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Franz Liszt : portrait. Par Corinne Amar

 

Ary Scheffer, portrait de Franz Liszt, 1837 Ary Scheffer, portrait de Franz Liszt, 1837
(huile sur toile, 840 x 590 mm).
Klassik Stiftung Weimar, Museen, LGe/01351

« Je dis une apparition, faute d’un autre mot pour rendre la sensation la plus extraordinaire que j’eusse jamais vue. Une taille haute, mince à l’excès, un visage pâle avec de grands yeux d’un vert de mer où brillaient de rapides clartés semblables à la vague quand elle s’enflamme, une physionomie souffrante et puissante, une démarche indécise et qui semblait glisser plutôt que peser sur le sol, l’air distrait, inquiet et comme d’un fantôme pour qui va sonner l’heure de rentrer dans les ténèbres... »

On est au début de l’année 1833, Franz Liszt a vingt-deux ans, et voilà comment la comtesse Marie d’Agoult décrit cette première rencontre.
Né d’un père hongrois et d’une mère autrichienne, virtuose du piano, adulé tant par son charisme que par sa musique, compositeur des célèbres Rhapsodies hongroises et des Préludes, mystique fervent, irrésistible séducteur qui connaît nombre de passions avant d’embrasser la carrière religieuse, Franz Liszt (1811-1886) fut d’abord un enfant prodige à qui le père, Adam Liszt, enseigne le piano, dès son plus jeune âge. Très vite, il l’étonne. Que savait-il au juste à neuf ans ?

« Surmonter avec facilité en l’espace de vingt-deux mois toutes les difficultés existantes d’un Bach, d’un Mozart, d’un Beethoven, d’un Clementi, d’un Hummel, d’un Cramer, etc., et par ailleurs, déchiffrer à vue les morceaux de piano les plus difficiles sans les avoir vus auparavant, dans le tempo le plus strict, sans faute et avec précision, représentent pour ma conception musicale des progrès de géant. » (Serge Gut, Liszt, éd. De Fallois, 1989)

À dix ans, il est conduit à Vienne, la capitale de l’empire, afin de suivre pendant deux ans les cours de deux grands maîtres. Aussitôt, il se produit en public. Il part pour une tournée triomphale en Allemagne, puis la famille Liszt s’installe à Paris en 1823. En 1824, il fait une tournée en Angleterre et provoque l’enthousiasme. Concerts triomphaux. La mort de son père en 1827 le plonge dans une première crise de mysticisme. Il souffre d’épuisement nerveux, envisage de devenir prêtre. Pour vivre, il donne des leçons de piano et d’harmonie. Il se lie d’amitié avec Chopin, Berlioz, fréquente Lamartine, Hugo, Heine.
En 1833, commence sa liaison secrète et passionnée avec Marie d’Agoult. Influence considérable, empreinte indélébile ; elle a six ans de plus que lui, une naissance aristocratique, a fait un mariage de convenance, trouve sa consolation dans la fréquentation des gens de lettres, reçoit dans son salon, est célèbre pour sa beauté, sa culture, son intelligence, une éducation mi allemande, mi française qui l’ouvre sur ces deux cultures. À cet amour qui les lie, à la fois, cérébral, littéraire, artistique, sensuel, où l’émotion et la passion l’emportent sur les convenances sociales (ils fuient en Suisse), il faut ajouter, chez Liszt une ferveur religieuse et une foi profonde : il sera constamment attiré par Dieu et par les femmes. Ils auront trois enfants, dont la cadette, Cosima, épousera Richard Wagner.
Le génie de Liszt révèle aussi un caractère versatile et papillonnant « éternel tzigane à l’âme vagabonde, incapable de se laisser enchaîner, même par le plus merveilleux amour ». Il se met à fréquenter le milieu romantique, se lie avec George Sand, est désireux d’écrire, publie des articles, voit sa carrière pianistique redémarrer, alors qu’il n’avait plus composé depuis la mort de son père, continue de jouer bénévolement, de prodiguer ses cours, virtuose cosmopolite, épris de progrès social mais aussi grisé de gloire et de richesse.

« Mon piano, c’est, pour moi, ce qu’est au marin sa frégate, c’est ce qu’est à l’Arabe son coursier, plus encore peut-être, car mon piano, jusqu’ici, c’est ma parole, c’est ma vie ; c’est le dépositaire intime de tout ce qui s’est agité dans mon cerveau aux jours les plus brûlants de ma jeunesse ; c’est là qu’ont été tous mes désirs, tous mes rêves, toutes mes joies et toutes mes douleurs... »

Les années 1839-1844 sont celles de sa consécration. Il est le pianiste le plus admiré et le mieux rétribué du moment. Pourtant, sa vie d’errant lui pèse depuis quelque temps : « Toujours des concerts ! Toujours faire le valet du public (...) Quelle fatigue ! quel métier » (lettre, le 20 juin 1840, au comte Leo Festetics). Il accepte ainsi d’être nommé par le Grand-Duc de Weimar « Maître de chapelle », le 2 novembre 1842, avec obligation d’y séjourner trois mois par an.
En 1844, il se sépare de Marie d’Agoult. Leur liaison a duré dix ans. De Suisse, elle revient à Paris avec leurs trois enfants, mais ils continueront à correspondre encore pendant bien des années.
Liszt rencontre, à Kiev, en 1847, la princesse Carolyne de Sayn-Wittgenstein qui l’invite dans sa propriété de Woronince, non loin de Kiev. Russo-polonaise, extrêmement cultivée, volontaire, passionnée, Carolyne a épousé contre son gré, à dix-sept ans, le prince Nicolas de Sayn-Wittgenstein, dont elle eut une fille, Marie. Leur rencontre correspond avec le désir qu’avait Liszt de cesser son activité de pianiste de concert afin de se consacrer à la composition. La princesse le rejoint en 1848 à Weimar.
Leur liaison est scellée. Malgré le scandale dû au fait que le compositeur vit avec une femme mariée, ensemble, ils accroissent le rayonnement musical de la ville, invitent de nombreux musiciens, Berlioz est proche. La princesse de Sayn-Wittgenstein ne peut obtenir du Tsar de Russie le droit de divorcer de son mari, et avec elle, elle a sa fille, Marie. Née en 1837, la fille unique de Carolyne a l’âge de Cosima, et fait la connaissance de Liszt alors qu’elle fête son dixième anniversaire. Leur correspondance commence en français, langue qui restera la leur. Alors qu’il ne voit presque jamais ses propres enfants, il maintient avec elle, un contact permanent, jouant le rôle d’un père adoptif, affectueux, attentionné, ainsi que l’atteste la correspondance qu’il entretient avec elle depuis le début et ce, jusqu’à sa mort, et qu’il signe tantôt « Fainéant » tantôt « FL  » tantôt «  votre très humble et dévoué F. Liszt  ».
Les lettres de la jeune fille sont lues comme «  des étoiles qui se lèvent dans son cœur » : « Aix-la-Chapelle, 26 juillet 1857, Je ne me lasse pas de vous répéter bien chère Magnolette que vous êtes la grâce, la bonté, la sagesse et la perfection même. Mon bonheur est de vous suivre de cœur et de pensée et de me complaire sans réserve en vous. » (Lettres de Franz Liszt à la princesse Marie de Hohenlohe-Schillingsfürst née de Sayn-Wittgenstein, éd. Vrin) ; il l’appelle Magne, Magnolette, la petite fille a une grâce et un charme qui frappent tous ceux qui l’approchent, et un esprit aiguisé auprès d’artistes, écrivains, musiciens parmi les plus renommés. Elle appelle les enfants de Liszt ses « frères » et les contacts entre eux sont proches jusqu’à son mariage, en 1859. Daniel et Blandine meurent peu après, Cosima leur survivra jusqu’en 1930.

Liszt se retire à Rome en 1861 et rejoint l’ordre franciscain en 1865. À partir de 1869, l’abbé Liszt partage sa vie entre Rome, Weimar et Budapest. La mort de Wagner, en 1883, l’affecte profondément. Il meurt en 1886, à la suite d’une pneumonie, est enterré à Bayreuth (près de Wagner).

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