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Dernières parutions septembre 2010 Par Corinne Amar

 

Correspondances

Agnès Akerib, Mademoiselle Rachel Agnès Akérib, Mademoiselle Rachel, l’étoile filante. _ « Je me croyais pyramidale et je ne suis qu’une ombre qui passe. Comme je vois ici le néant des tragédiennes... » _ Élisabeth Rachel Félix (1821-1858), plus connue sous son seul prénom de théâtre, Rachel ou comme Mademoiselle Rachel, actrice de théâtre, fut une grande tragédienne. Entrée au Théâtre Français, à l’âge de 17 ans, elle avait débuté analphabète et dans le rôle de Camille de Horace. Immédiatement talentueuse, elle se fait connaître par son interprétation des héroïnes de tragédies ; Bérénice, Phèdre, Hermione... Elle meurt jeune, à l’âge de 37 ans, ayant déchaîné les passions et les ovations, comblée de richesses et d’honneurs, passionnée, libre, drôle, lucide. « J’ai trente-deux ans sur mon acte de naissance, j’en ai cinquante sur ma figure, je ne dirai pas combien a le reste. Dix-huit ans de tirades passionnées sur le théâtre, des courses folles au bout de tous les mondes, des hivers de Moscou, des trahisons de Waterloo, la mer perfide, la terre ingrate ; voilà qui vieillit vite un pauvre petit bout de femme comme moi ! » écrivait-elle à Jules Lecomte (p. 63). Agnès Akérib lui rend hommage dans une adaptation libre de sa correspondance, à sa famille, à ses pairs, à ses amants (mise en lecture par Christophe Correira dans le cadre du festival de la Correspondance de Grignan 2010) et souligne, de son esprit, autant sa vivacité que sa prodigieuse liberté. Une preuve ? Le petit mot de Mademoiselle George, de la Comédie Française :
« Voyez-vous, je suis pour Rachel ; elle est fine celle-là ! Elle renouvelle ses engagements, se fait assurer des feux, des congés, des montagnes d’or, puis, quand c’est signé, elle dit : « Ah, à propos, j’ai oublié de vous dire que j’étais grosse de quatre mois et demi ; je vais être cinq mois sans pouvoir jouer ! » Elle fait bien. » Éd. Triartis, Scènes intempestives à Grignan, 74 p, 10 €.

Mémoires

Marguerite Bloch, Sur les routes Marguerite Bloch, Sur les routes avec le peuple de France, 12 juin-29 juin 1940. Elle est née Herzog ; sœur d’André Maurois, elle appartenait à la bourgeoisie juive d’Elbeuf, laïque, sa famille, qui avait quitté l’Alsace annexée en 1871 par les Allemands, y avait fondé une fabrique de draps. Marguerite Bloch (1886-1975) épouse à 19 ans un jeune agrégé d’histoire, essayiste, futur romancier et engagé politiquement, Jean-Richard Bloch. Ils font partie de l’ « intelligentsia » juive, prospère et communiste, vivent entre Poitiers où ils ont une maison et Paris : ils vont avoir à fuir la persécution des Nazis, au printemps 1940. Mercredi 12 juin, Marguerite Bloch allume la radio. Les nouvelles sont alarmantes : « L’ennemi accentue sa pression des deux côtés de la capitale.  » La peur, l’affolement prennent le dessus : « Des gens à pied, avec des ballots, des sacs, des valises ; des gens à bicyclette avec des chargements biscornus, des gens avec des poussettes, des charrettes à bras, et dessus, au milieu des paquets, les enfants, leurs jouets, quelquefois une vieille femme... » Elle se prépare à partir. Exode mémorable dont elle fait le récit : dix-sept journées de marche, depuis Paris jusqu’à Poitiers, en compagnie de sa fille Marianne, enceinte, de la jeune Allemande Mops Sternheim, du peintre flamand Frans Masereel et de sa femme. « Orléans était encore loin. Nous avions hâte pourtant d’y arriver. Quand je dis nous, je veux dire nous tous, ces milliers et milliers de gens qui, comme nous, espéraient y trouver une poste, des trains, du ravitaillement, et, sans doute - idée moins claire peut-être, mais dominante - l’armée, rassemblée sur la Loire et formant enfin rempart entre cet ennemi accourant de toute la vitesse de ses forces motorisées et le peuple de France, chassé de ses foyers.  » Éd. Claire Paulhan, 192 p, 24 €.

Journaux

Miguel de Unamuno, Comment se fait un roman Miguel de Unamuno, Comment se fait un roman. Traduit de l’espagnol, par Bénédicte Vauthier et Michel Garcia. Espagnol, philosophe, poète, romancier, dramaturge, critique littéraire, Miguel de Unamuno (1864-1936), connu surtout pour son œuvre philosophique maîtresse, Le sentiment tragique de la vie, figure de l’existentialisme chrétien et considéré comme l’un des plus grands écrivains de l’Espagne de son époque, fut exilé volontaire en France, à cause de ses prises de position politiques. Il écrit Comment se fait un roman, en 1925, au moment de son exil parisien et alors qu’il réfléchit au rôle du roman, de tout œuvre de fiction, nécessairement « part de l’auteur lui-même ». Il entreprend alors, de conter l’élaboration d’un roman, mettant en scène un personnage central, imaginaire, qui serait naturellement lui-même, prénommé U. Jugo de la Raza. On suit ce personnage dans ses déambulations parisiennes, on se laisse émouvoir, saisir, par cette prose qui mêle, sur un fond de mélancolie et de conscience intime du tragique de l’existence, des questions d’ordre philosophique, religieux, politique. « Au moment où j’écris ces lignes, à la fin du mois de mai 1927, à près de soixante-trois ans, ici à Hendaye, à la frontière même, dans mon pays basque natal, avec sous les yeux le tantale de Fontarrabie, je ne puis me rappeler sans un frisson d’angoisse ces infernales matinées de ma solitude parisienne pendant cet hiver de l’été 1925, alors que dans ma chambrette de la pension du numéro 2 de la rue Laperouse je me consumais en me dévorant tandis que j’écrivais le récit que j’intitulais Comment se fait un roman ». Éd. Allia, 125 p, 6,10€.

Biographies/ Autobiographies

Jean-Pierre Bernès, J Jean-Pierre Bernès, J.L.Borges : La vie commence. « N’oubliez pas que la fiction est une réécriture de la réalité (J.L.Borges) ». On est en 1975, à Buenos Aires. L’écrivain et poète argentin, célèbre dans le monde entier pour ses recueils de contes, ses poèmes, ses Fictions, Jorge Luis Borges (1899-1975) a soixante-dix-sept ans et, pour l’auteur (aujourd’hui, éditeur des deux tomes des œuvres complètes de Borges dans la Pléiade), rien n’est hasard. « Je venais de débarquer depuis peu à Buenos Aires comme attaché culturel à l’ambassade de France. J’avais choisi cette destination pour diverses raisons. On m’avait proposé au Quai d’Orsay plusieurs options qui me séduisaient, mais je décidai sans hésitation d’opter pour l’Argentine, d’abord pour retrouver les traces de ma famille dans la pampa et puis parce que cette année-là Borges était au programme de l’agrégation d’espagnol et que j’avais donné des cours aux étudiants de l’Ecole normale supérieure où j’enseignai alors. Les Fictions de Borges m’avaient perturbé mais aussi subjugué (...).  » Il va non seulement être convié à la table de Borges mais partager bon nombre de dîners autour du trio littéraire que celui-ci formait avec ses amis, Bioy Casares et Silvina Ocampo et voir, avec eux, cohabiter « le monde des chimères et celui du quotidien ». Pendant quatre années, il fréquente l’écrivain, s’imprègne de ses conversations, de ses humeurs, de ses facéties d’érudit, déguste avec lui les rappels des aimés de la littérature française, déclame avec lui vers et prose, l’écoute chanter des tangos et des mélodies de Fauré, lui lit certains poèmes oubliés, s’immerge, grâce à lui, dans la poésie argentine. Borges, le fantasque, le savant, l’ami, le solitaire aussi, devenu aveugle, devenu vieux, a encore une prodigieuse mémoire. Éd. Le Cherche-midi, coll. Styles, 206 p, 16 €.

Frédéric-Yves Jeannet, Osselets Frédéric-Yves Jeannet, Osselets. « Comment définir ce qui est en train de se produire dans ma conscience, cette remise en cause radicale de ma vie, à près de cinquante ans, et ce désir d’en commencer une autre - non de la recommencer mais de repartir à zéro ou presque, dans l’existence ? » Il a quitté la France pour le Mexique, en 1977, n’a cessé de voyager (Barcelone, Stockholm, New York, Wellington, La Nouvelle-Zélande, Séoul, Bangkok...), chercher - Quoi ? La Vérité, la Liberté ?- par delà la tentation même, pour exister, d’inventer sa vie. Il voyage et il écrit : il écrit, parce que ça a toujours été là, en lui, comme un impératif catégorique. Il présente cela comme une sorte d’autoportrait lacunaire, fragmenté qui court, de livre en livre - auparavant, Cyclone (1997), Charité (2000), Recouvrance (2007). « Qu’est-ce qu’un autoportrait ? - il demande - comment le dessiner ? » Paragraphes brefs, touches successives, couleurs sombres ou éclairées ou indifféremment imbriquées les unes dans les autres, comme les lieux ou les dates - Errants indifférents -, il assemble des fragments de vie  ; raconte les départs et les voyages, tels une éducation sentimentale ; part sur les traces de l’ami mort naguère en Extrême-Orient ; cherche à conjurer l’errance par l’écriture, apprivoiser la mort - celle, inconsolable du père, celle de l’ami - cherche à exorciser les mêmes obsessions, tourne autour des mêmes thèmes essentiels. L’écriture est une nécessité et, avec elle « cette double angoisse d’une mise au monde et d’une mise à mort » symboliques. Autoportrait en exil ou la vie, telle un jeu d’osselets. Éd. Argol, 150 p, 18 €. (mars 2010)

Jean Daniel, Les Miens Jean Daniel, Les miens. Préface de Milan Kundera. Avec Guillaume Apollinaire et son poème « Cortège » (Alcools) en exergue, il les appelle « Les miens » ; ce sont ceux qui ont compté pour lui, ceux qui l’accompagnent depuis longtemps ou depuis toujours, ceux qui l’ont marqué, ébloui ou encore, l’ont formé et même, l’ont fait « naître ». Jean Daniel, journaliste, fondateur et éditorialiste du Nouvel Observateur, auteur d’essais et de Mémoires, rend hommage, en une cinquantaine de portraits, aux très chers : à sa mère, premier de tous les portraits, auréolée de lumière, de soleil, d’amour, et avec elle, à toute sa famille, juive d’Algérie et française ; à l’ami inoubliable de l’enfance, Vincente, tué en Espagne par les franquistes pendant la guerre civile ; à des écrivains : Gide, Camus, Malraux, Mauriac, Roy, Clavel, Sagan ; à des philosophes : Sartre, Aron, Foucault, Derrida ; à des musiciens, des peintres, des poètes, un médecin, des figures d’hommes politiques... « Ils m’accompagnent. Je m’appuie volontiers sur eux pour conjurer la hantise devant le grand vide qui me rendra orphelin de toute protection. Le besoin de les faire revivre exprime alors à la fois un réconfort et une gratitude.(...) Et c’est là que réside l’ambition de mon titre : qu’ils soient célèbres ou non, qu’ils soient des adversaires attentifs plutôt que des amis, ils ont tous contribué à faire de moi ce que je suis et je les ai tous adoptés comme miens. » Édition revue et augmentée, Gallimard, coll. Folio, 430 p, 7,10 €.

Romans

Michaël Ferrier, Sympathie pour le fantôme Michaël Ferrier, Sympathie pour le fantôme. Il y a, chez Michaël Ferrier, de Lafcadio Hearn et de Tom Wolf : le premier n’avait trouvé la paix qu’une fois installé au Japon «  à son aise dans un yukata, assis sur des nattes fraîches et sirotant un saké  », conversant avec les fantômes du folklore nippon ; le second (Moi, Charlotte Simons), polémiste fameux des lettres américaines, peignait son université en vaste empire de paresse, d’inculture, de fornication et habité par Lucifer. Le narrateur, qui est aussi l’auteur, vit à Tokyo la vie privilégiée d’un professeur privilégié dans la plus renommée des plus grandes universités japonaises. Pour un peu, on l’envierait (il n’y a de mythe qu’imaginaire) : « On n’imagine pas la vie d’un professeur » ! Réunions à n’en plus finir, organisations de colloques sur la littérature française ou l’identité de la France (histoire de « se faire inviter aux quatre coins de la terre ») : on baigne dans l’univers des visqueux, « des poulpes, des calmars et des seiches », des débats oiseux, de la coquetterie habile du vernis, du déguisement comme masque, de l’édulcorant comme sucre  : tout est faux. Heureusement, il y a la « rencontre » : une fille sublime comme dans la littérature orientaliste ou dans les bandes dessinées, productrice de l’émission culte de la télévision japonaise Miroirs de la France, à laquelle il participe activement. Trois histoires de « fantômes » alors, se glissent dans le récit et puis aussi, une autre histoire... Elle commence comme ça : « Nous le savions, nous attendions le soir. Nous savions bien que cela allait arriver. » Éd. Gallimard, coll. L’Infini, 265 p, 17,90€.

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