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Dernières parutions décembre 2011 Par Elisabeth Miso

 

Biographies

Elisabeth Sussman et Doon Arbus, Diane Arbuse Elisabeth Sussman et Doon Arbus, Diane Arbus : Une chronologie. « Une photographie est un secret sur un secret. Plus elle vous en dit, moins vous en savez ». Diane Arbus (1923-1971), figure majeure de la photographie, n’a eu de cesse de chercher à capturer dans ses images tout le mystère de la condition humaine. Issue de la riche bourgeoisie juive new-yorkaise, sa curiosité des autres et l’acuité de son regard l’ont vite détournée des codes de son milieu d’origine. Elle épouse Allan Arbus à 18 ans et se lance avec lui dans la photographie de mode avant de s’engager dans une voie plus personnelle, confortée dans sa décision par les cours qu’elle suit avec Alexeï Brodovitch, directeur artistique de Harper’s Bazaar, et Lisette Model. Même après leur séparation, les Arbus resteront très liés. « La photographie est vraiment une affaire de vol [...]. Je me sens redevable envers chacun de mes sujets, qu’il se soit laissé prendre ou soit prêt à l’être », écrit-elle en 1960 à son amant Marvin Israel, peintre, graphiste et directeur artistique Tout en acceptant des commandes pour le New York Time Magazine, Harper’s Bazaar ou Esquire, elle s’attèle à toute une série de projets qui la fascinent : les concours de beauté, le cirque, les marginaux, les jumeaux et les triplés, les travestis, les nudistes, la famille, les handicapés mentaux, composant en une dizaine d’années (elle se suicide à 48 ans) le portrait d’une Amérique singulière ou dérangeante. Depuis 1959, elle couche dans des carnets ses impressions, ses pistes de réflexions, l’avancée de ses travaux. À l’occasion de la magnifique rétrospective qui se tient au Jeu de Paume à Paris jusqu’au 5 février, la présente chronologie réunit des extraits de ses notes et de sa correspondance avec ses amis, ses confrères et sa famille. John Swarkowski, directeur du département photographie du Museum of Modern Art résumait ainsi l’engagement absolu de Diane Arbus dans son art : « Je pense qu’elle voulait que chaque mot qu’elle dît, chaque image qu’elle prît, tout ce qu’elle fît, je pense qu’elle voulait que ce soit simplement parfait- pour qu’il en sorte une grande révélation. Terrifiant ». Éd. Jeu de Paume/ Éditions de La Martinière, 232 p, 25 €.

Mémoires

Diane Keaton, Une fois encore Diane Keaton, Une fois encore. Mémoires. Traduction de l’anglais (États-Unis) Dominique Haas. Parce qu’elle ne voulait pas que sa mère disparaisse, cette source d’inspiration constante sans qui elle ne serait pas devenue l’actrice au charme et au style incomparables d’Annie Hall, du Parrain et de Reds. Parce qu’elle voulait « raconter l’histoire de ce que l’on perd avec le succès et de ce que l’on gagne en acceptant une vie ordinaire. », Diane Keaton a entrelacé ses mots, ses carnets, des lettres, ses souvenirs aux collages et aux réflexions que sa mère Dorothy a laissé dans ses quatre-vingt-cinq cahiers intimes. Avant que la maladie d’Alzheimer ne vienne interrompre ce rituel, Dorothy Deanne Keaton Hall s’est toujours entourée de mots ou de citations qu’elle épinglait dans sa maison, et qui nourrissaient ses écrits sur le sens de son existence de mère au foyer de quatre enfants, dans la Californie du Sud des années 5O, sur ses frustrations d’un destin plus glorieux. « Papa me disait toujours de penser. Penser vite et loin. Pense. Pense, Diane. Mais c’étaient les combats de Maman, ses conflits et son amour qui me permettaient, me donnaient la faculté de PENSER. Elle apportait son soutien à des choix qui élargissaient le champ de mes expériences de vie. » Encouragée par sa mère, Diane part étudier le théâtre à New York à dix-neuf ans et connaît son premier succès avec la comédie musicale Hair. À l’automne 1968, alors qu’elle auditionne pour la pièce Play it Again, Sam, elle croise la route de Woody Allen, rencontre sentimentale et professionnelle déterminante. Annie Hall librement inspiré de sa famille, lui vaut en 1978 l’Oscar de la meilleure actrice. Superposant sa vie à celle de sa mère, elle évoque ses doutes, ses rêves de reconnaissance, sa peur de l’échec, son manque d’estime d’elle-même. Elle se penche sur ses choix d’actrice, sur les hommes qui ont compté, Woody Allen, Warren Beatty, Al Pacino, sur ses deux enfants qu’elle a désirés la cinquantaine venue. Quand elle mesure le chemin parcouru, elle peut entrevoir à quel point elle n’a fait qu’obéir à la force de l’amour insufflé par sa famille. Éd. Robert Laffont, 258 p, 21 €.

Carnets / Journaux

Eleanor Coppola, Journal Eleanor Coppola, Apocalypse Now, Journal. Traduction de l’anglais (États-Unis) Philippe Aronson. « Tous ceux qui sont ici aux Philippines ont l’air de traverser quelque chose qui les affecte profondément, qui modifie leur vision du monde ou d’eux-mêmes, tandis que c’est exactement ce que Willard est censé éprouver au cours du film. Il est certain que quelque chose se passe pour Francis et moi. » Le 20 mars 1976, Francis Ford Coppola débute aux Philippines le tournage d’Apocalypse Now (Palme d’or au festival de Cannes en 1979), tournage homérique qui allait durer contre toute attente plus d’un an manquant de le ruiner, le plongeant dans des affres artistiques et existentielles vertigineuses. Sa femme Eleanor et ses trois enfants sont du voyage. Le réalisateur a demandé à son épouse de réaliser un documentaire du tournage qui ne verra réellement le jour qu’en 1991, avec la sortie d’Au cœur des ténèbres, élaboré d’après les rushes et le journal d’Eleanor publié en 1979 et enfin traduit en français. En observatrice privilégiée, elle fait le récit d’un projet monstrueux, aux limites de la folie et de la démesure, jalonné de nombreux obstacles (remplacement d’Harvey Keitel dès la première semaine, incendie, destruction du décor et du matériel par un typhon, lenteur des techniciens italiens, dépassement du budget, surpoids de Marlon Brando, crise cardiaque de Martin Sheen) qui oblige le réalisateur du Parrain, les nerfs à vif entre colère et désespoir, à s’adapter en permanence et à abandonner ses idées préconçues du film. Le journal met ainsi en lumière le processus créatif de Coppola, les parallèles qui surgissent entre les personnages de Kurtz et de Willard et sa propre vie, l’écho de ses conflits intérieurs que renvoie le voyage introspectif et la remontée du fleuve de Willard. Emportée par cette aventure cinématographique mi- réelle mi-onirique, son couple en pleine tourmente, Eleanor Coppola, dans l’ombre d’un homme considéré comme un génie, cherche à identifier ses désirs profonds, partagée entre son rôle de mère, d’épouse et ses aspirations artistiques. Éd. Sonatine, 268 p, 18 €.

Marie Depussé, La nuit tombe Marie Depussé, La nuit tombe quand elle veut . On lui connaît des textes généralement brefs, une écriture habitée, intérieure et pourtant ouverte, des textes qui parlent de sa famille, de la vie et de la mort, de la proximité avec la folie ou encore, de Beckett. Les choses n’ont pas de mots. Certaines font pleurer sans même, qu’on sente de chagrin, d’autres, au contraire, déjà teintées du sentiment irrémédiable de la perte, retiennent les larmes. Chez Beckett, dit-elle, il n’y a jamais de larmes. À l’hôpital (« il ne faut pas dire de mal de l’hôpital », car l’hôpital est cette grande machine qui va vous soigner) une femme vient quotidiennement rendre visite à son frère atteint d’ « une tumeur de la tête inopérable ». En chapitres courts, où les jours se disent dans les titres et se perdent et se mélangent, comme lorsque la raison lutte avec le courage, c’est le journal d’un récit qui dit le corps à corps avec l’hôpital. Mondor Créteil, c’est son nom, et celle qui y va chaque jour veiller son frère, Jean, le regarder vivre et partir chaque jour un peu, anime d’une étrange lumière, cette obscurité, ce presque adieu. S’accroche aux actes qui exorcisent l’attente, croise des semblables dans les couloirs, qui « marchent vers celle ou celui qu’ils aiment », décrit la violence de l’espoir et des verdicts, évoque la place du livre pour les gens enfermés, dit la nécessité de tenir, l’importance de la tendresse tangible, ultime tableau dans ce monde mortel où tout est vital, jusqu’aux rêves qui font une petite musique en soi.
« Si on se force à aller à l’hôpital, il ne faut pas y aller. Il arrive pourtant qu’on se force quand on rend visite à un ami qu’on n’a pas encore vu couché là. On a peur, de ne pas le reconnaître, de trop sourire. Mais si on l’aime, quelque chose en nous s’ajuste, quelque chose de l’ordre de ce qu’on appelle l’âme du violoncelle. » Éd. POL, 120 p, 12 €. Corinne Amar

Correspondances

Yves Simon, Un homme ordinaire Yves Simon, Un homme ordinaire. Un homme, l’auteur, s’adresse à son père. Il lui adresse la lettre qu’il ne lui a jamais envoyée, lui écrit celle qu’il ne lui a jamais écrite. D’ailleurs, c’est le but de l’exercice demandé aux auteurs de la collection « Les Affranchis ». Ce père est mort depuis plus de quarante ans et son fils fait revenir à lui les souvenirs enfouis, retrouve une photographie, s’émeut. Une enfance et une adolescence de fils unique grandi à Contrexéville, dans un milieu ouvrier : un père cheminot à la SNCF, qui rêvait son fils ingénieur à la SNCF, « avec une sorte de fatalisme prolo », une mère, infirmière, « prête à le suivre toujours dans ses rêves les plus extravagants » ; des parents aimants, au cœur généreux et aux fins de mois difficiles. « Je te côtoyais, mais jamais je n’entrai à l’intérieur de l’énigme que tu fus » dit-il de son père ou encore « C’est quoi un père ? me suis-je longtemps demandé après ta mort. Un homme avec qui l’on vit depuis le jour de sa naissance et avec lequel on grandit, on imagine, on rêve ? pourquoi l’aime t-on, alors que les années passant, on s’aperçoit des fossés qui se creusent, des destins qui digressent, des valeurs que tout oppose ? » C’est la lettre d’un fils qui n’entra jamais à la SNCF, œuvra avec succès entre chanson et littérature, eut pour modèles, non pas son père mais Brassens, Gainsbourg et Dylan ; c’est une lettre au père qui l’aima, l’adora, tendre, tactile qui « aimait les baisers, les enlacements », et accepta ses passions musicales d’ado et son groupe de rock à la maison, même s’il ne comprenait rien à la musique. Il était silencieux et costaud. On le crut invincible. Un cancer l’emporta.
C’est un hommage au père, un autoportrait en filigrane, du fils, un opus dédié à la gratitude filiale. Éd. NIL, 85 p, 7 €. Corinne Amar

Bandes Dessinées

Hughes Barthe, L’été 79 Hughes Barthe, L’Été 79 . Adolescent, Hughes Barthes vivait à la campagne, dans un village du Doubs. L’été 79, lui a laissé un goût amer. Son père sombre à cette époque dans l’alcoolisme et se met à brutaliser sa femme. Chaque nuit, pendant que ses deux frères dorment, le jeune garçon de 14 ans redoute les violentes disputes de ses parents. Chaque matin il trouve sa mère affairée à ses tâches ménagères le visage masqué par des lunettes noires. Dans la famille, silence de plomb, on ne parle pas de ces choses là, pas plus qu’on imagine divorcer. Alors pour échapper à ce quotidien de plus en plus anxiogène, il enfourche sa bicyclette pour de longues balades solitaires, passe du temps chez sa grand-mère, la seule personne avec qui il peut discuter, et se réfugie dans les livres et dans ses rêves de devenir auteur de bandes dessinées. Seule éclaircie de cet été lugubre, la visite de sa tante Dominique, si différente de son entourage habituel, qui lui propose de passer une journée avec elle à Besançon. Le drame domestique est d’autant plus palpable dans le dessin que le père y surgit toujours comme une menace, jamais représenté frontalement, mais silhouette massive de dos ou dans l’ombre, un seul fragment de jambe ou de bras visible le reste du corps abandonné hors cadre. Convoquer un passé douloureux n’a pas été sans difficultés, Hugues Barthe a mis trois ans pour venir à bout de ce premier volume autobiographique, le second L’Automne 79 paraîtra en 2012. Éd. NiL, 144 p, 17,90 €.

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