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Entretien avec Malou Haine
Propos recueillis par Nathalie Jungerman

 

Malou Haine Malou Haine
Droits réservés

Malou Haine est musicologue, docteur diplômée de l’Université Libre de Bruxelles et professeur à cette même Université. Elle a dirigé le Musée des Instruments de Musique de Bruxelles de 1994 à 2009 et elle est actuellement Chargée de Mission auprès de la Politique Scientifique fédérale au Centre international pour l’Étude du XIXe siècle.
En 1982, elle a créé la collection «  Musique/Musicologie » aux éditions Pierre Mardaga (Liège), maison d’édition qu’elle a dirigée pendant 25 ans, puis la collection « Perpetuum mobile  » aux Éditions Symétrie (Lyon), de février 2007 à octobre 2009.
En décembre 2009, en collaboration avec Michel Duchesneau (Université de Montréal), elle a créé la collection «  MusicologieS » aux Éditions Vrin (Paris), dans l’esprit qui était le sien aux éditions Mardaga : textes musicologiques de grande qualité scientifique et respect des textes des auteurs.
Malou Haine compte à son actif plus d’une quarantaine d’ouvrages.

...

Commencée par votre amie Pauline Pocknell, professeur et spécialiste de Liszt, disparue en août 2006, l’édition des Lettres de Franz Liszt à la Princesse Marie de Hohenlohe-Schillingsfürst, née de Sayn-Wittgenstein (Vrin, janvier 2011) était restée inachevée... Vous avez entrepris de terminer ce livre qui comprend un appareil critique très précis, établi par vos soins, reposant sur de récentes recherches de l’historiographie lisztienne...

Malou Haine S’il est difficile de poursuivre un travail commencé par quelqu’un d’autre, c’est également un devoir que l’amitié impose. Professeur à MacMaster University (Hamilton, Canada), Pauline Pocknell était à la fois une collègue et une amie. Nous partagions des intérêts professionnels communs. Nous nous étions rencontrées en août 1994 à Liège, où Pauline était venue voir une exposition consacrée à Franz Liszt. Une complicité intellectuelle et amicale s’était alors rapidement établie entre nous de telle sorte qu’on avait l’une et l’autre l’impression de se connaître depuis de nombreuses années. Il en va ainsi des êtres que l’on fréquente : certains restent à jamais distants et professionnellement froids, même si on les côtoie pendant de nombreuses années, tandis que d’autres irradient de suite de chaleur humaine, de générosité, de complicité intellectuelle et d’amitié. La sympathie immédiate qui s’était établie entre Pauline et moi n’a cessé de se développer au cours des années, entretenue par de nombreux courriers et de multiples rencontres. Celles-ci s’effectuaient au gré des visites privées de Pauline en Europe ou lors de réunions plus professionnelles suscitées par des colloques organisés aux quatre coins de l’Europe ou en Amérique du Nord. Nous avions l’une pour l’autre une appréciation réciproque concernant les livres et les articles que nous éditions. Son ouvrage bilingue sur Franz Liszt and Agnes Street-Klindworth : A Correspondence (1854-1886) (Pendragon, 2000) fut salué unanimement par la communauté scientifique qui a souligné la qualité des annotations, le soin apporté à la sélection des illustrations et surtout la découverte de plusieurs éléments de la vie d’Agnès Street en rapport avec Franz Liszt. En portant mes efforts sur l’achèvement du livre qu’elle avait entrepris sur les Lettres de Franz Liszt à Marie de Hohenlohe, née de Sayn-Wittgenstein, je n’ai éprouvé aucune difficulté majeure puisque Franz Liszt figure depuis longtemps parmi mes sujets de recherche et que j’ai moi-même édité plusieurs ouvrages de correspondance. J’en connais donc les exigences scientifiques et la méthode de recherche.
Que restait-il à faire lors de la disparition de Pauline Pocknell ? Celle-ci avait achevé la transcription des lettres (toutes écrites en français)  ; les dates des lettres avaient été contrôlées, et les lieux de leur envoi précisés ; les identifications des citations littéraires étaient achevées, mais celles des personnes citées étaient en cours, tandis que celles des œuvres restaient à faire. L’introduction devait évidemment encore être écrite. J’ai associé à ce travail un jeune chercheur, Nicolas Dufetel*, qui s’est chargé de vérifier la transcription des lettres dans les archives et de sélectionner l’iconographie.

Dans l’introduction, on apprend que l’histoire de l’édition des Lettres s’étend sur près de soixante-dix ans... Pouvez-vous nous résumer les différentes étapes de cette aventure éditoriale dont la complexité et les rebondissements s’apparentent - je vous cite - à « un véritable roman policier » ?

M. H. D’abord, un petit mot sur l’origine de ces lettres. Elles ont d’abord fait partie de la collection du musicologue suisse Robert Bory (1891-1960) qui les avait achetées aux descendants de la princesse Marie. Elles furent ensuite acquises en 1931 par la riche collectionneuse et mécène américaine Mildred Woods Bliss (1879-1969) grâce à l’intermédiaire du pianiste et compositeur Ernest Schelling (1876-1939). Au décès de Bliss, ces lettres ont été offertes à la Houghton Library de l’Université de Harvard.
Passons ensuite à l’histoire rocambolesque de l’édition de ces lettres. Mildred Bliss elle-même s’est efforcée d’en faire réaliser une édition quelques années à peine après les avoir acquises. Schelling a entrepris le travail éditorial succinct, il a écrit la préface du livre et acquis les droits de publication, mais il meurt subitement en 1939. Le projet d’édition n’en est pas arrêté pour autant, car Mildred Bliss s’adresse aux Belles Lettres à Paris, puis à Knopf, Norton et les Presses de l’Université de Caroline du Nord. Or le marché éditorial est peu favorable en cette période de guerre en Europe. En 1947, l’éditeur Macmillan envisage une édition de luxe avec reproduction des lettres en fac-similés et une version bilingue, mais ce projet ne voit pas non plus le jour. En 1948, un étudiant de Harvard, Howard E. Hugo décide de traduire les lettres en anglais et de présenter ce travail comme thèse de doctorat au département de littérature comparée de la prestigieuse université américaine en juin de l’année suivante. Il souhaite ensuite éditer son étude et prend contact avec les éditions de l’Université de Harvard qui donnent leur accord. Mais de nombreuses personnalités du monde scientifique attirent l’attention de Mildred Bliss sur la pauvreté de la traduction anglaise et sur les nombreuses erreurs d’identification des œuvres et des personnes citées dans ces lettres.
Mildred Bliss décide de retirer à la fois son soutien au projet et son autorisation de publier les lettres en français, car Howard E. Hugo ne veut pas tenir compte des remarques formulées : en 1953, il publie néanmoins les lettres traduites en anglais. Comme on pouvait s’y attendre, l’accueil de ce livre fut catastrophique. Dans son compte rendu critique (1954), Jacques Barzun s’interrogeait même sur les causes de ces graves défauts et se demandait quelle avait été l’histoire de ce projet d’édition. Pour les scientifiques comme pour le grand public, ce livre est inutilisable.
Pauline Pocknell avait compris la nécessité d’entamer une nouvelle édition de ces lettres, dans leur langue originale en français. Son décès en 2006 aurait pu, une nouvelle fois, replonger dans l’oubli le projet de leur édition et être considéré comme un jalon supplémentaire dans leur histoire frappée de malédiction, si nous n’avions entrepris de mener à bien son travail, grâce à l’autorisation de ses enfants dont je tiens à souligner ici la clairvoyance et la sagesse.
Ainsi, à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Liszt (2011) et 80 ans après l’acquisition des lettres par Mildred Bliss, l’édition de celles-ci s’est enfin concrétisée.

Parlez-nous de la relation qu’entretenait Liszt avec Marie Sayn-Wittgenstein, fille de la princesse Carolyne rencontrée à Kiev en 1847. Une grande et fidèle affection pour la jeune fille transparaît dans cette correspondance à une seule voix. Lettre 12 (p.76), Liszt écrit à Marie : « Vos lettres me sont un petit trésor dont je suis aussi fier qu’heureux ».

M. H. Tout d’abord, soulignons en effet que nous ne disposons que des lettres écrites par Liszt et non des réponses de la princesse Marie, sauf à quelques exceptions près. Lors de sa tournée de concerts dans l’est de l’Europe, Franz Liszt rencontre la princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein en février 1847. Celle-ci l’invite dans sa propriété de Woronince, située entre Kiev et Odessa dans la province de Podolie, en Ukraine polonaise, alors sous domination russe. Le pianiste a 37 ans ; la châtelaine en a 28 et est mère d’une petite fille de 10 ans, Marie. Une nouvelle vie commence pour l’un et l’autre. Lui abandonne sa carrière de virtuose pour se consacrer à la composition et la direction d’orchestre  ; elle va quitter son mari et sa patrie, emmener sa fille et suivre Liszt à Weimar où le grand-duc Charles-Alexandre lui a confié la direction de sa chapelle musicale. Liszt se prend d’affection pour cette petite fille et lui écrit chaque fois qu’il s’absente de Weimar pour diriger des concerts ou pour assister à des événements musicaux. Ses lettres d’étendent de 1847 à sa propre mort en 1886. On y découvre un homme attentionné, empressé, affectueux et très paternel. Des sentiments profonds d’attachement, mêlés d’un mutuel respect et d’une admiration réciproque, persisteront à l’âge adulte, alimentés par un échange intellectuel et affectif très fort.
Liszt écrira donc à Marie de Sayn-Wittgenstein bien au-delà de son mariage en 1859 avec le prince Constantin de Hohenlohe-Schillingsfürst, officier autrichien et aide de camp de l’empereur François Joseph dont il deviendra le premier grand-maître de la Cour en juillet 1866. Ce mariage introduit la princesse Marie dans les plus hautes sphères de la société viennoise - elle fréquente l’empereur François Joseph et l’impératrice Élisabeth (Sissi). Outre des réceptions officielles où se pressent des personnalités militaires et politiques, la princesse Marie entretient un salon où les meilleurs artistes viennois viennent trouver une aide appréciée. Liszt ne manque jamais de lui recommander des musiciens. Il participe lui-même aux soirées destinées à récolter des fonds pour les œuvres caritatives qu’elle a créées. Après le mariage de la princesse Marie, sa mère s’installe à Rome dans l’espoir d’obtenir l’autorisation du pape pour se marier avec Liszt. De graves tentions vont alors apparaître entre la mère et sa fille ; Liszt prendra position pour la princesse Marie. Il vivra ensuite sa « vie trifurquée », comme il la qualifie lui-même, partageant son temps entre Weimar, Rome et Budapest. Ses lettres témoignent de ses multiples déplacements, passant souvent par Vienne pour visiter la princesse Marie.

Aussi, Liszt encourage Marie à rédiger ses impressions de voyages, fait part de ses lectures, des tableaux ou sculptures qu’il apprécie, cite des passages d’œuvres littéraires...

M. H. Oui, la princesse Marie reçoit une éducation et une instruction des plus soignées, digne des plus hauts rangs de la société, avec des précepteurs privés. Sa mère et Liszt sont soucieux de former le goût de la jeune fille aux arts, à la littérature et à la musique : elle assiste aux nombreuses réunions tenues à l’Altenburg, cette demeure qu’ils occupent à Weimar et où se pressent des musiciens, hommes de lettres, peintres et sculpteurs allemands et étrangers de passage.
Lorsque Marie voyage avec sa mère, Liszt ne manque jamais de signaler les personnalités (musiciens, artistes, écrivains, scientifiques ou hommes politiques) qu’il convient d’aller saluer et les musées ou galeries à visiter. Ainsi en juillet 1855, la princesse Carolyne et sa fille passent quelques jours à Berlin et vont visiter, sur les conseils de Liszt, le scientifique et explorateur Alexander von Humboldt, frère cadet du philosophe, « dont la conversation est comme une ruche miraculeuse » (voir lettre 28), le peintre Wilhelm von Kaulbach, le philosophe Karl Friedrich Werder, le compositeur Adolf Bernhard Marx et Franz Olfers, alors directeur des musées royaux de la ville. Les journées des princesses se passent à courir les galeries, musées et ateliers de peintres. Après le séjour de Berlin, c’est, la même année, celui de Paris. Ici aussi, Liszt les encourage à y rencontrer Eugène Delacroix, George Sand ou le sculpteur David d’Angers. La correspondance entre Liszt et la princesse Marie est émaillée de nombreuses mentions de tableaux vus par l’un ou l’autre : descriptions et appréciations diverses.

On sait par ailleurs que le musicien se préoccupait peu de ses propres enfants... Vous citez une lettre d’Emile Ollivier, homme politique et mari de Blandine Liszt (fille aînée de Liszt et de Marie d’Agoult), adressée à la princesse Marie après la mort de Liszt. Lettre touchante dans laquelle il s’insurge : « Liszt, me dîtes-vous, était prédisposé à être un artiste plus que père - soit. Mais lorsqu’on est ainsi, on fait des messes et des poèmes symphoniques et non des enfants [...] »

M. H. Avant de rencontrer la princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein, Liszt a eu trois enfants de sa première compagne, la comtesse Marie d’Agoult dont il s’est séparé définitivement en 1844 : Blandine, Cosima et Daniel Liszt sont élevés à Paris par Anna Liszt, la mère du musicien. À partir de 1850, l’éducation des demoiselles sera prise en charge par deux gouvernantes, tandis que Daniel fréquentera en interne le Lycée Bonaparte. La séparation définitive de Liszt et de Marie d’Agoult date d’avril 1844. Pendant les neuf ans qui suivent, les enfants Liszt ne rencontrent pas une seule fois leur père, mais les liens se maintiennent grâce à la correspondance. Dans ses rapports avec ses propres enfants, Liszt apparaît comme un père autoritaire, rigide et distant... tout le contraire de ce qu’il est avec la princesse Marie.
On a l’impression que Liszt reporte sur celle-ci toute l’affection qu’il n’a su donner à ses propres enfants. Il est sans aucun doute plus proche de la fille de sa compagne que de ses propres enfants.
La remarque d’Emile Ollivier est évidemment très acerbe, mais elle reflète certainement les sentiments qu’ont pu éprouver ces enfants élevés loin de leur père et mère.

Ces lettres écrites entre 1847 (Marie Sayn-Wittgenstein est alors âgée de dix ans) et 1886 (année de la mort de Liszt) sont un témoignage précieux de la vie littéraire, artistique et mondaine dans l’Europe de la seconde moitié du XIXe siècle. On y rencontre les familles régnantes de Russie, d’Angleterre, des Pays-Bas ou des grands-duchés allemands. Sont évoqués également de nombreux musiciens, des compositeurs, - il est souvent question, bien sûr, de Wagner -, des peintres et des écrivains...

M. H. Avec l’installation de Franz Liszt à Weimar, la ville se transforme en un centre intellectuel où affluent les grands esprits du moment, renouant ainsi avec la grandiose époque où Goethe et Schiller y vivaient. Très vite s’établit une sorte de « Cour des Muses » où se croisent des intellectuels de domaines divers, tant artistiques que philosophiques ou scientifiques. De plus, Liszt y fait entendre les œuvres de ses contemporains : il défend ce qu’on appelle la « musique de l’avenir », ce qui n’est pas sans lui attirer de nombreuses inimitiés de la part des critiques et des conservateurs.
L’album d’autographes, tenu par la jeune princesse Marie entre 1855 et 1859, atteste du passage de diverses personnalités à l’Altenburg. Il s’y trouve plus d’une quarantaine d’autographes de musiciens dont Hector Berlioz, Hans von Bülow, Felix Draeseke, Johann von Herbeck, Henry Litolff, Mihály Mosonyi, Joachim Raff, Anton Rubinstein, Alexandre, Bedrich Smetana, Pauline Viardot, Johanna Wagner, Richard Wagner, pour ne citer que les plus célèbres.
Outre ces musiciens, de nombreux hommes de lettres, peintres et sculpteurs ont fréquenté le salon de l’Altenburg. Plusieurs ont dédié des poèmes à la jeune princesse ou ont peint son portrait. La princesse Marie entretiendra elle-même une abondante correspondance avec Ferdinand von Saar, Franz Dingelstedt, Salomon Hermann Mosenthal et Adolf von Sonnenthal. Parmi les hommes de lettres, citons encore Hoffmann von Fallersleben, Friedrich Hebbel, Hans Christian Andersen, Bettina von Arnim, Berthold Auerbach, Fanny Lewald et son mari Adolf Stahr, les Anglais Henry Lewes et George Elliot. Quant aux peintres ou sculpteurs qui ont pris les traits de la princesse Marie pour modèles, citons Adolf Donndorf, Károly Dosnyai, Carl Fischer, Wilhelm von Kaulbach, Friedrich Preller, Ernst Rietschel, Gustav Richter, Otto Rietschel, Ary Scheffer, Moritz von Schwind et István Zádor.
À la cour de Weimar défilent aussi les familles régnantes européennes auxquelles le grand-duc Charles Alexandre est apparenté d’une manière ou d’une autre : sa mère, la grande-duchesse Maria Pavlovna est l’une des sœurs du tsar Nicolas Ier. Alexandre II est donc son cousin. L’épouse du grand-duc, Sophie de Saxe-Weimar, est la sœur du roi des Pays-Bas, Guillaume III. Et je pourrais multiplier les liens de parentés des autres membres de la famille.
Ce qui est intéressant pour l’historien, c’est que Liszt est souvent convié aux fêtes de famille : il lui est même demandé de composer des œuvres spécifiques pour certaines fêtes commémoratives.
Plus de 2500 noms figurent dans l’index... et tous ont été identifiés. Vous avez raison, c’est tout le gotha européen du XIXe siècle qui y est cité, ainsi que des musiciens, hommes de lettres et philosophes, peintres et sculpteurs.
La grande Histoire côtoie ainsi la petite histoire personnelle de Liszt, celle de sa carrière qui nous intéresse tout autant que celle de son mariage avorté avec la princesse Carolyne.

Il est très intéressant aussi de lire dans cette correspondance l’élaboration de certaines œuvres de Liszt, ses appréciations et l’évocation de concerts... Par exemple, dans une lettre datée du 7 décembre 1855 (lettre 35), le compositeur raconte à la jeune princesse le succès d’un concert de ses œuvres qui a eu lieu la veille à Berlin. « J’oublie d’ajouter que le silence le plus tendu régnait dans la salle durant l’exécution que j’ai à ce qu’il paraît dirigée avec le calme requis, et sur la parfaite réussite de laquelle on est unanime ».

M. H. Vous évoquez ici le concert du 6 décembre 1855 à Berlin auquel assistent le roi Frédéric Guillaume IV et la reine Élisabeth ainsi que d’autres membres de la famille royale. À l’invitation de Julius Stern, directeur du Conservatoire qu’il a fondé à Berlin et qui porte son nom, Liszt est arrivé à Berlin le 24 novembre pour procéder aux répétitions de l’orchestre. Le programme est constitué d’œuvres de sa composition : le poème symphonique Les Préludes, le Concerto pour piano nº 1 en mi bémol majeur, le poème symphonique Tasso : lamento e trionfo et, en création, le Psaume XIII pour ténor, chœur et orchestre.
De très nombreux concerts sont ainsi évoqués, car tout déplacement de Liszt est justifié en note de bas de page. Le succès n’est d’ailleurs pas toujours au rendez-vous. On constate que Liszt est très conscient des audaces de sa musique et des critiques qu’elle suscite. Ainsi découvrons-nous dans cette correspondance de nombreux éléments inédits sur la carrière de Franz Liszt dont plus de 200 œuvres sont citées.

Quelques mots concernant l’influence de Liszt sur les formes musicales ?

M. H. On sait que Franz Liszt a inventé le « poème symphonique », ce genre musical nouveau qui consiste en une œuvre symphonique en un seul mouvement de forme libre, basée sur une idée descriptive, littéraire, pictural ou philosophique. Liszt a écrit treize poèmes symphoniques, dont les plus célèbres sont Tasso, Les Préludes, Prometheus, Mazeppa, Hungaria, Hamlet. La correspondance fait maintes fois allusion aux créations de ces œuvres et des réactions qu’elle provoque dans la presse ou auprès du public.

Quant aux Dernières orchestrations de Franz Liszt (Sprimont, Mardaga, 2000) ?

M. H. Ces œuvres ne sont justement pas mentionnées dans les lettres de Liszt à la princesse Marie. Il s’agit de deux Danses galiciennes et d’une Mazurka écrites pour piano à quatre mains par l’un des anciens élèves de Liszt, le pianiste polonais Jules Zarembski. Liszt s’était rendu à Bruxelles en 1881 pour assister à un festival de ses œuvres. Zarembski est alors professeur de piano au Conservatoire de Bruxelles et lui joue ces compositions. C’est à ce moment que Liszt a l’idée d’orchestrer ces trois pièces écrites pour piano. Arthur Friedheim en fait une copie et l’envoie à Zaremski. En 1882, Liszt revient à Bruxelles pour un nouveau festival de ses œuvres organisé par ses anciens élèves vivant en Belgique. Durant son séjour, Liszt se rend au Conservatoire de musique où les élèves de la classe d’ensemble, dirigée par le professeur de violon Jean-Baptiste Colyns, lui font la surprise de jouer spécialement ces pièces qu’il a orchestrées et qu’il entend ici pour la première et unique fois.
Considéré comme perdu, j’ai retrouvé le manuscrit de ces dernières orchestrations de Liszt dans une collection privée en Belgique et j’en ai fait une publication parue chez Mardaga : le manuscrit est reproduit en fac-similé et l’histoire détaillée de leur genèse est également retracée dans cet ouvrage. En 2000, nous en avons donné une création mondiale lors de l’ouverture du nouveau Musée des instruments de musique de Bruxelles (le MIM) que je dirigeais à l’époque. Cette création s’est faite exactement dans l’esprit de la première audition de Liszt, à savoir par les élèves des deux Conservatoires de Bruxelles (section francophone et section flamande). L’enregistrement de cette exécution se trouve dans le CD joint à l’ouvrage.

Vous avez publié de nombreux livres de correspondance de musiciens : 400 lettres de musiciens au Musée royal de Mariemont (Mardaga, 1995), et Ernest Van Dyck, un ténor à Bayreuth, suivi de la correspondance avec Cosima Wagner, (Symétrie 2005). Quant à Liszt : Dernières orchestrations de Franz Liszt (Mardaga, 2000) dont nous venons de parler et Franz Servais et Franz Liszt : une amitié filiale (Mardaga, 1996). Travaillez-vous en ce moment à un nouvel ouvrage ?

M. H. Je me suis souvent intéressée aux lettres de musiciens. Outre ces livres que vous citez dans lesquels plusieurs lettres inédites de musiciens sont publiées, il faut également mentionner le livre que j’ai publié en 2004 sur les relations entre le poète parnassien Leconte de Lisle et le compositeur belge Franz Servais pour l’élaboration d’un drame lyrique, L’Apollonide. Ici aussi, j’ai retrouvé le livret en vers de Leconte de Lisle dans une collection privée. Je l’ai édité dans cet ouvrage ainsi que l’échange de correspondance entre le librettiste et le compositeur. On y suit pas à pas l’élaboration de l’œuvre, les concessions mutuelles que doivent consentir l’un et l’autre pour élaborer ensemble une œuvre aboutie. L’ouvrage s’intitule : L’Apollonide de Leconte de Lisle et Franz Servais : 20 ans de collaboration (Mardaga, 2004).
En ce moment je travaille sur deux ouvrages à la fois, d’une part, les relations entre Jules Massenet et l’un de ses interprètes, le ténor Ernest Van Dyck, dont j’ai retrouvé une correspondance inédite. Je travaille sur ce livre en collaboration avec le spécialiste de Massenet, le professeur Jean-Christophe Branger. Nous sortirons l’ouvrage pour l’Année Massenet 2012.
Le second ouvrage en chantier est programmé pour l’Année Jean Cocteau en 2013. Il concerne les Écrits de Jean Cocteau sur la musique. Le terme « musique » est pris au sens large puisqu’il recouvre la musique classique, le jazz, la chanson, le music-hall, le ballet et la danse. Les quelque 270 textes seront agrémentés par de nombreux dessins de la main de Cocteau illustrant les personnages cités. Ici aussi je me suis associée à l’un des spécialistes de l’édition de textes du poète, le professeur David Gullentops.
Ces deux ouvrages seront publiés dans la nouvelle collection MusicolgieS de l’éditeur Vrin. Je pense que nous aurons sans doute l’occasion de nous revoir et de parler de ces deux ouvrages plus en détail. Je vous remercie.

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*Nicolas Dufetel, musicologue et chercheur associé à la Bibliothèque Nationale de France, est Conseiller artistique et historique de l’année Liszt 2011 en France (http://www.liszt2011.fr). Il est l’auteur d’une thèse sur la musique religieuse de Liszt.
Coéditeur, avec Malou Haine, de Franz Liszt. Un saltimbanque en province, et avec Pauline Pocknell et Malou Haine, de Lettres de Franz Liszt à la princesse Marie de Hohenlohe- Schillingsfürst née de Sayn-Wittgenstein, il prépare actuellement auprès de la Fondation Alexander von Humboldt et de l’Institut für Musikwissenschaft Weimar-Jena l’édition critique de la correspondance entre Liszt et Carl Alexander, grand-duc de Saxe.
Il vient de publier un article intitulé « Franz Liszt et la propagande wagnérienne ». Il enseigne la Culture musicale au Conservatoire d’Angers.


Franz Liszt - Bicentenaire de sa naissance

Franz Liszt et la France
Cité de la Musique - Paris
11 et 12 mars 2011

À l’occasion du bicentenaire de la naissance de Franz Liszt (1811-1886), le Musée de la musique, en partenariat avec l’Académie musicale de Villecroze et le Centre international pour l’étude du XIXe siècle de Bruxelles, organise un colloque international consacré aux liens du compositeur avec la France. Il s’inscrit dans le cadre du cycle Liszt/Nono de la Cité de la musique. Liszt a passé une partie de sa vie en France dont l’histoire et la culture l’ont fortement influencé. Sa langue de prédilection fut d’ailleurs toujours le français ; sa carrière et son œuvre, du reste éminemment européennes, sont les témoins de cette relation privilégiée. Cette rencontre s’adresse aux chercheurs, aux musiciens et aux mélomanes. Les conférences présentées au Musée de la musique aborderont le milieu parisien dans lequel Liszt a évolué, ses liens avec les éditeurs et les facteurs français, ainsi que des questions d’interprétation.

Des moments musicaux illustreront les interventions.

Les deux autres volets de ce colloque auront lieu à l’Académie musicale de Villecroze les 15, 16 et 17 mars (www.academie-villecroze.com) et à Bruxelles, les 26 et 27 mai (Politique scientifique fédérale-www.belspo.be).

Direction scientifique :

Rena Charnin Mueller, New York University
Rossana Dalmonte, Università di Trento et Istituto Liszt, Bologne
Nicolas Dufetel, Institut für Musikwissenschaft Weimar-Jena/Humboldt Stiftung
Mária Eckhardt, Musée-Mémorial et Centre de Recherche Franz Liszt, Budapest
Malou Haine, Université libre de Bruxelles et Centre international pour l’Étude du XIXe siècle
Thierry Maniguet, Musée de la musique, Paris

Amphithéâtre
ENTRÉE LIBRE SUR RÉSERVATION
01 44 84 44 84

CITÉ DE LA MUSIQUE
221, avenue Jean-Jaurès
75019 Paris
Programme : http://www.cite-musique.fr/

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Opéra de Nice
En hommage au Bicentenaire de la naissance de Franz Liszt :

les vendredi 21 et samedi 22 janvier
Au piano, Brigitte Engerer...
Au programme
-  LISZT Les préludes, Poème symphonique
-  LISZT Concerto pour piano et orchestre n° 1 en mi bémol majeur
-  SCHUBERT / LISZT Fantaisie Wanderer pour piano et orchestre
-  KODALY Danses de Galanta
Direction Michael Zilm
Piano Brigitte Engerer

Vendredi 21 janvier à 20h
Samedi 22 janvier 2011 à 16h
OPERA DE NICE
4 & 6 rue Saint-François-de-Paule
06300 Nice
Tél +33 492 17 40 00

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Festival La Folle Journée 2011
Romantisme germanique à Nantes

À partir du 2 février 2011, Nantes consacre sa Folle Journée aux compositeurs germaniques, romantiques et postromantiques de Liszt et Brahms, à Strauss, Mahler et Schoenberg...
Ouverture de la billeterie le 8 janvier à la Cité de Nantes (5 rue de Valmy) et le 9 janvier sur Internet.
http://www.follejournee.fr/

...

Festival appassionato 2011
Bicentenaire de Franz Liszt

Le mardi 12 avril 2011 à 19h00
Avec :
Marie-Françoise MARROUFLET, Anaël BONNET et Amaury BREYNE Professeurs au Conservatoire de Tourcoing
Auditorium du conservatoire
6 Rue Paul Doumer
59200 TOURCOING
Réservation : 03.20.26.86.34

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Festival Franz Liszt à Raiding en Autriche
Les deux organisateurs du Festival Franz Liszt à Raiding, son village natale, Johannes et Eduard Kutrowatz, présenteront un cycle en quatre actes de la musique du compositeur : du 27 au 30 janvier, du 17 au 20 mars, du 12 au 26 juin et du 19 au 23 octobre, des concerts autour des thématiques « l‘œuvre pour orchestre », « l’œuvre vocale », « l’œuvre pianistique » ainsi que des concerts commémoratifs et des créations contemporaines en rapport à la musique de Franz Liszt seront donnés.
http://www.austria.info/fr/tags/liszt/


Sites Internet

Éditions Vrin
http://www.vrin.fr/

Musicologie.org
http://www.musicologie.org/Biograph...

Classiquenews.com - Bicentenaire 2011
Franz Liszt 1811-1886
http://www.classiquenews.com/

Lisztomania 2011 (site en allemand)
http://www.lisztomania.at/


Livres

Malou Haine
Dernières orchestrations de Franz Liszt
Laaste orkestraties van Franz Liszt
Franz Liszt’s Last Orchestrations

Éditions Mardaga, Musée des instruments de musique, 2000

Malou Haine
Franz Servais et Franz Liszt
une amitié filiale

Éditions Mardaga, Collection « Musique-musicologie » 1998. 208 pages

Malou Haine, Nicolas Dufetel
Franz Liszt, un saltimbanque en province
Éditions Symetrie, octobre 2007. 448 pages.

Serge Gut
Liszt
Éditions de Fallois, 1989. 664 pages.

Jean-Yves Clément
Franz Liszt
Éditions Actes Sud, 2011. 120 pages.

« Hongrois-autrichien-allemand-français-italien de nulle part, en fait, bohémien-saltimbanque jusqu’au bout des doigts » selon les mots de l’auteur, combien y a-t-il de Franz Liszt ? (...) À l’occasion du deux-centième anniversaire de la naissance du compositeur, Jean-Yves Clément recompose ce passionnant puzzle. »

Malou Haine
400 lettres de musiciens
Au Musée royal de Mariemont

Éditions Mardaga, Collection « Musique-musicologie » 1995. 596 pages

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