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Dernières parutions octobre 2011 Par Elisabeth Miso

 

Carnets / Journaux

Nelly Ptachkina, Journal 1918-1920 2 Nelly Ptachkina, Journal 1918-1920. Traduction du russe Luba Jurgenson. « Autrefois, les cataclysmes semblaient loin, ils ne nous concernaient pas, mais à présent je ne puis me débarrasser du sentiment que nous ne faisons qu’un avec les événements. » Nelly Ptachkina a 14 ans quand elle couche ces mots dans son journal, elle a laissé derrière elle la légèreté de son enfance dans la ville de Saratov, sa famille ayant dû se réfugier à Moscou pour échapper aux bolcheviks. Dans ses cahiers qui courent de janvier 1918 à février 1920, la jeune fille rend compte du quotidien des siens, de Moscou à Kiev avant l’exil à Paris, assombri par la guerre civile qui déchire la Russie suite à la Révolution d’Octobre et par les convoitises territoriales que suscite l’Ukraine. Cultivée, d’une étonnante conscience politique et sociale pour son âge, Nelly sonde le tiraillement vertigineux qui s’opère en elle entre perception du destin individuel et destin commun. Malgré les épreuves, malgré la perte prématurée de son insouciance, les événements historiques ont davantage aiguisé sa compréhension du monde et de la nature humaine et mis en lumière le sens qu’elle souhaitait donner à sa vie, « C’est un lent processus intérieur que l’écroulement de toutes nos vérités, toutes nos croyances et la création de nouvelles valeurs. » Comme toutes les adolescentes, elle s’interroge sur l’amour et s’inquiète de son avenir. Éprise de littérature, elle refuse la perspective d’une existence banale où son intelligence ne serait pas mise à contribution. Elle s’imagine devenir écrivain et œuvrer avec conviction pour une plus grande justice sociale. Son attachement viscéral à la Russie, sa volonté de ne pas se dérober à son devoir collectif lui rendent toute idée de départ insupportable. Mais peu à peu, l’intensité des violences qui agitent l’Ukraine, l’horreur des pogroms à Kiev, le danger permanent qui rôde autour de ses origines bourgeoises et juives ont raison de ce sentiment de trahison. Mêlant étroitement bouleversements intimes et Grande Histoire, ce journal restitue avec d’autant plus d’acuité la fragilité et la complexité du temps de l’adolescence, passage de tous les espoirs et de tous les désenchantements. Nelly Ptachkina n’a pu vivre ses rêves de littérature, de voyage et d’émancipation féminine, elle s’est tuée le 25 juillet 1920, dans la cascade du Dard au pied du Mont Blanc. Éd. des Syrtes, 288 p, 23 €.

Romans

Nathalie Skowronek, Karen et moi Nathalie Skowronek, Karen et moi . Lors d’un voyage en famille au Kenya, une petite fille de 11 ans est envoûtée par La ferme africaine de Karen Blixen. La figure de l’écrivain danois ne la quittera plus, guidant chaque pas de son adolescence puis de sa vie de femme. « J’ai été une petite fille solitaire et sauvage. Avide d’amour [...] J’appelais à l’aide, je cherchais par quel moyen me sauver. Karen m’a aidée. Elle était une force brisée qui résiste, un appel permanent à la poésie. », confesse Nathalie Skowronek qui s’est plongée dans les romans, les contes, la correspondance, nouant ainsi un dialogue intime avec l’auteur nordique. Elle a reconnu dans ce besoin éperdu de vivre une existence intense, d’échapper à un destin tout tracé, dans ce chemin vers l’écriture, des traces de ses propres doutes et de ses désirs les plus profonds. L’appel d’un ailleurs plus enthousiasmant a apporté à Karen Blixen son lot de joies et de souffrances : le mariage avec Bror von Blixen, l’éblouissement de l’Afrique, l’amour avec Denys Finch-Hatton, l’échec de la plantation de café, le retour la mort dans l’âme dans la maison familiale de Rungstedlund, puis l’aventure de l’écriture. Chaque épisode significatif de la vie de son modèle littéraire entre en résonance avec le parcours personnel de la narratrice : un milieu bourgeois suffocant, un mariage sans grande surprise, « une soif de poésie, un chagrin jamais tari », puis la découverte de la passion amoureuse. Du jour où elle a cessé de vouloir plaire à tout prix, de se plier aux convenances, où elle s’est autorisée à être elle-même, Nathalie Skowronek a pu s’atteler à ce très beau livre qui ne parle de rien d’autre que du pouvoir de la littérature sur notre vie et de l’apprentissage de notre liberté. « Un vaste univers de poésie s’est ouvert à moi, en Afrique. Il m’a laissée pénétrer en lui et je lui ai donné mon cœur. », écrivait Karen Blixen à son frère Thomas. Éd. Arléa, 146 p, 15 €.

Francisco Goldman, Dire son nom Francisco Goldman, Dire son nom. Traduction de l’anglais (États-Unis) Guillemette de Saint-Aubin. Il a suffi d’une vague, une seule vague pour que tout bascule à tout jamais pour Francisco Goldman. Ce 25 juillet 2007, un accident de bodysurf, sur une plage d’Oaxaca au Mexique, lui arrachait sa femme de 30 ans, l’amour de sa vie. Aura Estrada, était une jeune femme brillante, drôle et lumineuse, qui avait croisé sa route au moment le plus inattendu, le détournant de quelques années « d’affliction, de mélancolie, de solitude et de dissolution de (lui-même) ». Inscrite en doctorat de littérature hispanique à l’Université de Columbia, elle suivait également un master d’écriture artistique animé par Peter Carey et Colum McCann et désirait ardemment être reconnue comme écrivain. « Chaque jour est une ruine fantôme. Chaque jour est la ruine du jour qui aurait dû être. », dévasté par ce deuil et redoutant la force de l’oubli, Francisco Goldman n’a de cesse alors de vouloir ressusciter l’être exceptionnel qu’était Aura. Six mois après sa mort, il se lance dans le récit de leur histoire d’amour entre New York et le Mexique et de leur vie respective avant leur rencontre. Les objets d’Aura dans leur appartement de Brooklyn, sa robe de mariée accrochée au miroir de leur chambre, telle une trace sacrée de son indélébile présence, leurs conversations, les lieux familiers, la fantaisie de leur quotidien, la rancune tenace de Juanita envers celui qui n’a pas su protéger sa fille ; Francisco Goldman mêle ses souvenirs aux extraits de journaux intimes ou de nouvelles d’Aura. Tout en se confrontant à sa douleur, à l’inacceptable perte, l’auteur américain explore le matériau même de la mémoire, son fonctionnement, l’inévitable fiction induite par la reconstitution autobiographique et ce d’autant plus quand la forme littéraire adoptée est le roman. « C’est pour cela que nous avons besoin de la beauté pour illuminer même ce qui est le plus brisé en nous, [...] Pas pour nous aider à le transcender ou à transformer en quelque chose d’autre, mais d’abord et surtout pour nous aider à le voir. » Creusant les ressorts mystérieux qui nous font aimer une personne plutôt qu’une autre, Francisco Goldman signe un magnifique récit de renaissance. Éd. Christian Bourgois, 440 p, 19 €.

Autobiographies

Charles et Thierry Consigny, Le soleil, l’herbe, et une vie Charles et Thierry Consigny, Le soleil, l’herbe, et une vie à gagner. C’est un récit à deux voix, celle d’un fils et celle de son père. Côté fils : « Mon père était venu un jeudi matin me cueillir à l’hôpital après un bad trip de cocaïne, après que je lui ai expliqué méthodiquement l’ampleur de mon désastre affectif, le manque, la souffrance d’être homo, le dégoût des hommes. L’humanité me dégoûte. »
Côté père : « C’était la semaine avant Noël. Vers 7h30 le matin, appel de Charles sur mon portable. Il pleure. Il est à l’Hôtel Dieu, il faut que je vienne, ça ne va pas, ça ne va pas du tout. » Un fils appelle son père au secours - abîmes ordinaires d’un être qui souffre ; appréhender le vide de son existence, trouver sa place, et dire qui il est, même s’il ne le sait pas lui-même vraiment. Alors qu’il va retrouver son fils à l’hôpital, le père revoit sa vie défiler ; les femmes qu’il a aimées, celles qu’il a épousées - séduire est un art, il y est sensible - ses enfants ; ceux qu’il a, celle qu’il n’a plus ; une sœur de Charles, morte. Ils étaient petits. Indicible. Et puis aussi, une maison de famille, des partages de lectures auprès du feu, tout le monde va bien, la banalité et l’étonnement de la vie. Charles aussi se souvient ; de ses amis, de sa solitude, du mot amour, de ses parents qui ont divorcé, tout ne s’explique pas ; « mes parents sont amoureux l’un de l’autre mais divorcent quand même. » Des images surviennent ; les mots importent, les drames, les questionnements, font des phrases, des fragments de vie, datés, écritures confondues, différentes, uniques et pourtant, se répondent, comme faites d’une même pâte. Thierry est père de sept enfants : « rien de ce qui est beau et joyeux n’est parfait, Alfred et Noé ne se connaissent pas. ». Éd. Lattès, 265 p. 17 €. Corinne Amar.

Catherine Millot, O Solitude Catherine Millot, O Solitude. Une croisière en Méditerranée depuis Naples avec des amis, des îles, une mer vide « comme une page d’écriture », l’idée d’écrire sur la solitude, sont le point de départ du récit de l’écrivain et psychanalyste. « Écrire, cette fois-ci pensais-je, ce serait pour dire à mon tour le bonheur de vivre seule, la précieuse liberté de l’esprit conquise, l’esprit nu et net, qui, dans sa vacuité sereine, s’ouvre à la simple présence des choses. » Ode à la solitude comme choix ; pour conjurer les désertions de l’amour, cette « dévastation anxiogène » ; pour mieux dilater le temps ou encore comme condition sine qua non de l’écriture. « J’archive les heures qui passent. Tenir un journal féconde l’existence ». Pendant ces heures en pleine mer, cette disciple de Lacan lit À la Recherche du temps perdu ; évoque Proust qui a su décrire les souffrances de l’amour en même temps que les joies de la solitude, se souvient du traumatisme de son premier amour, du gouffre de la solitude avec son premier amour. « L’amour est toujours une catastrophe », confie t-elle. Dans ces pages de l’intime où la solitude est organisée pour structurer le vide, elle se livre ; enfance et arrachements au gré de parents diplomates, vie d’étudiante, d’amoureuse, d’analysante, de psychanalyste ; se remémore les grands solitaires de l’histoire de l’art et de la littérature, qui l’accompagnent : le peintre Caspar Friedrich, le naturaliste Hudson, Bruce Chatwin ou encore Poe, Kant, Barthes, avec qui elle dialogue - en empathie, lorsqu’elle parle de son souci de « soustraire aux obligations sociales » - ou aussi, l’écrivain japonais, Soseki, et son hymne à la vie après une traversée de la maladie. « O Solitude, my sweetest choice ? » On pense à Purcell, bien sûr. Éd. Gallimard, 170 p. 16,50 €. Corinne Amar.

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