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Dernières parutions mars 2011 Par Elisabeth Miso

 

Romans

Bruno Smolarz, Hokusaï aux doigts d’encre Bruno Smolarz, Hokusaï aux doigts d’encre. Katsushika Hokusaï (1760-1849) ne commença à être satisfait de son travail qu’à l’âge de soixante-dix ans, il imaginait pouvoir percer le mystère des choses à quatre-vingt-dix ans et parvenir à reproduire les vibrations de la vie même à cent-dix ans. Le plus célèbre des peintres et dessinateurs japonais de son temps qui inspira Van Gogh, Gauguin et Monet, poursuivit toute sa vie une quête de la perfection et l’exigence de rendre palpable au bout de son pinceau le mouvement, l’invisibilité des sentiments, des sensations. Dès l’enfance, dès ses premiers dessins dans l’atelier de miroirs de son père adoptif, Hokusaï s’est senti à l’étroit dans les modèles de dessins en vogue alors. Disciple d’écoles réputées, il réalise des estampes ou des ouvrages illustrés mais souhaite ardemment se libérer des thèmes traditionnels de l’Ukiyo-e, art de peinture populaire et d’estampes gravées sur bois né à Edo (ancien nom de Tokyo). Il veut être libre de peindre ce qui lui plaît. Ses Trente-six vues du Mont Fuji (1831-1833) au bleu de Berlin si reconnaissable lui attirent une célébrité mondiale sans réel impact sur ses difficultés à survivre dans un monde artistique dépendant des marchands et muselé par le pouvoir shôgounal. « Mes dessins, mes estampes , mes peintures à l’encre représentent ce bruissement de la vie, la rumeur qui monte de la foule ; le trait dessine un son que l’on peut suivre à la trace dans l’air, tel un oiseau qui siffle et bat des ailes, chante et enchante. » Par le biais d’une autobiographie fictive, Bruno Smolarz s’est glissé dans les pensées du vieux Gakyôjin (« l’homme fou de dessin ») comme il aimait à signer ses œuvres, nous invitant à le suivre dans un voyage créatif et esthétique des plus passionnants. Éd. Arléa, 192 p, 17 €. Élisabeth Miso

Michel Rostain, Le Fils Michel Rostain, Le Fils. Le 25 octobre 2003, Lion, succombait à 21 ans à une méningite fulgurante. Écrire sur la perte de son fils, écrire sur cet inacceptable qu’est la mort d’un enfant s’est imposé comme une évidence. Pour Michel Rostain, metteur en scène d’opéra qui a longtemps dirigé la Scène nationale de Quimper, il ne pouvait être question de se laisser dominer par la plainte. Le défi était plutôt de se placer du côté de la vie, de mettre la douleur à distance pour rendre le récit possible, aussi le narrateur n’est autre que Lion lui-même qui observe ses parents réagir à sa disparition. Le père se concentre sur les moments qui ont précédé et suivi le décès du fils, sur toutes les coïncidences, les détails, les histoires qui ont pris forme autour de cette mort, traces d’insondable souffrance mais aussi de grâce et d’amour. Au fil des pages, surgissent ainsi comme autant de manifestations de la vie, comme autant de sens échappé du chaos, les regrets des derniers jours, le cauchemar des dernières heures, leur détermination de parents face à la vacuité des prestations des pompes funèbres, le petit tas de cendres dérobé à l’urne funéraire conservé par lui et sa femme en deux endroits de la maison puis dispersé en partie sur les pentes d’un volcan islandais, le reflet d’une tête de lion dans l’eau d’un lac islandais semblable à la sculpture déposée sur la tombe de Lion. Un ami avait dit à l’auteur « Je ne sais pas si un pareil jour tu peux entendre ce que je voudrais te dire, mais j’ai vécu cette horreur il y a quelques années, ce désespoir absolu. Je veux te dire qu’on peut vivre avec ça. » Ce livre pudique et émouvant, couronné par le Goncourt du premier roman, sonne comme un immense remerciement à cet ami, comme un chant d’amour infini à un fils et à la vie. Éd. Oh Éditions, 176 p, 15,90 €. Élisabeth Miso

Lars Gustafsson, La mort d’un apiculteur Lars Gustafsson, La mort d’un apiculteur. Traduction du suédois Carl-Gustaf Bjurström et Lucie Albertini. Après la mort de Lars Lennart Westin, un instituteur suédois retraité avant l’heure qui coulait des jours solitaires dans le nord du Västmanland, trois carnets sont retrouvés dans sa ferme. Lars Gustafsson en remarquable conteur qu’il est, présente son personnage et pose un descriptif succinct des carnets avant de s’effacer. S’ouvre alors l’ensemble de notes en apparence disparate, laissé par l’ancien instituteur, sur sa vie quotidienne, son activité d’apiculteur, ses souvenirs d’enfance, ses amours de jeunesse, sur sa femme Margareth, sur les récits de science-fiction qu’il invente pour deux jeunes voisins qui lui rendent visite, et sur ce cancer de la rate diagnostiqué trop tard qui le ramène à la réalité d’un corps, d’une vie dont il s’était absenté « Cette tension me donne à nouveau un corps ; jamais depuis ma puberté je n’ai eu aussi fort le sentiment d’avoir un corps, j’y suis intensément présent. Seulement ce n’est pas le bon corps. C’est un corps qui brûle. » Sans doute par espoir, il a préféré ne pas mettre de mots irrémédiables sur sa maladie et n’a pas ouvert la lettre en provenance de l’hôpital. Mais sans doute aussi reçoit-il l’expérience de la souffrance et l’idée d’une mort prochaine comme des révélateurs. Le sentiment d’être peut-être passé à côté de la vraie vie, de s’être accommodé de contraintes, d’être « soumis à une pression qui nous dit comment nous devons nous comporter, quels sentiments nous devons éprouver », d’avoir davantage aimé l’idée d’une personne que la personne elle-même, la nostalgie de l’enfance qui recouvre tout le reste, la perception de la solitude ou encore la contemplation de la campagne environnante nourrissent ses réflexions et donnent une nouvelle substance à son existence. « Je ne comprends pas bien pourquoi. L’enfance est un âge solitaire, concentrée sur soi ; peut-être la douleur fait-elle de nouveau de moi un solitaire, concentré sur soi, comme au temps de son enfance. » Réédition, Éd. Belfond, 232 p, 17 €. Élisabeth Miso

Narajima Atsushi, La mort de Tusitala Narajima Atsushi, La mort de Tusitala. Traduction du japonais Véronique Perrin. Un voyage entrepris en Océanie pour son climat bénéfique sur la tuberculose, conduit Robert Louis Stevenson jusqu’au rivage des îles Samoa en 1890. C’est là dans la beauté d’une terre bordée de vert tropical et de bleu des mers du Sud que l’auteur de l’Ile au trésor va passer les quatre dernières années de sa vie. Aux côtés de sa femme Fanny, les journées se partagent entre les travaux littéraires, le défrichage du domaine et la découverte de la culture et des paysages samoans. Seule ombre à ce tableau paradisiaque, la présence des Allemands, Américains et Anglais, qui ne pensent qu’à s’enrichir au mépris de l’intérêt des indigènes. Baptisé Tusitala « le raconteur d’histoires », Stevenson n’aura de cesse de dénoncer les bassesses des Blancs et d’afficher sa sympathie et son soutien au peuple samoan, notamment lors des troubles qui éclatent en 1893. Paru en 1942, ce roman mêle subtilement biographie et journal fictif qu’on croirait rédigé par Stevenson en personne. Rien d’étonnant à cela quand on sait quelles résonances intimes Nakajima Atsushi a pu trouver dans le parcours de l’écrivain écossais : même santé fragile, même conscience de leur mort prématurée, même détestation de leur éducation rigide, même goût pour les voyages et même volonté de mettre l’écriture au centre de leur vie. « [...] je reste convaincu que le roman est ce qu’il y a de plus grand ( de plus fort) dans la littérature. Il n’y a que le roman pour empoigner ainsi le lecteur, lui voler son âme, devenir son sang et entrer dans sa chair jusqu’à absorption totale. Ailleurs, on dirait qu’il reste toujours quelque chose qui n’a brûlé qu’à moitié. » Éd. Anacharsis, 170 p, 16 €. Élisabeth Miso

Autobiographies

Akira Mizubayashi Akira Mizubayashi, Une langue venue d’ailleurs. Préface de Daniel Pennac. «  Mon père a conduit mon frère au royaume de la musique. (...) Quant à moi (...) j’ai le sentiment d’avoir profité en tierce personne du face à face de mon père et de mon frère pour m’éveiller à la musique. Et c’est peut-être cette musique-là, que je ne pratique pourtant sur aucun instrument, qui m’a acheminé vers cette autre musique qu’est la langue française. Quand je parle cette langue étrangère qui est devenue mienne, je porte au plus profond de mes yeux l’image ineffaçable de mon père ; j’entends au plus profond de mes oreilles toutes les nuances de la voix de mon père. Le français est devenu ma langue paternelle.  »
C’est un hymne à l’amour filial, à l’amour de la musique, avant que d’être, par-dessus tous les autres, un hymne à une langue d’adoption. C’est l’histoire d’un Japonais venu, à 20 ans, faire ses études universitaires en France, à Montpellier, qui eut pour modèles deux grandes figures des Lumières - Rousseau et Mozart -, pour maîtres ; Jacques Proust, Starobinski, Genette, Althusser... ; qui rédigea son mémoire sur Rousseau, repartit pour le Japon, revint en France pour un deuxième séjour d’études, intégrant, en 1979, l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, épousa une Française, et depuis, a une fille et deux langues. À la trame autobiographique du récit - analyse singulière d’un parcours et d’un choix -, se mêlent des réflexions littéraires, la conscience aiguë d’une langue d’origine perdue dans sa pureté originelle, une passion, une détermination pour un apprentissage de la langue étrangère, le souci de la langue précise, de la parole juste - une obsession : « Comment dire ? » Avec ses vides à remplir, ses espaces à conquérir. Éd. Gallimard, coll. L’Un et l’Autre, 270 p. 21, 50 €. Corinne Amar.

Biographies

Nietzsche par Dorian Astor Dorian Astor, Nietzsche, Biographie. « Comment un jeune professeur, passionné par les Grecs et par Wagner, devient-il le philosophe le plus courageux de son temps, capable de dynamiter l’idée qu’on avait de toute croyance ? » L’auteur pose ainsi la question au « lutteur contre son temps », à l’homme, à l’œuvre, aux aveux de sa correspondance, aux textes inédits, en évoquant la vie de Nietzsche (1844-1900), depuis les jeunes années formatrices, à Pforta, décisives aussi. De l’élève brillant, doué d’une solide éducation classique et qu’il ausculte souvent, parce que sujet aux migraines, aux otites, aux congestions cérébrales, le médecin note dans le registre de l’infirmerie : « C’est un garçon énergique et robuste, au regard étonnamment fixe ; il est myope et souffre périodiquement de maux de tête. Son père est mort jeune d’un ramollissement cérébral, et l’enfant a été conçu tard, à une époque où le père était déjà malade. Aucun symptôme grave n’est visible, mais être attentif aux antécédents.  »
Aux années d’études, suit l’enseignement de la philologie, jusqu’en 1878, à l’université de Bâle ; il doit s’arrêter pour raisons de santé. Il publie La Naissance de la tragédie, son premier essai philosophique, il a 26 ans. Se lie d’amitié avec Richard Wagner avec lequel il finira par se brouiller. La solitude, vue comme une nécessité.
Sous la plume de Dorian Astor dont on connaissait déjà un Lou Andreas-Salomé (Folio Biographies, 2008) réussi, la vie de Nietzsche est un roman. La mère, la sœur, Élisabeth Förster-Nietzsche, y figurent assurément en bonne place, et la biographie se termine sur un échange de « bons sentiments » entre Élisabeth et un certain Hitler, alors chancelier. Éd. Gallimard, coll. Folio Biographies, n°74,Texte inédit, 414 p. 8,40 €. Corinne Amar

Jeunesse

Lettres à plumes et à poils Delphine Perret et Philippe Lechermeier, Lettres à plumes et à poils.
Présentation de l’éditeur : Album illustré pour les enfants (à partir de cinq ans). Cinq recueils de correspondances animales à l’humour décoiffant. Un corbeau xénophobe écrit des lettres anonymes aux poulets ; un escargot envoie des missives enflammées à une limace-top modèle, un renard flatte la mère d’une jolie poule grassouillette pour l’obtenir en mariage... Des textes percutants et hilarants dans lesquels on peut trouver une critique fine et intelligente des travers de notre société, et où Philippe Lechermeier réussit brillamment à explorer conjointement le langage parlé et l’écriture épistolaire. Les illustrations au trait de Delphine Perret renforcent l’humour frais et piquant de ces histoires pleines de charme.Éditions Thierry Magnier, 176 p. 9,80 €
(En librairie le 23 mars 2011). Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation La Poste

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