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Entretien avec Olivier Chaudenson
Propos recueillis par Nathalie Jungerman

 

Olivier Chaudenson,photo©NJ 4 Olivier Chaudenson, septembre 2011
© Photo N. Jungerman

En tant que directeur adjoint d’Argos-Culture, agence de création et de conseil, Olivier Chaudenson a conduit jusqu’en 2002 de nombreuses missions de conseil en matière culturelle ou d’organisation d’événements pour des collectivités territoriales et pour le ministère de la Culture.

En 1999, il crée avec l’écrivain Olivier Adam Les Correspondances de Manosque, festival littéraire qu’il dirige depuis lors. En 2005, il fonde le premier réseau littéraire des événements et festivals (RELIEF). Il a également été membre de la commission roman du Centre National du Livre de 2006 à 2008.

En 2009, il est nommé directeur artistique du premier festival littéraire de la Ville de Paris : Paris en toutes lettres. Il est également conseiller littéraire pour Marseille-Provence 2013, Capitale européenne de la Culture.

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La treizième édition des Correspondances Manosque La Poste aura lieu comme chaque année à la fin du mois de septembre (du 21 au 25 septembre 2011) après la période des festivals d’été. Un choix délibéré pour coïncider avec la rentrée littéraire ?

Olivier Chaudenson À l’origine, ce choix répondait à deux souhaits. Le premier était une préoccupation d’ancrage local : se situer en dehors de la haute saison touristique pour s’adresser d’abord aux habitants de Manosque et de sa région. Le deuxième, en effet, était l’envie de coïncider avec la rentrée littéraire pour donner notre regard sur cette actualité très dense.

Les Correspondances, festival de littérature contemporaine, offrent un dialogue avec différentes disciplines artistiques et entretiennent également un lien avec la lettre, la forme épistolaire. Est-ce que l’originalité du festival se situe dans les différentes acceptions du terme de correspondance ?

O. Ch. C’est exactement son cœur. On a voulu caractériser ce festival en partant du terme de « correspondances ». En premier lieu, cela évoque évidemment l’épistolaire qui, avec le dispositif des « écritoires », est très présent dans le festival. Conçues par des plasticiens mais aussi des commerçants ou des associations, ces installations mettent à disposition du matériel d’écriture - papier, enveloppe, stylo - et formulent une proposition très simple : prenez le temps d’écrire, à qui vous voulez, artiste, ami, famille... Prés de 15.000 lettres sont ainsi envoyées durant le festival. Par ailleurs, l’épistolaire est présent à travers nos grandes lectures de comédiens bien souvent conçues à partir de correspondances littéraires. Pour le reste, nous nous laissons inspirer par l’idée de « correspondances baudelairiennes » : croiser des textes, faire correspondre un texte et une autre forme de création.
Ainsi, le mariage avec la musique s’est avéré naturel. Dès la première édition en 1999, Jacques Higelin était venu pour son livre Lettres d’amour d’un soldat de vingt ans. Et sa lecture est devenue musicale puisqu’il passait du texte à la musique, du livre à ses chansons. C’était une forme très libre qui montrait bien tous les dialogues possibles entre texte et musique. La deuxième année, Serge Teyssot-Gay, le guitariste de Noir Désir, avait mis en musique La Peau et les os de Georges Hyvernaud... Cette volonté d’ouvrir à d’autres expressions s’est donc inscrite dès l’origine du festival. La musique vient souvent éclairer un texte, l’illustrer, le faire résonner, mais il y a aussi tout ce qui relève de l’image (photo, image animée, film), et bien sûr, les arts de la scène. Lorsque les comédiens viennent lire des textes, on est à la frontière entre la littérature et le théâtre. En restant cependant dans le registre très spécifique et subtil de la lecture  : faire entendre un texte, lui donner une vie et une voix sans pour autant jouer réellement et encore moins «  surjouer »... Au-delà de ces formes multiples que peut engendrer le terme de correspondance, nous avons voulu imaginer un festival principalement axé sur la littérature contemporaine. Il peut bien entendu y avoir des ouvertures sur des textes plus anciens, mais nous avons privilégié le contemporain parce que nous avions le sentiment qu’il n’y avait pas suffisamment de lieux pour donner la parole aux écrivains vivants. Ainsi, nous avons voulu montrer que la littérature d’aujourd’hui est riche et diverse contrairement au cliché qui circule trop souvent, à savoir celui d’une littérature française qui serait un peu à bout de souffle.

En 2009, a été présenté à Manosque un spectacle qui mêlait danse et littérature. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

O. Ch. Comme bien souvent, ce spectacle résulte d’un compagnonnage artistique. On a d’abord reçu en résidence l’écrivaine Jeanne Benameur. Elle a achevé l’écriture à Manosque de son livre Laver les ombres (Actes Sud, août 2008) qu’elle a ensuite envoyé à différentes personnes dont la chorégraphe Karine Saporta. Karine Saporta s’est passionnée pour ce livre et a dit à Jeanne Benameur qu’elle aimerait imaginer une création insérant ce texte dans une démarche chorégraphique. Jeanne Benameur m’a tout de suite prévenu en me demandant si cette aventure pouvait intéresser Manosque... Ce projet se situait vraiment au cœur des croisements que nous avons envie de faire naître. Au stade où elle a été présentée à Manosque, l’adaptation de Karine Saporta s’est avérée être une étape de travail qui aurait nécessité davantage de temps pour aboutir à un véritable spectacle, mais il a été intéressant de voir comment une chorégraphe peut se saisir d’un texte et en faire le fil narratif de sa création.
La richesse du terme de correspondance permet donc toutes les expériences artistiques à partir du texte. Ce qui permet de dire aussi que la littérature est une forme artistique vivante qui « va sur scène », même si les textes n’y sont pas a priori destinés puisqu’il s’agit principalement de romans, de récits et non pas de textes écrits pour le théâtre.

Qu’est-ce qui a évolué depuis la première édition ?

O. Ch. L’exploration progressive de toutes ces formes ouvertes par le terme de correspondance. Comme nous l’avons évoqué, il y a eu dès le départ la musique. Mais ensuite, le rapport à l’image et à d’autres formes n’a cessé de s’enrichir et les écrivains se sont pris au jeu. On s’est aperçu que de plus en plus d’auteurs avaient le goût de monter sur scène, de lire eux-mêmes leur texte. Cela va des formes les plus simples - l’écrivain lit son texte - à des formes un peu plus sophistiquées comme les lectures croisées : deux écrivains se choisissent, lisent à tour de rôle leur livre ou mêlent leur texte. L’écrivain peut également venir avec un musicien, un vidéaste, un artiste de son choix et se lancer dans une sorte de « performance ». Ces formes-là attirent de plus en plus le public. D’une certaine façon, tout ce qui a été exploré au fil des années par Manosque s’est largement popularisé depuis.

Vous avez évoqué l’image... De quelle façon est-elle abordée pour accompagner les textes ?

O. Ch. Lors de l’une des premières éditions, Jacques Séréna avait par exemple décidé d’explorer ses « correspondances artistiques » en faisant écouter la musique qui nourrissait son dernier livre et en projetant des tableaux de Lydie Aricks qui l’avait inspiré lors de l’écriture. Gaëlle Obiégly, quant à elle, avait décidé de lire son texte en résonance avec une vidéo réalisée par un artiste contemporain. D’autres ont lu des textes avec des projections de photos... Tout est possible, soit en faisant apparaître des éléments qui sont consubstantiels de l’écriture du texte, soit en montrant des images qui entrent en résonance avec le texte. Maylis de Kerangal dont le livre, Corniche Kennedy (Verticales, août 2008), évoquait une bande d’adolescents à Marseille qui allaient faire des plongeons sur la corniche au-dessus de la mer, a souhaité projeter des films d’archives sur les plongeurs d’Acapulco pendant sa lecture. Les croisements sont donc nombreux et se renouvellent chaque année.

D’où vient le public ?

O. Ch. Gisèle Sapiro, directrice de recherche au CNRS (Centre européen de sociologie et de science politique) et auteur, notamment, de La responsabilité de l’écrivain (Seuil, mars 2011) nous a proposé de mettre à contribution son laboratoire de recherches pour mener cette année une enquête très approfondie sur le public. Cette étude - la première réalisée dans le cadre d’un événement littéraire - nous permettra donc de mieux connaître notre public, son profil, ses attentes, ses motivations, son ressenti, son rapport à la littérature, etc.
La billetterie du festival nous renseigne déjà sur l’origine géographique du public : 80 à 85% du public vient de la région Provence Alpes Côte d’Azur (dont un tiers de Manosque) et les 15 à 20% restants viennent de toute la France. Depuis quatre ou cinq ans, le festival joue à guichet fermé et réunit 15 à 16.000 spectateurs. Ce festival est maintenant en vitesse de croisière, on ne peut guère accueillir plus de monde. Ce taux de remplissage qui avoisine les 100% est extrêmement satisfaisant et est le fruit d’un travail qui s’est inscrit dans la durée. De plus, on constate que désormais les salles sont pleines quelle que soit la notoriété de l’écrivain ou de l’artiste présenté. Au fil des ans, le public s’est mis à nous faire confiance. Nous avons ainsi une liberté artistique très grande puisqu’on peut imaginer des projets sans trop se soucier de la notoriété de l’artiste à qui l’on fait appel.
Le festival est devenu, je crois pouvoir le dire, une vraie référence dans le domaine littéraire. Ce n’est pas le plus gros, mais il fait partie des festivals les plus appréciés des auteurs et des éditeurs. Les auteurs peuvent venir parler de leur livre ou imaginer quelque chose pour le faire entendre avec beaucoup de liberté. Les éditeurs savent que les écrivains ont été vraiment choisis et qu’ils auront un public important et attentif en face d’eux. Et les organisateurs d’événements littéraires, les professionnels, viennent nombreux à Manosque pour « faire leur marché »... Manosque est donc devenu un lieu reconnu publiquement, artistiquement et médiatiquement. Pour autant, Les Correspondances ne seront jamais un festival gigantesque parce que la ville ne l’est pas. Il s’agit maintenant d’un développement qualitatif : continuer à être inventif sur le plan artistique, développer des partenariats, des collaborations artistiques. On crée des liens avec Forcalquier, on développe des projets avec Marseille-Provence 2013 Capitale Européenne de la Culture. À la suite des Correspondances d’Eastman au Québec (créées en 2003), j’espère que nous pourrons annoncer prochainement la naissance de Correspondances à Tanger...

Les spectacles (concerts littéraires, lectures en scène...) sont des créations originales réalisées pour le festival... De quelle manière intervenez-vous dans ces créations ?

O. Ch. On choisit d’abord le texte. On repère les correspondances et les textes épistolaires publiés dans l’année et une fois que le choix est arrêté, on réfléchit au comédien ou à la comédienne qui nous semble pouvoir porter le texte. Artistiquement, je travaille avec Arnaud Cathrine, écrivain par ailleurs, Evelyn Prawidlo et Pascal Jourdana, tandis que Sylvie Ballul suit plus particulièrement les lectures en scène. Une fois le texte sélectionné, elle réfléchit avec nous sur le choix du comédien et travaille sur le montage du texte. La plupart du temps, nous proposons au comédien le montage ainsi préparé puis nous l’ajustons avec lui. Il arrive que des comédiens veuillent réaliser des montages eux-mêmes, ou prennent le nôtre pour ensuite le détricoter et le refaire selon leur sensibilité. Je pense par exemple à Jacques Gamblin ou à Dominique Reymond, qui ont besoin de s’approprier intimement le texte, dès le travail de montage.

Deux éditions de correspondances publiées en 2011 avec le soutien de la Fondation La Poste feront l’objet d’une « lecture en scène » à Manosque...

O. Ch. La première correspondance est celle de Grisélidis Réal. On avait déjà évoqué cet auteur à Manosque, il y a quelques années, puisque Bernard Wallet, créateur des éditions Verticales, était venu parler de Grisélidis Réal et des publications qu’Yves Pagès et lui-même avaient entrepris pour faire connaître cette œuvre. Comme les Mémoires de l’inachevé vont sortir en librairie début octobre (l’ouvrage sera cependant disponible à Manosque dès le 21 septembre), c’était l’occasion de monter une grande lecture. C’est Dominique Reymond qui va faire cette lecture et qui en l’occurrence a demandé à faire le montage elle-même. Nous lui avons proposé un premier ensemble un peu large qu’elle va remodeler pour l’ajuster à sa voix et à sa sensibilité. L’autre édition est la correspondance entre E. M. Cioran et Armel Guerne (cf. FloriLettres n°124, avril 2011). On a imaginé une lecture avec deux grands comédiens de théâtre, Marcial Di Fonzo Bo qui portera la voix de Cioran et Laurent Poitrenaux qui portera la voix d’Armel Guerne. Dans les deux cas ce sont des créations inédites.
Une troisième correspondance va être présentée à Manosque, celle de Gaston Gallimard à l’occasion du Centenaire. La lecture ne sera pas tout à fait inédite puisqu’il y a eu une création à l’Odéon en mars dernier à l’initiative des éditions Gallimard, avec Didier Sandre et Michael Lonsdale. Nous recréons cette lecture avec Éric Elmosnino et Michel Vuillermoz. Cet ensemble de lettres raconte les relations entre un éditeur et ses auteurs (Jacques Rivière, Proust, Claudel, Céline, Roger Martin du Gard...). La diversité des correspondants donne un aperçu très varié, et parfois très drôle, des relations entre un éditeur et ses auteurs. Claudel, par exemple, ne cesse de réclamer davantage de la part de son éditeur qui en vient même à lui dire « si vous voulez, je fais une collection qui vous sera entièrement dédiée avec une couverture particulière pour vous ». Il y a d’autres types de râleurs comme Céline qui trouve qu’on ne lui donne pas assez d’argent, pas assez d’égard. Il est violent et menace de venir avec un camion et de défoncer la façade des éditions Gallimard ! Il y a aussi Proust, profond, sensible, angoissé... L’éditeur doit prendre à son compte et composer avec toutes les angoisses de l’écrivain, son ego, son exigence. Ça donne à la fois quelque chose de profond, de drôle et d’étonnant. C’est aussi très actuel. Les éditeurs qui ont eu connaissance du texte notent que finalement le métier n’a pas tellement changé de ce point de vue là.
Bien souvent, les lectures créées à Manosque constituent le début d’une histoire car elles sont régulièrement reprises ailleurs par la suite.

Le festival investit la ville pendant cinq jours mais aussi sur le long terme...

O. Ch. Dès 2003, on a voulu que le festival ait une existence toute l’année. Car s’il est vrai que la force d’un festival est de concentrer en peu de jours quelque chose de festif, médiatique, qui transforme réellement la ville, on peut aussi lui reprocher sa brièveté. On a donc voulu travailler à l’année, sous différentes formes. On a d’abord monté un comité de lecture où se réunissent une fois par mois des gens qui aiment lire. Actuellement, soixante à soixante-dix personnes assistent régulièrement à ce comité que nous animons avec le personnel de la médiathèque. Notre rôle est de mettre en circulation un fonds d’ouvrages d’actualité. En hiver, nous leur faisons une sélection des livres publiés de janvier à mars qui nous ont paru particulièrement marquants et dès la fin du printemps, nous leur proposons les ouvrages des auteurs pressentis pour les Correspondances de septembre. Comme les livres ne sont pas encore en librairie, nous leur obtenons des services de presse. Ils peuvent lire ainsi durant l’été, en avant-première, les textes des écrivains invités à Manosque. Une des évolutions marquantes du festival à noter également - en partie liée à cette démarche-là - concerne précisément la qualité d’écoute et la qualité des questions qui suivent les échanges avec les écrivains. Il semble que le public soit devenu, au cours des ans, extrêmement averti.
Le rôle d’un festival est d’accompagner les auteurs en leur donnant la parole pendant la manifestation, mais il nous a paru important de les aider aussi dans leur travail d’écriture en organisant des résidences. On invite un auteur à Manosque pour un mois ou plus, il est rémunéré et il est logé (au siège du festival, à l’hôtel Voland - un très bel hôtel particulier dans le cœur de Manosque qui comprend des appartements, un lieu d’exposition et une salle de réunion). On lui offre ainsi du temps pour écrire. En contrepartie, on lui demande une présence publique qui peut prendre différentes formes : rencontres, lectures, animations d’ateliers... Jacques Séréna, qui a été le premier à être reçu, a animé des ateliers d’écriture au lycée d’enseignement professionnel de Manosque. Ensuite, nous avons accueilli Jeanne Benameur dont la résidence lui a permis d’écrire le livre qui a provoqué cette rencontre avec Karine Saporta. Nous avons aussi reçu Yann Apperry dont l’un des projets - une lecture musicale hommage à Italo Calvino - a été présenté aux Correspondances l’année suivante (avec Agnès Jaoui et une dizaine de musiciens sur scène). Il y a eu aussi Robert McLiam Wilson qui nous a laissé comme trace une sorte de portrait sonore de Manosque.

Un portrait sonore ?

O. Ch. Robert McLiam Wilson est un écrivain irlandais. Il parle bien le français puisqu’il vit à Paris depuis quelques années mais il écrit dans sa langue maternelle. Contourner la petite difficulté de la traduction s’est avéré être le prétexte à initier une forme d’expression différente. Nous lui avons commandé une sorte de lettre sonore en lui disant : « livre-nous ton regard sur Manosque, sur ton séjour dans cette ville, sur tes rencontres... ». Robert McLiam Wilson a donc travaillé sur un texte qui n’a pas été écrit, qui était uniquement destiné à être dit. Ce document d’une vingtaine de minute est composé à la fois de sa propre voix qui décrit Manosque, mais aussi d’inserts sonores, de dialogues qu’il a pu avoir avec toutes sortes de gens durant son séjour à Manosque.
À l’automne dernier, nous avons accueilli François Beaune pour une résidence d’écriture qui s’est prolongée en 2011 à La Marelle, Villa des projets d’auteurs à Marseille. Il est venu à Manosque pour terminer son deuxième livre, Un ange Noir publié ces jours-ci aux éditions Verticales et que nous présenterons dans le cadre des prochaines Correspondances, mais aussi pour un projet fondé sur les « histoires vraies ». Lorsque je l’ai rencontré la première fois, il m’a fait part de sa fascination pour le travail de Paul Auster sur les « histoires vraies ». Paul Auster avait animé une émission de radio aux États-Unis, où il avait décidé de renverser le propos : « je suis écrivain, mais cette fois, ce n’est pas moi qui vais vous raconter une histoire. Puisque mon oeuvre se nourrit du réel, je vous demande à vous, auditeurs, de me faire part d’une « histoire vraie ». Il a reçu quatre mille histoires puis en a sélectionné deux cents pour constituer une anthologie formant une sorte de portrait mosaïque de l’Amérique contemporaine. François Beaune m’a dit qu’il adorerait réaliser un tel projet en France. On a fait une première tentative dans le cadre du festival Paris en toutes lettres, puis il a voulu approfondir le sujet. À Manosque, il a récolté des « histoires vraies » auprès des manosquins et des habitants de la région. Ce projet a pris des proportions importantes puisqu’il a ensuite continué sa collecte à Marseille. Dernière étape, la plus vaste : j’ai proposé ce projet passionnant à Marseille-Provence 2013, et nous avons élargi la démarche à tout le bassin méditerranéen. François Beaune va partir à l’automne prochain et se rendre dans douze villes différentes. Au terme de son périple qui sera accompagné d’un site Internet où il nous tiendra au courant de ses rencontres et des histoires récoltées, un livre conçu sur la base de ces « histoires vraies méditerranéennes » sera présenté et publié dans le cadre de Marseille-Provence 2013. Arte Radio lui a également commandé des reportages dans chacune des villes qu’il va traverser. Ce projet va donc mettre en relation toutes sortes de partenaires, les Correspondances de Manosque, Marseille 2013, différents médias...

Finalement, Manosque est plus qu’un festival...

O. Ch. C’est une plate-forme qui permet de faire naître des projets artistiques dont certains se conçoivent parfois très en amont. C’est pour cette raison que l’avenir du festival doit s’inscrire dans des partenariats. Il faut être plusieurs pour monter des projets aussi lourds que celui que je viens d’évoquer. Pour septembre, il y aura une résidence de plus courte durée. Cette fois-ci, ce ne sera pas un écrivain mais un rappeur qui s’appelle Rocé et dont j’aime beaucoup l’écriture. Il sera en résidence à Manosque pendant trois semaines pour animer un atelier d’écriture et concevoir un concert littéraire. Pour un concert littéraire, on demande à un artiste de la scène musicale de faire entendre des textes littéraires de son choix. L’idée est de faire apparaître l’influence littéraire qui accompagne les artistes dans leur travail de création et dans leur propre écriture.

Vous avez créé un lien avec le public qui est aussi acteur de la manifestation littéraire (ateliers d’écritures, écritoires, concours d’écriture)...

O. Ch. En complément des écritoires, qui offrent une proposition très libre - écrivez à qui vous voulez - nous proposons régulièrement des thèmes d’écriture pour les adultes et les enfants et des petits concours (récompensés par quelques livres offerts). Toutes ces propositions d’écritures sont conçues pour créer une relation plus forte et moins intimidante à la littérature. Cet aller-retour entre écouter la parole des écrivains et se confronter soi-même à l’écriture contribue à faire tomber des barrières et à faire venir un public qui ne serait peut-être pas venu sans cela. La présence des écritoires dans toute la ville constitue des « portes d’entrée » pour le festival. De la même manière nous avons véritablement investi la ville. Tout ne se passe pas au théâtre ou dans des salles. Les rencontres avec les écrivains ont lieu sur les places de la ville, chaque année un calligraphe décore les vitrines des commerçants, des expositions se développent le long de ces mêmes vitrines... de sorte que quelqu’un qui est à Manosque pendant le festival ne peut pas passer à côté de l’événement. Cette démarche consiste à transformer la ville dans laquelle l’écriture et le livre sont partout présents, de façon encore une fois à montrer qu’un festival littéraire s’adresse à tous, y compris ceux qui ne sont que des lecteurs très occasionnels. Cette année, les manosquins sont invités à décorer leur boite aux lettres. Les facteurs désigneront la plus belle création et des livres seront déposés dans la boîte aux lettres du lauréat...

Comment se prépare la programmation d’un tel festival, et en combien de temps ?

O. Ch. On y travaille toute l’année, notamment pour les aspects administratifs et financiers, pour construire également des liens nouveaux et des partenariats. D’un point de vue artistique, nous sélectionnons durant l’année les textes qui donneront lieu aux grandes lectures de comédiens, nous lisons et suivons l’actualité littéraire, nous repérons les artistes de la scène musicale qui nous semble - par leur personnalité, leur tempérament, leur écriture propre - avoir le bon profil pour concevoir un concert littéraire. En ce qui concerne les ouvrages de la rentrée littéraire, l’essentiel du travail de lecture et de choix se concentre cependant de mai à juillet.

Quels sont actuellement les principaux partenaires ?

O. Ch. Les Correspondances sont réalisées avec le soutien de partenaires publics et privés. Tous les niveaux de collectivités territoriales sont représentés, Manosque et sa Communauté de Communes, le département, la région et l’État à travers le Centre National du Livre. Concernant les entreprises partenaires, il y a évidemment la Fondation La Poste qui est le partenaire historique puisqu’elle était à nos côtés dès la création du festival (avec un partenariat qui s’est structuré et renforcé en 2004 lors de l’arrivée de Dominique Blanchecotte). Deux autres partenaires de première importance nous ont rejoints, d’une part la Sofia, organisme de perception des droits de prêts en bibliothèque qui gère également la copie numérique, d’autre part Orange. Ce sont les trois partenaires privés principaux qui sont de nature très différentes et se complètent dans la façon dont ils s’inscrivent dans le festival et dans les attentes qu’ils peuvent avoir à l’égard des Correspondances. Il y a aussi un partenaire local, plus modeste, Géosel Manosque. Le festival est aussi soutenu par des médias dont trois sont présents depuis son origine, Télérama, Libération et France Culture. S’ajoutent cette année le site Evene et la Fnac (qui nous aide pour la mise en place de la billetterie). Depuis quelques années, plusieurs grandes lectures présentées le soir à Manosque sont enregistrées par France Culture et retransmises. L’année dernière, France Culture a diffusé deux créations des Correspondances : le concert littéraire de Brigitte Fontaine et la lecture des lettres de Jack Kérouac par Jacques Bonnafé accompagné de Théo Hakola.

En conclusion, on peut dire que les Correspondances Manosque La Poste contribuent à susciter un véritable désir de lecture et d’écoute...

O. Ch. Ce festival qui a treize ans est à l’origine d’une nouvelle génération de manifestations littéraires, plus libres, plus inventives, moins formatées. Le festival a aussi révélé une évolution qui se renforce depuis une dizaine d’années : un vrai goût du public pour la lecture à haute voix et plus largement pour toutes les formes collectives de rencontre avec le texte. Désormais, tout ce qui peut créer des moments collectifs autour du livre suscite un engouement et je trouve que c’est un phénomène intéressant à analyser. Au moment où l’on parle d’une crise du livre et de l’érosion de la pratique de lecture, la partie vivante, la partie live, portée par une nouvelle génération d’événements, se porte très bien. Ce qui peut nous conduire à un parallèle avec la musique. On a assisté à un effondrement de l’économie du disque, pour autant, la scène est toujours très dynamique. C’est un élément qui peut nous rendre plutôt optimistes. Une des façons de soutenir le livre ce sera de développer ce travail live de littérature sur scène. Il y a toujours un désir de lecture, de découverte de la littérature, ce sont les formes d’accès qui évoluent et se diversifient. Les festivals en tout cas peuvent contribuer à enrichir les modes d’accès à la littérature et s’adresser à de nouveaux publics, notamment les jeunes. C’est une piste de réflexion. J’ajouterai enfin que nous avons créé à Manosque, en 2005, le premier Réseau des Événements Littéraires et Festivals (RELIEF), qui regroupe désormais une bonne vingtaine d’événements. Cette structure (qui vient de passer sous forme associative) constitue une bonne plateforme pour analyser et observer les évolutions en cours.

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Sites internet

Les Correspondances Manosque La Poste
http://www.correspondances-manosque.org/

E. M. Cioran et A. Guerne
Lettres 1961 - 1978
FloriLettres, édition n°124, avril 2011
http://www.fondationlaposte.org/art...

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