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Dernières parutions janvier 2011 Par Elisabeth Miso

 

Journaux

Encarnacio Martorell, Un regard innocent Encarnació Martorell i Gil, Un regard innocent. Journal de la guerre civile en Espagne. Traduction de l’espagnol Maria Vila Casas. Sans les travaux de Salvador Domènech sur le système éducatif catalan sous la Seconde République, ce journal aurait pu ne jamais quitter l’armoire où il reposait. C’est parce qu’il recherchait des témoignages d’anciens élèves ayant bénéficié du vaste programme de modernisation de l’enseignement primaire mis en place dès le début du XXème siècle en Catalogne, qu’il a eu accès à ce journal d’adolescente à la finesse d’analyse et à la qualité littéraire étonnantes. Encarnació Martorell i Gil avait douze ans quand éclate en 1936 la guerre civile espagnole. Envolée la douceur de vivre, l’insouciance de l’enfance. « Je pense. Je pense à avant, au temps de la paix, quand on n’avait pas à s’inquiéter pour la nourriture ni à cause des bombardements. On vivait pour le bonheur, on n’avait que le souci du travail et celui de grandir. » Au fil des mois la jeune fille décrit le quotidien de sa famille, celui des Barcelonais pris dans la tourmente de la guerre. La peur des bombardements qui s’intensifient, les heures de queue interminables pour un maigre ravitaillement qui lui font à son grand désespoir souvent manquer l’école, les privations, la faim mais aussi les moments de grâce, de solidarité partagée. Elle écoute la radio, lit les journaux, s’inquiète pour les combattants républicains, s’insurge devant tant de cruauté, compatit à la douleur des mères et connaît les premiers déchirements avec la mort de personnes chères. « Guerre, guerre ! Comment ce mot résonnera-t-il à mes oreilles durant toute ma vie ? Je ne sais pas. Je ne peux pas le décrire... Je sais seulement que quand je l’entendrai, j’aurai le souvenir de la chose la plus mauvaise, la plus barbare, la plus inhumaine qui puisse exister. » Éd. Métailié, 204 p, 17 €.

Ingrid Betancourt, Même le silence a une fin Ingrid Betancourt, Même le silence a une fin . « Décembre 2002. J’avais pris la décision de m’évader. C’était ma quatrième tentative, mais depuis la dernière, les conditions de détention étaient devenues encore plus terribles. On nous avait installés dans une cage construite avec des planches de bois et des lames de zinc en guises de toit. (...) » Le récit s’ouvre sur ces lignes. L’ex-candidate à l’élection présidentielle en Colombie, enlevée en pleine campagne, en février 2002 est otage de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes) jusqu’à sa libération, six ans et demi plus tard, le 2 juillet 2008, à l’issue d’une intervention militaire ingénieuse : déguisés en membres d’une organisation humanitaire, des soldats colombiens enlèvent les otages à leurs bourreaux.
C’est le récit aussi précis, aussi détaillé qu’un journal de notes prises au jour le jour, d’une traversée de l’horreur, d’un huis-clos sans issue, de journées sans fin, de semaines, mois, années dans le cauchemar d’une captivité : chaînes au cou, isolement, brimades, scorpions, serpents, insectes à foison, pluies diluviennes, milliers de kilomètres à pied, en barque, pour échapper à l’armée colombienne, rejoindre d’autres camps, d’autres geôliers, la promiscuité avec les autres détenue qui rendait fou... « La jungle nous métamorphosait en cancrelats », gonflés de haine, d’avarice, d’envie, de petitesse. Garder sa dignité : une priorité. Comment survivre ? Confectionner des cadeaux pour les anniversaires de ses enfants, lire le dictionnaire ou la Bible, organiser sa prochaine tentative d’évasion, faire de la broderie, tisser des ceintures en fils de nylon, entendre la voix de sa mère la nuit, sur une radio de fortune, voir naître de nouvelles amitiés, espérer. Éd. Gallimard, 695 p. 24,90 €. Corinne Amar.

Stendhal, Journal Stendhal, Journal. Préface de Dominique Fernandez. Édition de Henri Martineau, revue par Xavier Bourdenet. « Milan 18 avril 1801, J’entreprends d’écrire l’histoire de ma vie jour par jour. Je ne sais si j’aurai la force de remplir ce projet, déjà commencé à Paris. (...) je prends pour principe de ne me pas gêner et de n’effacer jamais. » Henri Beyle dit Stendhal (Grenoble, 1783 - Paris, 1842) a dix-huit ans, lorsqu’il commence son Journal, ininterrompu jusqu’en 1817, puis plus épisodique, jusqu’en 1823. Être soi, n’être que soi, dans l’immédiateté de l’émotion même, sans distance, sans apprêt, sans recherche de style : « ne pas laisser de blancs, se défaire de sa timidité » ; ni souffrance, ni ascèse, mais art de vivre. Compte-rendu d’une journée, santé, purges diverses, leçons d’armes, administration militaire (il est engagé dans l’armée depuis 1800), catalogue de tous les livres de sa bibliothèque, prix de ses déjeuners, de ses dîners, lectures, rencontres, premiers espoirs amoureux : « (1er juin 1802) Je suis amoureux d’Adèle ; elle me donne mille marques de préférence. Elle me donne de ses cheveux ». « (24 août) À la fin d’un grand déjeuner, elle me dit qu’elle aime depuis longtemps C(ardon). » Au cœur du Journal, l’Italie, ses voyages, tout ce qui l’amuse, l’émerveille ; il expérimente le sens profond du « ravissement » proprement stendhalien : un excès d’émotion causé par le beau. En 1817, il publie Rome, Naples, Florence, sous son nom de plume (inspiré d’une ville d’Allemagne, Stendal, et lieu de naissance d’un historien d’art et archéologue renommé)  ; en 1827, son premier roman,Armance. Viendront ses romans de formation ; Le Rouge et le Noir (1830), La Chartreuse de Parme (1839), Lucien Leuwen (inachevé) : Chercher « la vérité, l’âpre vérité. » Éd. Gallimard, folio classique, 1265 p. 13,50 €. Corinne Amar.

Romans

Jordi Soler, La fête de l’ours Jordi Soler, La fête de l’ours. Traduction de l’espagnol (Mexique) Jean-Marie Saint-Lu. En avril 2007, alors qu’il est venu parler de son roman et de la guerre civile à Argelès-sur-Mer, troublé par la proximité de cette triste plage où son grand-père Arcadi fut prisonnier à la fin de la guerre d’Espagne, Jordi Soler est rattrapé par des évènements du passé. Une étrange femme à l’allure repoussante, lui remet une lettre et une vieille photographie de trois soldats républicains qui ne sont autres que son arrière grand-père et ses deux fils Arcadi et Oriol. Arcadi avait dû laisser en 1939, son frère Oriol blessé, près de la frontière française. Il avait fui le franquisme et s’était installé près de Veracruz où il avait fondé avec d’autres exilés catalans une plantation de café. On lui avait rapporté la mort de son frère dans la nuit et dans la neige des montagnes catalanes, mais il ne s’était jamais résigné à cette idée et s’était attendu le reste de sa vie à voir son frère, qu’il imaginait pianiste en Amérique Latine, réapparaître un beau jour, transmettant ainsi à ses descendants le souvenir de ce frère mythique. Lancé sur les traces de ce grand-oncle, l’écrivain va se prendre d’amitié pour un géant presque échappé d’un conte pour enfants et au fil d’autres rencontres romanesques dans des coins retirés des Pyrénées Orientales, il va découvrir avec stupéfaction un Oriol bien éloigné de la légende familiale. Dans ce troisième volet consacré aux aventures de sa famille, où il est encore question du drame de la guerre civile, d’exil, du poids de l’héritage, d’étrangeté et d’humain en étroite relation avec la nature, Jordi Soler en formidable conteur mêle savamment réalité et fiction et nous ramène sans cesse à ce besoin irrépressible qui est le nôtre de nous savoir rattaché à un récit. Éd. Belfond, 216 p, € (en librairie le 27 janvier).

Essais

Armand Farrachi, Michel-Ange face aux murs Armand Farrachi, Michel-Ange face aux murs. Le génie n’a que faire des convenances, il tend souvent vers la démesure et dans le cas de Michel-Ange il toucherait presque à la monstruosité. Michelangelo Buonarroti avait un caractère épouvantable, il ne souffrait la compagnie de personne, paranoïaque il recevait comme de mauvaises intentions cachées les plus sincères éloges, avare il se plaignait d’être sans le sou quand il amassait des fortunes en propriétés, il allait vêtu misérablement et s’alimentait à peine. Aucun artiste ne trouvait réellement grâce à ses yeux persuadé qu’il était de les surpasser tous, et il ne se privait jamais de dire ce qu’il pensait même aux plus puissants. Mandé à Rome par le pape Jules II qui souhaitait décorer la voûte de la chapelle Sixtine, il eut l’audace d’écarter d’un revers de la main le projet du Saint-Père jugé indigne de son talent pour imposer sa propre vision, « les épisodes de la Génèse tels que personne encore ne les avait jamais vus ni pensés. » On lui passait cependant ses colères car on ne pouvait être qu’ébloui par ses sculptures. Contemplant la Sixtine, l’artiste florentin prit toute la mesure de ce qui l’attendait. Difficultés propres au travail de la fresque avec les variations de matières et de couleurs d’un jour sur l’autre, mais aussi la fatigue à peindre de jour comme de nuit, en équilibre sur un échafaudage dans des positions inconfortables. Achevé en 1512 le plafond de la Sixtine l’accapara plus de quatre ans. Des décennies plus tard, il investirait à nouveau les lieux pour s’attaquer au Jugement Dernier. Armand Farrachi s’est attaché à révéler la part sombre de Michel-Ange, sa façon de se consumer tout entier dans son art, au point de ne pouvoir laisser de place pour rien d’autre ni personne. « Il aimait travailler sans compagnie, n’avoir rien autour de lui ni devant lui, sinon sa créature émergeant peu à peu du néant ou du marbre, s’absorber dans sa création, sachant que tout commerce distrait, apporte ennui et importunité, que la beauté est en fait de l’ombre, du silence et de la solitude [...] » Éd. Gallimard, L’un et l’autre, 136 p, 14,90 €.

Récits

Patrice Chereau, Les visages et les corps Patrice Chéreau, Des visages et des corps . Avec la collaboration de Vincent Huguet et Clément Hervieu‐Léger. Enfant, Patrice Chéreau n’avait qu’à traverser la Seine pour rejoindre le Louvre et venir se nourrir aux côtés de son père peintre et de sa mère dessinatrice, de tous ces corps et de tous ces visages représentés à travers les siècles. Depuis début novembre et jusqu’au 31 janvier, il est l’invité du Louvre et pour cette occasion il a concocté tout un programme d’événements théâtraux, chorégraphiques ou cinématographiques et proposé un accrochage des peintures qui peuplent son univers esthétique, des œuvres du Louvre bien sûr mais aussi d’autres prêtées par le musée d’Orsay ou le Centre Pompidou. Dans la salle Restout L’Homme au gant de Titien, Le Boxeur de Bonnard, L’Origine du monde de Courbet ou le Nu noir de Jean Fautrier entrent ainsi en résonnance avec les photographies de Nan Goldin. Créée pour le salon Denon, la pièce du norvégien Jon Fosse Rêve d’automne s’est ensuite déplacée au Théâtre de la Ville dans un magnifique décor de Richard Peduzzi. En parallèle de cette manifestation un projet de livre est né, où sous forme de récit ou d’entretiens Patrice Chéreau s’interroge sur son métier, sur cette expérience au Louvre, esquissant au gré des sources d’inspiration convoquées, de son obsession pour les visages et les corps, un subtil autoportrait. Il revient sur son parcours de metteur en scène et de cinéaste, sur cette énergie qui le caractérise et qui le rend si insatiable de rencontres, de mots, d’images, d’histoires à raconter fasciné par la vitalité et la capacité de métamorphoses des visages et des corps des comédiens qui incarnent les textes. Avidité mue selon lui par la solitude de son adolescence, le malaise face à son propre corps, la peur d’être abandonné. Un des grands intérêts de son travail repose sur le rapport au temps, à la durée, sur la manière dont les idées, les émotions se modifient en permanence, la façon dont le désir surgit puis s’évanouit. L’idée d’introduire du mouvement dans un musée figé dans le temps par définition ne pouvait que le séduire. « Oui, les images sont des sources d’inspiration et un peu plus que ça, mais justement : seulement si elles se transforment en autre chose, s’il y a transsubstantiation, si elles parlent et provoquent le désir, la sublimation, la profondeur, une réflexion. » Coédition Musée du Louvre éditions/ Skira Flammarion, 176 p, 71 illustrations couleur, 35 €.

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