Fondation d'entreprise LA POSTE

Recherche

> Edition du 7 février 2007
Accueil > Correspondance > Nouvelles publications > A la Une, Neuf siècles d’Héloïse

A la Une, Neuf siècles d’Héloïse

édition du 7 février 2001

abelard

Pas de doute : ce sont les amants les plus célèbres de l’histoire et de la littérature ; car Tristan et Yseult, leurs contemporains, sont des personnages de fiction. Les amours tragiques d’Héloïse et de Pierre Abélard ont inspiré Le roman de la Rose, Voltaire, Rousseau, le thème a irrigué non seulement les territoires du roman, mais aussi ceux de la poésie, du théâtre, de l’opéra... Qui ne connaît les vers de Villon : Où est la très sage Héloïse
Pour qui fut châtré puis fait moine
Pierre Abélard à Saint-Denis ?
Pour son amour eut cette essoine.
Histoire frappante, donc. Pierre est un brillant professeur de philosophie, célèbre, écouté. Vers 1616 (il a 37 ans), il tombe amoureux de sa jeune élève Héloïse, nièce du chanoine Fulbert. Pierre dit simplement qu’il s’agit d’une "jeune fille" et sa date de naissance officielle, 1101, n’est que conjecturale, ce qui nous autorise, après tout, à la fêter à la saint Valentin. Il l’épouse puis la fait se retirer dans une abbaye afin que le mariage demeure secret. Fulbert, qui se croit joué, se venge cruellement. Pierre lui-même raconte sa triste aventure dans la longue lettre qu’il écrivit à un ami, connue aujourd’hui sous le nom d’Histoire de mes malheurs : Une nuit, pendant que je me reposais chez moi [...], ils me firent subir la plus barbare et la plus honteuse des vengeances, vengeance que le monde entier apprit avec stupéfaction : ils me tranchèrent les parties du corps avec lesquelles j’avais commis ce dont ils se plaignaient.
Les deux amants se retirent au couvent. Bien des années plus tard, Héloïse a l’occasion de lire L’Histoire de mes malheurs, et écrit à Abélard sa première lettre : A son maître, ou plutôt à son père ; à son époux, ou plutôt à son frère ; sa servante, ou plutôt sa Fille ; son épouse, ou plutôt sa soeur ; à Abélard, Héloïse. L’amour ne s’est pas éteint, il s’est transmué. Cette correspondance demeure, selon Etienne Gilson, "un document humain d’une richesse et d’une beauté telles qu’on peut à bon droit le ranger parmi les plus émouvants de la littérature universelle". Sa faveur ne se dément pas puisque, à l’occasion de ce neuf centième centenaire sont parus romans, biographies, traductions nouvelles... sans oublier l’opéra d’Ahmed Essyad créé par l’Opéra du Rhin. Et l’histoire n’est peut-être pas finie : en 1974, un érudit a découvert à la bibliothèque municipale de Troyes un manuscrit intitulé Ex Epistolis Duorum Amantium, qui contiendrait des lettres d’Héloïse et d’Abélard jusque là inédites... S.J.

audouard

Yvan Audouard, Adieu mon unique. Gallimard, 392 p., 120F. Le dernier roman consacré au couple. Pierre Béranger, dit Abélard, Histoire de mes malheurs. La célèbre lettre autobiographique de Pierre. Traduction M.R. Labbé, postface Jérôme Vérain. Mille et une nuits, 10F. Michael T. Clanchy, Abélard. La biographie de celui qui fut aussi un grand philosophe, par un médiéviste britannique. Flammarion, "Grandes Biographies", 2000, 487p., 159 F. Régine Pernoud, Héloïse et Abélard. Albin Michel, 1998, 299 p., 120F. Etienne Gilson, Héloïse et Abélard. Vrin, 1997, 212 p., 71 F. L’ouvrage classique d’un grand maître. Etienne Wolff, La lettre d’amour au Moyen Age : Boncompagno da Signa, La roue de Vénus ; Baudri de Bourgeuil, Poésies ; Manuscrit de Tegernsee, Lettres d’amour ; Manuscrit de Troyes, Lettres de deux amants (Héloïse et Abélard ?). Sauf erreur la seule traduction française du manuscrit de Troyes. Editions Nil, "le Cabinet de curiosités", 1996, 110F. Héloïse et Abélard, opéra d’Ahmed Essyad, livret de Bernard Noël, direction musicale Günther Neuhold, mise en scène Stanislas Nordey. Théâtre du Châtelet, 1, place du Châtelet 75001 Paris, tél. 01 40 28 28 40, du 16 au 22 mai 2001. La première lettre d’Héloïse Lettre d’Héloïse à Abélard, poème de Pope, traduction française de 1758. Le site Abélard, (en allemand, nombreux textes en latin, quelques-uns en français)