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Entretien avec Valérie Mréjen
Propos recueillis par Nathalie Jungerman

 

Valérie Mréjen Valérie Mréjen
© Valérie Mréjen-Mazéas

Valérie Mréjen est romancière, plasticienne, vidéaste et cinéaste, ancienne pensionnaire de la Villa Médicis et de la Villa Kujoyama.
À travers la diversité des supports qu’elle travaille, Valérie Mréjen explore le langage et ses conventions pour mettre en avant la vacuité des discours et les vérités qui, parfois, en échappent. Les formes courtes qu’elle réalise s’inspirent du quotidien pour questionner notre rapport à l’autre. Elle prolonge ces interrogations dans deux longs métrages documentaires. Dans Pork and Milk (2006), elle part à la rencontre d’hommes et de femmes issus de la religion juive ultra-orthodoxe qui ont rompu avec leur communauté et met à jour les souffrances liées à cette nécessaire émancipation. Valvert (2010) est une promenade documentaire au sein d’une institution psychiatrique marseillaise. Au gré des rencontres, la réalisatrice y saisit les moments décalés nés des interactions entre le personnel et les patients.

Vous êtes l’invitée de la 4e édition du festival Cinéastes Affranchis. Le 27 mai, vous présenterez une performance autour de la lettre filmée. Quelques mots sur cette création ?

Valérie Mréjen Comme c’est un festival qui s’adresse avant tout à des lycéens, j’ai eu envie d’imaginer une variation sur la lettre de motivation, exercice auquel ils seront sans doute confrontés dès la fin de leurs études. C’est une chose qui m’a toujours semblé très difficile, à la limite de l’absurde. J’ai aussi envie de reproduire un geste très typique que l’on voit beaucoup dans les films : un personnage rédige le début d’une lettre mais ne trouve pas les bonnes formules, et froisse au fur et à mesure des feuilles de papier qui s’accumulent en boule à ses pieds.

Dans vos films ou dans vos livres, courts et précis, se dessinent des histoires simples qui abordent l’anecdotique, l’enfance et ses souvenirs, les lieux communs, l’incompréhension et les mésententes... Des situations quotidiennes présentées avec ce parti pris de la brièveté, de la concision, du fragment qui sont comme un extrait, un concentré des relations humaines, de leur absurdité, et de leur cruauté aussi...

V. M. Oui, on y retrouve d’ailleurs l’idée de l’adresse, même si dans mes vidéos je n’ai jamais directement abordé le thème de l’épistolaire. Il y était plutôt question de personnes cherchant à communiquer, à s’adresser l’une à l’autre, à entrer en contact. Mais avant cela j’avais réalisé plusieurs séries de collages à partir de noms découpés dans l’annuaire et qui reprenaient la forme de cartes postales de vacances ou de petites annonces. Je crois que ce qui m’intéresse particulièrement, dans la lettre et son utilisation au cinéma ou dans la littérature, est son double statut, intime et collectif : un moyen privé et exclusif de se dire des choses, et en même temps un moyen codifié, où l’on reprend malgré soi, sans forcément s’en rendre compte, des formules qui appartiennent à tout le monde. C’est bien sûr encore plus vrai dans les cartes postales.

L’importance de la langue, de la parole, des mots, de leur sens et de leur non-sens, des registres du langage (jeu avec les phrases toutes faites) dans votre écriture littéraire et cinématographique...

V. M. Je trouve que rien n’est plus beau que d’arriver à formuler ses sentiments, à transcrire en paroles ce qu’on éprouve et à faire passer, par exemple dans une scène de film, une émotion à travers ce que disent les personnages. Inversement, la parole « vide de sens » ou désinvestie, dans la vie, est pour moi fortement anxiogène. Il m’est arrivé, par exemple, de me sentir vraiment mal lors de réunions où les gens parlaient littéralement pour ne rien dire... J’ai ainsi commencé à tenter de détourner ces formules toutes faites pour en souligner la platitude et une forme de comique, tout en me les appropriant finalement (force était de constater que ces formules, je les utilisais aussi, même si je voulais en montrer les limites), pour commencer à me diriger vers une écriture plus chargée de contenue et d’affects, comme dans le scénario de ce premier long métrage tout récemment co-réalisé avec Bertrand Schefer, En ville.

Depuis Pork and Milk, vous vous dirigez vers un principe de travail qui diffère de la série de courtes vidéos que vous avez réalisées...

V. M. Oui, au bout d’un moment il est bon de changer de cap pour éviter de s’installer dans une méthode et des formes qui risquent de nous entraîner vers la répétition. Après Pork and Milk j’ai réalisé un autre documentaire, Valvert, sur un hôpital psychiatrique, et là aussi cela a été une expérience nouvelle et pleine d’enseignements.

Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez en ce moment ?

V. M. Maintenant que ce premier long métrage (En Ville) est terminé, nous travaillons, toujours avec Bertrand Schefer, à l’écriture d’un deuxième. Nous sommes également en train de finir de monter un court métrage tourné à Tokyo en décembre dernier sur le quartier de Shibuya, et plus particulièrement les Shibuya girls. Ce sera entre le documentaire et le journal filmé, un portrait de groupe assez contemplatif avec des gens filmés dans la rue.

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