Fondation d'entreprise LA POSTE

Recherche

 

Lettres et extraits choisis - Dans les archives des Services secrets

 

Les aveux de Mata Hari

Lettres de Mata Hari au capitaine Ladoux
15 janvier 1917

Mon capitaine,
Je vous serais très reconnaissante, si vous pouvez faire cesser la filature qu’on me fait depuis que je suis ici. Je m’en suis aperçue. J’ai été avertie et ceux qui en sont chargés le font d’une façon telle que tout l’hôtel le voit et me regarde comme une bête curieuse. C’est complètement inutile.
Mes relations à Paris sont plus connues, mes lettres à qui que ce soit ne contiennent jamais ce qui ne doit pas y être.
Faut-il que je vous répète, que je sais très bien ce que Mata Hari doit à Paris. Je n’oublierai jamais le bonheur que j’y ai eu et j’espère en avoir encore. Depuis le jour où je vous ai donné ma parole, je me suis considérée à votre service et je vous en ai donné les preuves. Je vous répète que je ferai pour vous tout ce qui sera dans ma puissance et dans mon pouvoir, mais je me servirai des moyens que je juge en harmonie avec mon caractère et ma façon de voir la vie. Je n’admettrai jamais les « petits moyens là où on doit se servir des grands ».
Je n’ai pas besoin de connaître les vôtres. Je ne veux même pas connaître vos intermédiaires. Dites-moi ce que vous désirez et laissez-moi faire. Que je demande que ces services me soient payés, c’est légitime. Dans la vie, on n’a rien pour rien. Dites-moi donc, mon capitaine, si vous désirez continuer oui ou non et recevez l’expression de mes sentiments les meilleurs Marguerite Zelle Mac Leod

Interrogatoire du 21 mai 1917

(...) Vos relations journalières avec des officiers pouvaient, sans qu’il y ait sans doute à reprocher à vos informateurs autre chose que des imprudences, vous procurer, par recoupements et totalisations, un ensemble de renseignements de nature à intéresser l’Allemagne.

Réponse : J’aime les officiers. Je les ai aimés toute ma vie. J’aimerais mieux être la maîtresse d’un officier pauvre que celle d’un banquier riche. Mon plus grand plaisir est de pouvoir coucher avec eux, sans penser à l’argent, et puis, j’aime faire entre les diverses nations des comparaisons mais je vous jure que les relations que j’ai eues avec les officiers que vous venez de dire ne se sont inspirées que des dont je parle. Ce sont au surplus ces messieurs qui m’ont cherchée. J’ai dit oui de tout mon coeur. Ils sont partis contents sans m’avoir jamais parlé de la guerre et sans que je leur aie rien demandé d’indiscret. Je n’ai gardé que Massloff, parce que je l’adorais.

Les procès de Moscou

Rapport secret sur la situation intérieure de la Russie soviétique
6 novembre 1937

Source sérieuse.
Au cours de ces derniers mois, la situation intérieure de la Russie n’a pas cessé d’évoluer dans un sens plutôt défavorable. Le régime de terreur institué depuis bientôt un an sévit avec plus de rigueur encore que par le passé. Dans tous les domaines, du haut en bas de l’échelle sociale, la Guépéou frappe sans distinction les suspects et ceux qui pourrait l’être, leurs parents, leurs relations. Les suspects, ce sont tous ceux qui font preuve de tiédeur pour le régime ou de relâchement dans l’accomplissement de leurs tâches. Ainsi, le cercle des arrestations tend à s’élargir indéfiniment.
(...) Il y a, cependant, assez d’indices pour qu’en toute objectivité, on puisse constater que les choses ne vont pas bien. Tout d’abord, cette zone de silence dans laquelle sont enfermés les étrangers a commencé par le corps diplomatique. On peut dire qu’à l’heure actuelle, les bolchevistes (sic) interdisent tous rapports entre la population et l’étranger. Ceux-ci ont été peu à peu écartés de toute participation à la vie économique du pays. Parmi les rares qui ont voulu s’accrocher, il en est un assez grand nombre qui médite dans les geôles de la Guépéou sur le danger de ne pas suivre ses conseils. Le corps diplomatique n’a plus aucun contact avec la société russe. Un à un, les ressortissants soviétiques qui se risquaient à le fréquenter ont disparu. A la soirée qu’a offerte l’ambassadeur de Turquie, le 27 octobre, à l’occasion de sa fête nationale, assistaient seulement cinq personnalités soviétiques, toutes commandées de service. Encore a-t-on eu le spectacle affligeant de ces cinq fonctionnaires faisant, au souper, table à part. A cette xénophobie, qui n’est point contestée en haut lieu, on donne officiellement pour explication l’espionnage.
(...) Malgré toutes les précautions, le Kremlin ne peut, d’ailleurs, dissimuler certains symptômes qui ne laissent, malheureusement, guère de doute.
C’est, en premier lieu, le renouvellement du haut personnel. En moins d’un an, 16 commissaires du peuple sur 19, 39 commissaires adjoints sur 47, ont été remplacés. Le personnel directeur des usines relevé de ses fonctions atteint une proportion de 50%.
Dans l’armée, l’usure des cadres est sans précédents. Sur dix circonscriptions militaires, deux seulement ont conservé leurs chefs.
(...) Il y a quelque chose de tragique à voir ce peuple immense tout entier attelé à l’expérience marxiste, qui ploie sous un fardeau trop lourd pour lui et que le fouet du conducteur n’arrive plus à stimuler.
(...)

Joséphine Baker
Contre les nazis

Lettre du commandant Gillet
3 octobre 1946

Mon général,
Lorsque j’ai quitté l’Armée de l’air, vous m’aviez chargé de mettre à jour un travail de sanctions concernant mes « Filles de l’air ». Parmi les quatres propositions pour la croix de la légion d’honneur, j’avais donné le nom de Mlle Joséphine Baker ; votre chancellerie a retiré ce dossier disant que Mlle Baker avait déjà fait l’objet d’une proposition. J’apprends aujourd’hui que la croix lui a été refusée.
J’ignore si la couleur et la forme ont influencé ce refus, mais je tiens à vous redire mon général, en toute impartialité et en vous demandant que cette lettre serve de nouvelle proposition, que Joséphine Baker a été une admirable et grande patriote française. Son action au Marox pendant la période trouble fin 1943-début 1944 a été officiellement reconnue comme ayant puissamment étayé la situation très précaire de la France. Pendant un an, le général Billotte (alors chef de l’état-major particulier du général de Gaulle) a chargé « Joséphine » de missions particulièrement délicates qu’elle a toujours remplies avec une intelligence et un dévouement qui ont surpris nos breveté d’état-major ! Je puis parler à qui de droit du détail de ses missions.
(...)
Essayez, mon général, de faire rectifier cette erreur de préjugé, c’est une action honnête et juste à accomplir ; croyez mon général, à mon dévouement fidèle et à ma respectueuse amitié,
Alla Dumesnil-Gillet

P.S. Il y a bien eu les croix de Raquel Meller, Maurice Chevallier, ont-ils fait autre chose que nous distraire ?

Mission Aspiro

Lettre du ministre de la Défense au ministre des Affaires étrangères signée du directeur général du SDECE, _ 5 janvier 1973

En vous adressant, en pièce jointe, le rapport d’inspection des locaux de l’ambassade de France à Varsovie faite sur votre demande, j’ai l’honneur d’attirer tout particulièrement votre attention sur les résultats obtenus et qui sont fort inquiétants !
Outre l’importance du matériel clandestin découvert, ce rapport fait ressortir l’extrême vulnérabilité en matière de sécurité de l’ambassade pratiquement « ouverte » aux services adverses.
À l’appui de cette constatation, je joins à cette lettre une annexe qui rappelle l’essentiel des découvertes similaires faites depuis 1954 par les missions spécialisées du SDECE dans différents locaux diplomatiques à l’étranger.
Vous conviendrez avec moi, j’en suis certain, que des dispositions doivent être prises d’extrême urgence pour parer à ces très graves lacunes, et mon service se tient dès maintenant à la disposition du département des Affaires étrangères pour lui apporter toute l’aide technique nécessaire.

...

© Éditions L’Iconoclaste

Abonnez vous à notre Lettre d’information,
FloriLettres

Chaque mois, recevez gratuitement la revue culturelle de la Fondation La Poste consacrée à l’actualité littéraire et au patrimoine de la correspondance.
Pour s’inscrire, cliquez ici
Le lien "s’abonner" est obsolète. > s'abonner

A la une

Le Prix « Envoyé par La Poste » 2016 remis à Thierry Froger

30 août 2016 - Thierry Froger remporte le Prix « Envoyé par La Poste » pour son livre Sauve qui peut (la révolution),lire la suite

Les actions

Les actions de la Fondation La Poste 2015

La Fondation La Poste qui se veut à la fois culturelle et sociale a pour objet de soutenir l’expression écrite - dans la mesure où s’y incarnent les valeurs communes au Groupe La Poste - et en particulier la confiance, la solidarité, la proximité et l’innovation. Ainsi, elle encourage plus précisément avec un souci de la qualité et avec éclectisme : l’écriture épistolaire, l’écriture vivante et novatrice, l’accès à l’écriture sous ses diverses formes… lire la suite