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Entretien avec Simon, écrivain, peintre et voyageur
Propos recueillis par Nathalie Jungerman

 

Simon, portrait Simon, Chine, 2009
Droits réservés

L’œuvre de Simon, écrivain, peintre et voyageur, est une célébration du mouvement. Mouvement dans l’espace (voyages ici et ailleurs), mobilité dans les formes créatrices (dessin, peinture, roman, cinéma, récit de voyage, etc.) autant que mouvement intérieur : son travail accompagne les métamorphoses de l’être.
Naissance en Bretagne (1961) et lecture précoce de Jules Verne : d’emblée un pacte est signé avec le départ. Eveillé aux arts par ses parents dès l’enfance, il sait à 12 ans quel sens aura sa vie : conquérir la liberté par l’acte créateur.
Après ses années de formation, où il ne tient pas en place et touche à tout, sa vie se resserre : peinture et littérature, désormais, sont les deux rames essentielles de sa barque. Il navigue de la littérature à la peinture au gré des « vents intérieurs », acharné à briser les entraves et les enfermements de son temps.
Il partage son temps entre le travail d’atelier et les voyages - atelier ambulant.
En 1996, c’est la révélation : un voyage de six mois en Inde. « La seconde vague de ma vie commence ». L’axe Orient Occident devient une colonne vertébrale de son travail. Il se concentre sur la question humaine ; Simon explore désormais l’homme contemporain à travers le corps : corps voyageur (nomades) corps d’ici et d’ailleurs (Portugais, Indiens, Chinois) corps précaire (Emmaus), corps communs (groupes humains), corps érotique (nus), corps...
Avec le temps, l’œuvre de Simon devient toute entière une célébration du pluriel.
Ses peintures et ses textes puisent leur suc dans les expériences vitales, d’où une production protéiforme : romans, livres pour enfants, séries de peintures (- Baisers - Marines - Porto - Toits de Paris - Douleurs - Serpents - Nus - Grossesses), livres d’art avec le poète Patrick Audevart(Talismans, Nus, puissance deux) et carnets de voyage, qui ne quittent pas son baluchon de marcheur, où fusionnent ces trois libertés : écrire, peindre, aller.
« Voyager, écrit-il, n’est qu’une manière parmi d’autres de naître toute sa vie. »

http://www.simon-artiste-peintre.com/

...

Quelques-unes de vos œuvres sont présentées en ce moment au Musée de La Poste dans le cadre de l’exposition « Carnets de Voyage... Le Monde au bout du Crayon » avec celles de quarante-cinq autres artistes voyageurs. Lieu de diverses et multiples disciplines - peintures, dessins, encres et collages, photographies, écriture épistolaire et récit -, le carnet de voyage est, je vous cite, « un journal intime grand ouvert »...

Simon Intime, dans le sens où l’on consigne, dans la plus grande subjectivité, ses émotions voyageuses. La plupart des carnets de voyage restent secrets ! Grand ouvert, parce que c’est le « grand dehors » qu’on arpente, et non l’intériorité ; le monde est notre chevalet. Grand ouvert aussi parce que le carnet de voyage a vocation à être vu : d’une part, les gens nous voient dessiner leur pays sur le terrain, et l’on offre au retour ces choses vues, soit sous la forme brute du carnet, soit sous la forme raffinée d’un livre. Le voyage se fait, puis se partage.

Est-ce votre passion pour le voyage, l’ailleurs, qui a stimulé le dessin, et l’écriture, ou est-ce la création artistique qui a décidé de vos départs vers d’autres lumières et cultures ? Le Sahara, l’Inde, la Chine, le Portugal...

S. C’est une énergie à deux flux interactifs : le voyage suscite la création, et la création appelle le voyage. L’ « Orient », au sens mythique du terme, je l’ai rencontré charnellement en Algérie à l’âge de treize ans, et ce virus de l’ailleurs ne m’a plus quitté, au point que j’ai besoin de l’Inde ou de la Chine ou du Sahara, chaque année. Le voyage a changé ma vie, ma façon de voir la vie, ma philosophie d’existence. Je considère le voyage comme une grossesse spirituelle. Les ailleurs nous accouchent, les autres nous accouchent : fœtus d’idées, nouveaux chemins tracés, rencontres fertiles. Mais je place très haut l’art du voyage : le voyage détruit une à une les œillères des préjugés, les égoïsmes, les intolérances, les grisailles intérieures ; c’est un extraordinaire viatique contre le désenchantement. La France d’aujourd’hui, qui meurt de son repli identitaire sur elle-même, de sa nostalgie « C’était mieux avant », de ses inégalités chaque jour aggravées, de ses technocrates déconnectés du réel et d’un enfermement politique grave, devrait offrir un grand voyage d’un an à chaque jeune de 18 ans.

Voyager serait peut-être une manière d’embrasser le monde ? Une liberté que le carnet circonscrit et que l’encre exprime ?

S. « Avance, et tu seras libre » dit le poète arabe. Tout est là. Il faut une vie pour conquérir la liberté. Et « avancer », c’est partout que ça se passe. Le voyage n’est qu’une volonté de rester en état d’éveil.

Dessinez-vous sur le vif au cours de vos voyages ?

S. Toujours ; dessiner est une rencontre. Les carnettistes qui font des photographies et les copient au retour sont des charlatans. Quand on regarde les aquarelles de Turner, les croquis de Delacroix au Maroc, les photos de Peter Beard ou les encres de Sarah Letouzey, ça sent la marée, ça sent le crottin de cheval, le sang, la boue, la chair, le pinceau trempé dans le ruisseau. Le carnet de voyage est une aventure charnelle, où tous les sens sont convoqués. Cependant j’ajoute des collages au retour, avec les matériaux ramassés pendant le voyage, ce que j’appelle les « peaux du monde », des tissus, des affiches, des sables, des timbres, des cheveux, des crins, des semelles de chaussures...

Est-ce que l’écriture et le dessin coïncident ? Ou est-ce que le récit se construit plus tard ?

S. J’écris et je peins : dans la vie littérature et peinture se jalousent souvent - sauf en voyage, où je pratique les deux simultanément. Le dessin, c’est l’épreuve du feu, du chaud, du présent pur : être là, croquer, rencontrer l’autre, s’oublier dans un paysage. J’écris aussi « pendant que c’est chaud » comme disait Georges Perros, mais tous les textes sont retravaillés au retour, à froid, parfois pendant des mois. L’écriture seule apporte le recul, l’esprit critique, la part d’ombre indispensable du voyage ; et, bien entendu, elle permet de construire le récit, car le voyageur est un conteur, ou n’est rien. Un livre se joue dans cette tension entre le dessin qui montre et le texte qui narre, et ouvre sur la poésie, la pensée, la méditation...

Vous avez publié près d’une dizaine de carnets de voyage aux Éditions de la Boussole et aux Éditions Alternatives. Avez-vous un autre livre en préparation ?

S. Trois livres sont sur le feu : un hymne à la forêt (celle des Maures en France) avec le poète Patrick Audevart, un duo peinture/poésie de marcheurs. Un carnet collectif sur la Chine avec les Carnettistes Tribulants, intitulé « Gratte-ciel et soupe de nouilles », 10 auteurs et 10 récits ; enfin un récit de voyage personnel amoureux en Chine, texte et dessin. Ce livre m’est refusé par tous les éditeurs depuis des années ; c’est un livre impossible à classer, un livre d’homme libre. Que faire ? Aucun de ces livres n’est plus un « carnet de voyage » au sens classique, mais une aventure éditoriale singulière. Mon projet le plus cher est de trouver le cran de faire un livre d’artiste sur la « crise » : comment la crise que nous vivons est l’occasion inespérée de réinventer la vie - rien moins.

Un autre voyage, bientôt ?

S. Le prochain voyage risque d’être un séjour de longue durée : la Chine pour quelques années. Je veux observer de l’intérieur cette vieille civilisation en mutation. Mais nous sommes entrés dans un temps révolutionnaire : peut-être le destin me conduira-t-il au Maghreb ?


Sites internet

L’Adresse Musée de la Poste - Expo Carnets de Voyage
http://www.ladressemuseedelaposte.c...

Éditions Snoeck
http://www.snoeckpublishers.be/

Biennale Clermond-Ferrand. Carnet de voyage
http://www.biennale-carnetdevoyage.com/

Carnettistes et écrivains voyageurs
http://www.biennale-carnetdevoyage....

Uniterre, Le voyage par les voyageurs
http://www.uniterre.com/index.php

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