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Edito du 7 février 2001

La lettre d’amour

Au commencement du genre épistolaire était l’amour, explique Philippe Brenot dans sa pénétrante étude De la lettre d’amour. On peut évidemment contester ce point de vue, les plus anciens courriers recueillis sur des fragments d’argile étant plutôt de nature comptable. Oui, mais en tant que genre littéraire, Philippe Brenot a raison, et il en voit le début dans les Lettres de Pierre Abélard et de son amante Héloïse. Héloïse, dont on fête justement cette année le neuf centième anniversaire...
Et l’un des premiers recueils de lettres d’amour, note-t-il encore, est en 1642 le Nouveau recueil de lettres de dames tant anciennes que modernes de François de Grenaille, qui reprend des lettres d’Héloïse. A l’époque, note de son côté Roger Duchêne, la lettre était encore considérée comme un apanage masculin. Brenot a même doublement raison. Car l’amour est toujours, manifestement, le grand ressort de l’épistolaire. L’auteur a fait son enquête : seuls 4% des hommes et 8,7% des femmes "n’ont jamais écrit de billet amoureux" !
Et, par ailleurs, la lettre peut devenir un besoin presque plus grand que l’amour qui en est le prétexte : que l’on songe aux dix-huit mille ( !) lettres de Juliette Drouet à Victor Hugo, ou encore - exemple non cité par Brenot - aux pleurnicheries de Kafka à Felice Bauer. Kafka, qui se plaint à la fois du manque de temps pour écrire son oeuvre, mais en trouve chaque nuit pour écrire à Felice... Mais trouvera tous les prétextes possibles pour éviter une rencontre physique qui se révélera désastreuse ! Son amour, comme celui, plus tard, pour Milena Jesenska, n’était, ne pouvait qu’être épistolaire. "Les amants, nous dit Philippe Brenot en conclusion de son ouvrage, ont besoin de la lettre pour s’aimer et entretenir le désir." Sylvain Jouty Roger Duchêne, La lettre : genre masculin et pratique féminine.
Philippe Brenot, De la lettre d’amour. Zulma, "Grain d’orage", 2000, 137 p., 49 F.

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Sylvain Jouty,Queen Kong, Fayard, 2001, 249 p. 110 F.

Nouvelliste et romancier, Sylvain Jouty a publié plusieurs romans et notamment L’odeur de l’altitude, (Grand prix du livre de montagne 1999) et Voyages aux pays épanouis, récits, 2000, chez Fayard. Il vient de publier chez Fayard Queen Kong, un recueil de nouvelles dont certaines ont déjà fait l’objet d’une prépublication dans des revues ou anthologies.