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Dernières parutions été 2011 Par Elisabeth Miso

 

Mémoires

Ernest Hemingway, Paris est une fête Ernest Hemingway, Paris est une fête . Traduction de l’anglais (États-Unis) Marc Saporta. Édition de Seán Hemingway, avant-propos Patrick Hemingway.
« Découvrir tout ce monde nouveau d’écrivains, et avoir du temps pour lire, dans une ville comme Paris où l’on pouvait bien vivre et bien travailler, même si l’on était pauvre, c’était comme si l’on vous avait fait don d’un trésor. » À l’automne 1956, l’hôtel Ritz invite Ernest Hemingway à reprendre possession des deux malles-cabines qu’il a laissées derrière lui en 1928. Leur contenu, des livres, des pages de roman, des carnets de notes du Soleil se lève aussi et des coupures de presse, réactive le souvenir nostalgique de sa vie parisienne dans les années 1920. Dès l’été 1957, « Papa » s’attelle à la rédaction des « Vignettes parisiennes », traces autobiographiques de sa jeunesse bohême publiées posthumes en 1964 sous le titre Paris est une fête. Cette nouvelle édition reproduit les manuscrits originaux inachevés, augmentés de « vignettes » et de fragments inédits. L’auteur américain évoque cette période exaltante, où journaliste il caresse l’ambition de devenir romancier. Il travaille dur attablé à la Closerie des Lilas ou perché dans sa chambre sous les toits, s’efforçant de débarrasser son style de toute tournure superflue. Il écoute les recommandations de Gertrude Stein, mais dans son for intérieur, il pressent déjà que quelque chose est à l’œuvre. « Ne t’en fais pas. Tu as toujours écrit jusqu’à présent, et tu continueras. Ce qu’il faut c’est écrire une seule phrase vraie. Écris la phrase la plus vraie que tu connaisses. » se convainc-t-il pour ne pas se décourager. Il dévore les écrivains russes, Tourgueniev, Tchekov, Dostoïevski, Tolstoï, qu’il se procure dans la librairie-bibliothèque de Sylvia Beach, lieu de passage des intellectuels et des artistes anglophones. Il arpente Paris, aime à se restaurer chez Lipp dès qu’il a un peu d’argent et même la faim ne peut entamer son enthousiasme pour cette ville fascinante, bouillonnante d’audace et de créativité, où il peut se lier avec des êtres aussi stimulants que James Joyce, Ezra Pound, Jules Pacsin, Evan Shipman ou Scott Fitzgerald. L’amour irradie également ces Mémoires, avec les figures de ses deux premières femmes Hadley et Pauline. Éd. Gallimard, Du monde entier, 320 p, 19,50 €.

Romans

Siri Hustvedt, Un été sans les hommes Siri Hustvedt, Un été sans les hommes. Traduction de l’anglais (États-Unis) Christine Le Bœuf. Mia professeur quinquagénaire de littérature à l’université de Columbia et poétesse, traverse une brève crise psychotique quand son mari Boris, neuroscientifique, lui annonce qu’il veut faire une pause après trente ans de mariage. En fait de pause, scénario des plus classiques, Boris a succombé au charme d’une femme beaucoup plus jeune. Mia quitte Brooklyn pour son Minnesota natal, et loue pour l’été une maison dans la petite ville de Bonden où réside sa mère octogénaire. Là, elle anime un atelier de poésie pour sept adolescentes, se lie d’amitié avec sa voisine une jeune mère au foyer perturbée par ses querelles de couple, emplit un cahier de ses souvenirs sexuels, échange quelques lettres avec Boris ou sa fille Daisy, passe de délicieux moments avec sa mère et ses quatre attachantes amies de la maison de retraite, toutes veuves épanouies libérées d’un quotidien conjugal aliénant, et panse doucement ses plaies. Avec ironie et tendresse, elle se contemple à distance et prend le temps d’une introspection bénéfique. « Après tout, nous ne pouvons, nul d’entre nous ne peut jamais démêler le nœud des fictions qui composent cette chose incertaine que nous appelons notre moi. » Sur la trame d’un banal adultère, la romancière brode une subtile réflexion sur la féminité à travers les différents âges de la vie et sur les violences sourdes faites aux femmes dans nos sociétés patriarcales. Livre après livre, nourrie de littérature, de philosophie et de neurosciences, Siri Hustvedt distille avec érudition une curiosité inassouvie pour les mouvements mystérieux de la pensée, de l’imaginaire, pour notre capacité à nous réinventer en permanence, pour l’insondable complexité des ressorts psychiques qui font de nous ce que nous sommes. Éd. Actes Sud, 216 p, 18 €.

Mémoires

Adrien Gombeaud, Une blonde à Manhattan Adrien Gombeaud, Une blonde à Manhattan. En 1955 Marilyn Monroe, fraîchement divorcée de Joe DiMaggio, lasse des rôles de blonde évaporée à la sensualité affolante que lui propose Hollywood, aspire à donner à son travail d’actrice et à sa vie une dimension plus intellectuelle. New York lui semble la ville idéale où concrétiser ses rêves de métamorphose. Elles suit les cours de l’Actors Studio, fonde sa propre maison de production. Bob Stein, rédacteur en chef du magazine féminin Redbook, qui souhaite attirer des lectrices plus jeunes, a l’idée d’un portfolio sur la star. Marilyn Monroe s’y montrerait sans fard, saisie au quotidien comme jamais, dans l’intimité de sa renaissance new-yorkaise ; modèle et magazine livreraient ainsi une certaine vision de la modernité, « Jeune comme cette Amérique qui, dans ces années-là, réinvente l’idée même de la jeunesse. » Stein confie la prise de vue à Edwin Feingersh, un des photo-reporters les plus en vogue du moment, connu pour ses reportages de guerre, en quête perpétuelle de plus de réalisme, d’authenticité, de vitesse et d’instantanéité. À cette époque la télévision n’a pas encore envahi les foyers américains, la presse magazine règne, formidable fenêtre ouverte sur le monde, New York rayonne avec des titres aussi prestigieux que Life, Newsweek, Look ou Vanity Fair. Feingersh suit Marilyn pendant une semaine, dans le métro, sur la terrasse de l’hôtel Ambassador, dans son dressing, au bar du Costello’s où il a ses habitudes, de Lexington Avenue au Madison Square Garden. Les photographies devenues mythiques, notamment celle où la star sculpturale dans une robe en lamé, asperge son décolleté de Chanel n°5, disparaissent pendant trente ans et le nom de leur auteur avec elles, avant de refaire surface, exhumées d’un hangar de Brooklyn en 1987 par le collectionneur Michael Ochs. Troublé par la magie de ces images et par ce photographe tombé dans l’oubli, le critique de cinéma Adrien Gombeaud mène l’enquête. Ed Feingersh sort de l’ombre et le temps d’une rencontre fugace, deux êtres alors au sommet de leur art qui ne savent pas encore qu’il leur reste moins de dix ans à vivre, tous deux bientôt rattrapés par leurs démons, échangent dans une « sorte de pacte inconscient » un peu de leur vérité nue. Éd. Le Serpent à Plumes, 215 p, 19 €. En parallèle de la publication de cet ouvrage, une exposition des clichés de Feingersh se tient jusqu’au 7 octobre, à la Maison des États-Unis (3 rue Cassette 75006 Paris).

Luis Sepulveda, Histoires d’ici et d’ailleurs Luis Sepúlveda, Histoires d’ici et d’ailleurs . Traduction de l’espagnol Bertille Hausberg. Alors qu’il consulte de vieux documents stockés dans des cartons, Luis Sepúlveda tombe sur un reportage relatant son retour au Chili en 1990 après quatorze ans d’exil. À l’époque, frappé par l’innocence de cinq enfants du quartier pauvre de La Victoria à Santiago, immortalisés sur un cliché d’une amie photographe, il convainc cette dernière de partir sur leurs traces et de les photographier à nouveau huit ans plus tard au même endroit. Le temps écoulé entre les deux photographies pourrait faire l’objet d’un récit. La mort d’un des membres du quintette, abattu à l’âge de quinze ans pour avoir dérobé de quoi nourrir sa famille, oriente le projet vers un constat amer des ravages de la dictature et de cet oubli prôné par le nouveau gouvernement au nom de la réconciliation nationale. Depuis bien sûr, le désir de justice a été entendu, nombreux sont les tortionnaires à avoir été condamnés mais le pouvoir financier a généré d’autres dérives. Un repas d’anniversaire d’un ami d’adolescence ex-commandant guérilléro sous le régime de Pinochet, l’honneur d’Allende et de sa garde rapprochée à La Moneda, le souvenir d’une flasque de rhum partagée avec un compagnon de la brigade internationale Simón Bolívar au Nicaragua, au fil d’histoires qui s’égrènent d’Europe en Amérique Latine, des visages du passé et du présent surgissent L’écrivain rend ici hommage à ses frères insoumis, à tous ces « héros fragiles » vivants ou morts qui comme lui ont connu la défaite, se sont battu avec courage et dignité pour la démocratie chilienne. L’auteur du Vieux qui lisait des romans d’amour revient également sur la genèse de son premier roman. En 1978 au début de ses années d’exil, il séjourne en Équateur parmi les indiens Shuars, une nuit d’orage il est hébergé par un vieux Blanc qui vit seul au milieu de la forêt amazonienne et qui a pour seule richesse quelques romans d’amour qu’il parcourt le soir à la lueur d’une lampe à carbure. Un jour d’orage sur la côte croate en 1987, le vieil exilé lui apparaît : «  Le vieux était un exilé et il s’est mis à me raconter mon propre exil ». Éd. Métailié, 160 p, 17 €.

Benjamin Hoffmann, Père et fils Benjamin Hoffmann, Père et fils. C’est le récit d’un fils dont le père est en train de mourir, c’est le journal commencé d’une déclaration d’amour d’un fils à son père, qui s’achève un mois plus tard. « 18 mars, au matin, Hier la nouvelle est tombée : mon père est alité dans un manoir obscur. (...) 9 avril, Le manque de mon père n’est pas indicible : mille fois le jour, aux objets et aux bêtes, à la solitude d’une chambre ou à l’espace d’un parc, je déclare malgré moi : « Papa est mort. » (...) Oui, j’envie ceux qui ont encore le loisir de dire « Papa », ceux qui peuvent demander conseil, ceux qui ont la protection d’un être sur qui ils peuvent compter. » C’est un récit bref ; les mots importent, font des phrases, des fragments de vie, datés, en même temps qu’ils échappent au temps : conjurer la mort, différer sa proximité, tout est là. Les allées et venues à l’hôpital, les dialogues possibles encore, les souvenirs - comment retenir tout de l’autre encore vivant, comment décrire la vie de l’autre, quand elle décline en lui aussi vite qu’une peau de chagrin ? Le narrateur écrit, pendant qu’autour de lui, on pense « enterrement », « incinération », « plaque numérotée  », il sait qu’il veut réussir cela : « un beau texte et que mon père vienne y reposer ». Un livre mieux qu’une pierre tombale. C’est un portrait du père et un portrait, en filigrane, du fils ; la douceur des sentiments, la souffrance du manque, la nostalgie violente, irrémédiable du monde d’avant ; l’équilibre détruit. À partir de là, regarder l’autre et ne plus pouvoir s’empêcher de penser : « Et toi, tu as encore ton père ? » Parce que, à partir de là, nécessairement, plus rien n’est pareil : on n’est plus comme les autres qui ont deux parents. Éd. Gallimard, L’Arpenteur, 116 p. 12 €. Corinne Amar.

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