie, dans la lignée du testament de Gumersindo de Azcarate, juriste et philosophe espagnol, grand oncle de sa femme. Les testaments, il adore ça, il en rédige régulièrement tout comme les listes, listes amoureuses, listes de chers disparus, listes de ses maisons. Fils d’un pharmacien madrilène de droite et phalangiste, lui a toujours eu le cœur à gauche, et préfère fuir l’Espagne de Franco en 1958. À Paris il se lie avec les artistes de Montparnasse, il apprend beaucoup d’Alberto Giacometti, de Max Ernst, d’Alexander Calder, de Giorgio De Chirico ou de Paul Rebeyrolle et devient peintre sans s’en rendre compte. « Les choix sentimentaux m’ont amené à ne pas fréquenter une école des beaux-arts mais au contraire à me former avec d’autres artistes et à établir avec eux des liens durables ; voilà pourquoi je ne peux m’expliquer l’histoire de l’art qu’à travers le va-et-vient des relations, le hasard des rencontres. » L’exil, la dictature espagnole et la guerre civile hantent ses toiles jusqu’à son retour en Espagne en 1977 après la mort de Franco. Au fil des ses souvenirs, de ses questionnements, Eduardo Arroyo balaie tout ce qui force son admiration ou réveille sa colère. Son goût pour les peintres écrivains comme Michaux et Pierre Klossowski, sa croyance dans l’éthique de l’esthétique, sa fascination pour les cimetières, la nostalgie de ses vacances d’enfance dans la demeure familiale dans les montagnes de León, son amitié pour Paul Rebeyrolle, Octavio Paz ou Michelangelo Antonioni, se mêlent à la voix qui s’élève encore avec rage contre toute aliénation de l’État et de l’administration, contre le poids de la religion en Espagne, ou contre le milieu de l’art actuel. Éd. Grasset, 412 p, 21,50 €.

Romans

Erri De Luca, Le jour avant le bonheur Erri De Luca, Le jour avant le bonheur. Traduction de l’italien Danièle Valin. Sur le bateau qui l’emporte loin de Naples, le narrateur laisse défiler son enfance et son adolescence dans les années d’après-guerre. Jeune orphelin ce dernier vit seul sous la protection de Don Gaetano, le concierge de son immeuble, insatiable conteur de l’histoire de la ville dans ce qu’elle a de plus abject ou de plus glorieux, tout à la fois marquée par le fascisme ou par le courage de ces napolitains qui se sont soulevés contre les allemands. « Le peuple fait ce qu’il a à faire, puis il se disperse et redevient une foule de gens. Ils retournent vite à leurs affaires, mais plus légers, car les révoltes sont salutaires pour l’humeur de qui les fait. » Le jeune garçon se nourrit de l’humanité de Don Gaetano et des livres que lui prête Don Raimondo le libraire, apprend à se rendre utile par de menus travaux et découvre les plaisirs de la chair dans les bras de la veuve du deuxième étage. Mais un seul visage occupe ses rêveries, celui d’une petite-fille entraperçue derrière une vitre des années plus tôt et qui va réapparaître. Ce très beau roman d’initiation prend sa source dans l’amour d’Erri De Luca pour Naples, sa ville natale « Elle est belle la nuit, notre ville. Elle est pleine de danger, mais aussi de liberté [...] On se salue, on se connaît, entre ceux qui vivent la nuit. Les gens se pardonnent leurs vices. La lumière du jour accuse, l’obscurité de la nuit donne l’absolution. », et dans cette attention particulière portée aux autres, cet élan de fraternité et de noblesse d’âme qui palpite au creux des mots tracés par l’écrivain italien. Éd. Gallimard, Du monde entier, 144 p, 15 €.

Grazia Livi, L’Époux impatient Grazia Livi, L’Époux impatient. Traduction de l’italien par Tessa Parzenczewski, en collaboration avec Marguerite Pozzoli. Lev Tolstoï et Sofia Andreevna convolent à Moscou le 22 septembre 1862. Il a 34 ans, est déjà un écrivain renommé, et veut laisser derrière lui une vie dissolue de joueur et d’aventures charnelles. Elle a 18 ans et, bien que terriblement éprise de son mari, quitte à regret la douceur et la protection de sa famille. Les jeunes mariés prennent place dans la berline qui les conduit à Iasnaïa Poliana, la propriété de l’écrivain. L’espace de ce voyage le couple prend la mesure de la vie commune qui les attend, de leurs espoirs, de leurs craintes respectives et de la nostalgie qui les étreint. L’époux impatient et intransigeant tente désespérément de brimer sa brutalité. Le « génie mâtiné de manière rude, d’humeurs changeantes, de perceptions soudaines. » de Tolstoï éblouit et décontenance tout à la fois Sofia Andreevna. Partagée entre le désir de se montrer à la hauteur de son nouveau statut d’épouse compréhensive et dévouée et l’inquiétude de se perdre « elle-même dans l’omniscience de l’autre, dans ses exigences imprévues », la jeune femme pressent déjà avec quel homme complexe et tourmenté elle va devoir composer. Ne lui a-t-il pas donné à lire ses journaux la veille de leurs noces, pour qu’elle prenne connaissance de son passé ? Entre dialogues, monologues intérieurs et passages échappés du journal intime des deux protagonistes, Grazia Livi revisite les prémices d’une passion amoureuse qui bien que mouvementée ne se démentit jamais. Sofia retranscrivit les œuvres de son mari tout en s’occupant de leurs treize enfants et du domaine. Éd. Actes Sud, 158 p, 17 €.

Récits

Thomas Bernhard, Mes prix littéraires Thomas Bernhard, Mes prix littéraires . Traduction de l’allemand (Autriche) par Daniel Mirsky. À l’occasion du vingtième anniversaire de la mort de Thomas Bernhard, paraissait en allemand en 2009 ce recueil de textes inédits. Récits de remises de prix ou discours prononcés lors de ces cérémonies officielles, l’écrivain autrichien y déploie toute sa haine des honneurs littéraires assimilés à la pire des perversions. Avec un humour féroce, Thomas Bernhard se remémore neuf prix qui lui furent attribués dans les années 1960-1970 en Allemagne et en Autriche et qui se sont immanquablement soldés par un sentiment de profond dégoût pour lui-même et pour les institutions, ou parfois même par un scandale, comme lors du prix d’État autrichien de littérature où le dramaturge a manqué d’en venir aux mains avec le ministre de la culture qui n’avait pu s’empêcher de rappeler son origine étrangère. Tiraillé entre son orgueil de ne pas se compromettre avec des personnes médiocres qui n’entendent rien à la littérature et son besoin de reconnaissance, l’auteur de Gel cède pourtant aux humiliations face aux promesses matérielles tenues par les sommes perçues. Sa détestation des honneurs et de la morale bourgeoise est une des manifestations des relations conflictuelles que l’écrivain entretint avec la société autrichienne et son passé sombre. « Comme je déteste ces villes moyennes avec leurs célèbres monuments qui les défigurent, sans que la population n’y trouve rien à redire ! Les églises et les ruelles étroites, dans lesquelles végètent des êtres humains chaque jour plus bornés. Salzbourg, Augsbourg, Ratisbonne, Wurtzbourg, je les déteste toutes, parce qu’elles servent d’écrin séculaire à l’abrutissement. » Éd. Gallimard, Du monde entier, 159 p, 12,50 €

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