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Lettres à un jeune musicien de jazz de Wynton Marsalis Par Olivier Plat

 

Wynton Marsalis, Lettres à un jeune musicien de jazz Doté d’une technique extraordinaire et d’une capacité à exceller tant dans le jazz que dans la musique classique, Wynton Marsalis est reconnu dans le monde entier comme un trompettiste hors pair, doublé d’un compositeur émérite. En 1997, son Oratorio sur l’esclavage et la liberté, Blood on the fields, devient la seule composition de jazz à avoir reçu le prix Pulitzer de la musique. C’est à l’âge de six ans qu’il reçoit sa première trompette des mains du légendaire Al Hirt, ami et ancien partenaire de son père, le pianiste Ellis Marsalis. Formé à la musique classique comme au jazz, il intègre l’orchestre philharmonique de la Nouvelle-Orléans, dès l’âge de quatorze ans. Passionné de jazz, il poursuit ses études à la Julliard School de New-York où il est considéré comme l’un des musiciens les plus doués de cette prestigieuse institution. Wynton Marsalis est né en 1961. Il a reçu plusieurs Grammy Awards dans les catégories musique classique et jazz et il est le directeur artistique du centre « Jazz at Lincoln Center » à New-York, depuis 1997.
Lettres à un jeune musicien de Jazz (To a young Jazz Musician Letters from the Road) est né du désir de rassembler en un livre les réponses aux questions que se posent la plupart des musiciens en quête de trouver leur voie. Wynton Marsalis se sert des conversations enrichissantes qu’il a eues avec Miles Davis, Ray Brown, Sir Roland Hanna et de ce que lui ont appris des jazzmen parmi les plus grands - Art Blakey, Harry « Sweets » Edison, Dizzy Gillespie, John Lewis, Gerry Mulligan, Sarah Vaughan, Danny Baker - pour nourrir ses réflexions et son enseignement. Rédigées entre le 4 juin et le 28 septembre 2003, au cours de l’une de ses innombrables tournées, les dix lettres qui composent ce recueil et qui ont été publiées aux États-Unis en 2005 puis traduites en français par Ghislaine Salgado, présidente de Marciac Éditions, sont autant de préceptes adressés à son jeune interlocuteur prénommé Anthony. Car Wynton Marsalis est un pédagogue averti, qui a sans doute hérité de son père auteur, compositeur et professeur de jazz, cette passion de la transmission. La forme épistolaire qu’il qualifie de « chaleureuse communication » lui a semblé la plus appropriée pour exprimer sa pensée, ses idées, pour instruire à partir de ses expériences. Et c’est en musicien chevronné qu’il distille ses conseils avec des têtes de chapitres telles que L’Humilité ; Parler des règles, chanter la liberté ; Jouer du Jazz ; L’arrogance de ton statut ; Musique et moralité.
Voici par exemple la façon dont Wynton Marsalis évoque l’un des maîtres dans lequel il se reconnaît, Charlie Parker : « Il y avait des éléments très spécifiques dans l’art de Parker : la root musique du Middle West, le blues de Kansas City, une conception fugace de la virtuosité mélodique, une clarté technique absolue, et une façon de jouer le rythme shuffle différente de celle de Lester Young. Bird était un grand musicien, son esprit musical était différent, mais la base du vocabulaire et des objectifs était claire. C’est pourquoi autant des premiers matériaux de Charlie Parker étaient le blues, les chansons populaires américaines, et des morceaux originaux qui avaient cette forme mélodique. » Le jazz et le blues sont indissociables, ils font partie d’un même ensemble : « Souviens-toi de ce que disait Lester Young : Si tu ne sais pas jouer le blues, tu ne sais rien jouer. » Aux yeux de Wynton Marsalis, le jazz interprète la mythologie et l’histoire des États-Unis d’Amérique, il fait entendre une certaine vérité de l’âme de la nation américaine : « Comment pouvons-nous nous étreindre ? Comment nous rapprocher avec la meilleure part de notre passé ? C’est ce que le Jewish Daily Forward demanda en 1919 quand on annonça la parade Européenne de James Reese, sur la 5ème avenue, en reconnaissance de la contribution considérable des Noirs américains dans la Première Guerre Mondiale. (...) ».
Le trompettiste déplore que beaucoup de jeunes afro-américains d’aujourd’hui ignorent cet héritage culturel et délaissent le jazz au profit de la pop ou du hip hop. Il n’hésite pas à critiquer l’époque actuelle caractérisée selon lui par un manque d’intégrité musicale et une compromission avec les exigences du marché. Pour autant, même s’il admire le génie du Miles Davis de Kind of blue, il porte un jugement sans complaisance sur ses deux dernières décennies, celles de On the Corner et de Bitches Brew, emblématiques de cette dilution du jazz avec une musique jazz-pop qu’il juge presque toujours médiocre. « Moins de blues, moins de swing, moins d’improvisation dans les formes harmoniques demandant l’utilisation des mélodies locales. »
Au risque de passer pour réactionnaire, Wynton Marsalis se réfère clairement à un âge d’or de la musique de jazz, avec lequel il entend renouer. Le musicien doit toutefois trouver en lui-même les ressources de son art : « Cela ne m’intéresse pas de t’entendre jouer comme quelqu’un que j’ai déjà entendu, parce que tu ne le feras pas aussi bien. Ce qui m’intéresse est de t’entendre jouer quelque chose qui me fera dire : « Seigneur ! qu’est-ce que c’était que ça ? », et cela grâce à ton expression unique. »
Il faut pour jouer du jazz, une technique parfaite, mais la technique n’est que la résultante de l’impulsion et du désir, sans quoi la musique n’aurait pas plus de sens qu’un fichier du FBI. « Il y a toujours une large part de souffrance au-dessous de quelque chose de grand. Regarde les victimes de cette musique : Lester Young, le grand saxophoniste ténor, (...) Coleman Hawkins, quasiment le père du saxophone ténor (...). Ces hommes ne sont pas morts parce qu’ils ne pouvaient pas faire face à la vie, et ont dû se tourner vers un vice ou un autre, mais plutôt parce qu’ils avaient affaire à une chose si intense, que ça les a consumés. »

Les Lettres à un jeune musicien de jazz suggèrent avec sagesse et passion les différentes règles à observer pour appréhender de façon constructive la musique.
Elles offrent également des pistes de réflexion pour aborder les autres disciplines artistiques et s’adressent à tous les lecteurs.

Wynton Marsalis
Lettres à un jeune musicien de jazz
Traduction de Ghislaine Salgado
Marciac Éditions, 7 juillet 2011. 136 p. 10 €
Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation La Poste

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