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Dernières parutions octobre 2010 Par Elisabeth Miso

 

Biographies/ Autobiographies

J-P Marielle, Grand n’importe quoi Jean-Pierre Marielle, Le grand n’importe quoi. « Je ne crois pas avoir décidé de quoi que ce soit dans ma vie. Elle s’est imposée à moi ; si ce qu’elle me proposait me plaisait, je la suivais, sinon, je me détournais et attendais sa prochaine suggestion ». Ne jamais rien forcer, ne jamais perdre de vue la légèreté, voilà bien la seule discipline à laquelle Jean-Pierre Marielle semble avoir obéi. Avec la fantaisie qui le caractérise, le comédien livre sous forme d’abécédaire quelques fragments d’une vie façonnée tant par ses racines paysannes, un tempérament de jouisseur, le goût immodéré de l’amitié, qu’un amour sans bornes pour la littérature et le jazz. De son parcours de comédien, depuis le Conservatoire, sur scène ou sur les plateaux de cinéma, il met en lumière les amitiés indéfectibles avec Belmondo et Rochefort, les rencontres magnifiques et les aventures partagées avec Delphine Seyrig, Sami Frey, Michael Lonsdale, Jean Carmet ou Michel Bouquet. Derrière le bon vivant on devine l’homme cultivé, amateur de lettres manuscrites d’écrivains, grand admirateur de Flaubert, de Beckett ou de Henri Calet qui avoue se « perdre des heures entières dans une strophe de Baudelaire, y nager inlassablement ». Bergman, Kenny Clarke, Billie Holiday, ou encore Johnny Cash, occupent une place de choix dans son Panthéon personnel pour la grâce avec laquelle ils font surgir « la nudité de l’émotion, qu’aucune afféterie n’habille pour la rendre présentable ». Jean-Pierre Marielle qui a traversé de sa longue silhouette et de sa voix si reconnaissable des films comme Les Galettes de Pont-Aven, Coup de torchon ou Tous les matins du monde aspirerait presque à l’invisibilité et au silence. « Mon idéal n’a jamais été la célébrité mais de disparaître sous le métier, de me fondre dans le paysage, d’être transparent, de ne même plus imprimer la pellicule, d’atteindre un état liquide, de jouer dans une pièce avec pour seule réplique “En effet” ». Éd. Calmann-Lévy, 216 p, 17 €.

Carnets

Dand Thuy Tram, Carnets retrouves Dang Thuy Trâm, Les Carnets retrouvés (1968-1970). Traduction du vietnamien Jean-Claude Garcias. « Ne brûlez pas ce livre, il y déjà du feu là-dedans ». C’est grâce à la perspicacité d’un interprète vietnamien que ces carnets, examinés par un agent américain des renseignements en 1970, ont échappé à la destruction. Le 23 décembre 1966, la jeune chirurgienne de 23 ans, Dang Thuy Trâm, quitte Hanoï et les siens pour se rendre utile en ces temps de guerre dans le sud du pays. Elle prend la direction d’un hôpital dans la province de Quang Ngai, au cœur même de la résistance révolutionnaire. Dans la fureur des combats, elle consigne dans ses carnets son quotidien auprès des blessés militaires et civils, la force des amitiés nouées dans ce contexte tragique, ses doutes, sa difficulté à se faire accepter par ses camarades du Parti, ses désirs d’amour romantique ou sa nostalgie du passé et de l’innocence de son enfance au sein d’une famille cultivée et enveloppante. « Calme-toi, mon cœur, prends le rythme d’une mer tranquille par un après-midi sans vent » se répète cette âme passionnée, inquiète pour l’avenir de son pays et pour son propre destin. « Je sais que les racines de mon amour sont profondément enfouies en moi et qu’il peut encore se développer, si la pluie de printemps revient rafraîchir les joues d’une jeune fille comme autrefois ». D’un courage sans faille face au danger, elle redoutait de devoir abandonner les malades intransportables, elle fut piégée par les soldats américains en juin 1970. Publiés en 2005 au Vietnam, les carnets ont immédiatement suscité un grand intérêt faisant de Dang Thuy Trâm une héroïne populaire. Éd. Philippe Picquier, 280 p, 18, 50 €.

Récits

Hanan el-Cheikh, Toute une histoire Hanan el-Cheikh, Toute une histoire. Traduction de l’arabe (Liban) Stéphanie Dujols. Hanan el-Cheikh a fini par accéder à la demande sa mère : écrire l’histoire de sa vie. Elle a recueilli les confessions de Kamleh, sa mère analphabète, les a couchées sur le papier, effaçant l’écrivain derrière le récit à la première personne. « Je l’entendais insister pour dire elle-même son histoire. Elle ne voulait pas de ma voix, elle voulait sentir les battements de son cœur, ses angoisses et ses rires, ses rêves et ses cauchemars. Elle voulait revenir au commencement avec sa propre voix . Elle était si heureuse de pouvoir enfin être la narratrice... » Kamleh a vu le jour, au début des années trente, dans une famille chiite du sud Liban. Avec sa mère et son frère, elle fuit la pauvreté de son village pour Beyrouth. La petite Kamleh n’est pas scolarisée, elle doit travailler pour aider sa famille. À onze ans, on la fiance au mari de sa sœur décédée, puis on la marie de force à quatorze ans. Mais son cœur est ailleurs, elle est éprise d’un étudiant descendant d’émirs et de notables, qui lui lit des passages de ses lectures et des lettres de ses frères et de ses parents. Elle est subjuguée par la délicatesse des idées qui circulent dans cette famille, contrairement aux hommes de sa famille qui manquent si cruellement d’imagination et de savoir-vivre. Elle apprend la vie, la complexité des sentiments dans les films égyptiens, compose des chansons et des poèmes dans sa tête, fait preuve de malice et d’ingéniosité face à la toute puissance masculine et ne se résout pas à étouffer ses rêves d’émancipation. Elle va défier sa famille et la société tout entière. Au risque de perdre ses deux premières filles, elle demande le divorce et réussit à épouser Mohamed avec qui elle aura cinq autres enfants. Hanan el-Cheikh a écouté parler sa mère, après sa mort, elle a parcouru les lettres qu’elle dictait, celles que lui écrivait Mohamed et le journal de ce dernier. Elle s’est réconciliée avec cette mère dont elle a été séparée enfant, les ressentiments du passé ont ainsi laissé la place à l’admiration, et à un amour magnifique. Éd. Actes Sud, 331 p, 22,80 €.

Romans

Judith Perrigon, Les chagrins Judith Perrignon, Les chagrins. « Ma mère arriva dans ma vie à pied. C’est moi qui ouvris la porte. Je venais d’avoir cinq ans. Elle était grise comme la pierre, elle avait un regard froid et des yeux de feu ». Angèle n’a jamais pu se défaire de cette première impression. Jusqu’au bout, Helena sa mère est restée pour elle cette femme sèche enfermée dans son silence. Elle est morte en 2007 en laissant des lettres, un article de presse, et le nom d’un homme sous un portrait-robot, le nom d’un amour enfui. Helena a si mal aimée sa fille, sans doute parce que la vie s’est arrêtée pour elle un jour de 1967. Arrêtée à 22 ans pour un cambriolage de bijouterie commis avec son amant, elle s’obstine à protéger son complice et écope seule de cinq années de prison. Personne n’a jamais pris la peine de raconter à Angèle son histoire. Née à la Petite Roquette, cette prison pour femmes détruite en 1973 recouverte par un square, elle est confiée à la douceur de sa grand-mère Mila, ancienne danseuse de cabaret. Dans les lettres sans réponse que Mila adresse à sa fille incarcérée, Angèle perçoit le détachement sans retour possible d’Helena pour le monde extérieur. Dans cette quête qui la relie au passé de sa mère, Angèle croisera la route du chroniqueur judiciaire qui a suivi le procès à l’époque et partira sur les traces de son père à New York. Judith Perrignon compose un roman à plusieurs voix, à plusieurs chagrins, pour dessiner le portrait d’une femme anéantie par un amour trahi. Éd. Stock, 208 p, 17 €.

Virginia Bart, L’homme qui m’a donné la vie Virginia Bart, L’homme qui m’a donné la vie. Comment aimer un père que l’on n’a pas connu ? Quelle histoire familiale tisser avec un père absent et marginal ? Partant d’éléments de sa réalité intime, Virginia Bart explore dans ce premier roman le rapport au sentiment filial. En 2004, la narratrice âgée de trente-deux ans retrouve un père « cabossé, fracassé, frénétique ou sauvage » qu’elle n’a pas revu depuis quatorze ans. Dépassé le premier réflexe de répulsion devant ce corps étranger à l’allure miteuse, la fille est troublée par la beauté du torse dénudé du père, « fascinée par cette chair dont (elle est) la chair ». Une connexion s’opère alors. Entre moments partagés à Sète et en Espagne, correspondance échangée et souvenirs d’enfance, la jeune femme décrypte l’itinéraire d’un homme qui ne pouvait se satisfaire d’une vie rangée. Dans les années 1970, Daniel Laurent, étudiant en Lettres, abandonne sa femme et sa petite-fille, persuadé de trouver dans le mode de vie hippie, la seule existence acceptable à ses yeux. Des années de nomadisme, de pauvreté et de solitude, deux autres tentatives de vie maritale vite délaissées et toujours rivé au corps l’appel du voyage, des nuits à la belle étoile et des rêves de liberté plus forts que tout. La fille ne porte aucun jugement, au-delà de la marginalité, de la honte passée, de l’étrangeté de ce père, elle veut croire à une transmission possible. Éd. Buchet Chastel, 190 p, 14,50 €.

Roland Le Mollé, Pontormo Roland Le Mollé. Pontormo, Portrait d’un peintre à Florence au XVIe siècle. Roman historique. « Ce n’est pas un roman. Juste un portrait. Une vie reconstituée », nous dit l’auteur, qui déroule le fil de la vie (les grandes lignes, les petites, les ombres, les éclats) de Jacopo Carrucci (1492-1557), connu sous le nom de Pontormo, peintre italien de l’école florentine et du mouvement maniériste de la peinture du XVIe siècle. Le récit s’articule, fluide, imagé, très documenté, judicieusement romancé, autour de Pontormo et la peinture au quotidien, dans une époque grandiose où l’on croise Bronzino Vasari... Pontormo est orphelin à 10 ans, tragédie qui explique probablement un caractère, de toujours, sombre, et tourmenté, un génie réputé pour son refus de tout académisme, ses perspectives forcées, ses personnages aux yeux écarquillés et aux expressions inquiètes, ses poses contorsionnées, ses drapés aux plis complexes, ses couleurs acidulées. Très jeune, il est envoyé à Florence, où il passera le reste de sa vie. À 19 ans, il était entré dans l’atelier d’Andrea del Sarto, puis dans celui de Léonard de Vinci ; il en avait gardé les influences. Pour reconstruire ce portrait, l’auteur s’inspire d’éléments autobiographiques dont le « diaro », le journal intime de Pontormo. Pendant les deux dernières années de sa vie, celui-ci tenait un journal très détaillé, que l’on a retrouvé, après sa mort, muré dans la chapelle axiale de l’église San Lorenzo à Florence, dont il avait réalisé la décoration à fresque.
- « Le diaro est un rempart derrière lequel il se dissimule. C’est dans sa peinture qu’il se livre et se dévoile. Il peint pour se détourner de sa tristesse.
- (... Non, je ne crois pas. Dans le diaro, il essaie maladroitement de dissimuler sa tristesse, dans sa peinture il croit exprimer la tristesse des autres (...) p. 189. » Éd. Actes Sud, 435 p., 24 €. Corinne Amar.

Entretiens

Yves Bonnefoy, L’Inachevable Yves Bonnefoy, L’Inachevable, Entretiens sur la poésie, 1990-2010. Né en 1923, proche, un temps, des surréalistes, essayiste de théâtre et de poésie, critique littéraire, traducteur de Shakespeare et de Yeats, de Pétrarque, de Leopardi, critique d’art (Remarques sur le dessin, Goya), biographe (Giacometti, biographie d’une œuvre), le poète, avant tout, réunit ici avec L’Inachevable, vingt ans d’entretiens, pour la plupart, inédits en France. Il évoque des souvenirs, des émotions, les poètes élus - Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé,Valery ; les thèmes chers - Giacometti, la peinture, l’architecture, la musique, le rôle de la traduction ou de l’enseignement ou encore le sacré, la modernité ou les mythes ; il approfondit les questions personnelles, souligne avec ferveur le rapport à la pureté de la poésie... Ouvrir le sens des mots à d’autres perspectives, comprendre la portée symbolique d’une œuvre poétique, faire part de la relation des arts à la poésie, aller à l’encontre d’une pensée conceptuelle - appauvrissement du monde -, aller chercher la vie, dans sa positivité reconquise, l’ailleurs revenu dans l’ici : son vœu. « ... laissant libre cours à des opinions, des jugements que je sais bien qui ne sont que les miens, et parfois très subjectifs, comme on dit ; ou bien elles répondent à des questions sur ce que je suis ou ce que je fus. Et au total c’est donc l’expression d’une personne, appelée en ces occasions à parler de soi, ce qu’elle peut accepter de faire quand elle s’imagine, peut-être à tort, que cela a valeur de témoignage, par exemple sur la place qu’il arrive que tienne dans la conscience de soi le projet de la poésie. » Éd. Albin Michel, 535 p., 26 €. Corinne Amar.

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