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Entretien avec Marie-Claude Char
Propos recueillis par Nathalie Jungerman

 

Marie-Claude Char, photo Marie-Claude Char
© 2010 - Tous droits réservés
Éditions des Busclats

Les éditions des Busclats
http://www.editionsdesbusclats.com/

Ancienne collaboratrice des Éditions Gallimard et « editor » free-lance, Marie-Claude Char, la femme du poète René Char, a fondé récemment avec Michèle Gazier, critique littéraire et auteur, les Éditions des Busclats. Elle publie aujourd’hui la Correspondance que René Char et Nicolas de Staël ont entretenue entre 1951 et 1954...

La Correspondance (1951-1954) entre René Char et Nicolas de Staël va bientôt paraître aux éditions des Busclats. Quelques mots sur cette maison d’éditions fondée récemment par Michèle Gazier et vous-même ?

Marie-Claude Char Les Éditions des Busclats se proposent de publier des écrivains reconnus à qui elles demandent de faire un pas de côté, d’écrire en marge de leur œuvre, un texte court, récit, essai, nouvelles ou lettres... Nos années et notre expérience éditoriale à l’une comme à l’autre, nous permettent ainsi de nous adresser à un grand nombre d’écrivains que nous avons croisé sur notre route, Michèle Gazier en tant qu’auteur et critique littéraire et moi comme ancienne collaboratrice des Éditions Gallimard et « editor » free-lance. « Busclats » est le nom que René Char a donné à sa maison. Il a transformé le mot provençal de Besclats (broussailles) en Busclats à ses oreilles plus musical.

Qu’est-ce qui vous a décidé à publier les lettres échangées entre le poète et le peintre ?

M-Cl. Ch. J’avais eu la chance de porter un projet avec Anne de Staël et de le réaliser à l’Imprimerie nationale. Il s’agissait de montrer les dessins de Staël et d’expliquer comment il passait du trait à la couleur. Lors de nos réunions, nous avions évoqué la possibilité un jour de publier cette Correspondance sans que j’aie pu penser à l’époque que ce serait moi l’éditrice !

Le présent volume rassemble près d’une centaine de lettres et cartes postales écrites entre 1951 et 1954. Certaines lettres avaient déjà été publiées dans différentes éditions. Est-ce que la présente édition rassemble un échange épistolaire complet ?

M-Cl. Ch. Toute la correspondance est à la bilbliothèque littéraire Jacques Doucet, il fallait simplement (mais ce n’était pas si simple !) mettre de l’ordre dans les lettres qui souvent n’étaient pas datées et surtout éclairer par des notes les personnages, les lieux évoqués et enrichir le plus possible cet échange. Nous avons rassemblé toutes les lettres qui étaient à notre disposition.

René Char s’est passionné pour la peinture et a entretenu de fortes amitiés avec des peintres, tels que Victor Brauner, Georges Braque, Pablo Picasso, Joan Mirò, Maria Elena Vieira da Silva et bien sûr Nicolas de Staël. La peinture a nourri sa pensée, sa poésie, et l’a fasciné...

M-Cl. Ch. Char a manifesté très tôt son attachement à la peinture et ses premières publications dès 1929 sont illustrées, comme par exemple Artine par Dali. Mais c’est avant tout la figure de l’enlumineur Jean Fouquet qui dominera le travail que Char accomplira avec les peintres autour des manuscrits enluminés. C’est bien ce terme d’enluminure qui prévaut chez Char, illustrer de la main mais aussi illuminer un poème « reposoir d’éternité », éclairer sa «  clarté énigmatique ».
Auprès de ses amis Christian Zervos (directeur des Cahiers d’art) et Yvonne Zervos (directrice de la galerie des Cahiers d’art) René Char, après guerre, va côtoyer de nombreux artistes et tisser des liens d’amitié avec certains.
Lorsque l’on voit les noms de tous ces artistes, ce qui frappe de prime abord, c’est bien la liberté que Char exprime dans ses choix. Ses goûts sont très éclectiques et surtout ne reconnaissent aucune école.

À la lecture des lettres, on voit combien l’écriture épistolaire est proche de l’écriture poétique...

M-Cl. Ch. La Correspondance est en amont ou en aval de la poésie, l’antichambre de l’œuvre. Tout ce qui est vivant est capté pour naître dans les mots. Il n’y a pas, chez lui, de degrés dans l’écriture.

Staël espérait que Char écrirait des poèmes inédits pour leur livre commun, mais il en choisit douze déjà publiés. Peut-on penser qu’il souhaitait offrir ainsi un «  nouveau départ » à ces poèmes ? Donner une autre dimension, un sens nouveau à la parole poétique en dialogue avec les bois gravés ?

M-Cl. Ch. Staël et Char se reconnaissent dans la fulgurance. Le livre Poèmes va correspondre à cette fébrilité commune. L’inédit n’est pas ce qui convient aux yeux de Char. Il faut ordonner, présenter et presque créer une nouvelle anthologie. Staël lit, mesure la dimension des mots, et crée de la distance entre les mots et l’image, pas de vis à vis. Lui, le maître de la couleur, s’en tient au noir. Et ce noir, il va le faire scintiller comme un champ d’étoiles ou la parole de Char frappe et tonne. La couleur, il la réserve pour l’extérieur du livre et encore très peu puisque l’emboîtage sera noir comme les ténèbres.

Vers la fin de l’année 1952, le peintre et le poète ont un projet de ballet, « L’Abominable Homme des neiges » qui s’inspire du texte « Bois de Staël »... Le peintre se voit confier les décors et se charge avec passion de trouver un compositeur. Puis, dans une lettre de mai 1953, René Char renonce et écrit à Nicolas de Staël que le ballet restera « un poème  ». A-t-il, plus tard, évoqué avec vous ce projet qui n’a pas vu le jour ?

M-Cl. Ch. Si nous n’avons jamais évoqué ensemble tous les projets que Char a pu avoir avec Staël, on peut comprendre la réponse à la fois laconique mais ô combien claire de Char, le ballet restera un poème. Ne dénaturons pas ce qui existe par une musique qui peut lui être étrangère.

Que pensait-il des adaptations musicales que Pierre Boulez a réalisées à partir de ses poèmes  ? Etait-il sensible à la musique contemporaine ?

M-Cl. Ch. Char n’était pas spécialement attiré par la musique, il m’évoquait le moment où assistant à un opéra, il s’était endormi sur l’épaule de Valentine Hugo. Ses préférences allaient à la musique de Monteverdi et Mozart tout en reconnaissant la qualité de ses contemporains comme Boulez.

...

-  Télécharger FloriLettres, édition 117, septembre 2010


Char
dans l’atelier du poète

Édition établie par Marie-Claude Char
Éditions Quarto Gallimard,1996
2007 pour la nouvelle édition revue et corrigée

Laurent Greilsamer
L’Éclair au front. La Vie de René Char
Éditions Fayard, 2004
Collection Biographie littéraire

Entretien avec Laurent Greilsamer
par Nathalie Jungerman (2004) :
http://www.fondationlaposte.org/art...

Monographie d’écrivain : René Char
Arte vidéo, 2009
-  René Char, nom de guerre Alexandre
Un film de Jéôme Prieur
-  Un siècle d’écrivains : René Char
Un film de Jacques Malaterre et Marie-Claude Char
-  René Char
Un film de Michel Soutter

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