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Dernières parutions septembre 2011 Par Elisabeth Miso

 

Romans

David Foenkinos, Les souvenirs David Foenkinos, Les souvenirs. « La vie est une machine à explorer notre insensibilité. On survit si bien aux morts. C’est toujours étrange de se dire que l’on peut continuer à avancer, même amputés de nos amours. » La mort de son grand-père, héros de son enfance, laisse le narrateur comme détaché de sa propre vie. Les souvenirs affleurent, les vies défilent, celle de ses grands-parents, celle de son père et de sa mère qui ne résiste pas à l’ennui de la retraite, la sienne qui lui semble désespérément banale et vide de toute passion amoureuse. « La vie avançait pour les autres, me laissant toujours de côté, et je demeurais bloqué dans l’âge des choses immobiles. » Le jeune homme se rêve écrivain, occupe ses nuits comme veilleur dans un hôtel parisien et consacre beaucoup de temps à sa grand-mère qui, habitée par ses souvenirs, s’éclipsera de sa maison de retraite. Le temps qui passe, la solitude, la vieillesse, la pulsion de vie face à la mort, les liens qui se tissent, la mémoire que nous gardons des êtres qui nous sont chers, le désir, la quête de l’amour ; dans son nouveau roman David Foenkinos s’est abandonné à plus de gravité. Mais chez lui, signe d’une grande élégance l’humour n’est jamais loin, débarrassant de toute pesanteur les scènes les plus dramatiques. Le récit du narrateur amène d’autres récits, des moments fugaces tous rattachés au récit principal par le fil de la mémoire, et que l’auteur de La délicatesse intercale comme un jeu de correspondances avec les préoccupations existentielles de son personnage, quelques bribes de souvenirs échappées d’autres vies. Gainsbourg évoquant son père pianiste, Nietzsche dévoré par le souvenir obsédant de Lou Andréas-Salomé ou encore Marcello Mastroianni définissant ainsi ses souvenirs dans un documentaire : « Les souvenirs sont une espèce de point d’arrivée ; et peut-être sont-ils aussi la seule chose qui nous appartient vraiment. » Éd. Gallimard, 266 p., 18,50 €.

Laurence Tardieu, La confusion des peines Laurence Tardieu, La confusion des peines. Laurence Tardieu a longtemps rôdé autour de ce livre, d’autres romans on surgi, mais l’obsession persistait, la faisant suffoquer chaque jour un peu plus. Le silence n’était plus tenable. Elle a bravé l’interdiction de son père d’écrire sur les évènements qui ont fait basculer sa vie et celle des siens. Son père un des hauts dirigeants de l’ex Compagnie Générale des Eaux est condamné pour corruption en 1997, en 2000 il exécute une partie de sa peine en centre de semi-liberté, la même année sa femme décède d’une tumeur au cerveau. De son procès, de sa détention, de la perte de sa femme, il n’a jamais rien confié. « Cette affaire dont nous n’avons jamais parlé n’est que la chambre d’écho du silence qui existe entre nous depuis le commencement [...] », écrit la narratrice. Dans cette famille « On ne dit pas la douleur. On ne dit pas l’amour. On en vibre, on en défaille, mais on les tait. On les cache. » L’écrivain ne veut rétablir aucune vérité, elle sait trop bien qu’il n’existe pas de vérité unique, mais elle cherche du sens au chaos généré par le secret, aux repères définitivement brouillés, aux croyances anéanties, à cette figure du père tant aimée et admirée, modèle d’intégrité, qu’elle ne reconnaît plus. Ce livre est un cadeau d’une fille à son père. « C’est l’histoire du combat de l’amour et du silence. » C’est aussi une traversée dans l’écriture, un corps à corps avec les mots, « [...] j’écris enclavée par des silences, par des trous noirs. J’écris alors que j’ignore tout, j’écris dans des vides, et c’est précisément parce que ces vides ouvrent sur des espaces vierges que j’espère y trouver quelque chose. » Prendre possession des mots, mettre de l’ordre dans le désordre, faire entendre sa voix, comme une affirmation de soi trop longtemps différée, un acte d’émancipation de femme et d’écrivain. Éd. Stock, 154 p., 16 €.

Linda Lê, À l’enfant que je n’aurai pas Linda Lê, À l’enfant que je n’aurai pas . Comme Annie Ernaux ou Nicolas d’Estienne d’Orves avant elle, Linda Lê se prête à son tour à l’exercice de la lettre libératrice pour la collection « les affranchis ». « La maternité n’est pas la plus haute vocation d’une femme », notait Tolstoï dans son Journal, affirmation que revendiquait Linda Lê pour tenter de faire entendre à l’homme qui partageait sa vie son non désir d’enfant. S. voulait être père et n’avait de cesse face à sa résistance de la renvoyer à ses névroses, à « (son) incapacité fondamentale à (se) construire un univers régi par d’autres rites que ceux de l’écriture [...] ». Elle n’a jamais cédé à la pression sociale, jamais perçu l’enfantement comme un passage obligé, une promesse d’épanouissement assuré. Quelle place aurait-elle accordée à un enfant dans une existence tout entière tournée vers l’écriture ? Si peu maîtresse d’elle-même n’aurait-elle pas risqué de l’entraîner sur la pente glissante de son désordre intérieur ? Aurait-elle su l’aimer sans trop exiger de lui, déjouant toute répétition familiale aliénante ? L’écrivain s’adresse à cet enfant qu’elle n’aura pas, mais qui vit pourtant en elle par la seule force de son évocation, et à toutes les femmes « qui se sont dispensées de se conformer aux lois de la nature [...] » Sondant sa détermination à ne pas donner la vie, elle se penche ainsi sur son adolescence et sur l’âpreté de sa relation avec sa propre mère, un personnage rigide et culpabilisant qui estimait que le destin d’une femme se résumait à faire un beau mariage. « En tous points je me suis efforcée d’agir à l’encontre de ses codes de conduite, et je me suis écartée de la voie commune, me confinant dans les marges. » Éd. Nil, les affranchis, 80 p., 7 €.

Récits

Melvil Poupaud, Quel est Mon nom Melvil Poupaud, Quel est Mon nom ? « J’ai toujours pris les poètes au pied de la lettre. Ainsi, j’ai toujours cru sincèrement que la vraie vie était ailleurs : dans un autre pays, une autre chambre d’hôtel. Un autre film, un autre personnage. » Depuis l’enfance, depuis les films de fiction en 8 mm que réalisait l’été son grand-père, et où lui et son frère Yarol tenaient différents rôles, Melvil Poupaud a toujours aimé se glisser dans la peau d’un autre. À dix ans, il débute au cinéma dans La Ville des pirates de Raúl Ruiz et les aventures fabuleuses qu’il vit sur ses tournages nourrissent son imaginaire et les histoires qu’il met en scène avec sa petite caméra vidéo dans sa chambre. De sa mère, attachée de presse dans le cinéma, proche de la famille d’acteurs et de techniciens de Marguerite Duras, il dit tenir son attirance pour « les situations et les personnages hors du commun. » Entre littérature et cinéma, entre vie réelle et vie rêvée, Melvil Poupaud livre quelques fragments éclatés de son monde intérieur ; photographies, extraits de journaux intimes, scénario, films personnels, souvenirs, cartes postales sont autant d’indices sur les univers et les êtres qui l’ont inspiré. Raúl Ruiz (disparu cet été) , Serge Daney, l’oncle Jack, Chiara et Marcello Mastroianni, Georgina Tacou son ex-femme et sa famille romanesque, chacun des personnages convoqués apporte sa part de féérie à sa perception des choses et à son désir de se réinventer sans cesse sous diverses expériences sensorielles et créatives. Éd. Stock, 279 p., 21,50 €. (En librairie le 7 septembre)

Carnets / Journaux

Marina Tsvetaeva, le cahier rouge Marina Tsvetaeva, Le Cahier rouge. Traduction du russe Caroline Bérenger et Véronique Lossky. Ce Cahier rouge, manuscrit inédit, vient étoffer le grand projet des éditions des Syrtes de donner à lire l’ensemble des journaux intimes et de la correspondance de Marina Tsvetaeva. Confié à son ami Marc Lvovitch Slonime avant son retour en 1939 en Russie, ce cahier d’écolier, renferme les brouillons de textes, de fragments et de lettres rédigés dans les années 1932-1933. Présentés également dans leur version autographe, les différents textes, laissent voir l’écrivain au travail, traçant puis corrigeant les mouvements de sa pensée, passant avec aisance du russe au français, sa langue d’exil. Poésie épique et lyrique dans la Russie contemporaine, essai consacré à Vladimir Maïakovski et à Boris Pasternak, est une analyse subtile de leur puissance poétique et de la force symbolique et politique de leur œuvre indissociable de l’histoire de la Russie. Dans Lettre à l’Amazone, adressée à l’américaine Natalie Clifford-Barney, qui attirait dans son salon gens de lettres et lesbiennes, Marina Tsvetaeva reprend un de ses thèmes de prédilection, le saphisme. Si l’amour entre femmes lui apparaît comme un espace sensible de profondes affinités intellectuelles et charnelles, elle le considère néanmoins voué à l’échec puisque privé de toute possibilité de maternité. Des lettres à Pasternak, à Konstantin Rodzevitch un ami de son mari avec qui elle vit un temps une passion amoureuse, à Isaak Babel ou à son éditeur Vadim Roudnev, témoignent enfin de la valeur créative et littéraire que la poétesse russe prêtait à sa correspondance. Éd. Des Syrtes, 456 p., 23 €. (En librairie le 9 septembre)

Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie Sylvain Tesson, Dans les forêts de Sibérie. « Je m’étais promis avant mes quarante ans de vivre en ermite au fond des bois. » Il l’a fait. Celui qui annonçait d’emblée que ce qu’il préférait dans les voyages c’était se retrouver seul, avec un cigare, un verre de vodka et un livre de poésie, après une étape harassante, devant un coucher de lune, allongé dans un hamac tendu entre deux branches d’un arbre accueillant, pour méditer sur le bonheur d’être au monde, est un aventurier voyageur, géographe de cœur et de formation qui a fait plusieurs fois le tour du monde. Reparti à l’aventure, il est allé s’installer loin de la rumeur du monde, a passé six mois seul, dans une cabane, au fond de la taïga sibérienne, au bord du lac Baïkal. « Février-juillet 2006 » ; journal de notes et de pensées consignées. L’immobilité, élevée au rang de muse, a remplacé ce que le voyage avait cessé de procurer. Il consacre de longues heures à la vie domestique ; il dresse des listes pour ne rien oublier, il coupe son bois, il pêche, déblaye la neige, grille du poisson ; il écrit, il fume, il apprend de la poésie, il dessine, il joue de la flûte, il boit, selon les heures, du thé ou de la vodka, il lit, dialogue avec Casanova, Conrad, Nietzsche, Shakespeare, Hemingway...
« La consolation des forêts : savoir qu’une cabane vous attend quelque part, où quelque chose est possible. » Il puise dans ses voyages la matière de ses écrits ; journal mais aussi, nouvelles, récits, essais, petits traités... Autant de vies à coucher dehors, de lieux sous haute tension, de Carnets de steppes, de paysages, de rencontres, de silence, face à la souveraineté de la nature. Dans ces forêts-là ou dans d’autres : apprendre continuellement à regarder le monde. De très belles pages. Éd. Gallimard, 270 p. 17,90 €. Corinne Amar.

Correspondances

Lettres de Madame de Maintenon, volume3 Lettres de Madame de Maintenon, Volume III 1698-1706. Édition intégrale et critique par Hans Bots et Eugénie Bots-Estourgie, précédée d’une introduction. Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation La Poste. Elle fut un personnage de premier plan dans l’histoire de France, elle fut aussi une épistolière de talent. Née Françoise d’Aubigné (1635-1719), elle avait été l’épouse, puis la veuve de l’écrivain humoriste Scarron âgé de quelques vingt-cinq ans de plus qu’elle, avant d’être la gouvernante des enfants naturels de Louis XIV et de madame de Montespan qu’elle supplanta auprès du roi, jusqu’à épouser ce dernier, morganatiquement, en 1683, après la mort de la reine.Ce troisième tome (d’un vaste corpus épistolaire de sept volumes prévus) de la correspondance active de Mme de Maintenon, nous livre 817 lettres adressées à 108 destinataires différents, entre 1698 et 1706. Ses principaux correspondants sont l’Archevêque de Paris, M. de Noailles et son neveu, le duc de Noailles, sa propre nièce, la marquise de Caylus, la princesse des Ursins, les Demoiselles de Saint-Cyr... Madame de Maintenon fut la fondatrice de la Maison Royale de Saint-Louis, à Saint-Cyr, une maison d’éducation pour jeunes filles nobles démunies que le Roi avait créée, pour elle, en 1684 et dont elle s’occupera, jusqu’à sa mort. En témoigne l’introduction à sa correspondance ; « C’est tout d’abord l’éducation des Demoiselles (...) dont l’observation stricte des Constitutions, Règles et Usages est scrupuleusement contrôlée par l’épouse du Roi ; celle-ci est persuadée que cette observation est le meilleur garant d’une bonne formation des élèves. » On lui connut une grande influence sur le Roi et sur la Cour, sur, notamment, les nominations des évêques de France. Sa correspondance lui ressemble qui mêle, intelligence, politique, dévotion, rigueur et austérité. Éd. Honoré Champion, Paris, 920 p. Ouvrage publié avec le soutien de la Fondation La Poste. Corinne Amar.

Louis Althusser, Lettres à Hélène Louis Altusser, Lettres à Hélène. Édition établie et présentée par Olivier Corpet. Préface de Bernard-Henri Lévy. [Lettre manuscrite] [1948] Jeudi. « Carpe, ce petit mot au milieu de mille occupations où les problèmes de miel et de locataires, d’assurances, des mêlent à l’envi. Eu hier tes longues et bonnes deux lettres du début de la semaine. Merci de tout ce qu’elles m’apportent, et de conseils de travail, et de détails sur l’école, et [...]. »
Louis Althusser (1918-1990) : l’un des penseurs - avec Foucault, Lacan, Derrida, fréquentés à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm - les plus influents de son époque, et le maître d’une génération de philosophes qui auront eu 20 ans dans les années 1960. C’est une correspondance de trente-trois années ; lettres, billets, télégrammes, cartes postales, envoyés par le philosophe - à sa femme, Hélène, juive, résistante, communiste. Fascinante, pour le jeune « garçon » qu’il était quand il l’a rencontrée, et qui avait « grandi pendant 27 ans, entre les haies des camps, de interdits, des devoirs et des tâches ». C’est un troublant « paquet de lettres et de mémoire » écrit entre 1947 et 1980, année de la tragédie où, un 16 novembre, dans un accès de démence, Althusser étrangle sa femme. Profond mystère que la Folie. « le temps n’a plus de dimensions, je n’ose pas croire en l’avenir, il est trop « mince », cet avenir, sans « perspective », écrit-il, dans ses multiples crises de désespoir, où « respirer » est un effort surhumain, « ouvrir les yeux », une gageure continue. Au-delà de la relation du couple, Bernard-Henri Lévy, qui fut son élève, évoque, dans sa préface, « la question clef du lien de cette folie et de cette philosophie et l’influence qu’elle aura eue sur notre génération ». Éd. Grasset/IMEC, 718 p. 24 €. Corinne Amar.

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