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Le Trésor des Médicis. Exposition Par Corinne Amar

 

Expo Medicis, Portait d’Eléonore de Tolede Agnolo BRONZINO
Portait d’Eléonore de Tolede,
Photo : XIR176269 / Narodni Galerie, Prague,
Czech Republic/ Giraudon/ The Bridgeman Art Library Nationality

L’exposition Trésor des Médicis accueille au Musée Maillol-Fondation Dina Vierny les collections des œuvres d’art des Médicis ; 150 chefs-d’œuvre exposés, au cœur de domaines aussi liés et divers que la peinture, la sculpture, les antiquités, les arts décoratifs, les sciences, la poésie, la musique, la botanique ou l’épistolaire et qui soulignent autant la magnificence d’une prestigieuse famille florentine que la ferveur humaniste d’une dynastie qui, par sa maîtrise du pouvoir, de l’argent, d’une culture de l’art, profonde et éclairée, aura régné, du XVème au XVIIIème siècle, sur Florence et sur toute une partie de l’Europe.

Apothicaires florentins, à l’origine, dans une ville reconnue de banquiers et d’hommes d’affaires, les Médicis, enrichis par le commerce et habiles politiques, devinrent les banquiers de l’Europe, avant d’en être les Princes et les Mécènes magnifiques. Au XVème siècle, Cosme l’Ancien (1389-1464), devenant l’homme le plus riche de Florence est à l’origine de ce règne presque sans partage des Médicis, collectionnant les antiques, s’entourant d’artistes les plus audacieux de l’époque, Fra Angelico, en premier. Son petit-fils, Laurent le Magnifique (1449-1492), à son tour, détenteur d’un pouvoir politique fiable, portera la gloire de la ville et de la famille à son apogée ; « nature d’artiste greffée sur une âme de prince », collectionneur de beaux livres, de vases en pierres dures, de pierres chinoises, de monnaies et de marbres antiques, il encouragera l’imprimerie, l’architecture, l’érudition, protège Botticelli, pensionne le jeune Michel-Ange qui a sa propre chambre au palais et dîne à sa table... L’irruption des troupes françaises de Charles VIII met fin, un temps, au pouvoir des Médicis et à leur mécénat fastueux. Leur palais est saccagé, leurs collections sont vendues aux enchères. En conférant à Alexandre de Médicis le titre de duc en 1532, Charles Quint restaure le pouvoir absolu de la dynastie.
Jean de Médicis, second fils de Laurent de Magnifique, devient Pape sous le nom de Léon X et s’engage à retrouver les objets perdus, à recréer la collection des Médicis. Grand collectionneur de manuscrits, il fait, à son tour, de Rome le lieu choisi des artistes et des intellectuels. Raphaël peint pour lui, en 1515, un Portrait de Tommaso Inghirami, son bibliothécaire, tout vêtu de rouge flamboyant et qui lève des yeux ronds au ciel. La Famille Médicis donne un second Pape au catholicisme, sous le nom de Clément VII, qui est Jules de Médicis, neveu de Laurent Le Magnifique. Comme son cousin Léon X, il encourage les arts et les lettres, à Rome, tout le temps de son règne et nomme Michel-Ange peintre officiel, dès 1530.

Princes, papes, se comportant comme des rois, les Médicis entament une politique de toute grandeur, qui va mener deux femmes au trône de France et rendre « la France italienne » : Catherine de Médicis épouse le roi de France, Henri II, en 1533, et Marie de Médicis, à son tour, épouse Henri IV, en 1600.
Catherine fait construire le palais des Tuileries et agrandir celui du Louvre, rassemble, avec passion, livres rares, manuscrits antiques, tableaux, tapisseries, émaux, soieries, correspond avec Michel-Ange ; Marie, tout aussi sensible au prestige des arts, douée pour le dessin, passionnée de bijoux, importe de Florence à Paris, l’art des fontaines monumentales et des promenades plantées d’arbres, des statues équestres, des fêtes grandioses, du spectacle, de l’opéra...

Dans la première salle du musée - atmosphère tamisée de fastes d’un palais de la Renaissance ; portrait du maître des lieux ; Laurent le Magnifique ; au centre, sous des cloches en verre, les trésors : bijoux, sculptures, objets... Plus loin, un médaillier dévoile des camées, retraçant l’arbre généalogique des Médicis ; un Cabinet des curiosités, expose des choses rares et précieuses. Dans la salle du fond, la bibliothèque des manuscrits et les précieux ouvrages ayant appartenu à la famille : des traductions, des lettres autographes ; celle de Catherine de Médicis au Duc de Guise, son cousin qu’elle veut réconcilier avec son propre fils (12 février 1586) ; celle d’Elisabeth de France avec Marie de Médicis, sa mère, non datée, à propos du sort de la villa Médicis qui se trouve à Rome ; celle de François Ier au Capitaine Merveilles (1er juin 1533) ; celle du peintre, architecte, Vasari à Giovanni Cacchini, ingénieur hydraulicien (27 août 1563) ; enfin, une lettre de Nostradamus à Catherine de Médicis (22 décembre 1565), dans laquelle il lui révèle « selon le scavoir que Dieu m’a donné », ses prédictions sur le royaume de France et lui demande d’envoyer : « la figure céleste, Astronomique de l’An XVII du Roy treschrétien, vostre fils pour faire l’explication » afin de la comparer avec celle qu’il a lui-même établie. Sa renommé est telle que Catherine de Médicis, férue d’astrologie et de sciences occultes, le convie à la cour et l’invite à dresser l’horoscope de ses fils.

Au premier étage, la salle des deux papes, esthètes et cultivés ; plus loin, celle des deux reines et leurs portraits, puis la salle des jardins à l’italienne où le peintre Jacopo Ligozzi est chargé de peindre « nuit et jour plantes et animaux de diverses espèces, et particulièrement les espèces étranges » ; ensuite, les salles des pierres dures, des sciences, des natures mortes ; des autoportraits, la salle de musique et une rareté : un violoncelle d’Amati (dont Stradivarius fut l’élève)

Enfin, les trois dernières salles font voir le déclin des Médicis. Là où ils sont imposés, ils auront régné davantage par la volonté de leur goût que par la puissance de leur banque, sans cesse, entourés d’artistes, peintres, sculpteurs, musiciens, poètes, savants ; en cela, prodigieux mécènes et faisant de l’art un extraordinaire instrument de pouvoir.
L’exposition retrace bien ce parcours de l’histoire, de l’art et du style et de l’idée d’invention. Inventeurs de l’art occidental moderne, les Médicis auront encouragé l’art de la perspective de Fra Angelico, l’humanisme de Botticelli, soutenu Michel-Ange et Raphaël, déployé le maniérisme florentin de Pontormo ou Bronzino, constitué une véritable bibliothèque de Babel, donné à la littérature italienne ses lettres de noblesse, porté les arts mineurs à leur apothéose, en étant toujours « à la pointe des nouvelles découvertes géographiques et scientifiques, en créant les premiers opéras de l’histoire avec les deux Euridice de Peri et de Caccini ou encore en finançant les découvertes astronomiques de Galilée ». Rêves grandioses de l’harmonie et du beau, ambition, espérance démesurées d’une famille qui aura régné, unie, sur trois siècles et fait plus pour la gloire du monde, aux dires d’Alexandre Dumas, qu’aucun autre prince, roi ou empereur.

Le catalogue qui accompagne l’exposition - lumineuse iconographie et heureuses contributions critiques - avec, en couverture, le portrait somptueux de majesté, de douceur mélancolique d’Eléonore de Tolède, grande duchesse de Toscane, peint par Bronzino, en 1543, est la mémoire précieuse de cette exposition (éd. Skira/Flamarion, 2010, 272 p., 40 €).

Exposition « Le Trésor des Médicis »
Musée Maillol - Fondation Dina Vierny
Du 29 septembre 2010 au 31 janvier 2011

Avec le soutien de La Fondation La Poste

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