Fondation d'entreprise LA POSTE

Recherche

 

Dernières parutions avril 2011 Par Elisabeth Miso

 

Romans

Annie Ernaux, L’autre fille Annie Ernaux, L’autre fille . « Écrivez la lettre que vous n’avez jamais écrite.  », de cette invitation lancée par Claire Debru est née la nouvelle collection «  Les Affranchis » aux éditions Nil. Annie Ernaux dont on connaît la subtile intelligence à faire de l’intime un remarquable terreau littéraire, a choisi de relever ce défi épistolaire avec un texte destiné à sa sœur aînée. La romancière avait dix ans, un après-midi de l’été 1950, quand elle a surpris derrière l’épicerie-café de ses parents à Yvetot, sa mère dévoilant à une cliente l’existence d’une autre fille, décédée en 1938 à l’âge de six ans d’une diphtérie, deux ans et demi avant sa naissance. « [...] les phrases qui ont traversé toutes les années jusqu’à aujourd’hui, se sont propagées en un instant sur toute (s)a vie d’enfant comme une flamme muette et sans chaleur [...] », bouleversant la place d’enfant unique qu’elle croyait être la sienne. Désormais entre elle et ses parents se dressait Ginette, « l’enfant du ciel, la petite fille invisible » si gentille, si parfaite avec laquelle il lui était impossible de rivaliser. Elle n’a jamais parlé de l’absente avec ses parents, elle n’a pu qu’imaginer cette inconnue, se sentir étrangement reliée à elle et percevoir toute la densité de sa propre vie. Elle sait ce que l’écrivain en elle doit à cette ombre, à « cette absence d’être ou cet être fictif », au récit intérieur qu’elle a élaboré sur ce silence. « Je n’écris pas parce que tu es morte. Tu es morte pour que j’écrive, ça fait une grande différence. » Éd. Nil éditions, Collection « Les Affranchis », 80 p, 7 €.

Nicolas d’Estienne d’Orves, Je pars à l’entracte . Depuis l’un des plus grands paquebots du monde voguant vers New York, Nicolas d’Estienne d’Orves écrit à son ami d’enfance qui s’est suicidé en 2007. Inséparables, ils se sont construits en miroir, évoluant ensemble au gré de leurs passions réciproques. Adolescents, préférant ignorer les métamorphoses physiques qui s’opèrent en eux, ils écument les salles de concert classique et les cinémas du quartier Latin, avides de l’esthétique et de la profondeur des films de Bergman, Pasolini, Bresson ou Tarkovski. L’autre Nicolas mène la danse, tête pensante du duo. À l’âge adulte, les choses basculent, Nicolas d’Estienne d’Orves emprunte la voie de l’écriture tandis que son ami s’enfonce dans l’impuissance et l’amertume de ne pas donner à sa vie une épaisseur à la hauteur de ses ambitions créatives. L’auteur se retourne sur les années fastes de leur complicité et sur la descente aux enfers de ce double qu’il sent présent en lui tout le temps, mais dont il avoue être soulagé de ne plus avoir à porter l’insondable désespoir. « Tu es mort depuis deux ans, et depuis deux ans je respire mieux. Je respire mieux car tu ne respires plus. Je respire mieux car je ne te sens plus t’étouffer à chaque pas, te confire dans tes humiliations, suffoquer de rage, de dépit, d’aigreur, de frustrations. » Éd. Nil, Collection « Les affranchis », 80 p, 7 €.

Jacques Tournier, Maison de thé Jacques Tournier, La maison de thé . Une promenade dans un jardin initiatique près d’Amsterdam, une halte dans une maison de thé au bord d’un lac et toute l’étendue de votre vie se rappelle à vous. Dans la douceur de ce décor et de la présence de Hugo, le petit garçon de six ans qui l’accompagne, Jacques Tournier s’abandonne à ses souvenirs. Remontent à la surface, par petites touches légères, des images pénétrantes, l’émotion des rencontres, le trouble jamais rassasié face à la peinture ou à la musique. Venise découverte sous les grandes eaux puis parcourue sur les traces de Carpaccio. Paris et les quartiers de son enfance. À quatre-vingt huit ans, l’auteur se souvient de l’amour jamais éteint de sa mère pour son père mort quand il avait l’âge de Hugo. Il se souvient de la fraîcheur de Suzanne Flon qu’il croisait en voisin rue Vaneau. De Pierre Fresnay avec qui il avait collaboré à un ouvrage consacré à Yvonne Printemps. Il n’a pas oublié le ravissement, l’onde de choc éprouvée adolescent au son de la voix de la soprano Gabrielle Ritter-Ciampi, « ce miracle musical, où le corps lui-même s’efface » renouvelé plus tard avec Renée Fleming ou la Callas. Il entend encore Gérard Philippe lui confier la forte impression laissée par cette phrase du vieux roi dans Tout est bien qui finit bien : « À tout ce que j’entreprends désormais se mêle un bruit secret, le pas du temps. » Il revoit la joie de son amie Barbara en tournée, la force de l’amour partagé avec son public qui la fit s’évanouir un soir de triomphe à Bobino. Il évoque sa proximité avec l’univers de George Sand, de Carson McCullers dont il fut le biographe. Traducteur de Gatsby le Magnifique et de Tendre est la nuit, il voue une affection sincère à la famille Fitzgerald et plus particulièrement à Scottie la fille, disparue trop tôt, qui lui a ouvert l’intimité de la splendeur et du naufrage de ses parents. Éd. Seuil, 90 p, 13 €.

Journaux

Vivianne Forestier, Rue de Rivoli Viviane Forrester, Rue de Rivoli. Journal 1966-1972. « Je ne vis que pour écrire et tout ce qui n’y tend pas me semble mort et coupable. » Dès l’âge de trois ans, Viviane Forrester se savait écrivain et dans ce journal qui coïncide avec les années où elle commence à publier, elle examine son désir d’écriture et son exploration des territoires littéraires pour y accéder. La petite fille qui se laissait envoûter par les récits que lui soufflait sa mère grande lectrice, « l’enfant brune qui s’ennuyait au fond d’un jardin vert foncé », l’adolescente traquée sous l’Occupation qui privée de scolarité se nourrissait des mots des autres, de toutes ces vies qui s’offraient à elles dans les bibliothèques de Pau ou de Madrid, d’aussi loin qu’elle se souvienne tout en elle appelait la compagnie des livres. Sa reconnaissance est immense quand elle trouve chez un auteur un écho à sa quête personnelle. De Beckett, elle dit ainsi « Il avait rejoint le point que je cherchais. Une fois encore (si rare) j’étais moins seule. Quelqu’un avait cherché pour moi, à ma place. Était allé plus loin qu’il n’est possible. Être un livre. Être cette sorte d’être. » Elle a suivi Proust, Woolf, Flaubert, Shakespeare, Kafka, Faulkner, Joyce, dans la seule aventure qui vaille la peine à ses yeux, celle de penser. La finesse de ses réflexions sur la complexité des sentiments humains mis à l’œuvre par Malcolm Lowry dans Au-dessous du volcan en dit long sur l’impact de la littérature sur sa vie. Un soir qu’elle devisait avec Octavio Paz à Venise sur les raisons qui les poussaient à écrire, n’a-t-elle pas répondu « Pour mourir un peu moins. » Si les années 1966-1972 marquent pour Viviane Forrester le passage officiel au statut d’écrivain, elles inaugurent aussi le temps du délitement du couple qu’elle forme avec le peintre John Forrester. Dans leur appartement de la rue de Rivoli, face aux statues du Louvre, la passion amoureuse et intellectuelle pour cet artiste dont elle admire tant l’indépendance d’esprit cède peu à peu la place au désenchantement, à l’impossibilité d’être ensemble. Éd. Gallimard, Blanche, 258 p, 19,50 €.

Histoire

Christian Boyer, 12 lettres Christian Bouyer, 12 lettres qui ont changé l’histoire. Charles Bouyer, spécialiste du XVIIe siècle français, revisite douze lettres, lettres politiques de notoriété publique ou missives de la vie privée, représentatives selon lui du passionnant éclairage que peut apporter une correspondance sur l’histoire de son temps, sur l’imbrication entre les événements relatés qui concernent directement l’expéditeur et son destinataire et la Grande Histoire. Chaque lettre présentée est l’occasion de restituer le contexte historique dans lequel elle a été rédigée. Louis XVI dans sa convocation des États généraux en 1789 y côtoie le maréchal de Mac-Mahon démissionnaire en 1879, l’officier français Planat de la Faye narrant la campagne de Russie en 1812 et l’occupation de Moscou par l’armée napoléonienne ou le poilu Georges Gallois pris dans l’horreur de Verdun. Dans sa lettre à Gabrielle d’Estrées qu’il souhaite imposer comme épouse royale, on décèle déjà les amours contrariés pour des raisons d’état d’Henri IV. Le 16 octobre 1793 dans l’humidité de sa cellule de la Conciergerie, Marie-Antoinette qui sait ses heures comptées s’adresse pour la dernière fois à sa belle-sœur, pendant que dehors la République se bat contre la menace de la coalition formée par les monarchies européennes. Madame de Sévigné, figure culturelle incontournable du Grand Siècle, rend compte à son cousin Coulanges avec sa virtuosité habituelle qui lui vaut une solide réputation de fine épistolière, de la surprenante annonce du mariage de la duchesse de Montpensier avec le comte de Lauzun. Enfin avec le fameux « J’accuse » de Zola, qui met en cause ouvertement les plus hautes personnalités de l’État-major dans l’Affaire Dreyfus, Christian Bouyer revient sur l’effet explosif que provoqua sur l’opinion publique la publication le 13 janvier 1898 de cette lettre dans le journal L’Aurore. Éd. Pygmalion, 340 p, 19,90 €.

Correspondances

René Char et Zao Wou-Ki René Char - Zao Wou-ki, Effilage de jute . Préface de Dominique de Villepin. Le manuscrit original de René Char, enluminé par Zao Wou-ki avait été tiré à 100 exemplaires, en 1980. Trente ans plus tard, une édition dans la collection NRF Poésie / Gallimard, en format poche, lui consacre une nouvelle existence : les poèmes manuscrits de Char y alternent avec les enluminures de Zao Wou-ki. S’ajoute à cette édition, des Lettres en chemin ; une correspondance entre le poète et le peintre, entre 1966 - Char a reçu un tableau de Zao Woo-Ki et le remercie chaleureusement - et 1980, alors que leur projet s’est concrétisé : « 17 mai 1980, Cher Zao Wou-Ki, Je vous envoie en un paquet expédié en lettre le manuscrit de Effilage du sac de jute, avec ici et là des indications au crayon, à gommer au fur et à mesure que vous en prendrez connaissance. [...] Je suis profondément heureux de notre collaboration. Que les augures nous soient favorables », écrit René Char.
Dès les années soixante, René Char (1907-1988) a atteint sa pleine maturité poétique, à sa manière, il rend hommage aux poètes et aux peintres qui l’ont accompagné et nourri. Zao Wou-Ki, lui, issu d’une famille de grands lettrés, né à Pékin en 1921, formé à l’étude et la calligraphie, puis à la peinture chinoise et occidentale, installé à Paris, en 1948, connaît de grandes collaborations artistiques avec Malraux, Michaux...
On apprend que des « chagrins respectifs » les avaient maintenus en contact, dans une estime, réciproque, un échange régulier de nouvelles et de cadeaux (dessins, gravures, lithographies, lavis, pour Zao Wou-Ki ; choix de poèmes pour Char), retardant leur désir de faire, ensemble, quelque chose. Ils ont le souci de faire non pas un livre illustré, mais davantage un livre de dialogue. Éd. Gallimard, 128 p. 6, 70 €. Corinne Amar.

Mémoires

Paule Du Bouchet, Emportée Paule Du Bouchet, Emportée. Récit . L’héroïne s’appelle Tina Jolas. Ethnologue, elle était l’épouse du poète André du Bouchet. C’est la mère de l’auteur. Elle évoque la « désentente amoureuse  » de ses parents, mais surtout, en 1957, la foudre qui s’abat sur la famille, sur son père, ami de René Char, son aîné de vingt ans, sur sa mère, qui tombe éperdument amoureuse de Char, sur elle, petite fille de 6 ans qui voit sa mère lui échapper, partir finalement.
« Je ne peux parler de ma mère sans évoquer les contours d’un paysage étrange qui me constitue. Celui que, parfois en toute conscience, parfois sans le savoir, je cultive comme un jardin secret. Celui de la disparition. » Dès lors, l’enfant vit dans l’effondrement d’avoir perdu sa mère tout entière vouée à sa passion pour un homme, un grand poète, loin de Paris. Alors, dans les fureurs du secret et des tempêtes, elle prie pour qu’il disparaisse. Ainsi, pense-t-elle récupérer sa mère. Mon Dieu, faites qu’il meure. Il ne mourait pas, et il était le Dieu de ma mère. Leur liaison - ils ont échangé près de six mille lettres - ce secret d’amour durera trente ans. Des lettres de Tina à sa meilleure amie, reproduites ici, ajoutent à la confession ; portrait en filigrane de la mère et, par là-même, de sa fille.
René Char meurt en 1988, après avoir épousé une autre femme. Un drame pour Tina. Elle, est emportée par un cancer en 1999. Ses lettres qu’elle adressait sont les mots du bonheur radieux, inconditionnel, et ceux des tumultes de son amour pour Char. C’est intense, ces lettres d’amour et de passion pour un homme, tout ce qu’elles disent, et aussi, ce qu’elles questionnent. « Pourquoi ? ». Elle recopiait des poèmes, elle remplissait des pages, elle s’interrogeait. L’amour échappe au pourquoi. Éd. Actes Sud, 111 p. 15. Corinne Amar

Abonnez vous à notre Lettre d’information,
FloriLettres

Chaque mois, recevez gratuitement la revue culturelle de la Fondation La Poste consacrée à l’actualité littéraire et au patrimoine de la correspondance.
Pour s’inscrire, cliquez ici
Le lien "s’abonner" est obsolète. > s'abonner

A la une

Le Prix « Envoyé par La Poste » 2016 remis à Thierry Froger

30 août 2016 - Thierry Froger remporte le Prix « Envoyé par La Poste » pour son livre Sauve qui peut (la révolution),lire la suite

Les actions

Les actions de la Fondation La Poste 2015

La Fondation La Poste qui se veut à la fois culturelle et sociale a pour objet de soutenir l’expression écrite - dans la mesure où s’y incarnent les valeurs communes au Groupe La Poste - et en particulier la confiance, la solidarité, la proximité et l’innovation. Ainsi, elle encourage plus précisément avec un souci de la qualité et avec éclectisme : l’écriture épistolaire, l’écriture vivante et novatrice, l’accès à l’écriture sous ses diverses formes… lire la suite