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Vivant Denon : portrait. Par Corinne Amar

 

Vivant Denon, Lettres à Bettine Vivant Denon
Lettres à Bettine
Actes Sud, 1999.
624 pages

Dans la Revue de l’A.I.R.E. n°37, « Artistes en correspondances », l’universitaire Jean-Jacques Tatin-Gourier consacre un article à la figure de cette figure multiple du XVIIIème siècle que fut Vivant-Denon intitulé Pratique artistiques et mises en scène de l’intimité dans les lettres à Bettine de Vivant Denon, et revisite l’image du voyageur érudit et libertin, auteur fameux de voyages racontés sous forme de journal, Voyage au royaume de Naples et Voyage dans la Basse et la Haute Égypte, savant aux allures de dilettante, ministre des Beaux-Arts sous Napoléon, directeur du Musée du Louvre, derrière l’épistolier remarquable, auteur de « Lettres à Bettine », éd. Actes Sud, 1999, 307 p.) ; une correspondance avec Isabella Teotochi Albrizzi, (1760-1836), commencée en 1788 et achevée en 1825 - de la fin de l’Ancien Régime à la seconde Restauration -, aussi intime sur sa vie et son amour, qu’érudite sur l’art, son expérience du dessin, de la gravure ou de la copie. Isabella Teotochi est alors âgée de 28 ans lorsqu’il la rencontre, et l’une des femmes les plus séduisantes et cultivées d’Italie ; elle est Italienne, originaire d’une famille d’aristocrates de Corfou, férue d’art, auteur de portraits littéraires, mariée à un noble vénitien, poète et influent, et tient un célèbre salon littéraire à Venise où se montrent toutes les personnalités intellectuelles de l’époque : aussi bien le sculpteur italien Antonio Canova, que le dramaturge Vittorio Alfieri, Chateaubriand, Lord Byron, Madame de Stael... « La comtesse Albrizzi, est la de Staël de Venise » -, dira d’elle Lord Byron dans une de ses lettres au poète Thomas Moore (24 décembre 1816). Nous n’avons pas les lettres de Bettine qui furent à priori détruites (8 mars 1796 : « je viens de brûler les lettres que tu m’avais recommandé de brûler »). Ils se verront très peu. Il a quarante ans, lorsqu’il lui écrit, continuera de lui écrire quarante ans durant, soit près de 350 lettres, jusqu’à sa mort, et trouver encore à son amour de la fraîcheur. « Ta dernière lettre, écrit-il à Isabella, était d’une jeunesse de sentiment si gracieuse que j’ai cru en la lisant que je n’avais ou que nous n’avions que 20 ans. Je t’assure que j’en étais digne et je te remercie de tout mon cœur. Adieu chère et aimable amie, je t’embrasse de tout mon cœur. Denon. Mille amitiés bien sincères à ton fils. » La lettre date du 1er avril 1825 : c’est la dernière lettre connue adressée à Isabella.
L’auteur fameux du Voyage au royaume de Naples et du Voyage dans la Basse et la Haute Égypte, Dominique Vivant Denon, né en 1747, mort en 1825, grandit dans la petite noblesse bourguignonne et, délaissant l’étude du droit à Paris pour la fréquentation des ateliers de peinture, fut un « touche-à-tout de génie », comme l’écrira Pierre Rosenberg à son propos, et tout à la fois, amateur d’art, collectionneur, dessinateur, graveur, auteur de petits contes libertins, diplomate, « ministre des arts ». Il eut un « œil », fut celui de Napoléon, le suivit pas à pas dans ses expéditions et ses conquêtes militaires, fut promu directeur général des Musées, à partir de 1802, en charge de l’organisation du Musée du Louvre. Il se servira de ses voyages et de ses missions, pour visiter les cabinets de curiosités, courir les palais et les églises, dessiner, copier ce qu’il voyait - tableau ou monument, paysage, scène de bataille - activité dans laquelle il excellait - tout en organisant les prélèvements de chefs d’œuvres dans les pays conquis.
Octobre 1777 ; Vivant Denon, alors « gentilhomme d’ambassade », part pour une expédition en Italie, chargé de « présider aux travaux de dessinateurs » pour une publication de commande. Auparavant, son activité diplomatique l’a fait voyager en Russie, à Stockholm, en Suisse aussi, où il a rencontré Voltaire. Il a publié sans nom d’auteur un petit conte érotique, Point de lendemain - où une femme trompe trois hommes ; son mari, son amant et un jeune ingénu, sans que ni l’un ni les autres ne le sache -, et « maintenant, diplomate en disponibilité, il allait parcourir le royaume de Naples avec quelques dessinateurs. Son expérience des pays étrangers, ses qualités humaines, ses talents de dessinateur et de graveur, ses connaissances en art l’avaient fait choisir pour documenter par le dessin et par le texte une description de ce royaume [que voulaient publier Jean-Benjamin de Laborde et son associé l’abbé de Saint-Non]. » (Voyage au royaume de Naples, éd. Perrin 1997, préface p.14). En mars 1779 ; il est secrétaire d’ambassade à Naples. Il y demeure six ans. Puis, il est à Venise, en 1788, reçu à l’Académie en qualité d’ « artiste de genre », installé dans la cité des doges, comme graveur. Il est épris d’Isabella Teotochi, qu’il veut épouser une fois qu’elle aura divorcé. Il mène une vie studieuse et mondaine, revendique l’importance et la constance de son travail, passe chez Bettine le plus souvent ses soirées. Il vit à Venise les cinq années les plus délicieuses de sa vie. Lorsqu’il est contraint de rentrer en France, en 1793, banni de Venise, parce qu’accusé d’espionnage, il aime, souffre, désespéré d’être séparé. De Paris encore, il écrit. Sa correspondance lui sert de refuge tout autant que le travail, et les lettres qu’il écrit à celle qu’il aime - auxquelles il ajoute des dessins, des gravures -, de son séjour vénitien à son retour à Paris, éclairent aussi une part de l’histoire au plus fort de la révolution.
En 1798, Denon rencontre Bonaparte qu’il admire et va, pour le suivre, s’embarquer dans une nouvelle mission : l’expédition d’Égypte. Deux ans plus tard, il grave et fait graver ses quelques trois cents dessins d’Égypte auxquels il joint son journal. En 1802, la publication du Voyage dans la Basse et Haute Égypte (éd. Le Promeneur, Gallimard, 1998), où il mêle à la fois, en connaisseur, artiste et critique, descriptions et planches d’une qualité exceptionnelles, lui assure une notoriété dont l’étendue touche l’Europe entière. « J’ai trouvé une collection de dessins d’une beauté surprenante. On m’a permis de copier, de graver, enfin de m’en croire le maître. Je jouis de tout cela et prolonge mon illusion le plus que je puis » écrit-il à Isabella, de Modène, le 6 juillet 1789 ». Sa curiosité est insatiable, son journal de marche rédigé d’une plume enthousiaste, pragmatique, esthète. Il dessine sans relâche. Certains monuments aujourd’hui détruits n’existent que par la plume de Vivant Denon.
1802 toujours : nommé directeur du Musée central des arts, il va désormais se consacrer à son grand dessein, le Musée du Louvre et à la collecte des œuvres d’art destinées à l’enrichir, organisant les prélèvements des chefs-d’œuvre dans toute l’Europe ; en 1805, en Italie ; en 1806-1807, en Pologne et en Prusse, réquisitionnant les œuvres des musées allemands alors qu’il suit Napoléon dans sa campagne ; en 1808, en Espagne, pour prélever encore des tableaux. « Il est vrai, écrit-il à Isabelle Teotochi, que j’ai une superbe place, que tout le monde a été bien aise que je l’eusse, qu’elle ne me sort pas mes goûts, qu’elle me payera de la dépense à laquelle elle m’oblige, qu’elle ne change rien à mon existence ordinaire et qu’il n’y a plus de raison pour que j’aie un instant de vide dans toute l’année. » (9 janvier 1803). En 1815, le Congrès de Vienne prévoit la restitution des œuvres d’art pillées. Denon quitte le Louvre, ne s’occupe plus que de sa collection.
Été 1817 : Isabella Teotochi est à Paris.
Vivant Denon meurt le 28 avril 1825, enterré au Père-Lachaise.

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